‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 81 sur 146 · VIE ANIMALE · texte numérisé non relu

VIE ANIMALE

les intestins sont perforés par l'action du suc gastrique, qui reprend ses propriétés chimiques , après la cessation de la vie.

Les forces motrices musculaires et nerveuses agissent aussi, de leur côté, sur les organes de ranimai^ qui ne se borne pas, comme la plante, à assimiler, mais qui a été créé pour agir. Enfin tous ces actes, et, par conséquent, toutes ces forces sont dominées par Tinslinct, faculté qui permet à i'animal de défendre et de conserver sa vie pour remplir le but qui lui a été assigné par le créateur ; ce but est de servir aux besoins de Fhomme. Tons y concourent, même les carnivores, qui servent Thomme, à leur insu, en arrêtant le trop grand encombrement de la multiplication des autres espèces. Aussi à mesure que les sociétés humaines s*emparent d'un désert pour le fertiliser, les animaux féroces disparaissentils peu à peu.

Mais, pour remplir sa mission sur cette terre, l'animal devait conserver sa vie, et son instinct, qui l'y porte sans cesse, s^élève, chez certains animaux^ jusques à une sorte de médecine naturelle.

En général, les animaux sont avertis par le goût ou Todorat des qualités nuisibles des aliments, et leur instinct les porte à s'en abstenir. Mais quelquefois cet instinct conservateur se laisse égarer par d'autres instincts, qui sont les passions de la brute ; quelquefois aussi les fonctions digestives et assimilatrices sont troublées par des causes extérieures ; alors l'animal va choisir parmi les plantes le médicament approprié son mal. Il flaire, il examine, il surmonte le dégoût que lui cause l'amertume, mais il ne se trompe pas ; il mâche l'herbe qu'un médecin aurait pu lui indiquer, soit qu'elle contienne de l'émétine, soit qu'elle appartienne à la classe des laxatifs ou des diurétiques.

Voilà un acte d'instinct porté à sa plus haute puissance et qui indique une connexilé intime entre ces facultés que l'on appelle instinct et le principe même de la vie animale.

VI. — Ed rapprochant celte observation, de ce qui a été dit plus haut, sur le rôle des forces physiques et chimiques et des forces qui président aux fonctions, dans les phénomènes de la TÎe animale, on arrive à comprendre, que cette force appelée vitale, bien qu'elle forme un seul tout pendant la vie de ranimai, doit cependant être complexe dans son essence : nous pouvons donc la considérer comme une résultante de plusieurs forces.

Cette manière d'envisager la vie ne nous en révèle pas le mystère, jamais Thomme n'en connaîtra l'essence et la nature intime ; mais en expliquant ainsi les phénomènes vitaux, on éclaircit des questions jusqu'ici fort obscures et l'on peut arriver à des applications pratiques. — La scirnce ne doit pas élever plus haut son ambition. La connaissance des causes premières lui est interdite, mais il lui reste un vaste champ dans rétude des causes secondes. Elle ne peut pas analyser matériellement des forces qui ne sont pas matière; mais elle peut observer des phénomènes, appliquer Tintelligence à les classer et à les généraliser, elle peut enfin employer à la fois la raison et la main de l'homme à diriger les forces naturelles, pour reproduire dans un ordre donné des phénomènes utiles à ses besoins.

Nous considérons donc la force vitale des animaux, comme une seule résultante de plusieurs forces élémentaires :

Forces physiques et chimiques,

Forces qui président aux fonctions,

Forces ou facultés instinctives. —

Vil. — On retrouve cette même complication de forces si l'on s'élève jusques à l'homme qui assimile, qui agit et qui pense. Frêle créature, si on le compare à une barre de métal ou à un quartier de rocher, c'est lui cependant qui a façonné l'acier et s'en sert pour pulvériser le granit. Sa puissance, c'est la volonté dirigée par sa raison, qui agit au dehors au moyen des forces qui, elles-mêmes régissent les phénomènes

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de la vie universelle. Ces forces aussi exercent leur empire sur rétre humain qui, touchant à la terre par la composition de ses iHrganeSy est soumis, parcela méme^ aux lois de la vie des choses terrestres ; l'action de ces lois, sur la vie de rhomme, peut être dirigée dans un sens de conservation ou de destruction.

n existe enti^ l'homme et la brute une différence essentielle.

L'animal abrège raj^ement sa vie par des excès et ne se suieide pas ; l'homme, au contraire, est sujet à dépenser, en quelques années de jeunesse, les forces qui lui ont été données pour une vie entière et, souvent, il commet le crime du suicide. Cette triste faculté est une conséquence de sa liberté qui l'élève au-dessus de l'animal, dont les actes sont enchaînés, dans un cercle étroit, par les instincts.

Mais de cette faculté de destruction, il résulte nécessairement que nous possédons aussi celle de conservation ; et la divine providence, en nous l'accordant, a dû y joindre les liQoyens de l'exercer.

Ces inoyens consistent dans l'action de certaines forces répandues antour de nous et dont il nous est permis de diriger l'action par notre intelligence et notre volonté.

Un certain degré de chaleur est nécessaire à la vie ; cette ehaleur résulte d*une acUon de force que l'homme sans doute n'a pas créée, mais qu'il peut reproduire à volonté, en rapt>rochant les matières combustibles qui s'enflamment et le réchauffent.

' La vie de Thomme s'entretient donc par des forces ; ces forces, qui lui sont propres, sont homogènes à d'autres forces naturelles, dites par les savants forces physiques et chimiques, et susceptibles d'être, jusques à un certain point, assimilées par la force vitale^ qui répare ainsi ce qu^elle a dépensé. Mais l'homme a, par son intelligence, un certain empire sur ces forces naturelles ; par conséquent, il peut les employer, dans une certaine mesurera la conservation de sa vie. Ceci est

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clair ; il est tout aussi évident qu'eu lui donnant la faculté de conservation, Dieu lui en a imposé le devoir.

Nous avons, ici-bas, un but à atteindre, une mission à remplir ; le catéchisme nous l'a dit, dès notre jeune âge ; notre conscience nous le répète tous les jours. L'homme est placé sur la terre pour aimer ses semblables, leur adoucir les peines de la vie, adorer Dieu et le servir. Mais il ne peut remplir ces devoirs qu'avec l'intégralité de ses facultés ; donc il lui est obligatoire de les conserver. «

Là n*est pas la difficulté : l'instinct nous en dit tout autant

Il s'agit surtout de savoir comment la volonté de Thomme peut agir sur ces forces conservatrices de sa vie.

Pour résoudre le problème, il faut achever d'exposer nos idées sur la nature de l'être humain, établir les conditions qui le difierencient de Fanimal.

On ne tient compte, en général, que de la différence la plus frappante, celle qui résulte des facultés immatérielles. Dans un sens purement métaphysique, on a peut-être raison; sentir, raisonner et aimer, c'est la vie de l'homme, La sensation d'où résulte l'action ; la raison qui dirige la volonté ; l'amour, c'est-à-dire l'affinité de notre être pour d'autres êtres, affinité susceptible de s'élever jusques à Dieu lui-même : c'est par ces trois facultés, que l'homme est Roi de la terre, et c'est leur ensemble qui peut être considéré comme une sorte de trinité, image bien éloignée, sans doute, de la suprême perfection. La preuve que ces trois facultés constituent un seul tout, c'est que si F homme les exerce séparément, il va contre la nature et trouble un équilibre nécessaire. La satisfaction trop exclusive des sensations fait descendre l'homme jusques à la bestialité ; l'intelligence seule est égoïste, le doute la conduit à la négation, c'est-à-dire l'athéisme ; l'amour qui n'est pas gouverné par la raison et qui essaye de se séparer trop tôt de la matière, arrive au mysticisme et à la folie.

Les plus nobles des facultés humaines, celles qui permettent à l'homme de se détacher^ par la pensée, delà matière

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terrestre, sont donc intimement unies et ne forment qu'une seule essence immatérielle : cet être psychique est, en même temps, lié par d*intimes connexités aux forces, qui, elle»mêmes sont unies aux atomes matériels et constituent une machine agissante .

Tel est Tétre humain considéré dans son ensemble.

L'erreiir des philosophes, comme celle de beaucoup de médecins, est de vouloir considérer séparément ce que Dieu luimême a intimement uni. L'homme n'est pas plus un être psychique qu'il n'est une matière brute ou une machine, Hippocrate, Sydenham, Stahl, Bordeu, Barthez, tous les grands médecins de tous les siècles, ont compris, dans Thomme, l'existence du principe supérieur à la matière et la dominant. Réciproquement, saint Thomas, Bossuet, de Maistre, tous les philosophes chrétiens, ont posé les principes des véritables théories médicales, en bien précisant les rapports intimes de la machine lunaire, avec l'essence immatérielle qui en dirige les mouvements.

Dans ce principe ou cette cause immatérielle, il y a aussi des complications ; c'est un tout formé d'éléments distincts, par leur origine et leurs chances, mais, étroitement liés dans leur action. Importante vérité révélée à l'homme par les livres de Moïse, comme par la parole de l'apôtre; la Genèse (1) et les épîtres de saint Paul (2) distinguent le principe de vie (amma) de l'intelligence pure [spiritics.)

Mais cette âme corporelle et cet esprit sont tellement unis, pendant la vie de l'homme, qu'il faut toute la puissance de la parole de Dieu pour les diviser ; c'est encore saint Paul qui nous l'apprend (3). De sorte que, dans un certain sens, il est permis de dire que la séparation de ces deux principes, c'est

(1) Genèse, passim; Lévitique, xvii, H et 14. La Vulgate se sert indifféremment du mot exanimare, pour exprimer l'acte de tuer un homme ou un animal.

(2) Ad Hebreos, iv, 12.

(3) Sermo Dei... pertingens usque ad divisionem animœ ac spiritus. Ad Hebreos, loc, cit.

la mort de rhomme ; sa vie, c'est la conséquence de leur fusion intime.

Stahl et Barthez avaient donc raison tous les deux ; l'un, quand il considérait l'àme comme la cause de notre vie, et qu'il faisait remonter jusqu'à elle les phénomènes^ de la maladie et de la santé; l'autre, quand il expliquait tous les phénomènes de la vie, par l'existence d'un principe spécial chargé de diriger l'organisme. Leur tort a peut-être été de ne pas avoir bien compris et, par conséquent^ de ne pas avoir clairement expliqué T union intime de ces deux principes, divers, nous le répétons, dans leur origine et leur essence; mais qui, pendant qu'ils animent le corps de l'homme, ne font , avec ce corps, qu'un seul tout. Le génie de Barthez avait deviné cette lacune dans sa théorie, quand il avait appelé de ses vœux la découverte d'un troisième principe su^ périeur à ce qu'il nomme les forces psychiques et les forces vitales ; cette force supérieure n*est autre que le faisiceau des forces dont l'action simultanée préside à tous les actes de la vie. L'homme touche à la terre par la composition de ses organes, au monde des intelligences pures, par le souffle divin dont Dieu lui-même a animé son corps ; ced est une vérité triviale à force d'avoir été répétée, mais qui ne'peut servir à expliquer les phénomènes de son existence terrestre. Il faut nécessairement, pour les comprendre et les diriger dans un sens utile, reconnaître^ dans la vie humaine, une triaité :

Vie hatéroelle, sous l'empire des forces physiques et chimiques ;

Vie iNTiNSCTivE, sous l'empire de ces forces que la science moderne nomme vitales ;

Vie INTELLECTUELLE, SOUS l'empire des forces psychiques.

Le faisceau de ces trois vies constitue une unité ; leur action régulière et simultanée^ c'est la saptê; la perturbation de l'une de ces forces, ou même son excès, c'est la maladie.

Quelquefois il arrive pendant le sommeil, dans le somnambulisme magnétique, dans des paroxysmes de passions, dans

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