‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 71 sur 146 · FORCE DE LA VOLONTÉ CONCENTRÉE · texte numérisé non relu

FORCE DE LA VOLONTÉ CONCENTRÉE

rennemi, on frauchit les précipices et les glaciers, on démonte les canons pour les transportera bras d'hommes, sur des hauteurs que le chasseur de chamois n'aborde qu'en tremblant; les redoutes sont escaladées, emportées à la baïonnette, et l'armée ennemie culbutée s'enfuit en désordre. Cette action de la yolonté d'un homme sur des masses s'exerce par le concours des intelligences ; mais elle est plus caractérisée encore quand elle agit d'homme à homme, parce qu'alors elle s'exerce en même temps sur les facultés intelligentes et sur les forces instinctives.

il y a peut-être un peu de vague dans les opinions des médecins relativement à la nature de cette réaction du moral sur le physique pendant les maladies ; mais tous les praticiens en admettent l'existence ; et c'est pour cela qu'ils cherchent à exciter la confiance des malades dans le traitement et aussi dans le médecin. 11 vaudrait sans doute mieux s'adresser à leur raison et leur faire comprendre toute la puissance de la volonté comme auxiliaire des traitements curatifs; mais l'essentiel est de guérir, et le médecin ne le peut qu'autant qu'il est aidé par le malade. Les Annales de la science citent même des cas où la force de volonté a suffi pour amener des guérisons ; il est vrai que, par contre, on cite aussi des gens qui, sans aucune maladie appréciable, sont morts de la peur de mourir. Les journaux de médecine ont^ il n'y a pas longtemps, enregistré un cas semblable qui a eu lieu à Nismes.

En présence de cette force d'inertie, véritable maladie de l'âme pensante, le médecin pourra essayer la force magnétique, qui mettra sa volonté en contact direct avec les forces instinctives de son malade. Mais il est bien difficile, nous ne saurions trop souvent le répéter, de suppléer à la volonté de vivre et les traitements magnétiques, de même que ceux qui reposent exclusivement sur l'emploi des forces physiques et chimiques n'agissent dans toute leur effiwicité que là où ils sont aidés par les forces intelligentes.

C'est donc à la raison de Thomme qu'il faut s'adresser pour la conservation de son existence terrestre; plus l'intelligence sera développée, plus elle aura perfectionné l'usage de ses facultés et surtout celle de concentrer la volonté, et plus elle aura de moyens de résistance à opposer aux causes de destruction.

Ici, nous devons le faire observer, quand nous parlons de la volonté comme d'une force, il est sous-^ntendu que, pour agir efficacement, elle doit être concentrée. On prend quelquefois pour une volonté, ce qui n'est qu'une perception Imaginative ou un désir instinctif: il faujt, pour vouloir, que l'esprit ait appris à penser, qu'il sache comparer les notions acquises avec ses propres idées , et enfin user de sa liberté pour prendre une détermination. C'est donc l'éducation qui donne, à la puissance de volonté tout son développement. Et ici,.faisqns-le observer en passant, on voit quel mauvais service rendent à leurs enfants les parents qui les gâtent. Qu'enten4*on par enfant. gâté? Celui dont on caresse les instincts, tandis que l'on devrait lui donner l'babitude de les dominer. De bonne heure on jette dans ces jeunes êtres les germer des passions, ces cruelles maladies contre lesquelles ils se trouveront sans défense, parce qu'ils n'auront pas appris de bonne heure à leur opposer la puissance des forces intelligentes. On n'aura pas seulement empoisonné leur vie, on l'aura abrégée. — Du reste, Tobservation nous l'apprend, c'est dans les rangs inférieurs de la société, là où l'intelUgence des parents est la njoins perfectionnée, que l'on rencontre* le plus d'enfants gâtés.

XI. -^ Pour terminer enfin ce qui nous reste à dire sur les facultés intellectuelles, au point de vue de la santé, nou3 protesterons contre un préjugé trop généralement répandu. Beaucoup de gens pensent que les travaux de Tint^lligence usent les forces et abrègent la vie : c'est une immense erreur. Sans doute les forces de la pensée ont besoin d'intervalles de repos,

EXERCICE DE l' INTELLIGENCE. 245

comme toutes les autres forces ; sans doute aussi, dans Fexercîce des forces intellectuelles, il faut éyiter de troubler les mouvements vitaux et instinctifs ; par exemple, il faut, pendant le travail de la digestion, exercer Fimagination plutôt que le raisonnement ou l'observation; mais ce ne sont que lias questions de détail et d'application pratique.

Dans un sens général, on peut affirmer que Fexercice convenable des facultés intelligentes développe toutes les forces, §t, par conséquent, les conditions de vitalité. €eci pourrait, au besoin, être prouvé par la statistique; peut-être y reviendronsnous,' quand nous iraiterons de Thygiène des nations ; ici, il suffira de rappeler ce que nousavonsdit delà longévité des oti vriérs qui exercent des professions intelligentes, et d'ajouter, en passant, que, parmi les grandes corporations parisiennes, ce Sont les membres de llnstitut qui atteignent le maximum de la vie moyenne. Dans les classes ouvrières^ la profession qui offre la moyenne la plus élevée de longévité est celle des jardiniers : parce qu'ils sont beaucoup au grand air et parce que leur travail occupe, en même temps, les membres etrintelligence.

- C'est ainsi que nous pourrions expliquer comment beaucoup de prêtres et niême certains moines arrivent à une longue vieillesse; mais, pour ne pas fatiguer nos lecteurs, nous nous bornerons à faire observer, que c'est dans les ordres monastiques où la règle, sans être trop austère, impose, le précepte du travail intellectuel, que l'on trouve le maximum de la vie moyenne. Mes nobles et savants amis, les Bénédi&tins de Monreâle près Palerme, ces religieux qui se font pardonner, auprès du monde, leur froc et leur piété, par leur érudition, sont arrivés, pendant la première moitié de ce siècle, à une moyenne de 67 ans, pendant que la moyenne des autres classes de la société sicilienne n'atteignait pas 36. Il est vrai que les dames Bénédictines de la même ville offrent aussi de nombreux exemples de longévité et fort peu d'entre elles s'occupent sans doute de recherches scientifiques. Ici, la

longévité s'explique par d'autres causes du même ordre : la paix de Fâme, le calme régulier de la vie monastique et Thabitude de la prière. Peut-être pourrions-nous démontrer scientifiquement que la prière, si elle n'est pas une force, est au moins un moyen de susciter certaines forces. Mais cette nouvelle dissertation pourrait nous entraîner dans quelques erreurs théologiques ; nous la supprimerons.

Résumons enfin le petit nombre de conséquences pratiques qui nous semblent résulter des faits établis dans ce trop long chapitre.

l"" La matière organisée est dominée par des lois générales, forces chimiques et physiques.

t* Dans les corps animés, les forces physiques et chimiques, tout en continuant d'exercer leur action sur les molécules matérielles, sont cependant dominées et modifiées par les forces instinctives ou vitales.

S"" Dans le phénomène de la vie humaine, les forces instinctives ou vitales, sont elles-mêmes modifiées par les forces intellectuelles et surtout par cette faculté de Tâme pensante appelée la volonté.

4° On peut trouver des moyens de conserver la santé et de prolonger la vie, dans le développement des facultés intellectuelles et la concentration de la volonté.

L Obscurité des causes premières. — II. L'anâtomie

ET LÀ MÉDECINE. — III. LeS MALADIES SONT PLUTOT VITALES QU'ORGANIQUES. — lY. INCERTITUDES DE LA CHIRURGIE.

— Y. Base des théories médicales.

1. — Dans le chapitre qui Tient de finir, aussi bien que dans ceux qui précèdent, nous ayons parlé des forces, sans avoir, auparavant, défini ce que c'est qu'une force ; peut-être aussi nos lecteurs auront-ils été choqués d'une certaine confusion entre ces forces que nous avons nommées tantôt instinctives et tantôt vitales. Confusions et ambiguïtés déplorables sans doute, mais qui sont la conséquence inévitable de l'état de la science, de cette pauvreté des connaissances humaines, qui, dans les questions de cette nature, oblige bien souvent à demeurer dans le vague, pour ne pas tomber dans le faux. Heureusement, cette ignorance des causes de la vie n'empêche pas l'homme d'en utiliser l'action, et ainsi que l'a fait observer un spirituel philosophe, « on a mesuré presque c( toutes les forces de la nature, on n'en a pas même constaté « une seule ; mais on en parle et l'on s'en sert, comme si on « les avait constatées (1). »

Nous ne pouvons donc éviter, en résumant l'état de la science, d'en réfléchir, jusqu'à un certain point, les incertitudes dans notre langage ; peut-être, quand nous en viendrons à exposer l'ensemble de nos propres idées, oseronsnous nous exprimer un peu plus nettement. Mais il nous reste

(1) Essais de philosophie y par M. le comte de Rèmusat, t. II, p. 224. >

à achever cette étude des forces dans leurs rapports avec la conservation de la vie.

Les médecins, ou au moins le plus grand nombre, comme les zoologistes, comme les chimistes, comme les physiciens, admettent, nous l'avons déjà dit, un principe vital, des forces vitales, mais sans pouvoir préciser la nature de cette cause des phénomènes de la vie ; on ne sait pas s'il faut y voir un principe unique produisant des efiFets différents^ suivant les divers agents modificateurs qui sollicitent son action, ou bien un faisceau de causes agissant, Jans un but unique, sur la matière organisée.

Mêmes incertitudes sur la nature de Pâme et celle de l'instinct.

Tous ceux dont la raison est assez forte pour s'être dérobée aux ténèbres du matérialisme, reconnaissent que Thomme est doué en même temps des facultés que Ton nomme instinctives et de celles que l'on appelle intelligentes ; mais l'on est arrêté aussitôt que l'on veut préciser le point où finît l'instinct, où commence Tintelligence. L'observation et les expériences permettent seulement d'affirmer que les facultés ou forces vitales sont liées par des connexités intimes à celles que l'on nomme instinctives. L'instinct, en effet, n'acquiert son entier développement, que lorsque toutes les fonctions vitales de respiration, de nutrition, d'assimilation, s'exercent convenablement et comme le disaient les épicuriens de Rome en faisant allusion à l'instinct de reproduction, « Sine Cerere et Baceho, friget Venus. y> L'hippocratisme de Montpellier, exposé par Bartfaez et développé par son savant et spirituel successeur le professeur Lordat, offre peut-être le système le plus complet, le plus satisfaisant pour l'esprit parmi tous ceux qui ont fait école en médecine. Mais cette <loctrine du double dynamisme humain, qui admet la puissance psychique ou les forces intelligentes, la puissance vitale avec des forces instinctives ^t organiques, ne résout pas le problème théorique et laisse des doutes sur la nature

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