‹ Essai sur la constitution romaineChapitre 14 sur 27 · DE CÉSAR ET DE POMPÉE · texte numérisé non relu

DE CÉSAR ET DE POMPÉE

aux ennemis , de les assiéger dans leur camp deDyrrachium. Mais cette audacieuse entreprise ne tarda pas à tourner contre luimême : Pompée, tranquille dans son camp, en communication avec la mer, n’avait qu’à rester en repos pour affamer l’armée de son rival ; et bientôt César, manquant de vivres, ■fut obligé de se replier vers la Thessalie.

Aussitôt toute la jeunesse dorée qui entourait Pompée demande à grands cris à le poursuivre; un avantage de cavalerie obtenu dans cette retraite avait enflammé leur présomption , et ils ne songeaient qu’à détruire ces légions si vantées des Gaules. Le faible de Pompée était surtout de vouloir être approuvé, et quoique trop habile capitaine pour ne pas sentir tous les avantages de la position qu’il occupait, il se laissa entraîner à abandonner cette position pour aller, avec des troupes nouvelles, chercher une armée qui avait vaincu tant de fois.

On combattit dans les plaines de Pharsale :

César recommanda à ses soldats de courir sur l’ennemi en poussant de grands cris, et de le frapper au visage. C était là , en effet , que la belle jeunesse de Rome craignait le plus d’être blessée ; elle aima mieux être déshonorée que défigurée, et bientôt les Pompéiens prirent la fuite de toutes parts; sans chercher même à rallier ses troupes , Pompée gagna la mer et s’embarqua pour Lesbos où il avait laissé sa femme, et chercha avec elle un asile à la cour de Ptolémée , roi d’Égypte. Il comptait sur les bienfaits dont il avait comblé le père de Ptolémée et Ptolémée lui-même ; mais les eunuques qui gouvernaient ce prince ne songèrent qu’à le faire égorger pour présenter sa tête à César.

Voyant la victoire décidée à Pharsale, Gésar s’était aussitôt occupé de sauver les citoyens romains; ayant ensuite reçu la soumission d’un grand nombre de ses ennemis, il passa en Asie et de là en Egypte : là, cette activité qui tenait du prodige , et que les

DE CÉSAfi ET DE POMPÉE. 125 égarements mêmes de sa jeunesse n’avaient jamais détournée du but de son ambition , se trouva tout d’un coup enchaînée par les charmes de Cléopâtre. Elle disputait à son frère le trône de l’Egypte ; César promit de le lui assurer, s’engagea presque sans troupes dans une guerre difficile et dangereuse, et, même après l’avoir terminée, il ne pouvait s’arracher des bras de Cléopâtre.

Cependant ses ennemis , que leur défaite à Pharsale avait consternés, reprenaient courage et s’organisaient d’une manière formidable en Afrique, où Caton s’était réfugié. D’un autre côté, Pharnace, le fils de Mithridate, était sorti du Bosphore et avait recouvré la plus grande partie des États de son père; César indigné quitta enfin l’Égypte après une année de séjour, et marcha vers l’Asie. Sa seule approche suffit pour dissiper l’armée de Pharnace, et Pharnace lui-même s’enfuit précipitamment au fond du Bosphore.

Ensuite , César repassa en Italie; et, quoique la saison fut déjà avancée, il ordonna à ses vétérans, réunis dans la Campanie, de se disposer à partir sur-le-champ pour l’Afrique. Ceux-ci murmurèrent d’abord de ces nouveaux périls où il leur fallait s’engager avant d’avoir reçu le prix de leurs victoires. Levant ensuite leurs enseignes, ils marchèrent sur Rome, et vinrent dresser leurs tentes dans le champ de Mars.

César sort de la ville , se présente seul au milieu d’eux , et montant sur son tribunal :

« Que demandez-vous ? » dit-il aux soldats qui s’assemblaient autour de lui. Eux allèguent en tumulte leurs longs services , leurs fatigues, leurs blessures , et, persuadés qu’il ne peut se passer de leur secours pour la guerre d’Afrique , ils demandent leur congé.

« Vous êtes licenciés, répond César ; citoyens, « quand j’aurai triomphé avec d’autres trou- «pes, vous recevrez les récompenses que « j’ai promises. » A ce seul nom de citoyens,

toute leur fierté est abattue; ils s’écrient qu’ils sont encore soldats, et recourant aux plus humbles supplications , consentent même à être décimés pour expier leur faute.

« Je ne veux point répandre votre sang, dit «César, j’accepte votre repentir; mais la «dixième légion, que j’avais comblée de « mes bienfaits , est désormais indigne de « combattre sous mes ordres. » Cette légion au désespoir le suivit malgré lui en Afrique, et il ne lui accorda sa grâce qu’après avoir cassé ses principaux officiers.

En arrivant en Afrique , César y trouva le parti pompéien fortement organisé. Dès le début de la guerre contre Pompée , et lorsqu’il se rendait lui-même en Espagne, il y avait envoyé le jeune Curion avec quelques troupes ; mais ce dernier, vaincu par P. Varus , qui y commandait au nom de la république , s’était fait tuer pour ne pas reparaître devant César sans les troupes qu’il lui avait confiées.

Restée ainsi au pouvoir des Pompéiens , l’Afrique était devenue leur refuge après la bataille de Pharsale , et ils y avaient formé plus de dix légions , auxquelles était venue se joindre la nombreuse cavalerie numide du roi Juba. Les soldats avaient demandé Caton t pour général , mais Caton exigea qu’on lui préférât Seipion, beau-père de Pompée , qui avait droit au commandement en qualité de consulaire. César, cependant, inférieur en troupes et surtout en cavalerie, harcelé sans relâche par les Numides, ne tarda pas à se trouver dans le plus grand embarras ; il commençait à manquer de vivres, lorsque, malgré tous les efforts de Caton, Seipion le sauva en lui offrant la bataille. César, par une marche rapide, attaqua successivement les trois camps des Pompéiens, et les détruisit, tous les trois. Cette victoire décida la guerre, et Caton, désormais sans espoir, se perça de son épée.

César réduisit en province les Etats de

Juba , donna des ordres pour la reconstruction de Carthage , et revint en Italie.

Le sénat lui décerna à la fois quatre triomphes : le premier, sur les Gaules, où l’on voyait briller les trophées de tant de victoires, et que suivait à pied, chargé de fers, le fameux Vercingétorix; le second, sur l’Egypte; le troisième, sur Pharnace, si connu par l’inscription qui exprimait la rapidité du succès : Je suis venu, j’ai vu, j ai vaincu ; le dernier, enfin, sur Juba. Il ne fut question ni de l’Espagne ni de la Grèce, César n’ayant point voulu triompher des citoyens romains.

Après cette suite de triomphes , on distribua aux citoyens pauvres du blé et trois cents sesterces par tête; puis des spectacles magnifiques et un repas de vingt-trois mille tables terminèrent la pompe de cette cérémonie.

Mais déjà la guerre s’était relevée en Espagne ; Pompée avait fait pour elle ce que

César avait fait pour la Gaule. Il avait accordé à un grand nombre d’Espagnols des faveurs et le droit de cité. Les deux fils de Pompée s’y étaient réfugiés, et le parti s’organisait de nouveau sous la conduite de Labienus, l’ancien lieutenant de César. César y courut. Après plusieurs combats meurtriers, les deux armées se rencontrèrent enfin près de la ville de Munda. La bataille fut terrible : voyant ses vétérans reculer, César saute à bas de son cheval , et s’élançant au premier rang : « Voulez-vous donc, « s’écrie-t-il , livrer votre vieux général à des « enfants ? » A ce moment , il voit Labienus détacher un corps de cavalerie pour aller au secours de son camp qui venait d’être attaqué. « Coupez la retraite à l’ennemi » , crie César. Ce mot ranime la confiance des vétérans; ils se précipitent sur les Pompéiens, les mettent en déroute, et ne cessent d’égorger que lorsque la fatigue leur fait tomber les armes des mains. Labienus et l’un des

fils de Pompée périrent dans le combat; l’autre, Sextus, parvint à se sauver en Sicile. Cette bataille terrible termina la guerre.

César revint à Rome, et oubliant cette fois ses premiers ménagements, voulut triompher de l’Espagne et des citoyens romains qu’il avait vaincus.

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