UNIVERSELLE. — XVII. PROLONGATION DE LA VIE
I. — L'hisloire de la médecine est un livre encore à faire ; il n'existe, sur ce sujet, que des compilations indigestes ou des résumés trop succincts ; mais, un tableau complet des diverses phases de l'art médical resserré dans un cadre philosophique, serait aussi intéressant quMnstructif. On y verrait l'esprit humain, enfermé dans le cercle étroit dont Tobser^^ vation entoure cette science, faisant de vains efforts pour en sortir, et y rentrant sans cesse.
n. — Les Chinois citent des médecins dès l'origine de leurs annales qui paraissent remonter avec une certitude historique jusques à une époque à peu près contemporaine de Noé. La médecine, disent leurs livres, a été fondée par l'empereur Xin-Num, qui apprit aux Chinois l'art de cultiver la terre et celui de guérir les maladies. Excellent médecin qui nourrisH sdii ses malades !
Aprèslui vint le grand Hoam-Ti, pour lequel les Chinois ont une vénération toute particulière et auquel ils font remonter plusieurs de leurs institutions, Hoam-Ti ne fut pas seulement conquérant et législateur, il perfectionna Tastro-
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nomie, la musique et la médecine. Les annales chinoises ne nous ont pas consenré les doctrines thérapeutiques de ce roi savant : elles affirment que, de son temps, la vie des honmies était plus longue- qu'elle ne Ta été un peu plus tard.
m. — Les Egyptiens, à Tapogée de leur puissance, c'est-àdire Ters le commencement de la douzième dynastie, avaient déjà réduit la médecine en corps de science et les prêtres s'en étaient réservé le monopole. La thérapeutique faisait partie du code religieux ; Pemploi et la composition des médicaments étaient déterminés par des règlements que le médecin ne pouvait enfreindre sans s'exposer à des peines sérères. La pratique des embaumements avait sans doute perfectionné leurs connaissances anatomiques, et Pline TAncien dit positivement qu'ils disséquaient les cadavres pour étudier les causes des maladies (1). Aussi étaient-ils arrivés, de bonne heure, à séparer la pratique de la médecine de celle de la chirurgie. Il paraît même qu'ils allaient plus loin, et qu'ils avaient établi la spécialité des soins à donner aux diverses affections du corps humain : chaque médecin devait se consacrer à l'étude d'un genre particulier de maladies. C'était le triomphe de l'empirisme. Après quarante siècles, nos civilisations modernes reviennent au même point. Nous avons des dentistes, des oculistes^ des auristes ; celui-ci ne guérit que la vessie, cet autre ne traite que les maladies de la peau et fait dériver toutes les souffrances humaines des affections cutanées* Cependant, si la civilisation égyptienne avait ses empiriques brevetés, elle reconnaissait aussi des doctrines, et le collée des prêtres formait des médecins dans l'acception générale de ce mot. L'histoire nous a conservé le souvenir de ce lacchus qui combattait avec succès des épidémies meurtrières. La connaissance complète des théories médicales de l'antique empire des Pharaons, serait sans doute d'un grand intérêt.
(I) Ub. XIX, cap. T.
Peut-être, quelque jour, nous sera-t-elle révélée par les saTantes investigations des successeurs de Chartipollion ; mais en attendant la découverte de quelque papyrus écrit par le médecin ordinaire du grand RhanasèSi on ne peut que eonjecturer.
IV. •*-* Nous n'avons guère plus.de détails sur la médecine des premiers Hébreux : on peut s'en convaincre en lisant b docte dissertation de dom Galmet (1) sur ce sujet. Nous igno» rons leurs théories médicales ; nous pouvons seulement présumer qu'ils employaient des simples, des frictions huileuses, et des applications ^e baUimesi et de résines. Jérémie dit : « Monter à Galaad^ fille d'Egypte, et achetez de la résine a pour vous guérir (2); » Il pavait aussi que, dès cette époque reculée, lés médecins formaient un o(»rps et exerçaient une profession rétribuée, puisque la loi de Moïse condamne les agresseurs à payer le médecin et les frais du traitement nécessité par des'Violences (3). On doit croireausst que ces traitements n'-étaient pas bien efficaces^ car nous lisons 'dans l'Eo' clésiaste, «que celui qui pèche contre son Créateur 'puisse atomber entre les mains des médecins (4)» » Un savant com-' mentateur ajoute naïvement au texte sacré in. En effet, le plu» « grand châtiment dont Dieu puisse punir un homme sur la « terre, est de le livrer aux remèdes et aux médecins. )» Le docte écrivain avait sans doute éprouvé les tourments de la médecine révulsive. • . . , ^
V. — Toutes ces recherches sur tes origines de' la médecine lafesent dans le douté un problème historique, qu'il serait utile de résoudre, mais qui demeure entouré de nrille obscurités.
L'art de guérii* a-t-il commencé par le grossier empirisme
{\) Commentaires êuria Bible, iif4(A.,'tV,p*2SO> t ! -
(2) Jérèm., xvi, 11.
(3) Exoa., xxj, 19.
(4) Eccl., XXXVIII, 15.
des sauvages, ou bien par Tapplication à la santé humaine d'une connaissance primitiye et antédiluvienne des lois de la vie? Grave question , qui touche à Torigine de toutes nos connaissanceSy et soulève une question plus générale encore.
A-t-il réellement eiisté une science et une civilisation primitive, ou bien les nations ont-elles passé de Tétat sauvage à celui de barbarie, pour arriver enfin, après des milliers de siècles, à la civilisation et à ce qu'on est convenu d'appeler le progrès?
Un mot, en passant, sur ces deux systèmes, que Ton retrouve dans rétude de toutes les sciences, et qui ont de tout temps divisé la philosophie en deux grandes écoles, entre lesquelles la pensée humaine, livrée à une seule autorité, flottera toujours indécise, parce qu'il a été dans la volonté de Dieu de laisser à l'homme son libre arbitre : « Nec désistent a cogitationibus (1). »
Il est certains esprits qui n'admettent comme positifs que ce qu'ils peuvent voir et toucher, qui ne reconnaissent qu'une seule autorité, celle des expériences, c'est-à-dire la sensation. Cette école produit des philosophes matérialistes et des médecins organiciens et, quand elle cherche à s'élever, elle tombe dans cet abîme sans fond qu'on appelle le Panthéisme, les Allemands disent aujourd'hui la philosophie de la nature. Dans ce système, qui, certes, n'a été inventé, ni par Vico, ni parJ.-J. Rousseau, les connaissances humaines sont le résultat de découvertes dues au hasard ou à l'observation. C'està-dire que l'analyse doit précéder la synthèse, et que l'homme n'a pu généraliser aucune science, avant d'avoir réuni en corps de doctrine un grand nombre de faits observés. Fort bien ; mais alors et, en prenant en considération la lenteur des progrès de l'esprit humain, quel nombre infini de siècles, il va vous falloir pour arriver à cette civilisation si perfectionnée des Sésostris; civilisation qui n'est pas attestée seulement
par la beauté de» formes architecturales^ mais aussi par la multiplicité des connaissances astronomiques, chimiques, mécaniques, médicales ? Si les Aragodes prédécesseurs du grand Rhamsès n'avaient pas connu les lois du mouvement des corps célestes, comment auraient-ilspu diviser Tannée en 365 jours : division qui est de toute antiquité en Egypte, ainsi que Ta trèsbien démontré M. le vicomte de Bougé (1). Si on n'avait pas, dès ces époques reculées, connu les lois de la mécanique, comment aurait-on élevé ces masses énormes dont le déplacement étonne nos architectes modernes (2) ? Là fabrication des couleurs, celle des verres coloriés, suppose une connaissance des lois de la chimie, qui, du reste, n*est pas bornée à l'antiquité égyptienne, mais qui doit avoir existé chez les peuples les plus anciens, car toutes les plus vieilles chroniques parlent de bijoux précieux, de vases d'or et d'argent, d'étoffes aux brillantes couleurs. Le livre de Job est d'accord, à cet égard, avec les plus antiques traditions écrites de la Chine et de l'Inde.
Le dogme de la métempsycose a été mélë de rêveries et défiguré par les disciples grecs de Pythagore, mais il est d'unn rigoureuse exactitude, si on l'applique seulement à la vie matérielle, si on l'entend dans le sens de cette transmutation con* tinuelle entre les arrangements mblécfblaires des atomes matériels, de cette reproduction incessante des corps animés, par les débris des végétaux, par les atomes minéraux et les débris des corps animés, enfin de ce grand mouvement de la nature, que nos savants appellent la vie universelle. Mais où donc Pythagore avait-il fait son cours de chimie organique ? Dans
(1) Mémoire inséré dans la Revue archéologique. Octobre 1847.
(2) L'illustre Bninel, ce savant ingénieur que les révolutions de France ont Jeté dans les bras de l'Angleterre, disait, il y a bien des années, à celui qui trace ces lignes : « Je crois savoir, en mécanique , autant qu'aucun de nos « contemporains; mais je serais fort embarrassé, s'il me fallait répéter les « tours de force des mécaniciens de la vieille Egypte, et même quelques-uns « de ceux d'Archimède. » n est vrai que Brunel a été dépassé par Stephenson, qui a élevé le pont-tube du détroit de Menai.
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rinde, en Egypte ; pea importe, on pourra toujours se demander quel a été le maître de ces professeurs du Tieux monde . qui en savaient autant que M. Dumas ou M. Liebig? que cette connaissance de la théorie de la nature ait été voilée d'allé^ gories et de fables dans les temples de Ninive, ou dans ceux de Babylone ou de Thèbes/peu importe encore. De qui les prêtres d'Egypte et ceux du premier empire d'Afrique^ avaient-ils reçu la connaissance des lois de la nature? voilà la question.
Partout on retrouve des traces de ce savoir primitif. Le Ghou-King nous raconte les grands travaux de Femparenr Jao et de ses successeurs, œuvres gigantesques, plus immenses peut-être que les immenses travaux des prédécesseurs de. Sésoslris ; mais Jao était contemporain des pères d* Abraham ; voilà donc une époque certaine et bien reculée où Ton trouve une masse de connaissances théoriques sans lesquelles Uexé* cution des grands travaux serait totalement impossible.
Il a dû en être de même, pour les sciences médicales. Un savant moderne (1) a fait remonter la doctrine du vitalisme de l'École de Montpellier, jusqu'aux plus vieilles civilisations de rOrient. Le Zend-Avesta appelle le principe vital Djan; son rôle est de conserver les forces du corps et d'entretenir l'harmonie de toutes ses parties. Le Zend-Avesta compare cette force vitale à une vapeur légère ^ui s'élève du cœur. N'y. a-t'il pas, dans ce passage, une indication de connaissances physiologiques très-avancées?
On le voit, la théorie de toutes les sciences remonte jusqu^à une époque peu éloignée de celle que nos livres saints assi-^ gnent au grand cataclysme diluvien ; et, pour ceux qui veulent absolument que les civilisations ne se soient développées qu'en se succédant mutuellement, et que la science soit née seulement de l'observation des faits, il faut donner au genre' humain une existence de plusieurs milliers de siècles, ou
(1) Ad. Franck, /aJra66a/6, p. 376.
même supposer que rhomme n'est qu'un grand singe amélioré par l'éducation ; il faut supposer enfin que les germe» de la vie humaine, comme ceux de la vie animale , ont, de tout temps, existé avec la matière et ont été développés par un aveugle hasard. Dans ce système, on tombe dans une foule d'absurdités réfutées par la tradition historique qui ne r^ monte pas au delà de quarante à cinquante siècles^ par la géologie qui est d'accord, pour les glandes divisions, avec le récit hiUkjue, et aussi par le bon sens, qui a bien aussi sa certitude.
Toutes ces difficultés dispi^rai^ent dans le système de la science chrétienne. Le monde, comme l'homme, H38t une création de Dieu ; la vie obéit, conline toutes les choses, à des lois immuables imposées par le Créateur aux mouvements de la matière. L'homme, dès l'origine, a vécu en société, ces sociétés ont commencé par une civilisation primitive, qui s'appuyait elle-même sur une science primitive, révélation plus ou moins étendue des lois naturelles. Dans cet ordres d'idées et de faits, tout s'explique*
Les premiers hommes conversaient face à face avec le Seigneur ; ils étaient souvent en rapport avec les intelligences d'un ordre supérieur; c'est ainsi qu'ils avaient appris la véritable science, celle qui met à la^ disposition de la volonté humaine les forces qui gouvernent les combinaisons de la matière. Enivré de cette puissance sur les choses terrestres» l'-orgueil humain entra dans cette lutte titanique avec la volonté de Dfêu , qui eut pour conséquence le cataclysme de Noé et dont on retrouve des souvenirs plus ou moins défigurés dans toutes les traditions anciennes. Le séjour dans Vardie n'avait pu faire oublier à la famille de Noé toutes les connaissances antérieures ; aussi la civilisation, les empires, les grands monuments recommencent-ils avec la multiplication des races issues de Noé ; tout cek suppose une masse de savoir, qui s'obscurcit un peu plus tard, dans cette époque de troubles et de confusion appelée par la Genèse la dispersion des peuples : véritable moyen âge, premier exemple de
cette loi sociale qui gouTerne et châtie les nations comme êtres collectifs indépendamment du ^sort des individus.
Toutes les histoires de l'origine des peuples font allusion à ces traditions. Les dieux sont un souvenir de Tépoque antédiluvienne ; et tous les peuples anciens leur ont attribué les premières notions scientifiques, parce quMls avaient possédé ces connaissances dès leurs premiers pas dans la vie sociale (1). Les héros se rattachent à Tépoque intermédiaire entre la dispersion dans les plaines de Ninive et la fondation de chaque empire ; c'est alors que les peuples se sont divisés en castes et que la science, devenue un arcane et un monopole des races cléricales, a été obscurcie par les allégories ou des mensonges. Mais nous retrouvons partout des allusions au savoir primitif.
La Bible reconnaît la science des Orientaux et des Égyptiens, elle en parle souvent. Les prêtres des Pharaons luttent de puissance avec Moïse ; et, quatre siècles plus tard, Salomon, ayant reçu de Dieu le don du savoir et la connaissance de toutes les choses terrestres, surpasse même les Égyptiens et les Orientaux (2). Salomon, du reste, était allié du roi d^Egypte, dont il avait épousé la fille.
M. le comte de Vaudreuil fait observer, dans un ouvrage très-curieux et déjà oublié (3), que les Grecs et les Romains avaient perdu quelques-unes des notions cosmographiques et astronomiques des peuples qui les avaient précédés en civilisation. La géographie n'est rien, si elle se borne aux descriptions des voyageurs ; elle ne devient une science exacte qu'en se rattachant aux lois de la mécanique céleste ; et, à ce point de vue, comme le dit très bien M. de Vaudreuil, Strabon et Plme sont inférieurs en connaissances exactes aux livres de Moïse et de Job.
(1) Reme archéologique, loc, cit.
(2) III RoU, y, 30, 33 et passim.
(3) Mœurs des anciens. ParU, 1S40, p. 74.
Plus lard nous retrouvons dans Josèphe (1) un souvenir de la sciefnce primitive dont les principes ont élé gravés parThot sur deux colonnes, Tune de bronze, Tautre de marbre. Tradition qui, soit dit en passant, paratt être Torigine des fameuses tables d'Hermès qui ont tant préoccupé les Akhimistes.
Cette science primitive était niée par quelques-unes des sectes de récole philosophique d'Alexandrie, comme elle l'a été aux dix-septième et dix-huitième siècles par les sceptiques modernes, comme elle Test encore aujourd*hui par certains savants ; mais elle était parfaitement admise par les Pères de l'Église. Saint Clément dit quelque part que la chîmie a eu pour origine les amours des anges avec les filles des hommes. Tertullien pense aussi, en s'appuyant sur l'autorité des livres d'Enoch, que des anges coupables ont appris à des femmes coquettes l'art de fabriquer l'or et les bijoux et de teindre les étoffes aux brillantes couleurs.
Les alchimistes, eux aussi, faisaient remonter leurs doctrines à une science primitive ; cette tradition se retrouve dans tous leurs écrits, soit de l'école des Juifs et des Arabes espagnols, soit de celle de Salerne et de Montpellier; elle est longuement résumée dans une dissertation d'Olaûs Borrichius (2) dont je ferai grâce à mes lecteurs.
La science contemporaine a aussi une certaine tendance à revenir à celte idée d'une civilisation spontanée appuyée sur des connaissances primitives : on y arrive par l'archéologie, par l'étude comparée des langues et car l'unité de l'espèce humaine, grand fait biblique démontré par M. Flourens et admis par un des plus illustres adversaires de la doctrine d'une science primitive (3).
Les recherches philologiques des érudils modernes ont une tendance à faire remonter les langues les plus anciennes à une langue primitive. On explique les caractères cunéiforrr.es
(1) Josèphe, liv. I, c. m.
(2) Olacs Borrichics, De oriu et progressu chimiœ.
(3) HOMBOLDT, Cosmo"^ 1. 1, p. 430.
30 CHAPITRE Illr
par le curde, comme Ghampolliona interprété les hiéroglyphes à Faide du cophte ; mais, ainsi que Ta fait observer un savant, le chaldéen et Thébreu n^étaient que deux dialectes d'une langue plus ancienne ; et, encore aujourd'hui, les Curdes de T Asie centrale s'entendent avec les Juifs. D'im autre côté, les naturalistes ont fait ressortir Tidentité de type entre les figures chaldéennes ou mèdes des plus aacieanes sculptures de l'Asie et les Juifs des basrreliefs grecs et romains. C'est le type que nous offrent encore aujourd'hui les Juifs du Ghetto, parce que cette colonie s'est, plus que d'autres, préservée des alliances étrangères et a conservé le caractère de sa race. Tous ces faits sont acquis à la science (!}• Ecoutons encore M. de Paravey : à propos du nom chinois de la salamandre, ce savant fait observer que les traditions et les préjugés des Grecs et des Romains se retrouvent à la Chine et au Japon ; d'où il conclut à l'existence d'un ancien centre de civilisation, source de la plupart des notions que nous" ont transmises les Grecs et que nous retrouvons dans les plus vieux livres de la Chine (2).
Les recherches sur les temps primitifs ont amené tous les bons esprits à des rapprochements qui font naître de curieuses réflexions. — Un archéologue anglais, aussi aimable qu'il était savant, s'étonne de trouver des rapports scientifiques dans les noms et les attributs des planètes. Pourquoi, par exemple, autant de métaux que de planètes ? Pourquoi une divinité dans chacune ? Pourquoi Hécate, divinité lunaire, préside-t-elle aussi à la terre et aux enfers ? Toutes ces vieilles traditions doivent découler d'une science défigurée et perdue, appuyée elle-même sur des connaissances primitives (3).
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. IX, p. 705.
(2) Ibid., t. VI, p. 245.
(3) Le lecteur me pardonnera cette citation d'une note manascrite de sir W. Gell, ami dont il m'est resté un bien tendre souvenir : « Namesand attrl- « butes of planets might be parts of some original knoipvledge. Why is there « a divinity in each ? Why the moon's divinity présides over eartb and bell?
HIPPOGRATB. 3t
L'étude de Fantiquité égyptienne inspire des réflexions analogues au plus illustre des historiens allemands. « Les « monuments de la vieille Egypte ont quelque chose de « mystérieux qui frappe d'étonnement. Chaque arête de la « base de la grande pyramide multipliée par 500, donne « les 56075 toises qui font le degré géographique ; le cube « du nîlomètre multiplié par 200 donne exactement le même « résultat... (1) »
11 est temps de couper court à cette digression, déjà peut-être trop longue au gré de nos lecteurs : mais elle n'avait pas pour but le vain étalage d^une érudition si facile de nos jours ; elle était intimement liée à notre sujet. A côté de la doctrine d^une science primitive et révélée, vient se placer le fait non moins remarquable d'une longévité que nous chercherons ailleurs à apprécier, mais qui permet de supposer que les doctrines médicales des premiers savants valaient bien nos sangsues et nos vésicatoires.
Quoi qu^il en soit, nous devons encore faire observer que les plus vieux livres de médecine cherchent toujours à s'appuyer sur Fautorité des ancêtres.
VI. — Nous en avons un exemple dans le divin vieillard de €os, considéré, par les Grecsy comme le disciple des Asclépiades qui^teux-mêmes, probablement, avaient reçu quelques doctrines médicales dérobées aux mystères des sanctuaires égyptiens. Nul sans doute ne voudrait reprocher à Hippo^ crate, si riche en sages préceptes, si admirable par son esprit d'observation, d'avoir manqué de théorie. Mais le respect dû au maître n'empêche pas la diversité des commentaires sur ses théories un peu vagues. Il est cité par les partisans de la
« Why as many planets as metals; seven at ûrstP AU thèse ancient traditions « as alchimy and astrology seem to belong to some lost science. »
(1) JoHAN VON MuELLER, Âllgemeine Gesehtchte. « Wir wollen das nralte « Egypten so schneil nicht verdammen : seine Denkmale* haben etwas « GeheinmissTolles das bewunderungswùrdige Ideen verrâth^etc....'. »
32 GBÂPITBE in.
doctrine Contraria contrarih tout aussi bîeo que par Hahnemano, qui soutenait que le principe Similia similibus était de rhippocratisme pur '1).
PeuUétre les ans et les autres avaient-ils raison.
Peut-être les deux systèmes sont-ils identiques dans leur principe; peut-être nV a-t-il pas de difierenoe essentielle dans les résultats, entre stimuler et cootre-stimnler. Qui sait si ces deux modes d'action sur Toi^nisme humain, ne se rattacheront pas à une même théorie, quand one connaissance plus approfondie des lois de la vie nous ramènera à une unité, souvent troublée, pour les esprits superficiels, par la diversité apparente des phénomènes ? Qui sait enfin si la science primitive, moins riche en observations, n'en savait pas plus que nous sur le secret de la Tie ?
Quoi qu'il en soit, le divin yieillard a frayé à ses successeurs des sentiers que Ton suit encore ; et pendant plusieurs sièdes la mé lecine n'a été exercée que par des disciples d'Hippocrate et des commentateurs de la parole du maître ; enfin est venu Galien, quis*est efforcé de systématiser la science des obser- TatioDS et qui a cherché à expliquer les causes des maladies.
VU. — On fait aujourd'hui peu de cas de Galien; on lui reproche l'absurdité de ses théories du sec et de l'humide, de ses classifications des affections froides et des affections chaudes, combattues par les médicaments chauds et les médicaments froids. Peut-être s'étonnerait-on du génie de THippocrate romain, si Ton considérait son système comme une synthèse hardie qui clierchait à devancer les découvertes de l'analyse moderne. Nos théories sur les fluides et les solides du corps humain et sur le calorique intérieur ne sont peut-être pas trèséloignées de celles de Galien.
Ylll. — On s'élève aussi contre la barbarie des médicaments
(t) RisUE.NO d'Amador, Mémoires de l'Académie royale de médecine, t. Vï, p. 320.
POLYPHARMACIË. 33
composés de son école, préparations que les Arabes devaient compliquer encore. Mais les modernes, qui yantent la théorie des médicaments simples, l'appliquent-ils réellement ? Quand TOUS donnez à un malade le médicament le plus simple, une cuillerée de yin de quinquina, par exemple, ne lui ayez-vous pas prescrit une c(nnposition d'eau, d*alcool, diacide tartrique, d*huile essentielle inconnue, particulière à chaque espèce de vin, de quinine» de cinchonine, de tannin, enfin de tous les éléments constituant le quinquina ?
N'estr-il pas aujourd'hui bien démontré que les plantes sont des corps composés d'hydrogène, d'oxygène» de carbone, d'un peo d'azote, de fibrine, de chlorophylle, d'huiles essentielles, de divers sels et encore d'autres prindpes qui échappent à l'analyse ? Suivant l'expression d'un médecin alchimiste : Ipsa medicina composita est ex naturâ (1).
Et même, quand aujourd'hui les maîtres de la science ordonnent ce qu'on appelle le principe essentiel des plantes, les alcaloïdes et leurs combinaisons , n'est-ce pas un composé d'oxygène, d'hydrogène, de carbone et d* azote quMls administrent ?
La puissance thérapeutique des alcaloïdes est incontestable ; mais ces corps, que l'on considère aujourd'hui comme renfermant toute la vertu médicale de la plante, sont-ils des corps simples? Non, sans doute ; le chimiste moderne n'y voit que des combinaisons d'éléments gazeux solidifiés en diverses proportions. La composition chimique de la morphine (C''H*WO*) se rapproche beaucoup, à l'analyse, de celle de la strychnine (C**H^^N^O®) ; mais quelles énormes différences dans les effets médicamenteux de ces deux substances dont l'une amène la mort par la cessation des mouvements, tandis que l'autre tue par une exaltation de mouvements désordonnés? Du reste, l'étude des alcaloïdes offre bien des anomalies inexplicables pour la science actuelle. Pourquoi cer-
k 1) Amaldas de Villanova .
34 GBAPITRE 111.
tains de ces corps sont-ils à peu près inertes^ administrés à Tétat de pureté, tandis qu'ils acquièrent une puissante énergie sitôt qu^on les a combinés avec quelques gouttes de vinaigre ? Pourquoi la quinine, chimiquement pure, estrcUe presque sans action sur la fièyre» tandis que la préparation pharmaceutique appelée quinine brute produit presque toujours les plus heureux résultats. Fait remarquable qui , soit dit en passant, est beaucoup trop souvent négligé par les médecins : ils s'obstinent à gorger les fiévreux de sulfate de quinine, sel qui ne guérit pas toujours et qui agit sur la rate de la manière la plus funeste (1), tandis qu ils arrêteraient les fièvres, sans danger, avec le lactate, le phosphate, ou le valérate de quinine et mieux encore avec des mélanges pharmaceutique^^ appropriés, dont la quinine brute ferait la base.
La science médicale du dernier siècle et des premières années du dix-neuvième, avait une tendance à repousser les préparations compliquées de l'ancienne médecine. On trouvait absurde de mélanger un nombre considérable de substances d'efiTets thérapeutiques analogues ou opposés ; on disait que si les substances mélangées étaient d'effets opposés elles se neutraliseraient et qu'alors l'effet du composé serait nul ; que, si elles étaient analogues, le composé ne produirait pas un effet qu'il fût possible de représenter mathématiquement par la somme de tous les effets des composants. Ces raisonnements ne sont pas en harmonie avec les véritables lois de la vie. On oublie, dans le fier mépris de la science de nos aïeux, que les mélanges forment des corps nouveaux dont les propriétés sont presque toujours différentes des propriétés des diverses substances mélangées. Il ne s'agit donc pas de savoir si les effets du composé sont en rapport avec ceux qu'aurait produits isolément chacun des composants, mais si l'effet unique produit par le composé est salutaire ou
(1) Trousseau et Pidoux, Thérapeutique et matière' médicale, t. Il, p. 333; Comptes rendus de l'Académie des sciences^ t. XVI, p. 107; Mémoire de
M. PlORRT.