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LES PASSIONS

La doctrine de Montpellier, telle qu'elle est professée par M. Lordat (1), établit une classification qui doit se rapprocher de la Tenté, autant qu'il est donné à l'homme d'y arriver, puisqu'on y trouve l'explication de tous les phénomènes produits par les passions. Dans cette théorie, les passions peuvent être mentales, c'est-à-dire provenir d'une aberration de la puissance psychique; ou bien elles ont pour cause une perturbation des forces instinctives; quelquefois aussi les deux causes agissent simultanément et pourront encore être compliquées par des perturbations organiques.

Voilà sans doute des complications ; elles sont inévitables toutes les fois que l'homme cherchera à approfondir les conséquences de sa double nature ; mais le moraliste et le médecin trouveront, l'un et l'autre, que cette classification éclaircit bien des obscurités. Ceci aurait besoin d'être prouvé par des exemples; et nous en citerions de nombreux, si cette œuvre était un traité des passions. Forcé de nous resserrer, nous nous bornerons à deux faits.

Un homme de 55 ans, veuf sans enfants, riche, et placé . dans une belle position sociale, s'éprend, tout à coup, d'une aràente passion pour une jeune personne de 18 ans, sans fortune et qui n'avait d'autre dot que ses talents et sa jolie figure. Après avoir lutté quelque temps contre les inconvénients de la disproportion des âges et la crainte du ridicule, il la demande en mariage. Le parti était brillant: les parents consentent; et ils décident, avec un peu de peine, la demoiselle à cet hymen disproportionné. Pendant que les gens de loi s'occupent des actes et remplissent les formalités légales, pendant que les marchands préparent une élégante corbeille, le futur, un peu agité, un peu fatigué^ essaye, pour se rafraîchir, ce que Ton appelle, dans le midi, une cure de raisins. On était à la fin de septembre ; les fmits étaient mûrs, ils produisirent leur efifet de relâchement des bas intestins ; et le futur qui,

(I) Leçaru orales du professeur Lordat Montpellier, 1851.

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jusques alors, avait été dominé par sa passion instinctive, sentit peu à peu la raison prendre le dessus ; il ne cessa pas d'aimer la jeune personne, mais son affeclion prit un caractère plus en harmonie avec les âges respectifs; il l'aima comme un père; il lui chercha un parti mieux assorti, et figura au contrat, non plus comme futur, mais comme bien* faiteur.

Ici, on le voit, FaCTection de Pâme avait été dominée par une passion instinctive, un mouvement de la béie, aurait dit le comte de Maistre ; mais si Pâme avait d'abord été vaincue dans la lutte, c'était sa faute ; elle était libre^ elle n'avait qu'à vouloir; la volonté, bien dirigée, aurait dominé l'instinct; et si celuiHïi avait continué à troubler à la fois l'équilibre de la vie et la paix de l'âme par des mouvements désordonnés, on pouvait lui opposer soit les distractions d'un voyage, soit encore d'autres moyens qui auraient produit les mêmes effets que les raisins. Cette thérapeutique des passions peut être dirigée par nous-mêmes, si notre moi est assez intelligent^ assez puissant de volonté ; elle peut aussi être l'objet des soins du médecin; car, le plus souvent les passions constituent ou développent des affections qui rentrent dans son domaine. ^

Un jeune Suisse s'est engagé dans un des régiments au service de France: il est bon sujet et attaché à son état; on lui a fait espérer de Tavancement, et déjà il rêve le moment où il reviendra au pays avec un grade et une pension. Mais, peu à peu, ces idées du retour lui présentent trop fréquemment les images de la patrie absente. Au milieu des Mstes plaines de la Beauce ou de la Sologne, il voit se dresser, devant ses yeux, le colosse de la Jungrfrau ou dé la Biumli" Aipy aux larges flancs tapissés du velours des prairies, parsenriés de chalets rouge brun et de grands épicéas; au-dessus de ces riants pâturages, la zone verdoyante des forêts, surmontée d'un diadème de rochers et de glaces, il entend les grondements de la cascade, qui se mêlent à Tharmonie lointaine de la clochette des vaches ; il aspire les parfums des

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