SUR LA
CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUp^^^^^S
Pour acquérir une connaissance exacte de constitution minérale d'une contrée , il est indispensable de ne pas séparer la détermination des roches et des terrains qui composent son sol, de rétude de sa structure physique extérieure. Aussi, dans mes excursions géologiques dans les Pyrénées, j'ai eu soin constamment de diriger mon attention à la fois sur ces deux objets , qui doivent servir à s'éclairer mutuellement.
J'ai jugé qu'il devait en être de même dans cet ouvrage , et qu'il était nécessaire de commencer par faire connaître la structure physique extérieure de la cha(ine des Pyrénées , c'est-à-dire son étendue , sa largeur , sa direction , la hauteur de ses sommités, de ses cols ou ports , la disposition de ses vallées , etc. , en y joignant quelques indications purement géographiques.
Ce sera pour ainsi dire un premier aperçu général sur la chaîne des Pyrénées , lequel pourra être suivi aisément au moyen de la carte , et facilitera l'intelligence des descriptions minéralogiques.
Celles-ci seront données par ordre de terrains , en suivant les divisions et subdivisions les plus généralement reçues.
Pour diminuer la sécheresse de ces descriptions de terrains, il m'a paru qu'il était utile de faire d'abord connaître leurs masses principales et leurs rapports généraux , et que les développements et Jes preuves topographiques seraient lues ensuite avec plus d'intérêt.
Ces considérations m'ont conduit à diviser cet ouvrage en trois parties.
La première traitera de la Structure physique extérieure des Pyrénées.
La deuxième donnera un Aperçu général sur la nature et sur la disposition des divers terrains dont ces montagnes sont composées.
La troisième enfin contiendra la Description dé^ taillée de ces différentes espèces de terrains.
§. 1 . On désigne ordinairement sous le nom de situation Pyrénéen cette chaîne de montagnes placée sur les ^ ^t ' limites entre la péninsule hispanique et la France , ^^ y«^n^*^«qui s'étend depuis le cap de Cervere au sud-eat de Colliouvre, ou plutôt depuis le cap de Crem près de Roses sur les bords de la Méditerranée , jusqu'à la pointe de Figuera ou de Figuier près de Fontarabie sur les côtes de TOcéan, suivant une direction de Test sud - est à l'ouest nord - ouest. Cette chaîne traverse donc diagonalement les pays situés entre les 4^* 26' et 43** 23' de latitude septentrionale , et entre les i6* 52' et 20' 5o' de longitude à l'ouest du méridien de Vtle de Fer.
§• 2. On serait au premier abord tenté de croire LUsoiement que les Pyrénées forment une chaîne absolument ccttelîhaînft isolée, puisqueleurs deux extrémités aboutissent à la „.a"\*îpnf. mer; mais en jetant les yeux sur les cartes de France et d'Espagne, on reconnaît bientôt que cette chaîne n'est qu'une partie du système de montagnes de ces deux contrées. En effet , les Pyrénées paraissent se lier à l'est à la grande chaîne des Alpes par la montagne Noire et les Cévennes; et à l'ouest, bien loin
de se terminer à TOcéan à la pointe de Figuier, elles se prolongent à une grande distance jusqu'au cap A'Ortegal dans la Galice^ ; et leur terminaison apparente à la pointe de Figuier n'est autre chose que Textrémité d'un rameau latéral qui se détache de la chaîne principale au fond de la vallée de Bastan* : de même leur prolongement apparent à Test de leur jonction avec la montagne Noire et les Cévennes n'a lieu que par une chaîne latérale qui se détache au fond de la vallée de la Téta, dans la Cerdagne française , et qui porte le nom spécial à^ A Ibères.
On voit donc que les Pyrénées ne sont qu'une partie du système de montagnes de la France et de l'Espagne^On peut ajouter, d'après des considérations plus générales , qu'elles sont situées vers
* Quoique ce prolongement présente une chaîne trés-éleyée \
et non interrompue , il n*est désigné par aucun nom général; .^
chaque partie a sa dénomination particulière ; il ti^averse toute FEspagne septentrionale » en séparant la Biscaye et les Asturies de la Haute-Navarre, de la vieille Castille et du royaume de Léon, et se divise, dans la Galice, en plusieurs branches dont les deux j
principales se terminent à TOcéan , l'une par le cap d'Ortegal et l'autre par le cap Finistère. ^
> La vallée de Bastan se trouve à environ huit lieues de '^
Bayonne; sa partie supérieure appartient au territoire d'Es- *^
pagne. Le rameau qui s'y détache de la chaîne principale pour '
former l'extrémité occidentale des Pyrénées proprement dites, es t quelquefois désigné par le nom à^Atchiola onAtcholay quoique "^
ce nom appartienne plus particulièrement à une montagne qui fait partie de ce rameau, et qui est située auprès de l'abbaye d'Urdach.
rextrémité occidentale de la grande chaîne ou plutôt de cette longue suite de chaînes qui forment pour ainsi dire une ceinture de Touest sud-ouest à Test nord-est , à travers tout rancien^continent. Malgré ces observations, nous conserverons ici aux Pyrénées leur acceptiod vulgaire.
§. 3. La chaîne des Pyrénées constitue des limites sépantion naturelles entre la France et TEspagne; aussi a-t-elle foraél^ptr servi à déterminer les limites politiques, qùipartout, ^Py^*»*"à l'exception d'un petit nombre de points ' , sont axées d'après le partage des eaux ou la ligne entre les deux versants, de manière que tout le terrain situé au nord de la ligne de partage des.'^ux appar* tient à la France, tandis que celui qui est situé aq sud fait partie de l'Espagne.
lies départements français qui s'étendent jusqu'au faite de la chaîne , et forment ainsi les frontières avec l'Espagne, sont, en commençant à l'est , ^5 les départements des Pyrénées-Orientales j,\àt VArriégey de la Hautes-Garonne y des Hautes-Pyrénées,
' La vallée de Carol et toute la Cerdagne française , depuis le Col de la Perche jusqu'au port à^EspUalel, dans le département de l'Arrîége, 1^ partie supérieure de la vallée ôHAhescoa, qui comprend la forêt d^Irati, au sud-ouest de Mauléon dans le département des Basses-Pjrénées^appartiennent à la France, quoique ce^ contrées soient situées sur le versant méridional. D'un autre c^té , l'Espagne possède plusieurs pays sur le versant septentrional ; ce sont la vallée d'Arran^ qui n'est que la partie supérieure de la vallée de la Garonne; le terrain qui se trouve au ^d de la vaUée de Lousalde ; enfin toute U vallée de Ba^tan ^ celle de Bidassoa, & l'extrémité occidentale de la chaîne.
6 PKEIdlËRE PARTIE.
et desBasses^Pyrénées. Le département de VAude, plus éloigné de la chaîne centrale , renferme cependant aussi des montagnes qui appartiennent encore aux Pyrénées; ce sont ces chaînes latérales, par lesquelles les Pyrénées proprement dites se lient à la montagne Noire ^ et quelques autres rameaux détachés , dont le plus étendu est connu sous le nom de montagnes des Corbières.
Les anciennes provinces de France qui confinaient à TEspagne , ou qui renfermaient des rameaux considérables des Pyrénées, sont, en observant le même ordre que ci-dessus , le Vallspir ^ le Roussitlonj le ConflenSy la Cerdagne française , le Capsir j\e\£)onnezanj le Pays de Sauli^ une partie du Languedoc^ le Comte deFoix y le Conzerans, le Comminges y les Quatre-V allées ^ le Bigorre^ le Béam, le Pays de Soûle ^ la Basse^Navarre , et le Pays de Labourd.
Les provinces espagnoles attenantes aux Pyrénées sont la Catalogne, V Aragon, la Haute^Na-varre, et la Biscaye.
êti'ndue. s* 4- ^^ longueur de toute la chaîne est d'environ 85 lieues de France; sa largeur varie ; elle est plus considérable au centre qu'aux deux extrémités de la chaîne; on peut Tévaluer, terme moyen, à 20 lieues. Toute la surface du terrain occupé par ces montagnes est d'environ 1198 lieues carrées»
Vue
Pyrén
prise
de la viUe quelque côté qu'on les aborde. L'un des points les
^«« ^^^"^«» §. 5. Les Pyrénées se découvrent de fort loin , de
de Toulouse.
plus favorables pour bien jouir de la vue de cette belle chaîne, et sur la majeure partie de sa longueur, est Toulouse et ses environs , surtout du haut des coteaux de Pech^-David , à 200a toises' au sud de cette vîUe et sur la rive droite de la Garonne.
Là on se trouve presque en face du milieu de la chaîne 5 assez loin d'elle pour embrasser un vaste horizon , et néanmoins encore assez rapproché pour pouvoir bien en distinguer les principaux détails ".
Là les Pyrénées se présentent à la vue sur une longueur de plus de 5o lieues , depuis le Canigou^ dans le département des Pyrénées-Orientales, à 12 lieues de Perpignan ^ jusqu'aux sommités qui do-
" J'ai dessiné le contour de la chaîne des Pyrénées vue de Tobservatoire de Touhuse, M. Picot de Lapeyrouse ayant trouvé ce dessin exact, m'a fait Phonneur de le placer en tête de l'ouvrage qu'il a publié sur la Flore des Pyrénées {Histoire abrégée des plantes des Pyrénées, eilUnéraire des botanistes dans ces moniagnes, in* 8^, Toulouse, chez Bellegarigue , i8i5). Cet ouvrage étant entre les mains des naturalistes , je crois inutile de reproduire ici ce dessin, et je me contenterai de donner l'indication des angles que la direction dans laquelle on Toit chacune des principales montagnes fait avec le méridien de l'observatoire de Toulouse.
J'ai pris ces angles avec le secours de feu M. d'Aubuisson , directeur de l'observatoire etprofesseur d'astronomie à Toulouse, parle moyen d'un cercle répétiteur de Reichenbach.
À l'sST ou MiAIDIEN DE l'oBSERVATOIBB DE TOULOUSE*
Première montagne visible dans la direction de Quillan k
Jrles 38' 53' i5"
Le Canisou 34" 55' 1 5"
minent la vallée d'Ossau dans le département des
Basses-Pyrénées, aune journée de PaUjen offrant
Costabonna, on une autre montagne situëe aux environs de Prato^MoUo, au fond de la vallée du Tech 3oo iS' 35^
Le Soc ' Blanc, sommet du Uàurenti, prés de
Quengut 2a<» y 43"
La Maldonne j faisant partie du lÀaurenU 2i« ^ Si*^
Montagne de Tabe et Pic de Samt-Barthélemy 170 36^ 55^'
▲ l'ouest du MiaiDIEV.
Pic de Fraicheds S* 4' ^4"
Pic de Treiletto ii*» 46^ 55^'
Pic de Bonrepaux la** 4*^ 4^"
Ces trois montagnes sont au fond de la vallée d' Uslou»
Pic de MontvalHer i8<» 23^ 24"
Pic de Miey, ou de Barlungueres 21" 4^' ^^"
MaUdeBoulard 24» 25^ 25^'
Pic ife Mauberme 25* 5/ 55''
Montagne de Crabêre 29® 25' 25"
Ces cinq montagnes sont au fond de diverses gorges qui aboutissent à la vallée de Castiflon, Malade tta, aufbnddelavalléed'Fj^eraen^ra^o/t. 3i^ 50^ 25"
Crabiouks, au fond de Ta petite vallée de fys 38* Z& 55"
Punta de Souelsa, ou Pic de Batoua 4^* ^9^ ^^'
Mont-Perdu 49*" ^g^ 5"
Pic d'Arbizon 5o<» 28' i/'
NeouvieUe 52« 30^ 25"
Pic de midi de Bigorre 55*» 53' 45^
Pic de Montaigu 59" 1 3' 5"
Montagnes dans la direction du Pic du Midi de la
vallée d'Ossau 62» 52' 45"
La partie des Pyrénées visible de l'observatoire de Toulouse comprend en total un angle de loi"* ^6'.
UD taHleau aussi ravissant que majestueux qui occupe tout rhorizoD au sud. Elles paraissent ne former qu'une seule montagne oblongue qui s*élève insensiblement de l'ouest à Test. Son faîte est découpé par des sommets plus ou moins aigus , et par des dépressions plus ou moins profondes et plus ou moins évasées.
L'aspect de ces montagnes n^est pas toujours le même , il variebeaucoup selon l'état de l'atmosphère , l'heure du jour et la saison. Il 7 a chaque année très peu de jours où la pureté de l'air soit assez parfaite pour que l'on puisse apercevoir à la fois toutes celles de leurs sommités qui sont visibles des environs de Toulouse. La partie orientale et le centre des Pyrénées sont le plus souvent à découvert ; il est plus rare de bien voir la partie occidentale, qui est ordinairement obscurcie et même tout enveloppée par des vapeurs. C'est au commencement du printemps et à la fin de l'automne que ce beau spectacle est le plus clair et le plus complet, surtout le matin et le soir, un ou deux jours avant que le vent du sud ( vent d'autan ) s'élève , et même pendant quelques jours après, avant que les vapeurs se soient accumulées.
Pendant le vent de l'ouest et celui du nord, les Pyrénées sont ordinairement couvertes.
§. 6. La direction des Pyrénées, comme il a été dit Direction plus haut (§. 1), est de l'est sud-est à l'ouest nord- deU c^^ne ouest, faisant un angle d'environ 1 1 2" avec le mé-
ridiea. Cependant , quoique cette indication soit exacte en elle-même , on prendrait une fausse idée des Pyrénées si Ton croyait que cette chaîne s'étende suivant une seule et même ligne droite ; elle est 9 au contraire, composée de deux parties ou de deux lignes , qui ont , il est vrai , des directions parallèles , mais qui ne sont pas le prolongement Tune de Tautre. En effet , si Ton divise la chaîne en deux parties , à peu près vers le milieu de sa longueur , on remarque que la moitié située à l'ouest est plus reculée vers le sud d'environ 16,000 toises que la moitié située à l'est, de manière que deux lignes tirées, l'une sur le faîte de la partie occidentale et l'autre sur le faite de la jpartie orientale , formeraient par leur prolongement deux parallèles, éloignées l'une de l'autre de 16,000 toises. Néanmoins cet arrangement ne cause aucun déchirement de la chaîne ; les montagnes ne présentent aucune interruption , et ces deux chaînes , si on peut s'exprimer ainsi, se lient ensemble en faisant un coude presque rectangulaire. La Garonne^ le plus beau fleuve qui sorte des Pyrénées j prend ses sources dans les montagnes qui lient ces deux chaînes ensemble. La chaîne orientale se termine donc à la vallée de la Garonne par la montagne de Tentenade; mais le point où les montagnes qui servent à réunir ces deux chaînes s'attachent à la chaîne orientale , se trouve à quelque distance de Tentenade, et est marqué par un pic très élevé (1370 toises),
STRUCTURE EXTÉRIEURE. ii
nommé le Tue de Mauberme \ La chaîne occidentale commence par les montagnes du Port d'Espot y vis-à-yis et au sud du Tue de Mauberme.
§• 7. Les Pyrénées jettent, r ers le sud et yers le chainuns nord , de nombreux rameaux, qui s'abaissent insen* ^^^' siblement,à proportion qu'ils s'éloignent davantage de la chaîne centrale , et finissent par se perdre dans la plaine plus ou moins unie qui longe le pied des Pyrénées.
Il y a cependant quelques exceptions à cette disposition générale. Quelques-uns de ces rameaux ou contre-forts conservent une grande élévation sur des longueurs très considérables, et même jusqu'à la plaine , où ils se précipitent brusquement. D'autres, au contraire, se terminent déjà dans le sein même des montagnes , et finissent à la rencontre de deux vallées.
Ces rameaux se détachent de la haute chaîne centrale sous une direction à peu près rectangulaire , de sorte qu'on peut comparer leur position à celle des côtes de l'épine dorsale.
Il est rare qu'un rameau atteigne la plaine sans s'être divisé en plusieurs branches , qui même se ramifient diversement aussi à leur tour.
* Le root Tuc9i, dans le patois du Gouzerans y contrée où cette^ montagne est située, la même acception qnepic. Cette montagne est marquée mal à propos sur la carte de Roussel sous le nom de picdeLarty qui devrait être placé à peu de distance à l'est du lac d'Arrein,
la PREMIÈRE PARTIE.
chainoDs g. 8. Outre ces rameaux ou chaînoDs latéraux **" *** qui partent immédiatement de la chaîne centrale ' , on observe encore dans les Pyrénées un petit nombre de chaînons dont la direction est à peu près parallèle à celle de la chaîne , et qui sont souvent si bien séparés des rameaux latéraux qu'on ne peut pas les considérer comme une ramification de ces derniers.
Ces chaînons parallèles ne sont pas d'une étendue assez grande pour être comparés à ceux des Alpes et du Jura , lors même que Ton ne tiendrait pas compte des vallées qui les interrompent fré^quemment; cependant ils ont cela de commun avec ceux de la Suisse, qu'ils sont formés ordî-* nairement par un seul système de roche. Tous ces chaînons se trouvent plus rapprochés du pied de la chaîne que du faite, et à plusieurs endroits leur pente septentrionale se perd immédiatement dans la plaine ou dans les collines qui précèdent les Pyrénées de ce côté. Us s'y trouvent , comme il a été dit plus haut, en petit nombre, et les plus étendus et les mieux caractérisés se rencontrent dans le département de VArriége et dans celui des Ba$$e$^Pyrénées'^.
> J^entends par le mot chaùie centrale Pensemble àes montagnes qui déterminent le partage des eauK entre la France et l'Espagne, sans avoir égard à le ur structure, ni à la superposition des roches qui les composent.
* Dans le département de VArriége on observe deux chaînons parallèles très-bien prononcés et d'une étendue assez considérable ; l'un est celui qui borde la vallée de VArriége au nord.
STRUCTURE EXTÉRIEURE. i5
§. 9. Le point de départ commun à deux rameaux cokctPortf. opposés est ordinairement marqué par un exhaussement du faite, de même que la naissance de deux Tallées opposées l'est par une dépression.
Ces dépressions offrent les passages naturels d un ?ersant à Tautre. Dans les Alpes et dans les deux extrémités des Pyrénées on les appelle cols; mais dans le centre de la chaîne, ils sont connus sous les noms de ports. Les noms de cols et de ports sont donc absolument synonymes. Le pre-
depuîs la petite yille d^Ax jusqu'au village de Bornas au-dessous de Tarascon , et dont le sommet le plus ëlevé est le pic de Saint' Barthélémy ; FArriége Tinterrompt à Bonpas , mais il reprend sur le côté opposé , et en conservant sa direction de Test sud-est à Touest nord-ouest , il se prolonge jusqu'au village de Lacour, où il se termine à la vallée du Sattat, Tout ce chaînon est composé de granit y excepté à son extrémité occidentale , où U est recouvert en partie par le terrain de transition et même par le terrain secondaire.
 environ trois ou quatre lieues en ligne droite au nord de ce même chaînon , on en observe un]second moins élevé et beaucoup plus long. Ce chaînon commence aux environs d'^/fe^dans la vallée de l'Aude , et s'étend jusqu'à Saint'Martorjr sur la Garonne , où il se perd dans la plaine. Sa longueur totale est d'une vingtaine de lieues , mais sa continuité est interrompue par plusieurs rivières. Ainsi le Lers l'interrompt près de Bellesta, la Lectouire près de LaveUaneUe ,hi Douctouire près de PériUes , VArriége près de Foix , enfin la Larize le traverse par un conduit souterrain qui forme la magnifique grotte de Mazd*AziL
Ce grand chaînon est entièrement composé d'un calcaire qui se rapporte à celui que les géologues ont désigné sous le nom de calcaire alpin, si toutefois le calcaire du Jura doit être compris dans cette formation.
i4 PREMIÈRE PARTIE,
mier est usité dans les départements des Pyrénées-Orientales et des Basses-Pyrénées * ; et le second dans ceux de VArriége, de la Haute^aronne et des Hautes-Pyrénées.
J'observerai que , par ces noms de cols et de ports, on désigne non seulement les dépressions du faite qui servent de passage , mais en général tout passage quelconque qui sert de communication d'un versant à l'autre , et qu'il y en a même plusieurs qui ont lieu sur des crêtes et non sur des dépressions.
Ces noms de cols et de ports s'appliquent également aux passages qui ont lieu sur les chaînons latéraux de l'un de leurs versants à l'autre '.
Pente §. 10. On Sait quc la longueur moyenne de tous
des versant». , , . , , . i, a » i
les chaînons latéraux qui partent d un côte de la chaîne centrale détermine la largeur du versant. En conséquence celui dont les chaînons ou rameaux se terminent le plus près du faite est le plus court ou le plus rapide, et le plus long ou le plus doux est celui dont les rameaux ont le
> Dans la Basse-Navarre qui fait partie de ce département y les cols sont appelés Lepoa, mot qui , dans la langue basque , a précisémenl la même acception que coi, quoiqu'il signifie littéralement le cou.
'Les noms de Portillon, Cot, Hourque, HourqueUe, Fourque, Fourquette , Parie, Brèche, etc. , signifient encore le même objet ; ils dépendent de Pidiome du pays , et expriment même quelquefois de petites modifications dans la hauteur, la forme » ou la fréquence du passage.
STRUCTURE EXTÉRIEURE. i5
plus d'étendue 9 si toutefois les plaines dans lesquelles ils se perdent se trouvent au même niveau.
M. Kamond et d'autres célèbres naturalistes ont prétendu que le versant méridional était plus rapide que celui du nord. Je n'ose ni contredire ni confirmer cette assertion , n'ayant pas assez de données pour prononcer d'une manière positive. Les malheurs de la guerre ne m'ont pas permis de visiter les vallées espagnoles jusqu'à leur sortie dans la plaine , et de reconnaître ainsi l'étendue des chaînons qui les bordent. Au reste , il est même assez difficile de déterminer avec quelque exactitude l'inclinaison de la pente d'une chaîne de montagnes aussi vaste que celle des Pyrénées. Cette recherche exige non seulement une connaissance exacte de la longueur moyenne des chaînons latéraux des deux versants , et celle de la différence de niveau qui peut exister entre les deux plaines dans lesquelles les versants se perdent; mais elle demande encore de connaître, par des nivellements bien faits , la pente moyenne du sol des diverses vallées et celles des crêtes des rameaux.
Il est cependant certain qu'en général la pente de la chaîne centrale , proprement dite , est plus roide et plus escarpée du côté du sud que du côté du nord , de manière que l'accès du faîte est ordinairement plus difficile et plus pénible par le côté d'Espagne que par celui de France. En outre la
i6 PftEAlIÈEE PARTIE,
plupart des vallées françaises s'élèvent au faîte de la chaîne par une pente assez douce, ou plutôt par des étages plus ou moins larges , arrangement que Ton n'observe pas d'une manière aussi prononcée du côté de l'Espagne.
Enfin dans la partie la plus élevée des Pyrénées, dans les environs du MonUPerdu, on observe vers le sud un abaissement de montagnes extrêmement subit , tandis qu'elles se soutiennent vers le nord à une hauteur considérable, et sur une grande étendue '.
Tous ces faits rendent extrêmement probable l'opinion généralement reçue que le versant méridional est plus rapide que celui du nord; et l'analogie des observations faites à cet égard dans les Alpes et dans les autres grandes chaînes de l'Europe paraît la confirmer.
Abaissement S* * ^' Quaut à l'abaisscment que les Pyrénées Pyrénées subisscut vcrs leurs deux extrémités, celui vers l'est "^Teî^"" est bien plus rapide et plus brusque que celui vers cxirémiiés. l'ouest; car à une distance de i5 lieues de la Méditerranée, aux bords de laquelle ces montagnes prennent leur naissance , on les voit s'élever à une hauteur de plus de i4oo toises, tandis que du côté de l'Océan, où elles viennent aussi aboutir, elles ne s'élèvent à cette hauteur qu'à une distance de a2 lieues des côtes.
* Voyez la relation intëressante d'un voyage au sommet du Mont-Perdu par^M. Ramond , Journal des Mines, n« 83, p. 556.
$.12. Les Pyrénées renferment un grand nombre VaUées ; de vallées. Toutes les grandes vallées y sont des val^ dii^dHon lia transversales; car elles prennent leur naissance if^^giTev. auprès d'un col sur le faite de la chaîne centrale , et, en se dirigeant du sud au nord, elles forment un angle presque droit avec la direction de la chaîne. Les vallées du Tech, de la Téta, de VArriége et dehSidassûa, s'écartent pourtant sensiblement de cette règle générale.
Les vallées les plus longues se trouvent vers le centre des Pyrénées. C'est la vallée de la Ganmne^et celle deLavedan^ znoséepditle gave Béarnais, qui en passant par Pau se jette dans VAdour^ â six lieues au-dessus de Bayonne. La longueur de la première est d'environ quinze lieues , et celle de la seconde de treize.
A proportion que les vallées sontplus reculées vers les extrémités de la chaîne , leur longueur diminue.
Les vallées longitudinales, ou celles dont la direction est parallèle à celle de la chaîne , sont trèspeu étendues dans ces montagnes; elles ne sont le plus souvent que de simples gorges ou de grands ravins. Les plus considérables dans ce genre sont la vallée de Massât ou de Soulan^ et celle du Bas* tanj dans laquelle sont situés les fameux bains de Baréges \ Leur longueur est d'environ six à sept lieues.
* Il ne faut point confondre ia vallée duBastan avec celle de Boston qui se trouve dans les Pyrénées occidentales, et qui fait partie du territoire d'Espagne ^ quoiqu'elle soit située sur k verrat septentrional. (Voyez S. 3, note i.)
i8 FREUIÈEE PARTIE.
Entfée S. 1 3. Les YdUées qui se terminent à la plaine qui
des faUéea. ^ ^ ^ « r , , , ,
sert debase aux Pyrénées rers le nord présentent une entrée tantôt large , tantôt étroite.
Au nombre des premières sont les Tallées du Tech, de la Téta 9 de ÏArriége, du Sallat, de Lavedan , d'Ossau et plusieurs autres.
La vallée de la Garonne ^ celles d'j^ure, à'Aspe , de Baigorry , etc. , ont une entrée resserrée.
Mais ces différences n'ont lieu que dans les grandes vallées principales ; car on remarque que les vallées parallèles ont toujours des entrées étroites et resserrées 9 et il en est de même , presque sans exception , de toutes les vallées transversales ou parallèles peu étendues^ qui viennent se terminer à d'autres vallées au sein même des montagnes '. *
B«Miii» §. i4- Toutes les vallées des Pyrénées présentent étranglement uuc suitc de bassîns ct d'étranglements depuis leur
les TaUéct naissance jusqu'à leur fin.
préMntent. jjj^jjg ^es bassius , c'est-à-dire dans les lieux où les vallées sont plus larges et plus évasées , leur pente est assez douce , la rivière y coule avec lenteur et souvent en serpentant. Mais dans les étranglements 9 c'est-à-dire dans les lieux où les deux chaînes qui bordent la vallée sont très rapprochées et forment un défilé étroit et resserré , la pente est très inclinée, et les eaux la franchissent avec impétuosité.
< C'est surtout dans la partie supérieure de la vaille à^Aure que Ton observe ce fait d'une maniéi'e très frappante.
STROCTURE EXTÉRIEURE. 19
Dans la partie supérieure de la plus graude partie des Tallées, ces bassins sont toujours considérablement élevés les uns au-dessus des autres. Cette élévation a lieu ordinairement par un passage très brusque, soit par un escarpement de rochers, soit au moins par un plan incliné très rapide. La rivière se précipite alors en forme de cascade d'un bassin à lautre % ou bien elle roule en cataracte^sur le plan incliné du défilé qui sépare les deux bassins. .
11 résulte de là que les vallées , au lieu d'offrir une pente égale et uniforme , présentent au contraire des ressauts, et s'élèvent, pour ainsi dire, comme par étages , au faite des montagnes.
C'est dans les hautes régions des vallées que ces étages ou ressauts sont le mieux conservés. Dans les régions inférieures ils sont communément dégradés et même entièrement détruits ; mais on reconnaît pourtant leur ancienne existence par l'étranglement qui subsiste toujours , par la plus forte pente de la vallée , et par les matières d'alluvion et de transport accumulées dans la partie inférieure de ces défilés.
§. i5. Les renflements ou bassins des régions supérieures des vallées renferment fréquemment un
' La vaiiëe de Coûterez, surtout, offre beaucoup de ces chutes d'eau ; dans d'auU'es vallées elles sont moins nombreuses , mais quelques unes sont bien plus considérables : on en observe dont la hauteur est de 100 à i5o toises , comme par exemple la cas« cade de Las-manièros , dans la vallée de yicdessos, et celle de Seculejo, dans la vallée de Larboust»
Lacs.
OU plusieurs lacs, dont l'étendue est ordinairement proportionnée aux dimensions du bassin. Ces lacs sont fort communs dans les Pyrénées, on en trouve dans presque toutes les rallées du versant septentrional ; du côté de FEspagne ils sont moins fréquents , et ce phénomène contribue beaucoup à accréditer Topinîon rapportée ci-dessus (§. lo), que le versant méridional est plus rapide que celui du nord.
Lorsque ces lacs se trouvent à une grande hauteur dans la région des neiges perpétuelles, et qu'ils sont abrités contre les rayons du soleil et les vents chauds , la glace les couvre presque toute l'année. Ainsi le lac glacé du port d*Oo, et celui du portilbn d*Oo, ne dégèlent jamais ; le lac du Mont-Perduj et ceux d'Estom-Soubirarij dans la vallée de Gaulerez, conservent de la glace jusqu'à la fin d'août.
Les bassins même,qui aujourd'hui ne sont arrosés que par la rivière qui les traverse , présentent néanmoins très souvent des indices certains de l'existence d'anciens lacs, dont ils formaient l'enceinte. Leur sol souvent marécageux et tourbeux , quelquefois les vestiges de l'érosion des eaux sur les rochers à une élévation considérable au-dessus du sol , enfin la manière même dont la rivière ou le torrent sort de ces bassins , par une espèce de fente étroite et profonde, sont des témoins incontestables qui prouvent que ces bassins ont été autrefois fermés de tous côtés , et qu'ils ne se sont vidés que par la rupture de la digue qui y retenait les eaux.
STRUCTURE EXTÉRIEURE. ai
§. 16. La réunion de différentes vallées et gorges RéoDion à une autre yallée n'a lieu que dans les endroits où piatieortfforcelle-cî forme un bassin. C'est même une règle près- ^âtéwies à** que générale dans les Pyrénées, que l'étendue d'un ""îjîécr bassin est en proportion du nombre et de la grandeur des gorges et vallées qu'il reçoit'. Aussi lorsqu'une vallée change de direction d'une manière bmsque , ce coude est toujours suivi ou précédé par un bassin.
Les bassins les plus vastes de ces montagnes n'excèdent guère une longueur de 600.0 toises sur une largeur de âooo. Tels sont le magnifique bassfn A^Argellez dans ta imllée de Lavedan, et ceux de Bagnères dans la vallée de Luchon, et de Bédous dans la vallée d'Aspe.
C'est principalement dans la partie inférieure d'une vallée que l'on rencontre les bassina les plus grands , et en effet c'est ordinairement dans sa région inférieure qu'elle reçoit le plus grand nombre de gorges et de vallées d'une étendue considérable. Il résulte de là que les vallées sont en général plus larges dans leur région inférieure que vers leur naissance, où elles sont ordinairement si resserrées que le torrent occupe en entier leur sol.
%. 1 7. Les montagnes qui bordent une vallée ne ^^^^^
de* moDta- • Cette observation a été drfjà faite par M. Palassou. Voyezson ^**j'J"|*'®'^" Essai j page 77. Cet estimable naturaliste tire de ce fait Tun des les ▼allées, principaux arguments contre Topinion de ceux qui attribuent la fprmatioii des vallées actuelles à des courants de mer
ai PREMIÈRE PARTIE.
s'élèYent que fort rarement en une pente non interrompue jusqu'à la cime ; elles forment ordinairement plusieurs escarpements ou plutôt plusieurs pentes fortement inclinées , dont chacune est suivie d'un plateau plus ou moins horizontal. Le nombre et rétendue de ces escarpements , ainsi que des plateaux , est variable, et dépend surtout de l'élévation de la montagne et de la nature de la roche.
C'est communément sur le premier plateau , c'est-à-dire sur le plateau inférieur, que l'on trouve les villages les plus élevés.
On observe assez souvent que le plateau qui longe la vallée sur un côté, correspond parfaitement à un semblable plateau du côté opposé. Cela prouve que le sol de la vallée a été autrefois à la hauteur de ces deux plateaux, qu'elle s'est insensiblement approfondie et rétrécie , et les a laissés comme les témoins de son ancienne élévation et largeur. Cet arrangement des pentes est surtout sensible dans les régions supérieures des vallées ; car les montagnes qui sont situées plus bas et plus approchées de l'extrémité inférieure d'une vallée sont souvent si dégradées que ces terrasses ont tout-à-fait disparu, de manière à ne présenter qu'une seule pente depuis le pied jusqu'à la cime , qui ordinairement est aplatie ou arrondie *.
> C'est dans la vallée de Heas, qui, auprès du yiUage de Gèdre, aboutit à cdle de Baréges, laquelle n'est que la partie supérieure de celle de Lapedan, que l'on peut le mieux observer ce phénomène. Cette vallée est longée de deux c^tés, sur toute sa
STEUGTUIŒ EXTÉRIEDRE.
$. 1 8. Les vallées et gorges qui se réunissent de Dwpoutîoa deux côtés à une autre vallée ne présentent apcune goms
apparence d'ordre ou de symétrie dans leur dispo* utlrâic»! sition. Si elles se correspondent quelquefois , cet
longueur , par un plateau fort ëlevë au-dessus du sol actuel du torrent. Le plateau qui se trouve sur la pente gaucbe est la plaine de Coumelie, sur la montagne du même nom. Si l'on suit ce plateau, en se dirigeant vers la naissance de la vallée > on le trouve, à la vérité, interrompu par la vallée d^Sstauhé, qui se joint ii ceUe de Heas; mais outre qu'on pourrait ne pas tenir compte de cette interruption , qui est peu large et qui ne cause pas une grande dépression , puisque le sol de la vàQée d'Estuubé est très élevé au-dessus de celle de Heas, et peu au-dessous de celui du plateau de Coumelie , on remarque que c^ plateau de Coumelie continue au-delà de la vallée d'Estaubé, en prenant au pied du Mont'Ferrant, ou pic d'Aygudes, le nom de plaine de Poeyho^ eaux (Poi^bacou) , laquelle s'étend jusqu'au cirque dé Troumouse , qui est à la naissance de la vaUéedeHeas, sans autre nouveUe interruption que ceUe du vallon nommé VEau de MaiOet
Du c6té opposé, ou sur la droite de la vallée de Heas, on observe le plateau de Camphng, qui est à la même hauteur que celui de Coumelie. Ce plateau n'est séparé de celui d*Aguilla que par un ravin, et le plateau d'AguUla se joint au cirque de Troumouse,
La roche qui compose le sol de la vallée et les montagnes jusqu'à la hauteur du plateau est' de granité; mais la partie des montagnes qui se trouve au-dessus des plateaux^ de chaque côté de la vallée, est entièrement formée par le terrain de transition , savoir par du schiste argileux et du calcaire.
Lorsque ces deux plateaux opposés formaient le sol de la vallée , avant que le torrent eût creusé l'espace qui les sépare aujourd'hui , elle a dû présenter une vallée très large et peu profonde , analogue à celle à*Esiaubé , dont le sol , comme je l'ai déjà dit^ est à peu prés à la hauteur de deux plateaux.
a4 PREMIÈRE PARTIE,
arrangement n'est qu'accidentel. Les vallées latérales présentent ordinairement une pente rapide à leur sortie, c'est-à-dire à l'endroit où elles se joignent à la vallée principale. Plusieurs gorges et vallées peu étendues et très élevées se terminent même par un escarpement très considérable , de manière que leur torrent se précipite en forme de cascade dans la grande vallée. Telles sont entre autres les vallées de Sent, de Ba$$iés et de Saleix ^ qui toutes aboutissent à celles de Vicdeisos.h^ gorge de Medasoles, et celle d^Esquéry , se terminent aussipar un fort escarpement à la vallée de Larboust; enfin le torrent de la vallée d'Estaubéy qui se joint à celle de Héas , et ceux des gorges de Sauquè et à^Ossonne , qui toutes les deux aboutissent à la vallée deBaréges, forment des cascades au point de leur jonction à la grande vallée.
Bassins §, i g. Plusieurs vallécs des Pyrénées présentent à
en forme de , ^ . ,. ,. ., i .
cirque leurnaissance,aulieud uucgorge rapide ctétroite OU de quelques d'uuc suitc dc pctits bassins qui s'élèvent par étages jusqu'au faite de la chaîne , un seul bassin , plus ou moins étendu , entouré de trois côtés par une muraille de rochers et ouvert sur le quatrième côté, par lequel la vallée continue. Ces bassins sont souvent très profonds, c'est-à-dire que les murailles qui en forment l'enceinte ont une graade hauteur. Les murailles elles-mêmes sont communément surmontées d'un talus rapide , duquel s'élève encore une seconde muraille, qui enfin
vallées.
STRUCTURE EXTÉRIEURE. a5
atteint la crête de la montagDe. Cet arrangement permet de comparer ces sortes de bassins à un imphiUtéâtre ou cirque. Les montagnards les appellent , dans leur langue Tulgaire , ouïe ou houle , mot qui signifie poi, marmite.
Le plus beau de ces cirques est la fameuse ouïe de Gavarnie, à la naissance de la vallée de Baréges. Ce cirque n'est pas le plus vaste des Pyrénées , mais celui dont les parois sont les plus élevées et les mieux conservées; car dans les autres elles sont ordinairement très dégradées. Le cirque de Troumome^ au fond de la vallée de Héas, est plus vaste que Youle de Gavamie^ mais moins profond. Un autre cirque , au fond de la vallée d*Estaubé , est plus petit et plus dégradé. On rencontre encore de ces sortes de bassins , mais moins vastes et moins profonds, à la naissance de la vallée d'Ossonne et de Treimbareil , qui toutes les deux '
aboutissent à la vallée de Baréges ; dans la vallée de Betmalle, au pied de la roque de Balam , et dans celle d*Uret, qui toutes les deux sont des gorges latérales de la vallée deCastillouy près de Saint- Girons, dans le ci-devant Couzerans.
§. 20. Lorsqu'on considère la constitution physi- Mode que des vallées et les divers phénomènes qu'elles pré- L%™Ueu sentent, et que je viens d'exposer dans les pàragra^ phes précédents , on reconnaît facilement que leur excavation ne peut pas être le résultat ni de courants de mer , ni d'affaissements ou de soulève-
!i6 PREMIÈRE PARTIE.
meDts des montagnes ', mais celui d'une chute oq descente constante des eaux. II est plus que vraisemblable que les Pyrénées , lorsqu'elles sortirent de la mer où elles sont nées , n'ont formé qu'une seule longue montagne en forme de dos d'âne ; que les deux pentes n'étaient point unies, mais présentaient des creux , des enfoncements et d'autres inégalités ; que les eaux qui remplissaient ces creux ou bassins ont épanché leur trop plein par la voie 1^ plus conrenable aux lois de la pesanteur , et du côté où elles éprouvaient la moindre résistance ; et qu'enfin , en se versant des bassins supérieurs dans les bassins inférieurs 9 elles ont dû insensiblement excaver et creuser les rochers qui séparaient un bassin de l'autre, agrandir ces mêmes bassins, élargir et approfondir les canaux, pour m'exprî-
* M. Ramond a observé au sud du Mont-Perdu quatre ou cinq profondes gorges , dont le plateau qui supporte le sommet proprement dit du Mont-Perdu est âillonné, et qu*il regarde comme de véritables crevasses. Je n'ai pu bien voir que la plus grande , celle d^Ortessa, 'qui en effet m'a paru égale ment être le résultat d'un affaissement ou déchirement violent de la montagne ; et cette conjecture , à laquelle on est conduit principalement par la forme extérieure et par la situ)Btion de ces vallées sauvages, par leur peu de largeur, leurs parois escarpées , et la correspondance de leurs angles saillants et rentrants, se confirme encore davantage lorsqu'on remarque les nombreuses crevasses , encore Ouvertes et quelquefois très profondes, d#nt la roche de cette contrée , qui est du clilcairc alpin , est fréquemment traversée. En allant au Mont-Perdu par la Brèche de Roland ^ j'ai observé plusieurs de ces crevasses au bout de la plaine de MiUaris , vis-à-vis la naissance de la gorge é*Ortessa,
STRUCTURE EXTÉRIEURE. a;
mer ainsi , par lesquels elles s*écoolaiont d'un réserYoir à l'autre , et former de cette manière peu à peu de vastes conduits , auxquels on a donné le nom de vaUées.
$.21. Gomme je me propose de donner ailleurs vaUées une description succincte de la plupart des vallées p'*"^'P'*«» principales du versant septentipional des Pyrénées, je d«»« j^^j^** me bornerai pour le moment à une simple indîca- Pyr*°*««tion des noms de toutes les vallées principales qui prennent naissance auprès du faîte de la chaîne centrale et des lieux où elles se terminent.
Les villées du versant s^tentrional sont, d'après Toirdre dans lequel elle» se suivent de Test à Touest :
i^ La vallée du Tech. Elle atteint les plaines du Eou$$iUon auprès du bourg nommé le Boulou; et sa rivière se jette dans la Méditerranée , à quelque distance d'Elne.
â^ La vallée de la Téta. Elle se perd aussi dans les plaines du RounilUm; et sa rivière, en passant près de Perpignan , tombe également dans la Méditerranée.
3^ h^talUe de l*Aude. La rivière de VAude quitte les montagnes auprès de Limoux^ et, en passant par Carcatsonne, elle se jette enfin dans la Méditerranée , à environ 6 lieues de Narbanne.
4**. La vallée de l'Arriége. Celte belle et grande vallée se termine entre Foix et Pamiers, à la plaine du Languedoc. Sa rivière se joint à la Garonne ,
auprès du village de Pariet ^ à une lieue au-dessus de Toubuse.
5^ La vallée de VicdessoB. Cette vallée aboutit à la précédente , auprès de la ville de Tarascon.
6*. La vallée d*Erce.
'f. La vallée d'Vstou. Ces deux petites vallées se joignent à la grande vallée du Sallat , la première auprès du village A'Oust^ et la seconde auprès du hameau nommé le Pont de la Taule.
8^ La vallée du Sallat. Elle finit aux environs de Salies; et sa rivière , le Sallat, tombe dans la Garonne , au-dessous de Saint-Martory.
9^. Vallée de Castillon , ou vallée Caêtillonaise. Sa rivière , le Lers , se jette dans le Sallat auprès de Saint 'Girons. Sa partie supérieure s'appelle vulgairement la vallée de Biros.
lO^ La vallée de Ger, on d'Aspect. Le torrent de
cette petite vallée tombe dans la Saronne, auprès
du village de Montespan, à d lieues de Saint-^au-
dens.
1 1^ La vallée de ta Garonne. C'est la vallée la
plus étendue des Pyrénées ; elle se termine à la
plaine du Comminges , entre Sainte Bertrand et
Montre] eau. Depuis sa naissance au port de Mont^
gary jusqu'au pont du Roi, à une lieue et demie
au-dessus de Saint* Béat, elle porte le nom de
vallée d'Arran , et fait partie du territoire de la
Catalogne (§. 3, note).
lâ"". La vallée de Luchon. Elle se joint à celle de
la Garonne , auprès du village de Cierp.
i3*. La vallée de LarbomU Elle débouche dans la fallée précédente , auprès de Bagnères^de^ Luchan.
l4^ La vallée de Louron. Sa rivière grossit celle delà vallée d^Aure, auprès de la ville d*Arreau.
]5^ La vallée d'Aure. Elle se termine à la plaine et au pays de coteaux des environs de la Barthe^ de^Nestes; et sa rivière se joint à la Garonne auprès de Montrejeau. Sa partie inférieure est connue sous le nom de la vallée des N estes.
i6\ La vallée de Campan. Cette belle vallée, quoiqu'elle soit assez grande, ne prend pas naissance sur le faite de la chaîne centrale , comme toutes les autres que je nomme ici. Elle est formée par une ramification de cet énorme chaînon latéral qui sépare la vallée d^Aiire de celle de LatUan. Elle débouche dans la plaine de Tarbes; et la rivière qui Tarrose est VAdowr, qui , à une lieue au-dessous de Bayonne^ se jette dans TOcéan.
l7^ La vallée de Héas. Petite vallée peu importante , qui , auprès de Gèdre, se termine à celle de Baréges.
l8^ La vallée de Lavedan. Cette grande vallée porte le nom de Lavedan depuis son entrée jusqu'à Pierrefittes , où elle le change en celui de vallée de Baréges, ou bien on la nomme aussi vallée de Gèdre ou de Gavamie, selon que Ton parle d'une partie de la vallée qui est plus ou moins approchée de l'un ou de l'autre village. Elle se termine
5o PREMIÈRE PARTIE,
à la plaine , auprès du séminaire de Betharam. La rivière qui la parcourt est le gave Béarnais^, qui, à 6 lieues de Bayonne, se joint à VAdour.
1 9"*. La vallée de Cauterez. Elle se termine à celle de Lavedan, auprès de Pierre filles.
ao*. La vallée d'Azun. Elle se termine également à celle de Lavedan, auprès d* À rgellez.
âi^ L^ vallée d'Ossau. Elle débouche dans le pays de coteaux, auprès à'Arudy. Sa rivière» le gave d'Oleron, va grossir le gave de Pau, auprès de Peyhoràde. ,
22^ La vallée d'A^pe. Elle se termine au bassin à'Oleron, où son gave se réunit à celui à'Oleron.
âS"". La vallée de Barétons, petite vallée qui se termine également au bassin d'Oleron.
2^^*. La vallée de Soûle, vulgairement pays de Soûle. Elle se perd dans le pays de collines , audessous de Mauléon; et sa rivière, le Soisson, se jette dans le gave d'Oleron, à peu de distance audessous de Sauveterre.
25^ La vallée de Cize , vulgairement pays de Cize. Elle se réunit à celle de Baigorry.
â6*. La vallée de Louzaide. Elle se termine au bassin de Saint- Jean-Pied-de-Port ^ formé par la vallée de Cize. Sa partie supérieure appartient au territoire espagnol.
' Dans tout le Béam e| dans une partie du Bigorre , on désigne par le mot gave toutes les rivi'Tes et torrents de ces proyinces; et on les distingue ensuite par le lieu principal que ces rivières traversent , ou par le nom de la vallée dans laquelle elles prennent leur source.
STEUCTURB EXTÉAIBURE. 3i
27^ L^ vallée deBaigorry. Elle finit au-dessous du bourg de Cambo; et sa rivière, la Nive, se joint, à Bayonne^ à YAdour.
28^ Lsi vallée de Bastan ($. lii, note). Sa rivière, la Nivelle, tombe dans l'Océan , auprès de Saint-- Jeat^e-Luz. La région supérieure de cette vallée fait partie de la Haute^Navarre.
29 ^ La vallée de la Bidas$oa. Sa rivière se jette également dans TOcéan, près de Fontarabie. Elle appartient presquç en entier à la Guipuzcoa.
Il y a encore un grand nombre d'autres vallées sur le versant septentrional, que je passe sous silence» comme étant trop peu importantes , ou bien comme étant des vallées latérales qui prennent naissance dans les chaînons qui bordent les grandes vallées, et dont je ferai mention dans la description des vallées aujcquelles elles aboutissent.
Les principales vallées du versant méridional , en suivant le même ordre que, nous avons observé en indiquant les vallées du ^ers^nt septentrional , sont :
i\ La vallée de Ja Muga. Sa rivière, en passant près de Figuères dans la Catalogne , se jette au golfe de Koses dans la Méditerranée.
2^. l^valléedu Ter. Cette vallée est beaucoup plus considérable que la précédente. Le Ter, qui l'arrose^ passe près de Gironne, et tombe également dans la Méditerranée.
y. Xa vallée de Rigart^ petite vallée qui auprès de Ripol aboutit à celle du Ter,
[^^. La vallée du Sègre. Sa partie supérieure fait partie de la Cerdagne française. Sa riYÎère, le Sègre ^ tombe dans TÈbre, auprès du fort de Mesquinensa dans la Catalogne.
b\ La vallée de Balire.
6*. La vallée d'Ordino. Ces deux vallées se réunissent auprès du bourg A'Andorra , et leurs eaux grossissent le Sègre auprès de la ville d^UrgeL Elles forment avec leurs gorges et vallées latérales le pays à'Andorra , pays neutre qui a sa fortne particulière de gouvernement '^
7*. La vallée de Ferrara.
8^ La vallée de Cardous. Ces deux vallées se joignent ensemble auprès de Tirbia , et leur rivière tombe au-dessous de ce bourg dans la Noguera Paillaresa.
9^ La vallée de Paillas. Elle est arrosée par \sl Noguera Paillaresa^ qui , à quelque distance au-dessus de Ballaguer^ tombe dans le Sègre.
lo*. La vallée de Borri. Cette vallée est peu étendue, et elle est arrosée par la Noguera de Tort, qui se termine auprès du village de Torre à \di Noguera Ribagorsana.
ll^La vallée de Ribagorsana^ vulgairement vallée de Senet. La Noguera Ribagorsana parcourt cette grande et belle vallée, et se jette dans le Sègre entre Ballaguer et Lérida.
» Voyez Ebauche d'une description abrégée du département de VArriége , par M^ Mercadier, ingénieur en chef del ponts et chaussées , in-8® ; à Foix, an ix > pag. a et suit.
12^ La vallée d'Esêera^ vulgaîremeDt vallée deBenanque. L'Essera va grossir la Cinca > entre Balbastro et Graus.
i3°. L^ vallée de Gistau ou de Giêtain. Elle se jointà ceUe de la Cinca, auprès du village deSalinos. La rÎTière qui la parcourt s'appelle la Cinquetia.
i4°. Lz, vallée de la Cinca^ vulgairement vallée de Bietsa ou deBéome. Sa rivière, la Cinca, prend sa source au pied du MonU-Perdu \ et se joint au Sègre^ à peu de distance au-dessus de sa jonction à YEbre.
1 5*. Lavalléede Brotto. Sa rivière, VArra^ grossit la Cinca, auprès de la petite ville de T^cn^a.
i6*. Ldi vallée de Thêne. Sa rivière, le Gaillego , tombe près de Sarragosse, dans YEbre.
17*. La vallée de Canfrano. Elle est arrosée par YJragon, qui , à Alfera , tombe dans YEbre. '
i8*. Le val d'Atia,
19*. Levald'Aragues.
20\ Le val d'Éeho.
2i\Leval d'Anso. I Le» eaux de toute» ces val-
22*. Le val Roncal. \ lées grossissent VÀm-
25'*.LevaldeSalazar. [ gon.
24** Levald'Ahescoa.
25^ LevaldeBoncevaux.
2e\ Le val d'Erro.
2i['. Levai de Heugui, et celui de Lanz, dont les eaux , après s'être réunies au-dessous de Pampe-lune, tombent immédiatement dans YEbre.
54 PftEUIËRË PARTIE.
Court S- ^^- ^^^ Pyréuées , comme on le sait, forment
des ^iWère* 1;^ séparation des eaux entre la France et Ti^spagne. Pyrénéet. £es caux quî descendent dans les vallée» espa-^ gnoIes vont grossir l'Ebre , à l'exception des rivières de la Muga , du Ter, et de celle de Rigart ( §. 2 1 )• Mais celles qui s'écoulent par le versant septentrional se jettent en partie dans l'Océan et en partie dans la Méditerranée.
Toutes les rivières quî se trouvent à l'est de l'Aude , y compris celle-ci , se jettent dans la Méditerranée ; les autres, au contraire, depuis YArriége jusqu'à la Bidassoa , se versent dans l'Océan , parce que les montagnes qui se trouvent entre Y Aude et YArriége sont précisément celles qui lient les Pyrénées à la montagne Noire , aux Cevennesy etc. (§• u).
Cependant ces rivières ne débouchent pas toutes immédiatement dans l'Océan ; il n'y a que la Garonne, YAdour et la Bidassoa ' qui l'atteignent, et qui reçoivent les eaux de toutes les autres.
> La Garonne , le plus beau fleuve des Pyrénées , prend sa source au fond de la vallée d^jirran, dans les montagnes qui lient la chaîne orientale à la chaîne occidentale ($. 6). Elle reçoit , soit immédiatement au pied de la chaîne , soit assez avant dans la plaine y VArriége, le SaUat, le Gers et la Neste d'jiurcj qui toutes lui amènent les eaux de leurs vallées latérales.
UAdour sort d'un chaînon ou rameau de montagne qui se détache de la chaîne centrale dans sa partie la plus élevée. Après avoir arrosé la ^elîe vallée de dvnpan^ il entre dans la plaine
^ â3. L'eau qui forme les torrents et les rivières des Nature Pyrénées est presque toute fournie par des sources. Pyrénées. Celle qui provient de la fonte des neiges et des glaciers n 'est guère considérable qu'au conoimencement de l'été ; car il y a peu de glaciers dans ces montagnes , et leur étendue n'est pas assez grande pour que le volume d'eau qu'ils fournissent puisse être comparé à celui des nombreuses sources qui arrosent et rafraiehissent ces belles montagnes.
Il résulte de là que les eaux des rivières sont en général d'une grande limpidité, et qu'elles ne sont point blanchâtres, troubles, comme celles de la plupart des rivières des Alpes. Les torrents même qui sortent immédiatement des glaciers sont très limpides ou beaucoup moins blanchâtres que ceux des glaciers de la Suisse. Gela provient sans doute de la situation des glaciers. Les glaciers des Alpes sont fréquemment encaissés dans une vallée, et dominés par de hautes montagnes très escarpées et susceptibles de fréquentes dégradations ; les éboulements qui en résultent, tombant sur les glaciers , y répandent une poussière extrêmement fine , qui
de Tarbes, et, après avoir fait un contour considérable au nord y il se dirige au nord-ouest , pour se jeter dans TOcëan , à une lieue de Bayonne. U reçoit les eaux de toutes les rivières entre la vallëe d'Jure et celle de la Bidassoa.
Enfin la Bidassoa est une petite rivière. Elle prend sa source au col de BerdarUz, au fond de la vallée de Boston, et, sans être grossie par d*autres eaux que celles que lui amènent les torrents de ses gorges , elle débouché auprès de Foniarahie dans l'Ocâin.
se mêle avec les neiges , et salit les eaux qui pro-
yieoDent de leur fonte.
Dans les Pyrénées, au contraire, les glaciers n'étant point enclavés entre de hautes montagnes, comme il sera dit plus bas , mais étant seulement étendus sur leurs sommets et leurs pentes , ne sont point aussi exposés à recevoir des éboulements considérables de terres et de pierres; leur neige reste plus pure, et l'eau qui en résulte n'est point salie de substances étrangères.
Situation §. 24* Après avoir exposé les faits les plus remarsommités quables que la constitution physique des vallées des plus élevées Pyréuécs uous présente, je passe à la description de Pyrénées. ^^"* ^^ ^^ ^^^ moutagues offircut de particulier par la hauteur qu'elles atteignent , et par l'arrangement des divers massifs qui composent cette chaioe. Dans les Pyrénées , comme dans toutes les * autres montagnes, le faite de la chaîne centrale est en général la partie la plus élevée ; il y a pourtant plusieurs chaînons latéraux ou rameaux détachés dont la hauteur égale non seulement celle de la chaîne centrale, mais qui la surpassent encore, au moins en quelques points. Il est même assez remarquable que la plupart des sommets Us plus élevés de ces montagnes ne se trouvent pas précisément sur le faite de la chaîne centrale , mais sur la crête de quelque rameau , à la vérité peu éloigné , sur l'un ou l'autre versant.
Ainsi le Mont-Perdu, la Punta de Lardana , et la
STEI3GTURE EXTÉRIEURE. 3^
Maladetta, sont toussitués sur le versahtméridional ; tandis que le Canigouy le roc Blanc j le pic de Saint-- Barthélémy, le numt Ealm, le pic du midi deBigorre, hiiouné, le pic du midi d'Oêsau, etc. , se trouvent tout-à-fait en France ^ Ces montagaes ne forment donc point le partage des eaux entre la France et l'Espagne.
Test à l'ouest.
S- 25. Les Pyrénées prennent naissance, comme ^^^* ^.^ je Tai dit plus haut (§.1)9 au cap de Creu$, prés du cipaax golfe de Ro$e9. Elles y sortent brusquement de la l'ordre dans Méditerranée, et forment d'abord des montagnes UssontpUcés basses qui pourtant ne tardent point d'atteindre une élévation d'environ â5o à 3oo toises au-dessus du niveau de la mer, qu'elles conservent jusqu'au col de Pertu$s prés du fort de Betlegarde, où elles s'abaissent un peu' .
Elles se relèvent bientôt au sud de Céret, et
• 'Le pic de SMnt-Barthélemjr, le Canigou et le pic du Midi, de Bigorre se trouvent à une assez grande distance du faite de la chaîne , surtout ce dernier y et avancent en quelque sorte dans la f^ne. Cette situation isolée les fait paraître plus élevas que les montagnes beaucoup plus hautes qui se trouvent derrière eux. C'est ce qui a fait croire pendant long-temps que le Canigou et le pic du Midi de Bigorre étaient les sommets les plus élevés des Pyrénées , avant que les travaux trigonométriques de MM. Reboul et Yidal , et les mesures barométriques de M. Bamond , eussent fait connaître la vraie hauteur des montagnes auxquelles ils semblent disputer le rang.
' CTest par le col de Perlus que passe la grande route de Perpignon en Espagne , praticable dans toutes les saisons et par toutes sortes de voitures.
38 PEEMIÈRE PAETIE.
augmentent considérablement de hauteur, en &t prolongeant à Touest. A environ 2:2,000 toises de distance du côté de Pertu$, à la montagne de Co9^ tabonna , au fond de la vallée du Teck^ il se détache un rameau vers le nord-est, qui, en séparant cette vallée de celle de la Téta, s'élève au Canigou à la hauteur de i44i toises. Le faite de la chaîne cen^ traie ne tarde point d'atteindre cette même hauteur à la montagne de Cambradagy onCambredase, au sud de Mont-Louii.
Les Pyrénées, depuis leur naissance jusqu'à ce point , ne présentent aucun sommet bien aigu ou saillant ; elles forment plutôt des montagnes d'une forme assez arrondie, terminées par un plateau plus ou moins vaste, et recouvertes par des pâturages et des forêts. La même chose a également lieu par rapport aux cols ou ports qui, au lieu d'une profonde et étroite échancrure , présentent ordinairement une espèce de plaine ou bien un vallon très évasé. Il y a sur cette étendue un nombre considérable de cols, qui, étant peu élevés et d'un accès facile , servent presque tous à la communication entre le RoussiHon et la Catalogne. Les plus fréquentés , outre le col de Pertus , sont le col de Custoja et celui d'/^rw.
Mais à Cambradaty, les montagnes commencent tout d'un coup à prendre des formes hardies et majestueuses \ le faite de la chaîne devient hérissé par des pics aigus ou des rochers escarpés , et son
STRUCTURE EXTÉRIEURE. Sg
accès deyient difficile^ et praticable deulement dans certains points.
A l'ouest de la montagne de Cambrâdasy^ le faite de la chaîne centrale s'abaisse jusqu'à la hauteur de 800 toises, en formant le col de la Perche*; mais bientôt après il se relère de noureau à la hauteur moyenne de 1000 à 1 100 toises , qu'il conserre à peu près jusqu'aux montagnes qui sont situées au fond de la vallée de Vicdessos.
Cette hauteur moyenne de looo à 1100 toises est potirtant considérablement surpassée par un grand nombre de pics qui se rencontrent dans cette étendue sur le faîte de la chaîne centrale ; d'un autre côté, plusieurs cols que l'on rencontre entre ces hautes sommités n'atteignent pas tôut-à-fàit l'élévation que nous tenons d'indiquer.
Les sommités les plus élevées que l'on rencontre depuis le col de la Perche jusqu'à la vallée de Viedessos sont : le pie de Prigue ou de Peyrie ^ à la naissance de la vaUée de la téta; celui d'Esperisisj au femd de la petite gorge û'Orlu^ gui aboutit près A*Ax, à la vaUée de l'Arriége; le pic Pédrous , à quelque distance à l'est du port A'E$pitalet ou de Pttymorens , au fond de la même vallée ; le pic de Framiquel y au pied duquel VArriége prend ses sources ; la pique de Fontargentef et/\e pic de la Serrère, dans la gorge d' Aston; la montagne de
> Le col de la Perche sert de communication ordinaire entre la Gerdagne et la France y k cause de la facilite de son accès. Il est défendu par le fort de Mont-Louis.
4o PEBMIÈRE PARTIE.
Rialp, au fond de la petite yallée de Siguier; la Punta de Midacourbe, et la Bougt del Portviel, au fond de la vallée de Ficdessos. Tous ces pics se trouvent sur le faîte de la chaîne centrale.
Dans cette même partie des Pyrénées , le pic de SainuLaurenti et celui de Saint-Barthetemy % sont détachés du faîte de la chaîne , étant situés sur la crête d'un chaînon qui forme la séparation des eaux entreVJ mte et VArriége.
Les principaux cols ou ports que l'on rencontre entre le col de la Perche et la vallée de Ficde$$oi sont , d'après l'ordre dans lequel ils se suivent : le port deFromiguère, au fond de la vallée de l'Aude^ celui d'Espiialet ou de Puymorens; celui de Framiquelj à la naissance de la vallée de l'Jrriége; de Fontargente et de Cabanne$, au fond de la petite vallée d'Aêtan; le port de Siguier^ au fond de la gorge du même nom; ceux d'Arbelle^de Carousan; celui de Rat, élevé d'environ i3oo toises; ceux d*Arensal, de Bouet, le port Fiel, et celui de Roumasetj à la naissance de la vallée de Ficdessos.
A peu de distance à Touest du port de Rou-maset, le faîte s'élève à la hauteur de 1660 toises " , en formant la pique d'Estats. A peu de distance
* Sa hauteur est de 1 1 S6 toises y suivant MM. Reboul et Yidal ; et de 1 190 9 d'après les mesures de M. de Plantade. Voyez ilfômoires de la société royale de Montpellier, tom. II , sect. 3 , pag. 34.
" Cette hauteur in*a été communiquée par feu M. Vergnies de Boucheren.
STEUGTURE EXTÉRIEURE. 4i
Ters le nord-est, et tout-à-fait sur le versant septentrional , on rencontre le Montcalm, au fond de la petite gorge à'Jrtique, qui aboutit à la vallée de Yicdessos. La hauteur de ce pic est de i6ao toises '•
Depuis la pique A^EitaU^ qu'on vient de nommer, jusqu'à la vallée de la Garonne , le faite conserve une hauteur moyenne d'environ i^oo toises.
Les sommets principaux, dont le faite est hérissé sur cette étendue , et qui surpassent plus ou moins la hauteur indiquée , sont : le pic de Bondousan^ le mont Rouge à'ÀuluSs le pic de Serrons, au fond de la vallée d'Erce ; le pic de Fraichets , celui de BonrepauXs au fond de la vallée d'jittou; la montagne A'Anglade, le mont Rouge de Conflens^^u fond de la vallée du Sallat; le mont ^a/lier^ élevé de i445 toises •, au fond de la gorge dite leRiverot de Bordes i le roc del Miey, et le tue de Mauberme, élevé de 1370 toises, au fond de la vallée de Castillon ou de Biro$.
Les dépressions et échancrures les plus remarquables que le faîte présente depuis la pique d'£stats jusqu'au tue de Mauberme, sont : le port de Tabascain , au fond d'une gorge qui aboutit à la vallée de Vicdessos ; celui de Guillotj de Sounou, à* Armes, à la naissance de la vallée d'Erce; le port dit le Trou de la Luo; celui d*Ustou, au fond de la
* D'après MM. Reboal et Vidai.
> D'après M. Pages, procureur du roi k Saint-Girons, qui a bien voulu me communiquer cette mesure.
4a PREMIERE PARTIE.
vallée du même nom; ceux de Sab, d*Omouère, à'Aula^ au fond de la vallée de Sàllat; ceux de Lesque d'Orle,d*Uret et de la Hourquette deSentein , au fond de diverses gorges qui aboutissent à la vallée de Castilbn.
Sur toute cette étendue, il n'y a point de montagnes détachées du faite de la chaîne , et qui le sur^ passent en hauteur.
C'est an tue de Mauberme^ comme il a été dit plushaut (§. 6.), que la chaîne orientale, dont nous avons jusqu'à présent suivi la marche, se termine en s'attachant aux montagnes qui la lient avec la chaîne occidentale '. Ces montagnes , ou plutôt ce coude de la chaîne des Pyrénées , se dirige vers le sud. Il est un peu moins élevé, et son faite ne présente aucun pic bien saillant.
On y rencontre deux cols très fréquentés qui servent de communication entre la vallée d'*Atran et celle de Noguera Paillaresa ; l'un est fe port de Montgarry ou à'jirreou , sur lequel la Garonne et la Noguera Paillaresa prennent leurs sources^ et celui de Paillas ou de Bonne Aygue.
Auprès du port d*Espotj les Pyrénées reprennent
« On observe pourtant encore , à Pouest de ce pic , un appendice de très hautes montagnes , dont le sommet le plus élevé est la montagne de Crabère , et qui se termine à la Garonne ,^ entre Canjan et Fbx; il semble , par sa direction et sa grande élévation, être la continuation de la chaîne centrale orientale ; mais comme toutes les eaux qui en découlent tombent dans la Garonne , il ne peut être considéré que comme un chaînon latéral.
leur direction première de Test sud-est à Touest nord-ouest , et c'est ici que commence la chaîne occidentale (§. 6).
Le faite devient très escarpé et hérissé par un grand nombre de rochers et de pics , dont leMon-tarto s au fond de la gorge A'Arties , est le plus éleré. Outre le port d'Espot, on trouve encore dans cette contrée ceux de Caldes ^ de Riou et de Fiella. A peu de distance à l'ouest du port de Viella^ on voit se détacher vers le sud-^ouest un énorme chaînon , dont le sommet le plus élevé est IdiMaladeUa, élevée de 1671 toises au-dessus de la mer%
La partie la plus élevée des Pyrénées se trouve entre ce point et le pic du midi d^Ossau. La hauteur moyenne du faite peut être fixée à environ i3oo toises.
Les principaux pics dont le faîte est surmonté sur cette étendue sont, suivant Tordre dans lequel ils se succèdent de Test à Touest : le pie dtPoui$, au fond de la gorge de Toro^ au sud de Fiella, dans la vallée d'Jrran '. Ceux de la mine du port de Bénoêque (1 &5o toises) et de SacnmU; la montagne
' D'après k mesure baromtftriq[ue de M. Cerdier, inspecteur dÎTisionBaîre au corps royal des mines ; Jknimal dês mines ,. n* 94, page 277. L'observation barométrique que j'y ai £9iite le 1 1 septembre iSx i ne m'a donne que 1637 toises au-dessus de la. Méditerranftfe, et i538 toises au-dessus de Toulouse.
' Cest dans la vallée ^Arran que ce pic porte ce nom. Les chasieurs d'izards ou chamois, de Bagnères^de 'Luchon , le comiaissent sous le nom de pique Fburquanato, â cause de son sommet fourchu.
44 PEEMIÈEE PARTIE.
de CrabiouUê , au fond de la vallée de Luchon; le Selh de la Bacque , à la naissance de la vallée de JLarboust; la montagne de Clarabide, au fond delvivallée de Louron ; le pic de Batoa% au fond de la gorge de Rioumajoa; le Salcourt, au fond de la gorge de Maudong ; la montagne de Troumouse , au fond de la vallée de Héas; les tours du M arboré, dont la plus haute est à i636 toises au-dessus de la mer , au fond de la vallée de Baréges %* le Tailhn , élevé d'environ 1 64 ^ toises S au fond de la gorge de PocySsbéjqni aboutit à la vallée de Baréges; le F^ignemale,è\eyé de 1722 toise» <, au fond de la petite vallée d'Ossonne^ qui , auprès du village de Gavar^ nie, se joint également à celle àe Baréges; le pic de Fontry, au fond de la vallée de Cauterez ; celui diÀrrieugrand, au fond de la vallée d'Azun; le SomdeSoube, au fond d'une gorge peu étendue , qui descend dans la vallée d'Ossau; sa hauteur est de 1607 toises^; enfin la montagne à^Anéou, au,
> Les Espagnob le nomment làpunta de Soueha. C'est peutêtre le même pic que MM. Reboul et Yidal ont désigne par le nom de pîc de Budoux, et dont ils ont trouve Félévation de i658 toises.
* D'après le nivellement de MM. Reboul et Yidal. Toyes Vqjrage au MonU4^erdu de M. Ramond , pag. 347.
^Ramond, Voyage au Mont-Perdu, pag. 347.
* Ramond y Voyage au MorUrPerdu, pag. 35 1.
^ D'après M. Junker; cette hauteur, ainsi que toutes ceUes
, mesurées par ce géomètre , m'ont été communiquées par
M. Palassou. Elles se trouvent également consignées dans ses
Mémoires pour sen*ir à l'histoire naturelle des Pyrénées »
pag. io5.
foad de la vallée d'Ossau. Tous ces pics que je viens de nommer se trouvent sur le faîte de la chaîne , et par conséquent sur la ligne de partage des eaux entre TËspagne et la France. Mais on rencontre aussi dans cette partie des Pyrénées plusieurs montagnes fort hautes qui sont plus ou moins écartées du faite de la chaîne centrale; il y en a même parmi elles plusieurs dont la hauteur surpasse celle des sommets que je viens de nommer.
Telles sont, sur le versant méridional , la Mataietta, dont j*ai indiqué Télévation plus haut; la ftmîa de Lardana, nommée aussi pic de lasPosets, dont j'estime la hauteur à environ 1600 toises ; elle se trouve en face du port d*Oo^ sur le chaînon qui sépare la vallée de CEssera de celle de Gistain. Le Cau et le Pin , situés tous les deux entre la vallée deGistain et celle de Bielsa ou de la Cinca; le Mont- Perdu , élevé de 1763 toises* : c'est le sommet le plus haut des Pyrénées ; il est situé au fond de la vallée de la Cinca'', à très peu de distance au sud du faîte de la chaîne centrale ; il n'en est séparé que par un petit bassin qui renferme un lac, dont la décharge , en se précipitant par une magnifique cascade dans la petite vallée de Pinède ou de Beouse , devient la source principale de la Cinca.
* O'aprésM. Ramond, Journal des Mmes j n^ 83, p. 353.
> Cette partie de la vaUëe de la Cinca porte communément le nom de vallée de Pinède on de Béousse, nom corrompu de la petite ville de Bielsa, située sur le confluent de la Cinca, avec tm torrent descendant du port de Bielsa,
Les montagnes qui , sur le versant septentrional de cette partie des Pyrénées , s'élèyent jusqu'à la hauteur moyenne du faite, et qui même la surpassent, sont le pic Long, de 1668 toises'; le Neouvielle, de 1619 toises ' ; le pic du midi deBi-gorre^ de i5o6 toises ^; le mont Aigu 9 de 1S19 toises* , et \^pic d'Ârbizon^de i4do toises ^ Toutes ces montagnes font partie de la crête d'un vaste chaînon latéral qui se détache de la chaîne centrale auprès de la montagne de Troumome , nommée par les Espagnols Piedramala , et qui en se ramifiant considérablement , sépare la vallée de Baréges de celle d^Aure. Plus loin on rencontre le Mont'Né ou Mounné , entre la vallée de Gaulerez et celle de Ban; le pic de Gabisos, de i3âO toises ^, entre la vallée d'Asson et celle à*Azun ; et le pic du midi d'Ossau , de 147 1 toises ^> au fond de la vallée du même nom.
' D^aprésBIM. Reboui et Vidal. (Ramond, ObservcUtons/aiies dans les Pyrénées, pag. i3i.)Le8 habitants du village de Gèdre connaissent le pic Long sous le nom ^Etr-soum-d'Estibermale,
* Même ouvrage y page 21.
' Même ouvrage,^page xat.
< D'après M. Ramond. Voyez ses Mémoires sur la formule barométrique de la mécanique céleste, Glermont , 181 1.
^ D'après MM. Reboui et Vidal. (Ramond , Observadons faites dans les Pyrénées , page 1 26. )
^ D'après M. Fiamichon. Ce gdomètre avait déterminé trigonomëtriquement l'élévation de ce pic au-dessus du pont sur le Gave, près de Pau , à i255 toises. L'élévation du pont audessus de la mer est de 65 toises.
f D'après M. Juncker. Cette hauteur m'a été communiquée par M. Palasson.
Les priocipaux cols et échancrures , dont le faite est entrecoupé, entre le port de Viella et la montagne d*j4nnéou, sont : le port de Pouïs^ au fond de la gorge du Toro ; celui de Pomérouj au fond de la petite vî^llée d'Artigue-Tellin ; celui de la Picode, de iâ35 toises'; de Bena$que , de iâ3i toises * ; de /fl Glere^ de 1 1 96 toises ' ; à*Estauba$ , àtpartViely tous au fond de diverses gorges qui aboutissent à l^vallée de Luchon; le portilbn d'Ooy \tport d'Ooj au fond de la vallée de Larboust; le port de Clarabide, celui de Lapez ^ au fond de la vallée de Lourouj, ceux de Plan, de Cavallos et de Cavarrire, de 1 i5i toises ^, à la naissance de la gorge de Rioumajou; ceux de RUUa , deBarousetta, au fond de la va U éed'Aure; le port dit la CanaUy au fond de la vallée de Héas: le port Fiel, celui de Pinède, de 1291 toises ^^ au fond de la vallée d'Estaubé; celui dit la brèche de Roland, de i557 toises^; le port de Gavamie ou de Roucharo, de 1 197 toises ^ , au fond de la vallée de Raréges; ceux de Lutour et de Penticouse ^ à la naissance de la
D'après mes observations.
• D'après M. Cordier. Voyez son Voyage à la MaladeUa ; Journal des mines, n^ 94 9 page a58. D'après mes observations, 1229 toises.
3 D'après mes observations.
4 D'après M. Ramond. Voyez Statistique du département des BauteS'P^rénées , par M. Laboulinière , page loi.
' D'après M. Ramond, Journal des mines , nP 83 , page 322. '^ D'après M. Ramond.
? Diaprés M. Ramond, Voyage au Mont-Perdu, page 348.
vallée de Cauterez ; le port de Salient ^ au fond de la vallée d'Azun; le port de Gabasj et le col de Monge ou de Moine , au fond de la vallée d'Ossau.
La chaîne des Pyrénées , comme il a été dit plus haut, esta sa plus grande hauteur entre la vallée d'ArraneiceWed'Ossau; car depuis le col de Monge , ces montagnes s'abaissent graduellement à proportion qu'elles s'approchent de l'Océan ; on n'y rencontre plus aucun sommet qui atteigne i3oo toises d'élévation. Aussi le faîte lui-même présente une forme assez différente de celle qu'il avait eue jusqu'ici. Au lieu de se terminer en une crête tranchante et bordée de grands précipices, il offre en général , ainsi que les chaînons latéraux qui s'en détachent , une série de sommets arrondis et allongés d'un accès facile , et couverts de pâturages , et quelquefois de torrents. On y observe , il est vrai, encore quelques pics, mais ils sont en petit nombre et peu aigus.
Les principaux pics que l'on rencontre sur le faîte, entre le col de Monge et l'Océan , sont : le pic d*Arno$se , la montagne A'Aistaince , le pic d'EnpalousguèreSy au fond de la vallée d'Aspe;le pic d'Anie ou d'Ahuga, de lâSo toises ', au fond de la vallée de Lescun, qui aboutit à celle d'Aspe (c'est le plus haut sommet de la partie occidentale des
' D'après M. Juncker. Les Espagnols nomment ce pic AniaraUa , et les Basques Ahuniamendi ( de ahunia , cbévre , et mendia , montagne ). Les Basques désignent également par ce nom toute la chaîne centrale des Pyrénées.
Pyrénées). La montagne de Saint-Engrace , ou à'Eiraingr 9 au fond d'une goi^e du même nom , qui se joint à la vallée de Saule ; la montagne A'Orhy , de io3i toises', au fond de la petite vallée ieLarrauj qui également aboutit à la vallée de Soûle; la montagne dite MendibeUa, au fond de la vallée de LoLwrhibare; la montagne dite Mendisahar^ au fond de la vallée de Cize; la montagne d'Âêtobtêcar^ au fond de la vallée de Luzaide;h montagne d'Ahadi^ de 801 toises *t au fond de la vallée de Baygorry; celle d'Py«, au fond d'une petite gorge latérale de la vallée de Bastan; et enfin la montagne deHaya ou des Quatre^Couronnes^ près d^Oyarzuriy à 3 lieues de l'Océan , dont la hauteur est de 5oo toises *•
Le peu d'élévation de la chaîne centrale , dans toute cette partie , et le grand nombre de cols ou même de crêtes d'un accès facile , ont donné lieu à une multitude de passages de communication entre la France et l'Espagne. Je me contenterai d'en nommer quelques-uns des plus fréquentés. Ce^ont le port de Canfranc ou de Sumport, au fond de hivallée d'Aspe^; le part de Saint-Engrace^ celui d'Irati , au fond de la vallée de Saule ; celui d'O-
' D'après M. Jimcker.
' D'après M. Jimcker.
' D'après M. Muthuon , Jowna!tdes mines, n** 1 1 , page 36.
* Le gouYemcment français fait consUiiire actuellement une route sur ce port, par laquelle on pourra aller en voiture à'Okron dans le Béam, à Canfranc dans V Aragon,
5o PREMIERE PARTIE.
rion ^ appelé pluâ commuDécoent le passage de Saint-Jean-Pied'de-Pori , au fond de la vallée de Luzaïde '; le port de Sohorguain, et celui de Renacabal ^ au fond de la vallée deBaigorry ; le port de Belate, d'Arraiz , de Gorrity^ et celui de Bian* dis , tous aux extrémités de vallées peu considérables qui aboutissent à la vallée de la Bidassoa.
Les Pyrénées finissent enfin en se terminant en une longue pointe ou promontoire qui avance dans la mer , et qui ferme au sud la baie de Figuier , dans laquelle se jette la Bidassoa.
Giaciersdani S* ^^* ^^ hauteur que les Pyrénées atteignent, fait
Pyrénées, déjà présumer que Ton doit y trouver des glaciers.
®* ^'fafu"^ En effet, on en rencontre plusieurs dans la partie ^^Qu'as"* la plus élevée de ces montagnes. Je n'entrerai dans
préicnient. aucuu détail sur la manière dont ces énormes masses de glaces et de neige s'accumulent et s*entretiennent ; ce sujet ayant été déjà parfaitement traité par MM. de Saussure, Ramond, et autres savants physiciens. Je me borneraià rapporter quelques faits particuliers , que les glaciers des Pyrénées nous présentent.
Les glaciers que ces montagnes renferment appartiennent tous à ceux du second genre ^ d'après la division de M. de Saussure * , c'est-à-dire à ceux qui recouvrent seulement la pente ded montagnes les plus élevées , et qvii ne sont point encaissés dans
* Ce port est praticable pour des chars.
* Voyages dans les Alpes, §. 5a i.
STRUCTURE EXTÉRIEURE. 5i
des goi^es ou dea vallées, comme ceux du premier genre. Tous les glaciers de ces montagnes sont très éloignés des habitations , et je' n'en connais même aucun auprès duquel il y ait des pâturages abondants. On chercherait donc en vain dans les Pyrénées » des glaciers qui descendent au mDieu des prairies, et même des terres labourées, comme quelques-uns de ceux des Alpes.
Ils ne sont pas non plus contigus les uns aux autres, comme dans plusieurs contrées de la Suisse; chacun d'eux est plus ou moins isolé et séparé des autres par des intervalles quelquefois très considérables. C'est cet isolement des glaciers qui fait que les Pyrénées , lorsqu'on les observe de loin , ne présentent point cette espèce de ceinture ou de bande blanche qui semble entourer à une certaine hauteur les sommités des Alpes. . '
Dans les Pyrénées , la plus grande étendue d'un glacier, ou sa longueur, est ordinairement dans le sens de la direction de la. crête delà montagne, sur la pente de laquelle il repose. C'est de cette disposition, qui est presque générale dans les glaciers de cette chaîne , que résulte la forte inclinaison qu'ils présentent ordinairement , et par suite la difficulté de leur accès.
Ds sont fréquemment traversés par de longues et profondes crevasses plus ou moins larges. Les plus considérables s'étendent communément danç le sens de la longueur du glacier , et sont évidemment l'effet d'une rupture de la glace ; mais on rencontre
5d PREMIÈRE PARTIE,
aussi (surtout vers le pied du glacier) des fentes dont la direction s'étend à peu près dans le sens de la pente de la montagne. Ces sortes de fentes sont plutôt des espèces de ravins profonds et étroits que de véritables crevasses ; elles ont été creusées par les eaux qui tombent sur le glacier pendant les pluies chaudes de l'été.
Les glaciers des Pyrénées étant trop éloignés des régions habitées pour pouvoir compromettre Tîntérêt des hommes , ne sont pas observés d une manière assez suivie pour que Ton puisse juger s'ils restent toujours dans le même état, ou si leur masse subit quelque augmentation ou diminution graduelle.
Ce n'est que dans la partie la plus élevée des Pyrénées , c'est-à-dire dans les montagnes situées entre la vallée de la Garonne et celle d'Ossau^ que l'on trouve des glaciers. Ailleurs, dans les parties plus basses de la chaîne , on ne rencontre plus de véritables glaciers, mais seulementdesamasde neige plus ou moins considérables, ordinairement formés par des avalanches, lesquels, se trouvante l'abri du soleil et surtout des vents chauds , n'ont pu être fondus par la chaleur d'un seul été | et se conservent même quelquefois plusieurs années '.
Lia plupart des glaciers sontsitués sur le versant
■ J'en excepte pourtant l'ënorme amas de neige qui est accumule au pied du vaste escarpement qui borde le, pic de MontvalUer au nord. H est trop considérable poiu* lui refuser le nom de glacier.
septentrional , et quoiqu'il y en ait plusieurs en Espagne , et même de fort considérables , ils ne laissent pourtant pas de couvrir des pentes exposées au nord ; ou bien ils sont abrités par de hautes montagnes , contre les rayons du soleil et le vent du sud ; ou enfin ils sont dominés par de vastes montagnes qui , par les avalanches du printemps t
leur fournissent une quantité prodigieuse de neige. (, '
§. 37. Les glaciers le* plus considérables des Pyrénées, sont:
1 . Le glacier de la Maladetta. Il est situé en Es- lodication
des
pagne , dans la partie supérieure de la vallée de principaox [Esteras et à environ 5 lieues au sud de Bagnères- dêt" de-Luchon. Il recouvre la pente septentrionale de *^"**'' cette grande et majestueuse montagne qui lui a^ donné son nom. J'estime sa longueur à environ 6000 toises. C'est peut-être le plus vaste glacier des Pyrénées. Son pied est à environ 1 173 toises au-^ dessus de la mer , et à â5o toises au-dessus du sol de la partie la plus voisine de la vallée de rEsseruy connue vulgairement sous le nom de la vallée de Benasque '.
> Ce beau glacier sVtend dé l'est à Touest , en formant le côte méridional de la partie supérieure de la vallée de VEssera. Les eaux qui s'en échappent vers l'ouest forment les sources de V Basera, forte rivière de V Aragon, qui se jette dans la Cinca, à 3 Jieues.au^essus de BaBastro, Mais le torrent qui sort de la partie orientale du glacier rencontre bientôt un profond et large goufire f nommé le Trou du Toro de Benasque , dont le sol consiste en gros blocs de pierres , entassés confusément les» uns sur les autres. C'est en filtrant au traversdecetamas.de pierres
2. Le glacier de Crabioulesy au fond de la petite vallée de Lys ^ qui aboutit à celle de Luchon. Il s'étend sur la pente septentrionale de la montagne de Crabioules , et s'élève jusqu'au pied de la muraille de rochers qui forme la crête de la montagne , et en même temps le faîte de la chaîne centrale; il communique à l'ouest au glacier du P(?ra7/wnd*0^^ et ce dernier avec celui du port à'Oo; l'ensemble de ces trois glaciers couvre^une étendue presque égale au glacier de la Maladetta. L'accès du glacier de Crabioules est très difficile à cause de sa forte
que ce torrent considérable se perd tout-à-fait. On prëlend que cette eau traverse sous terre la chaîne centrale pour repa- $ raltre sur le versant septentrional dans la petite ville dUArUgue- TelUne, où on trouve en effet, dans le lieu nommé le plan de Goueou, un gouffre qui vomit un torrent sensiblement du même volume que celui qui a disparu dans le Trou du Toro de Benasque,^ Quoiqu'on n'ait jamais fait des expériences directes pour s'assurer de la communication entre ces deux gouffVes , tl est néanmoins très probable qu'elle existe, et que les eaux qui se sont perdues dans la vallée de VEssera sont les mêmes qui sortent par le trou de Goueou, Les deux gouffres se trouvent dans le calcaire de transition , et les montagnes qui les séparent .sont également composées de cette roche , qui doit renfermer de vastes cavités ; car on observe sur la surface du teri-aiii de cette conlrée beaucoup d'enfoncements en forme d'entonnoirs , occasionés par des éboulements de ces grottes. Ainsi, quoique le glacier de la Maladetta soit situé toutà-fait on Espagne éi sur le versant méridional dé la chaîne , une partie de ses eaux sont devenues par cet accident singulier la source la plus abondante de la Garormé, qui pourrait en être privée si l'on comblait le gouffre qui a enlevé ces eaux hVjEssera,
iûcUnaison et des nombreuses icrerasses dont il est sillonné en tous sens.
3. Le glacier du Mont-Perdu* Cette énorme masse de neige et de glace est située en Espagne , au fond de la petite vallée de Béouse ou de Pinède ^ qui est la partie supérieure de la vallée de la Cinca. 11 recourre la pente septentrionale d\x ManthPerdu ^ et s'étend sur une partie des montagnes qui bordent i Touest le bassin qui sépare cette cime colossale du faite de la chaîne centrale. Il est moins étendu en longueur que les deux précédents , mais sa largeur est bien plus considérable. Sa pente est excès* sirement rapide et interrompue par de laides crevasses , et par de grands escarpements de rochers et de glaces , qui empêchent dé gravir le sommet du Mont-Perdu par ce côté '.
4- Le glacier de la Brèche de Roland. Ce glacier , moins étendu que les précédents, est situé au-dessus et un peu à Touest de la fameuse Ouïe de Gavamie (§. I9) , au fond delà vallée de Baréges. 11 s'élève à peu près du fond d'un petit vallon , dont il forme le côté méridional , et stboutit au pied d'une muraille de rochers qui constitue en cet endroit le faite de la chaîne centrale, et dans laquelle on
' Voyez Voyage au Mont-Perdu, de M. Ramond. Les eaux du glacier du Mont-Perdu se réunissent dans un petit bassin qui sépare cette haute montagne de la obatne centrale ; elles y te* ment un lac qui ne se dégèle que vers la fin d'août. La dé* charge du lac donne lieu à une magnifique cascade qui tombe dans la vallée de Béouse ou de Pinède , et qui devient ainsi la source principale de la Cinca,
trouve cette lai^e et singulière ouverture , connue sous le nom de Brèche de Roland. On n'y rencontre guère de fentes que dans sa partie supérieure, où il présente une pente fort rapide, qui rend asse^ dangereux Taccès de la brèche. Il est contigu à l'ouest avec le glacier de Gabiettou ou de Taillon \
5. Le glacier de Vignemale. Ce beau glacier est situé à la naissance de la petite vallée d'Ossonnej qui n'est qu'une ramification de celle de Baréges. Il est enclavé entre deux crêtes de rochers peu élevés, qui descendent parallèlement de la cime de la montagne de Vignemale. Ce glacier est fort vaste et sillonnépard'énorme8crevasses;les hautes montagnes qui environnent Vignemale , et qui, en quelque sorte, en font partie , renferment encore plusieurs glaciers , mais moins étendus \
6. Le glacier de Néouvielle. De tous les grands glaciers des Pyrénées , c'est le seul qui se trouve à une distance assez considérable du faite de la chaîne centrale sur le versant septentrional. Il s'étend sur la pente septentrionale , et sur une partie de la pente occidentale de la montagne de Néouvielle j qui, comme il a été dit plus haut (§. 25 ), est un
> Les eaux qui s'échappent du glacier de la Brèche de Roland tombent en cascade dans Toule de Gwarme, Celles du glacier de Gabiettou ou de Taillon grossissent le gave de Poeyeshé, qui, après avoir parcouru le vallon qui conduit au port de Gavarme, se réunit au gave de Baréges,
• Les eaux du glacier de Fignemale forment le gave d'O*sonne , qui se joint également auprès de Gawirnie , au gave de Baréges.
STRUCTURE EXTÉRIEURE. 5y
des pics les plus éleyés du vaste chaînon qui sépare la Tallée de Barége$ de celle d*Âure. Il a une étendue considérable , et sa pente est très rapide , surtout Ters la cime de la montagne '•
Ce sont les glaciers les plus considérables des Pyrénées; il y en a encore un grand nombre de petits, dont je ferai mention dans la description des contrées qui les renferment.
§ â8. Lorsqu'à la fin de l'été on observe lesJlpes d'un certain éloignement , comme par exemple du haut de la chaîne du Jora, on remarqueunebande de neige éblouissante > qui semble ceindre la partie supérieure de ces montagnes. Le bord inférieur de cette bande ou zone j/iraît être une ligne droite et^ horizontale ; cette ligne est ce que l'on appelle la ligne inférieure ou la limite des neiges permanentes^ et la bande elle-même , la zone des neiges permanentes. Mais à proportion que l'on s'approche des montagnes , la régularité du bord inférieur de cette bande disparaît ; on trouve des lieux où- la neige et la glace descendent beaucoup au-dessous de cette ligne , et d'autres au contraire où elles se tiennent considérablement élevées au-dessus. Néanmoins , l'élévation de cette ligne , prise telle qu'elle paraît vue de loin , est regardée comme^a hauteur moyenne des limites des neiges perpétuelles.
Mais les Pyrénées n'o£Grent point cet aspect,
' Les eaux de ce glacier s'écoulent par trois gorges difTérentes dans la valiée de Baréges , savoir par les vallons à^Esoonbous^ de Uenz et de Pragnères,
Jigitized by
lorsqu'on les Toit dans réloignement ; elles présentent seulement plusieurs grandes masses de neiges isolées'^ ^ dont la base est plus ou moins cachée par des montagnes qui se trouvent devant elles.
n est donc très difficile de déterminer la hauteur des limites des neiges perpétuelles dans les Pyrénées. Néanmoins M. Ramond est parvenu , par une Suite d'observations barométriques , à la détermîiner et à la fixer. Elle est , d'après ce savant, à la hauteur de i35o à i4oo toises \ Il est inutile d'ajouter que cette hauteur ne s'applique qu'aux pentes septentrionales ; car sur le versant méridional, et en général sur toutes les pentes exposées au sud, on ne trouve plus de neige déjà au milieu d'août ; les glaciers même qui se trou-
* Diaprés les observations de M. de Humboldt , la limite des neigea perptftueUes est sous les o li lo degrés de latitade, dans les Cordillères de' FAmérique , de 2460 toises , et sous les 1 9* et 2 1 * dtsgrés latitude boréale , dans le Mexique, de 235o toises.
Sous la zone tempérée , sous les 4^* et 43^ degrés latitude boréale y elle est^ au Caucase, suivant MM. Engelbardt et Parrot y de i65o toises.
Elle est dans les Alpes , sous 45^ 45' et46® 5o' de latitude boréale , suivant les observations de M. Wahlenberg , de 1370 toises.
£nfin,cette hauteur est» d'après lesrecherehes de M. de Biich, dans la Laponie , k yo^ de Jatitude , de 544 toises.
Voyez l'extrait d'un mémoire précieux de ce célèbre physicien sur la limite des neiges perpétuèïïes dans le nord, inséré dans les Antuûes de ckiFkie et pfysiqae, jtrin 18 16, pag. i83 et suiv.
▼ent en Espagne recouvrent des pedtes exposées au nord , ou bien ils sont abrités contre le soleil et les vents méridionaux par d'autres montagnes , tel est, par exemple , le glacier de Ramunge dans hvatlée det*Es8€ra. Enfin la neige n'est pas non plus permanente sur toutes les cimes et sur toutes les pentes qui s'élèvent au delà de cette hauteur; le pie du midi de Bigorre^ qui surpasse la limite des neiges perpétuelles de io6 toises, est complètement découvert dans le courant du mois d'août.
Depuis les montagnes situées au fond de la vallée de l'Aude jusqu'à celles dans lesquelles la vallée éf'^sp^ prend naissance , et même jusqu'au pfV {f'>^nie, on rencontre pendant toute l'année des tas de neige isolés dans les creux et ravins des pentes septentrionales de la chaîne centrale , et surtout dans des lieux exposés aux avalanches. Leur nombre est très variable , ainsi que leur volume. Cela dépend de la rigueur et de la longueur de l'hiver, et du degré de chaleur qu'ils éprouvent pendant l'été.
§. 29. Nous n'avons pas encore des observations • climat, tbermométriques assez nombreuses et assez suivies, pour être en état de déterminer la température ordinaire qui règne pendant les diverses saisons dans les différentes contrées des Pyrénées.' Je suis donc forcé de me borner à donner sur cet objet quelques indications générales.
A juger d'après la végétation et les plantes qui croissent dans ces montagnes , on reconnaît que les deux extrémités de la chaîne sont beaucoup
6o PREMIÈRE PARTIE.
plas chaudes que les contrées situées dans le centre. La proximité de la mer , et surtout le peu d'élévation de ces contrées au-dessus de la mer, enfin leur éloignement des hautes montagnes sont les causes principales de cette différence très grande de température. Mais l'extrémité orientale est encore considérablement plus chaude que rextrémité occidentale , à cause de sa situation plus méridionale ; car la Basse-Navarre se trouve presque d'un degré plus au nord que le Roussillon. Sans faire mention d'un grand nombre de plantes des pays méridionaux qui croissent en abondance et spontanément dans leRoussitton^ je nommerai seulement l'olivier , dont la culture réussit fort bien dans la partie inférieure de la vallée du Tech et de celle <fe la Téta. Plus à l'ouest , cet arbre ne prospère plus; il est vrai qu'on rencontre encore quelques oliviers dans la vallée de l'Aude^ mais ils y sont plutôt un objet de curiosité que d'utilité.
A l'exception des hautes vallées , le climat est . en général très doux dans toutes les contrées occupées par les Pyrénées. L'hiver est de courte durée et le froid très modéré ; il tombe peu de neige dans le bas des vallées , et elle s'y conserve rarement plusieurs jours. L'été est en général chaud; mais les cinq étés que j'ai passés dans ces montagnes étaient pluvieux , et le beau temps constant n'avait lieu que dans le printemps et dans l'automne. Les orages sont très fréquents en été;!^^ orages proprement dits, c'est-à-dire les explosions
STRUCTURE EXTÉRIEURE. 6i
électriques , sont promptement terminées ; sans doute parce que les montagnes , servant de conducteur , aident singulièrement à rétablir en très peu de temps l'équilibre des forces électriques ; mais les pluies qui en sont la suite durent quelquefois plusieurs semaines , et refroidissent beaucoup l'atmosphère.
§• 3o. Ce qu'on vient de dire du climat des Pjrré- végétation, nées fait déjà présumer que la végétation y doit être fort belle. En effet, je ne l'ai vue nulle part plus riche et plus vigoureuse que dans la majeure partie des Tallées des Pyrénées , surtout dans leur région inférieure et dans les bassins situés vers le pied de la chaîne. Les fortes chaleurs qui , dès la fin de iuiu, dessèchent les plaines voisines et les dépouiDent presque entièrement de leur verdure , ce qui établit en quelque sorte pour ces contrées une saison particulière extrêmement triste , intermédiaire entre Tété et l'automne, ne peuvent altérer la fraîcheur de la végétation des vallées , ni diminuer le luxe de leur parure ; car ce sol est rafraîchi chaque nuit par une rosée bien plus abondante que celle de la plaine , parce que la différence entre la température du jour et celle de la nuit <^ beaucoup plus grande dans les montagnes que dans les plaines. En outre, les habitants de la plupart de ces contrées savent tirer parti des torï^nts^qui descendent des montagnes , en les conduisant et les distribuant convenablement par de
petites rigoles pour arroser les terres et les prairies. C'est surtout dans la vallée de Campan, et aux environs de Benasifue dans la vallée de VEssera en Aragon y qu'on a porté à une grande perfection l'art de l'irrigation.
11 serait extrêmement intéressant de déterminer les hauteurs jusques auxquelles s'étendent les diverses productions végétales, mais les circonstances ne m'ont pas permis de m'occuper de cette recherche.
Résnmë. §• 3i. Je vais résumer ici en peu de mots les principaux faits que la constitution physique des Pyrénées nous présente , et qui ont été rapportés dans ce chapitre.
1*. Les Pyrénées forment une chaîne de montagnes entre l'Océan et la Méditerranée , qui traverse obliquement, dans la dûection de l'est sudest à. l'ouest nord-ouest , les pays situés entre les 4^* 2& et 43* 23' de latitude septentrionale, et sous les i6* 5^' et 20° 5o' de longitude du méridien de Vile de Fer. (§. 1.)
J2*. L'isolement de cette chaîne n'est qu'apparent : elle se prolonge vers l'ouest jusqu'au cap d'Ortegal dans la Galice , et parait se lier à l'est à la chaîne des Alpes par la montagne Noire et les Cévennes.
3'. Elle constitue les limites naturelles et le plus souvent les limites politiques entre la France et l'Espagne. (§. 3.)
4''* Sa longueur est d'envirou 85 lieues ; sa largeur moyçane 20 lieues ; et la surface du terrain qu'elle occupe peut être évaluée à' 1198 lieues carrées. ( §. 4* )
5^ LesPyréQées étant bordées au nord par une plaine fort étendue se laissent apercevoir de fort loin. (S. 5.)
6*. La chaîne des Pyrénées forme un coude au milieu de sa longueur , et sa partie occidentale recule de 16,000 toises au sud, mais en courant sur la même direction que la partie orientale. (§*6.)
7*. On y observe un grand nombre de chaînons latéraux ou de rameaux qui se détachent de la chaîne centrale vers le sud et vers le nord , dans des directions plus ou moins perpendiculaires à celle de la chaîne^ et qui se terminent ou à la plaine qui longe le pied des Pyrénées , ou bien à la rencontre de deux vallées. ( §. 7. )
8^ On y observe aussi quelques chaînons dont la direction est parallèle avec celle de la chaîne centrale. Ils se distinguent des chaînons latéraux non seulement par leur direction, mais surtout par leur isolement et leur structure. ( S* ^* )
9^ Le départ de deux rameaux opposés est ordinairement marqué par un exhaussement du faite ou une cimej comme le départ de deux ysillées opposées l'est par une dépression à laquelle on a donné le nom de col ou de port. ( S* 9* }
I o^ Le versant septentrional parait êtreplus doux et plus long que celui du sud« ( §. 10. )
64 Pa£!dIÈRE PARTIE.
1 1"". L'abaissement de la chaîne des Pyrénées , dans le sens de sa longueur , est plus brusque à Test qu'à l'ouest. ( §. 1 1. )
lâ^ Toutes les grandes vallées des Pyrénées sont des vallées transversales ; les vallées longitudinales ou parallèles sont très peu étendues. ( §. lâ. )
10''. L'entrée des vallées qui se terminent à la plaine , est tantdt large, tantôt étroite ; mais les vallées qui aboutissent à une autre vallée , sont presque toujours plus ou moins resserrées à leur entrée. ( S- *3- )
i4^ Toutes les vallées 7 présentent une suite de bassins et de défilas. Dans les hautes régions , ces bassins sont brusquement élevés les uns au-dessus des autres , de manière que la vallée, au lieu d'offrir une pente uniforme , forme des ressauts et s'élève comme par étages vers le faite <^ montagnes.
iS"". On rencontre dans un grand nombre de ces bassins un ou plusieurs lacs ; et ceux qui n'en renferment point aujourd'hui ofiErent néanmoins assez souvent des caractères qui conduisent à présumer „ qu'ils ont servi également à une époque reculée à
il retenir de grands amas d'eau. ( S* ^^O
l6^ La jonction d'une ou de plusieurs vallées à une autre a presque toujours lieu dans un bassin , etrétendue de celui-ci est proportionné au nombre et à la grandeur des gorges qui y aboutissent.
1 7". Les montagnes qui bordent une vallée pré-
sentent rarement une pente uniforme depuis leur pied jusqu'à leur crête; mais elle est au contraire interrompue par des plateaux et des escarpements qui correspondent quelquefois à ceux du côté opposé. (§- 17.)
lô*. Les gorges et vallées latérales sont quelquefois si élevées au-dessus de celle à laquelle elles aboutissent, qiie leur torrent se précipite en forme de cascade dans la grande vallée. ( §. 18. )
19*. Plusieurs vallées présentent à leur naissance un seul et vaste bassin en forme d'amphithéâtre, au lieurd'une gorge rapide et étroite, ou d'une suite de bassins qui s'élèvent par étages au faîte de la chaîne, (g. 19. )
20\ Les divers phénomènes que les vallées des Pyrénées présentent, engagent à croire que leur formation est due aux forces érosîves de l'eau , secondées par les forces destructives de l'atmosphère.
ai*. On compte sur le versant septentrional vingtneuf grandes vallées ou vallées transversales , qui toutes prennent leur naissance au faite de la chaîne centrale. Le nombre de celles du versant méridional est de vingt-huit. ( §. 21.)
22*. Les eaut qui descendent des Pyrénées parle versant méridional, tombent toutes dans VÈbre, et celles du versant septentrional s'écoulent en partie dans la Méditerranée et en partie dans l'Océan.
23*. L'eau des rivières et des torrents provient
principalement des sources. Celle que les glaciers fournissent par leur fonte est peu considérable. (S. 23.)
24*. Le faîte de la chaîne centrale se trouve sur la partie eu la masse la plus élevée des Pyrénées ; ixiais néanmoins on rencontre , sur les crêtes des chaînons latéraux , des cimes qui surpassent encore en hauteur les cimes de la chaîne centrale ; et les sommets les plus élevés des Pyrénées ne sont pas situés sur le faite , mais ils en sont plus ou irioins écartés soit vers le nord , soit vers le sud.
25*. La chaîne des Pyrénées ne présente point une élévation égale sur toute sa longueur. Depuis sa naissance à la Méditerranée jusqu'au coldePertusj sa hauteur moyenne n'est que d'environ 25o à 5oo toises. Elle commence là à s'élever considérablement; et depuis les montagnes qui sont au fond de la vallée de la Téta, jusqu'à celles de la vallée de Viedessos, sa hauteur moyenne est à peu prés de 1000 à 1 100 toises. Depuis cette vallée jusqu'à celle de la Garonne , sa hauteur moyenne est d'environ 1200 toises. Ici elle s'abaisse un peu en se dirigeant au sud ; mais au port d'Espot , où elle reprend sa direction première , elle se rel èvcde nouveau , e t bientôt au port de Fiella commence la partie la plus élevée des Pyrénées , qui s'étend jusqu'aux montagnes situées au fond de la vallée d'Ossau. Sa hauteur moyenne sur cette étendue est d'environ i3oo toises.
Depuis les montagnes de la vallée d'Ossau , les Pjrënées s'abaissent insensiblement et finissent par se terminer en une longue pointe qui s'avance dans rOcéan , et forme le promontoire de Foniarabie. ( §. 2 5. )
26*. Il existe plusieurs glaciers dans les Pyrénées. Ils sont déployés sur les pentes septentrionales des montagnes les plus élevées , et ne descendent point dans les vallées.
Ils s'étendent surtout dans le sens de la crête de la montagne , leur pente est ordinairement très rapide et sillonnée par de larges et profondes crevasses. ( §. 26. )
27*. On ne rencontre des glaciers que dans la partie la plus élevée des Pyrénées , où ils forment des masses isolées. ( §. 27. )
28^ La limite des neiges perpétuelles est, d'après les observations de M. Ramond , à 1 25o toises audessus de la mer. ( §• 28. )
29*. Le climat est en général fort doux dans les Pyrénées ; il est bien plus chaud aux deux extrémités de la chaîne que dans les contrées situées dans le centre. L'extrémité orientale est la plus chaude. ( §. 29. )
3o*. La végétation est fort belle dans ces montagnes 9 surtout dans les bassins situés vers le pied de la chaîne. ( §. 3o. )
SjECONDE PARTIE.
CONSTITUTION GÉOGNOSTIQITE.
YUIS GÉNÉRALES SUR LA NATURE » L*A6E RELATIF , ET LA DISPOSITION DES ROCHES DES PYRÉNÉES.
§.32. Les masses minérales qui composent la char- ^^^ pente des Pyrénées paraissent appartenir toutes à '®^^** la classe de roches que l'on désigne communément ^j^^^es. sous le nom de roches neptuniennes '.
On n*a jamais trouvé dans ces montagnes de roches volcaniques , ni aucune substance minérale ,
■ Cest-à-dire qu'elles appartîeiment à cette classe de roches dont la stmctore , la disposition et quelques accidents particuliers nous font présumer que leurs éléments ont été tenus en dissolution on ont été suspendus mécaniquement dans un liquide duquel ils se sont précipités , ou par l'action des forces chimiques , ou simplement par la forcé de feur pesanteoi^. Selon l'état dans lequel ils s'y trouvaient, et que ces roches mêmes n'ont plus subi dés lors d'autre altération que celle que leur surface a éprouvée journellement par l'action de l'atmosphère. Les dépouilles d'animaux aquatiques que nous trouvons fréquemment ensevelies dans l'Intérieur de certaine^ espèces de ces roches , prouvent que le liquide dans lequel elles ont été formées a été l'eau. Mais y quanta la nature du menstrue dans lequel se sont déposées les roches absolument dépourvues de débris d'êtres organisés , et dont la structwe indique un mode de formation purement chimique , il faut avouer que nous n'en avons encore aucune connaissance positive.
70 II* PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQDE. dont la nature ait été changée par l'action des feux souterrains. Les basaltes mêmes, qui sont si répandus dans certains pays , et dont l'origine ignée a donné lieu à tant de discussions , ne s'y rencontrent point. Cependant on trouve dans ces montagnes de grands dépôts^de' roches amphiboliques modernes , dont le mode de formation nous parait encore extrêmement équivoque; et nous ne croyons pas que, dans l'état actuel de nos connaissances géologiques, on puisse rien décider sur leur origine. Les phénorilènes géognostiques que cette vaste chaîne présente semblent être tous le résultat des forces , tant génératrices que destructives , des eaux ou d'un fluide analogue. Les nombreuses sources thermales qui jaillissent de ces montagnes pourraient faire croire qu'il existe dans leur sein des foyers volcaniques dont les éruptions sont encore à craindre ; mais comme les causes qui produisent les feux des volcans nous sont encore aussi peu connues que celles de la chaleur des eaux thermales , nous ignorons complètement s'il existe quelque rapport entre ces deux phénomènes ; et , avant que nous ayons là-dessus des connaissances positives, une opinion quelconque sur cet objet ne serait qu'une pure hypothèse dénuée de toute preuve.
," §. 33. Lorsqu'on visite les Pyrénées, il semble au
premier abord qu'il règne un désordre inexplicable
ia«trucinre daus la dispositiou de leurs roches; la structure de
des
Pyrénées. CCS moutagncs paraît si compliquée que l'observa-
Désordre
apparent
dai
leur qui désire la bien connaître, se sent en quelque sorte rebuté.
Au premier coup d'iœil il croit y apercevoir des faits qui semblent ne pouvoir s'accorder avec les observations faites partout ailleurs et qui seraient le résultat de lois absolument contraires à celles que la nature parait avoir suivies dans la formation des autres montagnes.
Mais s'il persiste à entreprendre de débrouiller ce chaos , il ne tardera pas à soupçonner que sa première illusion provenait d'une foule de causes qui toutes contribuent à voiler le système régulier de ces masses minérales et les rapports qui existent entre leurs différentes parties. Tantôt la diversité des roches d'un même terrain , ou la ressemblance souvent frappante qui existe entre les roches de deux terrains différents , conduisent ou à des distinctions ou à des rapprochements erronés ; tantôt l'impossibilité de saisir promptement l'ensemble des masses à cause de leur trop grande étendue , ou la difficulté d'en déterminer la liaison par suite de leur morcellement, le jettent dans des incertitudes décourageantes. L'absence d'un ou plusieurs membres d'une formation , ou même d'une formation entière, l'inconstance de l'inclinaison des couches , etc. , sont aussi autant de causes de doutes et d'erreurs presque inévitables dans les premières recherches.
Si enfin il continue à les multiplier en les dirigeant avec sagacité , il arrivera à reconnaître que la
7a IP PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE.
structure géognostique des Pyrénées , loin d'être compliquée , est au contraire d'une grande simplicité , et que cette grande chaîna, loin de présenter des phénomènes opposés aux lois générales que la nature parait avoir suivies ailleurs en formant les montagnes , présente au contraire des faits qui ne font qu'appuyer et confirmer les opinions les plus généralement reçues sur la disposition et Tâge relatif des divers terrains '.
Aucune des classes principales de terrains ne manque dans les Pyrénées , car nous trouvons que le terrain primitif, celui de transition , et'le terrain secondaire forment la charpente de ces montagnes.
Les diverses roches qui composent chaque terrain principal, sont les mêmes que celles qu'il présente dans les autres pays, et l'ordre de leur superposition y est encore le même. Il y manque , il est vrai , certaines formations de roches qui , ailleurs, occupent de vastes contrées. Mais l'absence d'une ou de plusieurs formations ne renverse point cet ordre , cette série , qui paraît être le résultat d'une loi générale de la nature; elle ne fait que l'interrompre , comme cela arrive aussi dans d'autres pays. J'indiquerai plus bas (§. 34) les formations de roches qui paraissent manquer aux Pyrénées.
M. Ramond a ëtële premier qui a reconnu cette ^implicite' et surtout cette conformité de la structure des Pyrénées avec celle des autres montagnes : observation fort importante qui , avant lui , avait échappe' aux savants qui avaient visite cette chaîne. Voyez ses Fanages au Mont-Perdu^
La description détaillée que nous donnerons des divers terrains des Pyrénées fera connaître Tanaïof^e parfaite que cette chaîne présente dans sa structure générale avec celle des autres grandes chaînes de montagnes.
Mais si nous faisons abstraction de la disposition générale des masses minérales qui coipposent ces monta gnes, et si nous nous occupons seulement à les examin er en détail , nous trouvons que les Pyrénées présentent, comme presque toutes les vastes chaînes de montagnes, des phénomènes qui semblent n'être propres qu'à elles , et qui leur donnent un caractère particulier. ^
§. 34. Le géognoste rencontre dans les Pyrénées NoUons (comme il a été dit §. 33) tous les terrains principaux. ^ ém^i^ Mais ils n'ont pas tous une égale étendue. Le terram *^^"^°^'****^° primitif est celui qui forme la plus petite partie de primVtïf. ces montagnes. Il supporte comme partout ailleurs les autres terrains et sa composition est très-isimple; les principales formations qui le constituent sont le granit ,1e schiste micacé et le calcaire jyrimitif.
Le granit est la roche primitive la plus commune de ces montagnes. Il constitue à lui seul plus que les trois quarts de tout le terrain primitif, et sert de support à tous les autres.
Le gneiss ne manque point dans les Pyrénées. On le trouve non seulement dans toutes les parties de la chaîne , où le terrain primitif existe , mais il s'y montre aussi en masses d'une si grande étendue ,
74 II* PARTIE. CONSTITUTION GÉOGNOSTIQUE. qu'il semble être quelquefois le résultat d'une formation indépendante et particulière. Cependant lorsqu'on examine bien son gisement et les diverses circonstances qui l'accompagnent, on reconnaît toujours qu'il fait encore partie du granit ; qu'il alterne avec lui ;• qu'il n'en est qu'une anomalie et qu'il appartient à cette formation ; mais seulement* à sa dernière époque, à celle où le feldspath se forma plus rarement et fut remplacé par le mica. Aussi trouvons-nous le gneiss particulièrement dans la partie la plus moderne du terrain granitique , dans celle qui avoisine le schiste micacé ; et il n'est pas rare de remarquer un passage insensible de l'une de ces roches à l'autre.
Le schiste micacé est le résultat d'une formation indépendante et particulière qui a suivi immédiatement celle du granit ; car non seulement cette roche recouvre le granit eji stratification parallèle, mais même il en prend quelquefois les caractères. 11 est beaucoup moins étendu que le granit.
Le schiste argileux primitif et le schiste talqueux ne forment point de terrains particuliers , ils sont tous les deux subordonnés à celui de schiste micacé, comme il sera dit plus en détail dans la description de ce terrain (§. 33). Je me borne ici à observer seulement que le schiste argileux primitif est peu répandu dans les Pyrénées , et j'ajouterai qu'en général il me paraît être beaucoup moins abondant dans les autres pays que l'on ne l'a jugé jusqu'à présent ; car il est très-vraisemblable qu'on l'a sou-
Tent confondu avec le schiste argileux de transition « et qu'ailleurs il eût été plus exact de ne le considérer que comme subordonné au schiste micacé ; ce que des observations ultérieures feront reconnaître.
Le calcaire primitif se subdivise dans les Pyrénées en trois formations , dont deux sont subordonnées au terrain granitique et à celui de schiste micacé , et dont la troisième seule est indépendante '.
Je n'ose pas décider si elle est antérieure ou postérieure à celle de schiste micacé. Cependant il est très probable qu'elle lui est postérieure , car le terrain qu'elle forme , quoique superposé immédiatement au granit et au gneiss, se trouve par rapport à ces roches en stratification non parallèle ^ et n'est liée avec elles par aucun passage , tandis que le schiste micacé, qui recouvre aussi immédiatement le granit , est avec lui en stratification parallèle, et offre souvent des passages au granit.
Le granit , le schiste micacé et le calcaire primitif sont donc les roches principales qui constituent le terrain primitif des Pyrénées; on y rencontre en
' M. Picot de Lapeyrousea reconnu le premier qu'il existe un terrain indépendant de calcaire primitifdans les Pyrénées. Ce savant et zélé observateur a été aussi le premier en France qui s'éleva contre l'opinion de Bufibn , en prouvant qu'il existait du calcaire dont la formation était antérieure à celle des êtres organiques , et qui par conséquent ne pouvait pas être dà à un détritus de testacés marins. Yoycz Traité sur les mines de fer et les forges du comté de Foix, page SSj.