CONSTITUTION DES CORPS
Pourquoi récorce de saule et celle de quinquina guérissentelles la fièvre tierce, et non pas celle de bouleau ? Comment se fait-il que la morphine stupéfie, tandis que la strychnine tétanise?
Il ne sert à rien de répondre que la composition de ces corps n'est pas absolument identique. Eh ! quoi, un ou deux atomes de carbone ou d'hydrogène en plus ou en moins dans une substance, pourraient produire des efiets aussi prodigieux? Mais alors, je devrais éprouver des phénomènes analogues quand j'ajoute à mes aliments une pincée de sucre ou de fécule. 11 n^en est rien cependant.
La science se rapproche un peu plus de la vérité en expliquant ces difierences entre les propriétés des corps, par des difiEérences dans leurs diverses constitutions moléculaires. M^is comment les mêmes atomes élémentaires ontils pu se grouper dans la morphine et dans la strychnine en molécules difierentes? Cest nécessairement sous l'empire de deux forces difierentes. Mais aussi longtemps que ces molécules demeurent organisées, il est évident qu'elles sont encore sous l'empire de ces forces^ sans quoi la matière inerte qui les compose n'aurait plus de propriétés. Par conséquent nous sommes autorisé à affirmer que les propriétés des corps résultent de leurs arrangements moléculaires , et que ces arrangements moléculaires sont eux-mêmes maintenus par des forces spéciales interposées entre les molécules.
On le voit : pour arriver à la connaissance des choses, ce n'est pas la matière qu'il faut étudier^ mais les forces. Voilà aussi pourquoi les sciences naturelles se réduisent à des études de phénomènes. Ces phénomènes sont innombrables, parce que le nombre des combinaisons possibles est infini ; mais toujours on retrouve une ou plusieurs forces agissantes et la matière soumise à leur action.
La chimie, considérée à ce point de vue général, se confond avec la physique ; en eSet ces deux branches de
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la science sont liées entre elles par des connexités qui dei^iennent tous les jours plus intimes. On ne peut ni combiner, ni décomposer des corps, sans dégager des forces ; et toutes les fois que l'on applique des forces à des corps, on obtient des décompositions et des combinaisons.
L'art des analyses,, c'estnà-dira la décomposition des corps, a été poussé bien loin; ^trop loin peut-être pour que l'on puisse espérer d'arriver par des analyses, à la connaiss^uace de Tatome primitif. Si la diimie atteint jamais ce but, ce sera au contraire par des synthèses. La loi de Proust donne à penser, a Les proportions, d'après lesquelles les corps « simples s'unissent entre eux, sont exprimées par des « nombres qui, tous, sont multiples de l'hydrogène par a un nombre entier. » Si on rapproche ce fait de la denstlé et de la pesanteur de l'hydrogàie, si on réfléchit à la mystérieuse régularité qui préside aux harmonies de la création, on est autorisé à supposer que l'hydrogène est, de tous les corps, celui dans lequel l'atome élémentaire doit être à l'état le plus rapproché de la matière primitive, qui, elle-même, a commencé par être gazeuse, pour passer ensuite à rétat liquide et à la solidification.
Ces hypothèses sont probables, mais on ne peut les démontrer ; il n'en est pas de même de l'identité de la matière ; tous les faits concourent à prouver que la matière est une. Suf^oser que Dieu aurait créé 54 ou 68 corps simples, éléments primitifs, est presque une impiété, parce que c'est méconnaître le caractère de roulante harmonieuse qui a été imprimé aux œuvres divines.
Un professeur de chimie vous dira : L'atome de zinc est dif* férent de l'atome de cuivre. Qu'en sait-il? Jamais il n'a pw isoler ni l'un, ni l'autre. Tout ce qu'il lui est permis d'aÉfirmer, c'est que la molécule de zinc n'a pas les mêmes pro{»rié* tés que la molécule de enivre ; mais la chimie organique a démontré jusqués à l'évidence que les mêmes corps qu'elle appelle simples, c'est-à-dire les mêmes atomes, chimiquement
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parlant) peuvent s*unir poor former des composés dooës de propretés différenlefr^ et ayant aussi un état moléculaire fort âiflTàrentv Du carbone, de Tfaydrogène et de Toxygène, se cofinbinenty dans les mêmes proportions, pour faire du sucre ou du papier.
U est plus essentiel qD'onnele pense généralement d'insister sur cette identité de la matière, parce que c*est le seul oioyen de simplifier des questions compliquées. L'esprit huoiain ne compr^d bien que les choses simples. Aussi, est-ce par Tentendement que nous arrivons à la vérité; les complications etles doutes viennent toujours de nos sens.
L'élément primitif, matière essentielle de tous les corps, est donc toujours le même; mais les combinaisons de cette matière CQûstituent la diversité des corps et leurs propriétés; ces combinaisons, qui varient à Finfini, sont le résultat de certaines causes que les savants appellent des forces.
Nous ignorons la nature de ces forces ; nous pouvons seu lement affirmer qu^elles ne sont pas matière ; et il est permis de considérer comme des manifestations permanentes de la volonté divine les phénomènes qu^elles produisent.
111. «^ Ces forces nous semblent multiples dans leurs effets; mais elles sont régies par une loi commune. A côté de l'unité delà matière, il y a rbarmonie des mouvements, dont Tordre constant et régulier constitue ce que certains savants ont appelé la vie universelle.
Notre globe lui-même peut, jusques à un certain point, être conçu comme un être qui aurait sa vie spéciale et une sorte d'organisation gigantesque. Au centre, im noyau de matière incandescente, ensuite une couche d'eau retenue à l'état liquide par la double pression de l'atmosphère et de la croûte terrestre, enfin cette écorce solide. Voilà pour l'organisation de ce grand corps ; sa vie, ce sont ses mouvements réguliers, représentés par des formules algébriques et qui se rattachent aux harmonies générales de l'univers, ainsi que
les émissions et les absorptions de calorique, les dégageonents d'électricité qui, avec les variations régulières des angles de déclinaison de l'aiguille magnétique, indiquent et- établissent une connexité entre cette vie spéciale du globe et tous les phénomènes des choses terrestres.
La terre sur laquelle Thomme devait un jour être placée aurait donc été douée, par le Créateur, de toutes les conditions nécessaires à ces mouvements réguliers, à cette succession constante de désagrégations et d'agrégations qui est une sorte de vie rudimentaire : voilà pourquoi elle est le grand réservoir, la source inépuisable des forces qui agissent sur la matière brute. La vie des corps inanimés, leurs propriétés, leur organisation, leurs innombrables combinaisons, sont les résultats de Faction de ces forces. CTest toujours le grand dualisme du dessein primitif, l'esprit et la matière, la cause et le sujet.
Une pierre est composée d'atomes inertes identiquement semblables à ceux d'une autre pierre, mais groupés en molécules diverses par Taction de forces différentes qui auront, ici, constitué de l'or, ailleurs, du fer.
Voilà tout le secret des alchimistes.
IV. — C'est encore la même matière, ce sont encore les mêmes forces, que nous retrouvons dans les corps doués de la vie végétale et même de la vie animale ; mais là, les forces physiques et chimiques sont dominées par des forces spéciales et d'un ordre supérieur. Aussi les phénomènes sont-ils plus compliqués, mais ils conservent l'empreinte de l'unité de la pensée créatrice.
L'analyse chimique retrouve dans la matière végétale ou animale, les mêmes éléments que dans les corps bruts. La cellulose, base des tissus végétaux, est un composé ternaire (C. H. 0.]. On retrouve aussi, dans les plantes, d'autres éléments, de l'azote, des sels, des alcaloïdes ; mais ils ne font pas partie intégrante des tissus ^ ils y sont interpibsés ; de sorte que certains esprits tournés au mysticisme pourraient être