LE SOMMEIL MAGNÉTIQUE
bules peuvent voir et sentir autrement que par les sens. En s'appuyant sur ces deux considérations, on pourra expliquer, par les lois naturelles, certains phénomènes, relégués dans l'ordre surnaturel et qui ne sont que rares et exceptionnels ; mais, ce qui est plus important, on pourra utiliser ees phénomènes et les faire tourner au profit du rétablissement de la santé et du développement des forces humaines.
VIL — Ici, nous revenons au somnambulisme magnétique.
Il a été établi, dans le chapitre précédent, que cet état pourrait être occasionné soit par la force électrique empruntée à un appareil, soit par celle que chacun de nous porte en luimême, soit simultanément par les deux forces ; et que Taction de la volonté du magnétiseur concourait à la production du phénomène. Nous pouvons maintenant ajouter que dans l'état de somnolence, et encore plus distinctement, dans celui de somnambulisme magnétique, les principaux phénomènes sont le résultat de Tengourdissement, delà suspension, si Ton veut, des forces instinctives et organiques auxquelles se substitue momentanément la volonté du somnambule, aidée de celle du magnétiseur.
La preuve que, dans ^^et état, les forces instinctives sont dominées ou même quelquefois remplacées par une force d'un ordre supérieur, se trouve dans l'observation des phénomènes somnambuliques.
Les somnambules peuvent marcher ; mais il faut que la volonté du magnétiseur le leur ordonne fortement; et alors leurs mouvements sont pénibles et en quelque sorte automatiques. Bien peu de somnambules échappent à cette loi générale : je n'en ai vu qu'un seul exemple. C'était une somnambule trèslucide, mademoiselle R... magnétisée par un savant professeur delà Faculté de Montpellier, qui eut la bonté, en février 1847, de me permettre d'assister à une de ses expériences. Mademoiselle R..., sur un ordre mental de son magnétiseur, se levait péniblement du fauteuil, dans lequel elle était pro-
fondement endormie , et marchait en trébuchant comme une machine mal jointe ; tout d'un coup, et par un autre ordre muet de la volonté du magnétiseur, elle s'arrêtait» clouée sur le parquet, dans un état de rigidité cataleptique et de com* plète insensibilité; puis enfin, tout aussi instantanément, et toujours sans une parole ni un geste du magnétiseur, ses membres se détendaient, ses yeux s'ouvraient, elle marchait naturellement^ elle nous regardait en souriant, elle nous répondait de sa voix habituelle, et elle venait^ pour quelques minutes, reprendre sa broderie. Si nous lui disions : a Mais « vos yeux nous voient, vos oreilles nous entendent^ » elle répliquait ; « Oui. » — « Donc vous êtes éveillée. » — «Non, ajoutait-elle, je dors toujours ; j'agis comme si j'étais réveil- « lée> parce que M. le docteur me l'a ordonné, mais cet «exercice me fatigue ; je vous en prie, rendormez-moi le « corps. )> Et, aussitôt, une pensée et un regard du savant professeur la plongeaient de nouveau dans la torpeur du sommeil magnétique.
U est évident que dans ce cas exceptionnel et dont il ne m*a pas été donné de vérifier un second exemple, la volonté du magnétiseur agissait, comme force supérieure, sur la puissance psychique et sur les forces instinctives de Tintéressante malade.
Mais ce cas est une exception et chez le plus grand nombre des somi\ambules,sion les observe attentivement, on peut s'assurer, par une preuve matérielle, que les rapports entre l'âme et l'instinct sont momentanément modifiés, et que c'est l'instinct qui est dominé par la force magnétique. Cette preuve^ c'est le changement remarquable qui s'opère dans les traits du visage. Les lèvres et les narines se gonflent ; le front est plus calmç et plus lisse; les sourcils s'arquent, au-dessus des paupières, en courbe plus gracieuse ; il semble que la face tout entière se dessine en ovale plus régulier; et Ton trouve, dans l'expression de la physionomie, un caractère plus doux et plus élevé; comme si l'âme, momentanément
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détachée des liens de la matière» se réfléchissait, plus pure et plus belle, dans le miroir de chair de son enveloppe ter« restre!
Il nous resterait beaucoup à dire de ces expériences du somnambulisme magnétique, dont les études philosophiques ont à retirer encore bien des enseignements ; maisnons craindrions de nous éloigner de notre sujet, et nous nous bornerons à déplorer que la science de la vie n'a pas su les appliquer plus utilement au rétablissement de la santé et à la conservation des forces. 11 serait téméraire, nous l'avons déjàdit, de prétendre guérir toutes les maladies avec des passes magnétiques, parce que beaucoup de maladies sont le résultat de perturbations organiques. A celles-là, il faut évidemment opposer des forces mécaniques, des forces physiques et chimiques; mais à celles qui proviennent d'un trouble dans les fonctions instinctives, ou niême d'une affection purement morale, ne pourrait-on pas opposer ces forces magnétiques qui permettent à la volonté du magnétiseur et à celle du somnambule d'agir directement sur les plus importantes fonctions de la vie animale? Cette action, nous ne saurions trop le répéter, s'exerce sur les fonctions végétatives et instinctives, pendant que l'âme pensante con- • serve l'usage de toutes ses facultés et l'exercice de son libre arbitre. On croit, en général, le contraire ; et, dans le monde, comme au séminaire, on redoute le somnambulisme magnétique à cause de cette prétendue domination de la volonté du magnétiseur sur celle du somnambule. C'est une erreur qu'il est facile de reconnaître par l'observation des phénomènes. Si on les examine attentivement, on trouvera toujours que la volonté du magnétiseur n'a d'action que sur les mouvements involontaires du somnambule, pendant que ses facultés purement intellectuelles demeurent libres et acquièrent en général un plus grand développement.
Le magnétiseur, au lieu de dominer moralement, serait plutôt dominé; car le somnambule peut lire ses pensées, et lui ne peut que deviner celle du sujet, par un effort de son in-
telligence. Ce qui a soaveat conduit à des méprises, c'est une certaine disposition des somnambules aux passions affectiyes. Pendant que leurs membres sont engourdis par la torpeur magnétique, leur âme, tout en conservant le libre arbitre et la faculté de raisonner, est susceptible de tristesse, de pitié, de gaieté, de jalousie et même de colère.
VIII. — Cette observation nous conduit à jeter un rapide coupd'œil sur les passions, au point de vue de leur influence sur la vie.
Ici» encore, nous retrouvons l'antagonisme des deux écoles scientifiques.
Les uns, avec Gall et Spurzheim, cherchent la cause des passions dans la modification des organes ; ils vous condamnent à être invinciblement débauché ou assassin, suivant que votre crâne sera marqué de la protubérance de Tamour physique ou de la bosse du crime. Doctrine monstrueuse qui renverserait le fondement des sociétés.
D'autres ne voient, dans les passions, que des erreurs de rame et restent inactifs et impuissants, en présence de ces funestes maladies, aussi cruelles pour l'individu, dont elles empoisonnent Texistence, que pour la famille et la société, dont elles troublent les relations.
On ne saurait trop le répéter : les passions sont de véritables maladies susceptibles d'être traitées méthodiquement, d'être modifiées et guéries. Mais, pour les traiter, il faut que le médecin en connaisse l'origine et le caractère; et il ne comprendra bien ces phénomènes compliqués, qu'en réfléchissant profondément sur la double nature de l'homme.
L'intéressant ouvrage d'Alibert (1) séduit les lecteurs par le charme du style, les attache par la multiplicité des anecdotes; mais, peut-être, est-on en droit de lui reprocher de ne pas conclure et de manquer de cette méthode qui sert de guide aux applications pratiques.
(I) AuBERT, Physiologie des passions.