CHAPITRE II
Il semble que par suite de l’imperfection inhérente à notre nature, les qualités les plus éminentes doivent être accompagnées aussi des plus grands maux , et qu’à chaque avantage que nous possédons soit attaché quelque inconvénient qui le fasse acheter :
c’est ainsi que la constitution romaine , où l’oeil de l’historien ne peut se lasser d’admirer le développement d’une prodigieuse
nullement ainsi : et d'abord examinons en quoi consiste la taxe des pauvres.
En Angleterre, l’impôt foncier n’est rien quant au budget de l’État, et le revenu territorial est entièrement consacré soit à l’acquittement des charges locales, soit au soutien de l’aristocratie dont les membres possèdent la plus grande partie des terres.
Tel est, du moins, l’état ordinaire des choses; mais
puissance, entraînait après elle une foule de vices dont l’humanité ne peut que gémir.
Ainsi cet esprit religieux, que Polybe appelle avec raison le fondement de la grandeur de Rome, entraînait après lui tous les
aussitôt qu’une crise se fait sentir, sitôt que l’industrie est en souffrance et les ouvriers sans travail , alors , par l’effet de la taxe des pauvres, l’impôt territorial augmente à proportion et subvient à la subsistance des ouvriers.
Ainsi, à part ses abus qu’on peut corriger, la taxe des pauvres est en réalité une très-belle organisation politique et financière, car elle revient en définitive à faire supporter les charges extraordinaires et les plus importantes à un impôt toujours assuré, d’une perception prompte et facile, et aussi peu à charge que possible à ceux qui le supportent 5 c’est peu de chose, en effet, pour un riche propriétaire, d’abandonner une portion de son revenu , et il est bien plus facile au possesseur de cent mille livres de rentes d’en donner cinquante, qu’à cent possesseurs de mille livres de rentes de se priver de la moitié de leur revenu.
Venons à présent à l’Irlande. On a dit, et avec rai-
effets de la superstition et de la plus grossière ignorance; le goût de la guerre engendrait la cruauté; et cette richesse des patriciens, qui leur donnait à la fois l’intérêt et le crédit nécessaires pour bien diriger la
chose publique , amenait comme consé-
son, que ce qui tue un homme délicat fortifie un tempérament robuste. La possession de l’Irlande n’est pas plus une plaie pour l’Angleterre que celle du Latium ne l’était pour les Romains : elle trouve, au contraire, dans l’Irlande, des soldats pour ses armées, des marins pour ses flottes , des habitants pour ses colonies; une portion de son territoire est possédée par des seigneurs anglais qui en apportent à Londres les revenus. Sans doute l’Irlande présente une attitude toujours menaçante, et les concessions que l’Angleterre a été obligée de lui faire apportent jusque dans son sein une opposition violente et parfois dangereuse; mais elle est en état de soutenir la lutte, et cette nécessité même, en réunissant dans un seul intérêt les deux partis des wighs et des tories, entretient en même temps dans le corps politique cette activité nécessaire au développement et à l’énergie des peuples.
quence parmi le peuple la misère la plus affreuse.
On sait que les Romains avaient enveloppé dans un mépris absolu le commerce et les arts libéraux, pour ne tenir en honneur que la guerre et l’agriculture, la guerre qui forme des soldats , et l’agriculture qui les nourrit; et cette institution qu’ils semblent avoir reçue des Spartiates convenait en effet à un peuple qui, à peine sorti de son berceau , avait rêvé la conquête du monde ; mais aussi elle le soumettait à toutes les chances de la victoire, et ne lui laissait, en cas de revers, d’autre perspective que la détresse et la pauvreté.
Tel fut en effet le sort des Romains jusqu’au moment où l’extension de leui£ conquêtes eut fait affluer chez eux les richesses du monde entier; privés des ressources du commerce et de l’industrie , les riches n’avaient d’autre moyen de faire valoir leurs capitaux que de les prêter aux pauvres plé-
béiens; et bien que Servius Tullius eût essayé de soulager ces derniers en reportant sur les riches la plus forte partie des impôts, le poids seul du service militaire les accablait et les obligeait à s’endetter.
Parfois, quand la charge de ces dettes devenait trop pesante, ils se révoltaient, et, poursuivant les patriciens d’une vengeance quelquefois terrible, exigeaient du sénat la diminution et même l’abolition de toutes les dettes;’ mais il fallait toujours y revenir, et le seul résultat de ces abolitions était d’en rendre les conditions plus dures encore et plus terribles : les choses en étaient venues au point que le débiteur se soumettait, à défaut de paiement, à être réduit en estivage et même enchaîné; bien plus, quand les créanciers étaient plusieurs, ils avaient le droit de dépecer le corps de leur débiteur et de se le partager ; et tel était le respect religieux des Romains pour la règle des contrats, que la loi des Douze Tables, éta-
blie pour assurer la paix entre les deux ordres, s’était crue obligée de sanctionner une si horrible convention.
En vérité l’esprit est effrayé en songeant à l’énergie vraiment sauvage que suppose à elle seule une semblable disposition, et qu’on retrouve au reste dans presque toutes les dispositions de la loi des Douze Tables :
ainsi, sans parler de la peine de mort, prodiguée pour les crimes et même pour les simples délits, on la retrouve dans l’exposition des enfants mal conformés , non-seulement permise, mais ordonnée; dans la peine du talion, établie en principe, membre pour membre, blessure pour blessure, avec faculté de rachat; enfin dans ce droit de vie et de mort donné au chef militaire sur ses soldats, au père de famille sur ses enfants et ses esclaves.
Certes ce droit du chef de famille et du chef militaire devait singulièrement contribuer à maintenir chez les jeunes Romains ,
en temps de paix comme en temps de guerre, l’esprit de discipline et de subordination; mais aussi quelle effroyable tyrannie n’en devait-il pas résulter! On vit un général romain décimer ses soldats pour se venger d’une victoire qui lui déplaisait, et des chefs de famille, dans ce tribunal domestique où ils jugeaient seuls et sans appel, condamner à mort, parfois sans motifs, leurs esclaves et jusqu’à leurs femmes et leurs enfants.
Que dis-je? les esclaves même, on ne se donnait pas, la plupart du temps, la peine de les juger : les esclaves n 'étaient qu’une chose dont la loi, suivant la définition du droit de propriété, permettait au maître d’user et d’abuser. Leurs punitions comme leurs récompenses étaient arbitraires et sans limites , et l’on peut lire dans l’histoire romaine ce trait de Vedius Pollion , affranchi d’Auguste , qui , en présence même de ce prince, et pour la moindre faute, faisait jeter ses esclaves dans un vivier et les don-
nait à dévorer à ses murènes. Auguste, témoin de cette violence, se contenta de faire tuer les murènes et de réprimander son affranchi.
En vérité, à en juger par cet exemple, on frémit de penser à ce que des maîtres inhumains pouvaient faire de leurs esclaves devenus vieux et hors de service par la maladie et les infirmités.
C’est sans doute à ce pouvoir absolu et désordonné, constamment entretenu chez les Romains par l’esclavage, qu’il faut attribuer ce mépris pour la vie des hommes , et ce goût du sang qu’on peut reconnaître partout dans leurs institutions, et qu’on retrouve jusque dans leurs jeux et plaisirs même.
On sait, en effet, que les premiers spectacles qu’ils introduisirent parmi eux (à la fin de la guerre contre Pyrrhus, 267 ans avant J.-C.), ceux qui leur furent toujours les plus chers, furent les combats de gladia-
teurs : dans ces combats inhumains, des hommes appareillés deux à deux comme des bêtes féroces, armés de glaives qu’on avait visités d’avance dans la crainte qu’ils ne fussent émoussés, se précipitaient les uns sur les autres, et se portaient des coups terribles jusqu’à ce que l’un des combattants eût terrassé son adversaire. Le peuple alors accordait la vie au blessé en baissant le pouce, ou prononçait la mort en le tournant. S’il le condamnait, le vainqueur redoublait ses coups et plongeait ses mains dans les plaies du vaincu, de crainte de lui laisser un souffle de vie.
Plus tard cette cruauté finit par atteindre les maîtres eux-mêmes , et lorsque l’intérêt et la violence eurent détruit le prestige attaché à la vie seule d’un citoyen romain, elle amena les massacres des proscriptions et la monstrueuse tyrannie militaire des empereurs.
D’ailleurs, ce despotisme du père de fa-
mille devait nécessairement détruire tous les sentiments que la nature inspire : quelle tendresse, en effet, pouvait exister entre les membres d’une même famille, quand toutes leurs relations se réduisaient à une autorité sans limites et à l’obéissance la plus absolue , et lorsque la loi , en maintenant aux femmes et aux enfants tous leurs devoirs, n’en avait laissé aucun au père de famille , pas même celui de leur assurer du pain.
Aussi; la réaction contre cette tyrannie fut quelquefois terrible, et l’on put en juger lorsque au temps des proscriptions la vie des citoyens condamnés fut abandonnée au premier qui voudrait s’en saisir. Alors, il est vrai, les femmes ne perdirent point ce caractère de dévouement qui fait leur plus bel attribut, mais il n’en fut pas de même des enfants. 'On trouva , dit un historien i , de nombreux exemples de fidélité parmi les femmes , quelques-uns parmi les affranchis, aucun parmi
* V elleius Paterculus, liv. II, chap. lxii.
les fils. 11 y en eut qui dénoncèrent leurs pères; il yen eut même qui se firent leurs bourreaux, et le dictateur y comptait si bien , qu’il n’avait pas distingué les fils de la récompense promise à l’exécuteur.
Ce n’était pas seulement, du reste, dans leurs relations intérieures que se manifestait ce caractère véritablement sauvage des Romains, mais aussi dans leurs rapports avec les autres peuples. On y trouve, en effet, toujours cet esprit de ruse et de perfidie féroce qui forme comme le cachet des peuples barbares, et c’est chez eux surtout qu’il faut chercher les exemples de cette foi punique qu’ils reprochaient avec tant d’aigreur à leurs ennemis.
Obligé de vaincre à tout prix pour conserver son pouvoir et ses prérogatives , la politique du sénat ne reculait jamais devant aucun moyen. En pleine paix , une invasion était toujours prête; les traités n’avaient jamais que le sens qu’il lui plaisait de leur don-
ner, et au moment même où il s’alliait avec un prince, il tenait toujours en réserve quelque rival qu’il pût au besoin lui opposer *.
Sitôt que, par penchant ou par crainte , un peuple était entré dans l’alliance deRome, il ne pouvait plus s’en détacher : toute tentative à cet égard était réputée révolte et punie comme telle; s’il s’agissait d’un peuple riche et peu guerrier , on se contentait de l’épuiser par des tributs; si , au contraire, il était dangereux , on procédait à sa soumission par l’extermination, et il devait s’estimer heureux quand on se contentait d’enlever ses habitants pour les réduire en esclavage.
L’esclavage jouait en effet un très-grand rôle dans la politique et la constitution romaine : d’abord, la vente des esclaves, après
* Montesquieu, dans le chapitre vi de son ouvrage, a donné le détail de cette politique, qui ressemble du reste mot pour mot à celle du gouvernement anglais dans les Indes.
une campagne, servait à indemniser l’État des frais de la guerre; amenés ensuite à Rome, ils étaient employés à tous les travaux publics et particuliers, et permettaient ainsi aux citoyens de se livrer tout entiers aux exercices de la guerre; enfin affranchis par les grands dans l’intérêt de leur puissance *, et devenus eux- mêmes, à la seconde génération, citoyens romains, ils servaient à recruter sans cesse ces légions
1 Pour augmenter leur clientèle. Il est singulier que cette cause d’affranchissements ait échappé à Montesquieu, qui ne leur donne pour motifs que la générosité , l’avarice et la faiblesse : « Les uns , dit-il , « voulaient récompenser les esclaves fidèles, les au- « très voulaient recevoir, en leur nom , le blé que la « république distribuait aux pauvres citoyens-, d’au- « très , enfin , désiraient d’avoir à leur pompe funèbre k beaucoup de gens qui la suivissent avec un chapeau « de fleurs. » De ces trois motifs, le second serait plus que contestable, et les deux autres n’auraient constitué que des faits particuliers; l’intérêt seul peut donner naissance à un fait général.
romaines que des guerres perpétuelles venaient sans cesse décimer.
Certes, si quelque chose peut ici -bas abaisser notre orgueil , c’est de voir l’esclavage, cette honte de l’humanité, servir ainsi de base à la conquête du monde.
Veut-on enfin , par un dernier exemple , achever d’apprécier ce caractère de violence barbare qui semblait animer l’esprit des Romains, qu’on prenne la conduite de leurs généraux dans les provinces qu’ils étaient appelés à gouverner ; qu’on les voie abuser de leur pouvoir pour accabler les peuples d’impôts , enrôler chez les peuples tributaires des jeunes gens au-dessous de l’âge, pour les forcer à se racheter, et souvent par un motif encore plus infâme ; attaquer sans motif des peuples paisibles pour faire des esclaves et mériter les honneurs du triomphe ; enfin , dans les provinces même les plus soumises, organiser jusques à la famine.
On a vanté les mœurs privées des Romains , et des philosophes chagrins , ne voyant dans la civilisation que les maux inévitables'qu’elle entraîne, se sont plus à en relever la simplicité; mais qu’était cette simplicité, sinon l’effet de la plus complète ignorance : tout l’art des premiers Romains se bornait à savoir frapper un ennemi et labourer son champ : sans parler même des arts libéraux, les moindres idées d’instruction et de morale leur étaient étrangères ; elles n’auraient pu leur arriver qu’avec des lumières, et l’aristocratie les écartait avec trop de soin pour qu’elles pussent jamais pénétrer parmi eux; on sait que jusqu’à la fin de la république , les philosophes furent constamment repoussés de la ville; les étrangers même n’y étaient reçus qu’avec défiance, et le droit d’aubaine, d’après lequel le fisc s’emparait de leur héritage , existait contre eux dans toute sa rigueur
1 II y a même lieu de croire , d’après des indices
La superstition , compagne ordinaire et soutien de l’ignorance, régnait avec elle sur l’esprit des Romains, non pas même éclairée par quelque connaissance des dieux qu’ils adoraient , mais consistant uniquement dans des cérémonies et des pratiques minutieuses ; une sorte de fatalité en était la suite : le moindre danger , l’approche d’un ennemi , effrayait le peuple, et si la merveilleuse fermeté du sénat romain a été célébrée avec raison, on peut voir dans les auteurs ce qu’ils disent alors de la consternation de la ville, jusqu’au moment où des présages favorables, ménagés par les patriciens, venaient rassurer les esprits.
Située dans un climat malsain, exposée aux débordements du Tibre et à des exha-
nombreux, que dans le temps des rois, les arts étaient cultivés à Rome bien plus qu’ils ne le furent depuis , et que l’intérêt des patriciens avait ensuite étouffé ces premiers germes de civilisation.
laisons de marais, privée d’ailleurs de toute espèce de police, la ville de Rome voyait sans cesse sa population décimée par la peste et les maladies contagieuses; parfois les consuls eux-mêmes et les principaux magistrats succombaient à la violence du fléau; et cependant personne ne songeait à en rechercher les causes et à y remédier; en récompense, on nommait avec de grandes cérémonies un dictateur, qui, suivi de tout le peuple, se rendait au temple de Jupiter et y plaçait ce qu’on appelait le clou sacré : cette tâche remplie, les citoyens rentraient chez eux tranquilles, s’abandonnant à leur destinée.
Pour ce qui concerne la vie domestique des anciens Romains , on manque complètement de détails *, et cette clôture absolue du foyer qui leur était commune avec
' Le seul auteur où l’on puisse trouver à cet égard quelques indications est Denys d’Halicarnasse, qui en fait du reste un éloge pompeux; mais cet auteur était
les peuples du midi et qui était encore augmentée chez eux par l’institution du tribunal du père de famille où se jugeaient les délits intérieurs, n’a pas permis à l’histoire d’y pénétrer; mais indépendamment de ses récits , on sait assez tous les désordres auxquels l’esclavage des deux sexes peut donner naissance, et l’on voit d’après l’histoire qu’aucun de ces désordres n’était étranger aux Romains; un grand nombre de leurs fêtes religieuses étaient de la plus grossière indécence; les vestales même assistaient à ces spectacles publics où le cynisme le disputait à la cruauté, et nous n’oserions pas même énoncer tous les cultes en honneur parmi eux.
Les femmes d’ailleurs, ce premier élé-
né dans l’Asie Mineure , et par conséquent étranger aux usages de Rome; et d’ailleurs, flatteur-né des Romains en qualité de Grec , ses assertions ne peuvent pas mériter une grande foi.
ment de toute civilisation, étaient tenues dans la plus complète dépendance ; elles étaient, comme les esclaves, la propriété de leur mari ; les mariages se faisaient par un achat et une vente ( coemptio ) , et le législateur les considérait tellement comme une chose, qu’il permettait nonseulement de les acheter , mais même d’en prescrire la propriété par un certain temps de possession : au milieu d’une suite de dispositions sur la prescription des biens meubles et immeubles, la loi des Douze Tables déclare que la femme qui aura habité pendant une année dans la maison d’un homme avec cette intention, tombera par prescription sous sa puissance conjugale.
Poussant même jusqu’au bout l’équité, et prévoyant le cas où la prescription aura pu être interrompue , elle ajoute qu’il suffira pour cette interruption d’une absence de trois journées.
Que penser cependant' de toutes ces règles, sinon que pour les femmes, comme pour les autres choses , il avait fallu remédier par le droit de prescrire à l’incertitude de la propriété.
Habitués que nous le sommes à voir la civilisation engendrer parmi les peuples la mollesse et la débauche, nous avons peine à nous représenter la dépravation unie à la grossièreté des mœurs , et malgré les exemples contraires d’un grand nombre de peuples barbares , peut-être lesquelles de bois des Romains ont-elles suffi, dans le silence de l’histoire, pour nous porter à croire à la pureté de leurs mœurs.
Mais qu’on les considère cependant lorsque l’extension de leurs conquêtes leur eut fourni les moyens de satisfaire à leurs passions et attiré sur eux l’attention du monde entier ; qu’on voie quelle dépravation effrénée déborda de toutes parts.
On a dit , il est vrai , que la corruption
avait été apportée dans Rome par l’exemple des autres peuples. Maisquels peuples avaient pu leur porter tout ce que nous trouvons parmi eux ? et dans tous les cas, quels germes ne devaient pas exister d’avance pour produire de pareils fruits? Qu’on voie, dès l’an i84 avant Jésus-Christ (à peine à la fin de la première guerre punique), ces effroyables mystères des Bacchanales, constatés par une enquête juridique et dans lesquels , en peu de temps , sept mille personnes de tout rang et de tout sexe étaient déjà initiées.
Plus tard on cessa même de se cacher ; la licence ouverte des Romains , au temps des empereurs, fait frémir l’imagination , et l’on est peut-être conduit à penser que dans cette pureté de mœurs si vantée des anciens Romains, il n’y avait peut-être de plus que l’ignorance et que la honte.
Les faits nous manquent sans doute à cet égard et l’on en est réduit aux conjectures ; mais il est difficile de penser qu’il ait jamais
pu y avoir quelque délicatesse de mœurs chez un peuple qui trouvait tout simple que Caton , le sévère censeur, prêtât sa femme à l’orateur Hortensius pour en avoir des enfants , et la reprît ensuite enrichie de ses dons, que deux amis, par amitié, fissent échange de leurs femmes 1 , et chez lequel Auguste, qui n’affectait pas les manières d’un tyran, envoyait sa litière chez celle des dames romaines qu’il lui plaisait de faire venir, et la mandait dans son palais.
' Brutus et Cépion , (Dio ap. Vales). Brutus était un tribun du peuple du temps de Marius , et fort considéré. Il joua même un grand rôle et nous en aurions parlé , si les faits qui se rattachent à son histoire eussent dû ajouter quelque éclaircissement aux faits que nous avons présentés.