CHANGEMENTS
Les sénateurs et les grands se partagèrent le gouvernement des provinces, et comme ils y réunissaient à la fois le pouvoir civil et l’autorité militaire, la plupart en firent la source de monstrueuses fortunes avec lesquelles, de retour à Rome, ils achetaient les suffrages du peuple, et dominaient les assemblées.
D’un autre côté, et pour des motifs semblables, la majeure partie des plébéiens avait quitté la ville , et s’était répandue dans les provinces : les uns exerçaient des emplois à la suite des proconsuls ou dans la perception des impôts et des tributs ; les autres se faisaient donner la concession des fermes
lieu à suivre ; et comme parmi les crimes dont elles étaient chargées, se trouvait celui de concussion , il en résultait que les gouverneurs de provinces, pour leur gestion , n’avaient d’autres contrôleurs qu’euxmêmes ou leurs collègues.
De là cette tyrannie des grands dans les provinces dont on se plaint sans cesse à cette époque et qui était la suite de l’impunité qui les protégeait.
du domaine public; d’autres enfin faisaient des affaires pour leur propre compte; seuls protégés par les lois et les autorités romaines , ils s’arrogeaient le monopole du commerce 1 , et tous , pour ces occupations lucratives, abandonnaient sans peine le forum romain et la culture du champ que leur avaient légué leurs ancêtres.
Les nobles le leur achetaient, agrandis-
I C’est ce que Cicéron appelle puhlicani, pecuarii, aratores, negociatores ( oratio pro Fonteio) ; il ajoute que , dans les Gaules (et la même chose devait exister ailleurs), il ne se faisait pas une seule affaire sans l’intervention des citoyens romains. On peut d’ailleurs juger du nombre de Romains ainsi répandus dans les provinces , en songeant que dans la seule Asie Mineure Mithridate put en faire égorger à la fois près de cent mille.
II n’arrivait au reste en cela que ce que nous voyons de nos jours pour l’Angleterre. C’est ainsi, en effet, que les Anglais quittent en foule leur pays natal pour aller chercher fortune dans une de leurs nombreuses colonies, abandonnant aux seigneurs la propriété des terres anglaises.