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LES RÊVES

produite par les organes sensoriaux et qui ne peut être bien appréciée, ni par l'instinct^ ni par Tintelligence, puisque ces facultés donnent, c'est^-dire se reposent.

D'autres fois, les hallucinations du sommeil seront instinctives ; et, alors, des sensations arriveront au moe" endormi autrement que par les organes sensoriaux. Ce phénomène se rencontre quelquefois dans le sommeil natorel, mais il est plus fréquent dansFétat appeléfort improprement somnambulisme magnétique et que l'on aurait peut-être mieux caractérisé du nom de somno-vigil .

Enfin, les rêves peuvent être la conséquence d'une actiotl de l'âme qui veille, perçoit et délibère, pendant que le corps' est endormi, et que les forces instinctives se reposent. Si ce phénomène a lieu pendant le sommeil naturel, J. J. Rousseau entendra, dans une riante harmonie, les principaux motifs du Devin de village et pourra les noter à son réveil ; Tarlini composera la Sonate du diable^ et, dans quelques cas rares, mais attestés par des témoignages trop authentiques pour que l'on puisse les nier^ on aura la révélation de faits qui se seront passés à de grandes distances, on verra l'image sanglante d'amis ou de frères assassinés, on recevra les indications les plus exactes pour découvrir les meurtriers, et pour rendre les derniers devoirs aux victimes (i). Les livres sont pleins de ces historiettes merveilleuses, et l'on ne peut les nier sans attaquer les bases delà certitude historique ; on peut même ajouter qu^elles n'ont rien de <;ontraire aux données scientifiques.

Un membre de l'Institut rira au nez de sa cousine qui lui demandera d'interpréter son rêve. C'est fort bien : mais ce savant peut-il affirmer que tous les phénomènes de la veille et du sommeil sont des résultats physiques ou chimiques? N'est4l pas obligé de reconnaître que, dans beaucoup de cas, la sensatioa est perçue par d'autres moyens que par les or-

(1) Gicero, De divinatione.

Répertoire général des sciences médicales^ t. XXMU, art. de M. Adelon.

Bibliothèque universelle de Genève. Année 1834; Mémoire At M. Prévost.

ganes sensoriaux? PeuMl enfin se refusera admettre une influence de la Yolonté sar les phénomènes du sommeil et des rêves ? Et si la volonté, faculté de Fâme, peut produire des songes, pourquoi ne pourraient-ils pas aussi bien résulter d'autres facultés de Tâme et de Tinslinct?

Or, il est positif que la volonté agit pendant le sommeil et sur le sommeil ; ceci est prouvé par la faculté de se réveiller à heure fixe. L'action de la volonté sur les rêves est tout aussi incontestable. En effet, quand nous nous réveillons brusquement pour échapper à l'hallucination d'un pénible cauchemar, c'est par un acte de la volonté qui veillait, pendant que l'instinct et les organes étaient sous l'empire d'une perturbation mal appréciée par l'instinct, parce que ses rapports avec l'intelligence ne sont complets que dans l'état de veille. Voilà aussi pourquoi la volonté intelligente a ordonné le réveil. L'action directe de la volonté sur les rêves est aussi prouvée par la faculté que possèdent certains individus de continuer des rêves commencés et interrompus et de pouvoir produire certains rêves à volonté (1). Enfin les expériences de MM. les professeurs Gerdy et Goly , ont démontré qu'une forte volonté pouvait réduire les effets des vapeurs éthérées à n'agir que sur les fonctions instinctives et musculaires, pendant que les facultés intellectuelles demeuraient intactes (2).

On peut retirer deux conséquences importantes de tous ces faits.

Si la volonté individuelle exerce une action sur l'instinct et sur les organes pendant le sommeil, il n'y a rien d'impossible à ce que la même action, ou une action quelconque, se produise par l'effet de . la volonté d'un autre.

Si, pendant le sommeil, des sensations sont perçues directement, quelquefois par l'instinct, d'autres fois par l'âme pensante, sans l'intermédiaire des organes, on comprend comment, dans cet état exceptionnel et momentané, les somnam-

(1) Observation de Tauteur.

(2) Mémoire de M, le professeur Joly, Toulouse, 1847.

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