PIROGUES DE GOA
Vers le midi, on ne trouve sur la côte occidentale de l'Inde aucun port avant Goa, dont la baie, ouverte et abandonnée, contraste tristement avec celle de Bombay. Le peu d'activité qu'elle a conservée est venu se concentrer à l'embouchure de la rivière, et l'ancienne ville portugaise, où résidaient la noblesse et le clergé, est maintenant déserte. Cette cité, qui fut maîtresse de l'Inde, n'est plus qu'une réunion de monastères et d'églises en ruines, dont le nombre et la grandeur montrent encore combien elle fut riche et florissante : quelques moines et quelques Indiens errent seuls dans des rues dont les traces sont presque effacées par la végétation. L'arsenal est vide , mais les édifices qu'il renferme prouvent que le peuple qui les éleva croyait dominer plus longtemps. L'ensemble de Goa est triste; à peine voit-on quelques petits bateaux se détacher pour communiquer avec les villages situés dans la plaine fertile, mais presque inculte, qu'arrosent les branches de la rivière.
La construction de ces pirogues est remarquable ; car, d'après l'ordre que nous suivons, ce sont les premières où nous rencontrons le balancier : mais il y est encore si grossier, que nous renvoyons à un autre pays pour en détailler la disposition et les avantages; toutefois nous conviendrons d'appeler leviers les pièces latérales et perpendiculaires, et balancier la pièce horizontale et parallèle qu'ils unissent au corps.
Les pirogues de Goa (pi. \5,fig. i, 2, 3 et 4) sont formées d'un seul morceau de bois presque rond, étroit vers le haut, qui supporte de larges fargues très-obliques, réunies à leurs extrémités par des montants massifs, et jointes au corps par des amarrages comprimant, des deux côtés, des bourrelets d'étoupe de coco. Les leviers, joints au corps par des attaches avec des trévires 1 1 , sont courbes pour rnoius toucher l'eau, et liés de la même manière au balancier, qu'on met également du côté d'où vient le vent ou du bord opposé ; cela diffère essentiellement de ce que nous verrons plus loin, et fait perdre à cette pièce extérieure une partie de ses avantages Ces pirogues, qui u'ont rien de régulier, sont souvent très-petites (jig- 5 et 6); leur longueur varie de 5 à 14 mètres : elles n'ont point de voiles uniformes et ne sont employées dans la baie que pendant la mousson de nord-est, la mer étant alors aussi tranquille qu'elle se montre agitée dans la saison opposée.
La même baie renferme aussi des pirogues sans balancier ( fig. 7, 8, g) servant de bateaux de passage et marchant bien à l'aviron. Le corps des plus grandes est formé de pièces courbes, coupées dans du bois plein, réunies entre elles par de petits amarrages plats, cachés en partie dans des rainures, et qui ne pressent des bourrelets d'étoupe que dans l'intérieur. Les pièces latérales sont unies de la même manière à l'étrave et à l'étambot, trèsgros à leur base; elles se lient aussi à la pièce du fond, qui est plate, et non pas saillante comme une quille : le tout est renforcé par des parties /■ /■ plus épaisses de om,02a, conservées dans le bois et recouvertes de nattes pour servir de sièges aux passagers. Le plat-bord est percé de tolets sur la coclie desquels porte l'aviron , et qui ont quelquefois une boule de om,ia de diamètre qui les exhausse; et l'aviron en porte une semblable, qui le retient par son estrope. Les voiles varient de forme et de dimension; souvent elles ressemblent à celles de nos canots, et sont faites de coton rayé de diverses couleurs. Ces embarcations sont armées par des Lascars, qui rainent à la manière espagnole en se dressant sur le banc précédent et se laissant ensuite retomber de tout leur poids; c'est le seul point où cette manière de nager soit adoptée, les Arabes et les Mopilas se servant, comme nous, de l'aviron.
COTE DM MALABAR. 23
PIROGUE DE MAHE.
Cette petite pirogue (pi. 16, jftg. i, 2, 3), d'une seule pièce creusée avec des renforts intérieurs ;• /•, est surmontée d'une fargue percée par les estropes des avirons. Sa pagaie (1) est d'une forme singulière (Jig- 4) et d'un emploi fatigant, sans cependant produire plus d'impulsion.