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LES PASSIONS

meules de foia et les émanations des sapins. Chaque jour, ces hallucinations instinctives deirîennen^ plus longues et plus YWes ; elles troublent rexercice des forces qui présidât aux fonctions de la vie ; enfin ceé iostinct malade domine la raison affaiblie et la volcmté qui n'a pas su commander à propos ; le pauvre soldat est atteint de cette cruelle maladie que lesmédecins appellent Nostalgie. Les symptômes extérieurs, le pouls, le délire, les soubresauts des. tendons, les douleurs de tête sont les mêmes que ceux des fièvres malignes : tous les médecins en sont d'accord. Or, le quinquina est bien reconnu pour agir spécifiquement contre la fièvre maligne ; oserez-vous administrera quinquina dans ce cas de nostalgie? Ce serait un moyen assuré de hâter la mort. Un médecin éclairé voudra^ avant tout, s'adresser i l'imagination du malade, illui parlera de retourner au pays, il lui montrera le précieux congé. Alors le quinquina, ou la valériane, ou tout autre médicament produiront leurs effets accoutumés et la santé sera promptement rétablie.

Dans ce cas, la raison avait été vaincue par l'instinct; mais c'est parce qu'elle n'avait pas su vouloir ; et la preuve, c'est que les soldats sont beaucoup plus souvent attaqués de ce ma] du pays, que les officiers dont l'intelligence est plus habituée, par l'éducation, à dominer l'instinct. Enfin si, au commencement de ces hallucinations, notre jeune soldat s'était épris des yeux noirs, de la taille cambrée de quelque Française, cette nouvelle passion instinctive et mentale aurait com» battu la première ; et, dans la lutte, la raison et la volonté auraient repris leur empire. Ainsi que l'a fait observer un savant physiologiste» une passion peut être neutralisée par une autre (1).

Fidèle à notre promesse de brièveté, nous terminerons à regret ce trop rapide examen des passions considérées au point de vue de la vie et de la santé ; mais nous espérons en

(!) MuLLER, Manuel de physiologie, t. U, p. 516, traduction de M. Jourdan.

avoir dit assez pour bien faire comprendre comment le mécanisme humain est sans cesse dominé par des causes en dehors de la matière et d*un ordre supérieur à la matière. Le savant expérimentateur que nous venons de citer, et que certes personne n'accusera d'un excès de spiritualisme, a dit aussi : c< Les penchants de l'âme produisent des efiets organiques a dans la plupart des parties de l'organisme, sinon dans c< toutes. Les idées mêmes, qui n'ont rien de passionné, détera minent, lorsqu'elles ont assez d'intensité, des effets dans des

« parties autres que le cerveau Mais les effets des pen-

<( chants sur l'organisme sont, proportion gardée , bien plus a étendus (1). x>

Voilà ce que l'observation a appris à la science, et il n'était pas besoin d'être savant pour arriver à cette conclusion. Tout le monde connaît les ravages des passions sur les traits do visage ; il ne faut pas une grande perspicacité pour lire, dans la physionomie d'un ivrogne, d'un débauché ou d'un colère, les tristes habitudes qui ont imprimé sur sa figure des modifications profondes. Quand on se prend à réfléchir sur de tels changements , on ne s'étonne plus si les organes des sens et le cerveau lui-même sont modifiés, dans leurs formes, parles habitudes des passions. Ces modifications dont les phrénolo* gistes ont voulu faire une cause, ne sont donc qu'une conséquence, distinction importante à établir, pour le traitement des passions, puisque là où elles seront purement mentales, il suffira, pour les guérir, de faijre appel à la raison et à la volonté, de combattre un penchant par d'autres penchants ; là où la cause sera instinctive, on s'adressera aussi à la volonté intelligente, mais en l'aidant des forces naturelles qui agissent d'abord sur les organes et secondairement sur l'instinct.

A chaque pas, dans l'étude des sciences médicales, on rencontre des exemples de l'action des facultés instinctives et mentales sur l'organisme.

(1) NoLLER, Manuel de physiologie, t. H, p. 514.

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