‹ Essai sur la conservation de la vieChapitre 88 sur 146 · IDÉES PATHOLOGIQUES ET THËRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

IDÉES PATHOLOGIQUES ET THËRAPEUTIQUES

EîaminoDS maiotenant un cas plus difficile et plus compliqué.

Un homme de 56 ans, à la suite de quelques chagrins et d^un excès de fatigues, est obligé de s'aliter ; il est attaqué d'une fièvre ardente qui a résisté aux antiphlogi$tiques et au quinquina ; bientôt les extrémités se tuméfient. Alors la maladie semble changer de caractère. La fièvre devient hectique, la prostration des forces est complète, Tinfiltration remonte des membres inférieurs, jusques à la cavité abdominale, qui, bientôt, révèle les fluctuations d'une masse énorme de liquide : le malade est devenu tellement monstrueux, qu'il est impossible de lui faire quitter son lit. Déjà des excoriations se manifestent sur plusieurs points, hb médecin, vieux praticien, a inutilement niis en œuvre tous les moyens indiqués par le savoir et l'expérience. Il a tour à tour employé les drastiques, les sudorifiques, les diurétiques ; il a même eu recours aux applications vésicantes, sans obtenir aucune sécrétion ; la peau reste sèche; les chairs, enveloppées d'une couche liquide» sont flasques et molles; l'inondation morbide est arrivée jusques au diaphragme; encore quelques jours, la poitrine sera envahie et le malade périra étouffé. En présence d'un tel danger, l'honnête médecin vient réclamer les avis de celui qui trace ces lignes. Le diagnostic était facile à établir : c'était une hydropisie générale, maladie simple dans la plupart des livres, mais évidemment compliquée pour l'observateur vilaliste. Il y a là, à ses yeux, une afiection de la vitalité elle-même, qui a réagi sur les fonctions de l'assimilation, en faisant passer à l'état liquide des matières cellulaires et graisseuses destinées à demeurer solides; une perturbation dans les fonctions de la transpiration et dans toutes celles qui amènent les sécrétions, par conséquent aussi un trouble dans les organes. A cette grave lésion de la vie instinctive, qui a eu pour conséquence la perturbation des forces physiques et chimiques, quels moyens curalifs opposer ? Pourquoi le traitement suivi jusques alors avait-il échoué? Ici, l'application des théories que nous

venons d'exposer était facile. Uexpérience, aussi bien qae le raisonnement, nous apprend que lorsqu'une hydropîsie guérit, la crise favorable peut s'opérer de deux manières : ou bien par d'abondantes sécrétions, ou bien par un mouvement vital qui, revenant à Tordre normal, solidifie presque instantanément les sérosités (1). En employant tour à tour et isolément les drastiques et les diurétiques, on avait inutilement augmenté l'irritation spéciale de l'oi^ane sur lequel venait agir chacun de ces médicaments; on avait perdu de vue un fait essentiel, c'est que là difficulté des sécrétions éfoit utiè des conséquences delà maladie et non pas sa cause; enfin on avait négligé d'agir sur les centres nerveux d'où partent 1^ mouvements de la vie végétative, et par conséquent, les fonctions'que l'on voulait rétablir.

Pour le vitaliste, au contraire, Tindication thérapeutique étaitclaireet facile. A une maladie complexe, il fallait opposer une médication composée ; cette médication devait s'attacher, en même temps, à ranimer et à exciter les forces qui président aux fonctions et à aider l'action de ces forces par l'emploi des agents reconnus pour stimuler spécialement les fonctions qu^il s'agissait de rétablir. Enfin, dans un cas aussi grave, cette médication devait pénétrer l'organisme par toutes les voies d'absorption.

En conséquence, on administra au malade des pilules dans lesquelles on associa le cérébrate d'ôr et de fer, composé chimique qui agit sur les centres nerveux, à divers médicaments nervins ou névro-sthéniques, à un peu d'aîoès, à la poudré de cloportes, à l'extrait de genièvre et à l'asparagine. On lui fit, en outre, boire abondamment une tisane de bourgeons de sapins et de baies de genièvre coupée avec du vin blanc et renforcée d'un élixir diaphorétique dont la base est la fleur de

(1) Ce phénomène a reçu, dans la Imgue médicale, un nom barbare que le Dictionnaire de l'Académie n'a pas voulu consacrer. Peut-être a-t-il raison. Peut-être les médecins se trompent-ils quand ils disent qu'une matière a été résorbée; on devrait dire assimilée.

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