CAL1É OU K.ALIA
Le Calié , vaisseau de guerre du pays et la première pirogue double dont nous ayons à parler, peut être considéré comme un ouvrage extraordinaire pour des peuples dénués de fer, auxquels il a fallu , pour le remplacer, avoir recours à une foule de dispositions très-ingénieuses et tourner beaucoup de difficultés. M. d'Urville mesura, au village de Malanga, une de ces pirogues de 27 mètres de long et 2™, 80 de creux, semblable, du reste, à celle des planches 1 18 et 120, qui, sur une plus grande échelle, en donnent une représentation exacte. Les principaux chefs de l'oligarchie existant actuellement à Tonga-ïabou'paraissent avoir chacun leur petit arsenal maritime, composé de plusieurs de ces navires, montés par les guerriers qui relèvent d'eux et les suivent comme les vassaux accompagnaient leurs seigneurs. Us paraissent attacher un grand prix aux Caliés, fruits sans doute d'un très-long travail exécuté par des hommes spéciaux, auxquels cette profession héréditaire confère une espèce de titre de noblesse. Pour préserver ces pirogues, on les place sous de vastes hangars d'une forme élégante, de 3o à 35 mètres de long sur 10 de haut et 12 de large; leur charpente, en pièces équarries et polies courbées en ogive, est consolidée par quelques traverses supérieures ainsi que par de longues tringles horizontales sculptées, liées à toutes les premières pièces courbes par des amarrages en tresses de coco teintes en blanc, en noir ou en rouge, et entrelacées de manière à former des dessins réguliers comme dans les cabanes. Alin que la charpente du toit ne coure point le risque d'être pourrie par le contact de la terre, elle s'arrête à o™,io au-dessus, et toutes ses pièces sont liées de chaque côté, à l'intérieur, à une traverse ronde soutenue à o™,5o de terre par de gros piquets ronds, préservés par le toit qui est extérieur ; le tout est couvert en nattes de cocotier régulièrement attachées aux pièces courbes, formant un chaume épais qui prend une teinte grise en vieillissant. Ces constructions, très-soignées, ont un aspect simple et grandiose, qui, lorsqu'on arrive à terre, donne uue haute idée des naturels.
Tous les Caliés (pi. 1 18 et pi. 121, fig. 1 et 2) que nous avons vus sont semblables, quelle que soit leur grandeur, qui quelquefois n'excède pas i5 mètres, et sont formés de deux pirogues nommées Foï-vaca, d'inégale longueur, dont la plus petite, devant rester toujours au vent, joue exactement le rôle du balancier et rappelle la même idée. Le corps de chacune d'elles, long, étroit et très-creux, a des côtés symétriques, et ses sections, à peu près semblables d'une extrémité à l'autre, ont la forme d'un cœur sans que les bouts aient de parties rentrantes ; il est formé de différentes pièces rapportées sans ordre, dont les écarts, sans aucune régularité, sont réunis par la coulure la plus ingénieuse que nous ayons vue. Nous ne pûmes en connaître l'exécution que par les signes que les naturels se plaisaient à nous faire en voyant l'intérêt et l'admiration que nous exprimions : sur les bords de chacune des pièces que l'on veut joindre (pi. i-n,Jig. 14), on conserve un rebord arrondi o et o' dételle sorte qu'une fois en contact, ces deux saillies ont ensemble l'air d'un demi-cylindre comme un tore, de chaque côté extérieur duquel ou aurait creusé, à toucher la planche, uue rainure p, dans laquelle sont pratiqués des trous correspondants éloignés entre eux d'environ o°',5o; on y passe de petites cordes de coco très-serrées, croisées en double qq (fig- i5) comme les fils des coutures de nos chaussures. Ces liens multipliés, quelquefois recouverts d'une résine comme le brai, forment, de chaque côté du demi-cylindre, une raie noi replacée dans l'angle, dont il serait impossible de deviner le but : l'adhéreuce du bois est si parfaite, qu'elle s'oppose à l'infiltration de l'eau sans l'emploi du calfatage, qui, du reste, romprait probablement les attaches. Ce mode de jonction demande sans doute un bien long travail, car, pour conserver les renflements, il faut creuser tout l'espace compris entre eux de manière à former uue planche d'une épaisseur égale. Les trous doivent exiger aussi beaucoup de temps, tous ces bois étant très-durs, et les seuls outils qu'on emploie étant des os ou des arêtes de poisson , ou, pour les gros trous , du bois durci au feu , qu'on tourne en le faisant frotter sur du sable; le poli des différentes pièces est facile à obtenir avec des peaux de requin, et leur
ajustage se fait en les rodant l'une sur l'autre avec de la poussière de corail, qui a plus d'effet que la pierre ponce.
Cette première jonction étanl loin «l'être assez solide, on la fortilie [>ar de nombreuses courbes m m (/)/. 121 ,fie. 2), liéesaux planches à l'aide d'amarrages passés dans des rendements percés n et n' (fig. 2 et i4), comme nous l'avons vu à la Nouvelle-Guinée; beaucoup de ces membres ont des positions obliques suivant la direction des lignes de liaison qu'ils sont appelés à consolider ; mais la plupart, placés droit , soutiennent les baux de la plate-forme auxquels ils sont solidement liés avec de la tresse, au moyen de courbes naturelles accolées aux deux pièces, comme celles des ponts de nos vaisseaux. Cette charpente, extrêmement solide, sans être trop pesante, est soignée dans tous ses détails et demande sans doute un très-long travail , car ce qui forme le bordage est taillé dans le bois plein pour suivre les contours sans être courbé par le feu et pour être réduit à une épaisseur que nous ne croyons pas excéder 0™,o4 pour les plus grands Caliés.
Les extrémités des deux pirogues, plus basses que la plate-forme, sont couvertes par des planches courbes (fis. 12) serrées par des attaches intérieures et jointes à des plaques verticales qui bouchent l'intervalle entre la plate-forme et le corps. Les couvercles de la petite pirogue sont pointus comme elle, mais ceux de la grande ont une extrémité large qui se termine à un renflement g appartenant au corps, et dans lequel est une cavité g de u", 1 2 de diamètre. Le côté de la plaque voisin de la petite pirogue , orné de quelques moulures, déborde le corps comme ff(fîg- 1 et i2)i dans sa partie saillante sont pratiqués trois trous, l'un pour une Corde courte servant à assujettir les vergues, et les deux autres/ et/' pour le passage de l'étai du mât (pi. 1 18).
La plate-forme, que soutiennent des baux fortifiés en dessous par quelques pièces longitudinales, est formée de planches parallèles, traversées par les amarrages qui remplacent les clous, pour les unir aux barrots. Sa courbure, assez prononcée dans le sens de la longueur, est la même vers les deux extrémités; en outre, elle est percée de quatre éco util les sans hiloires, servant de passage aux hommes pour vider l'eau et pour communiquer avec l'intérieur, où se trouvent, à diverses hauteurs, des planches et des claies sur des tringles transversales pour tenir les provisions au-dessus de l'eau qu'il y a toujours au fond. Le pont, qui occupe environ les deux cinquièmes de la longueur de la grande pirogue, déborde de chaque côté, où il a quelquefois un rebord de o™,io à om,20, toujours remplacé par une tringle aux extrémités. Il porte au milieu un échafaudage de quatre piquets liés aux baux pour soutenir un siège 1] il en planches établies sur des tringles latérales, posées sur deux plus fortes longiludinales, qui dépassent les piquets d'un mètre du côté de la grande pirogue. Ceux-ci, plus élevés que le siège, sont joints par des pièces rondes rr, ornées de coquilles blanches attachées sur leur longueur, qui pendent en gros paquets à leurs extrémités. Les chefs se tiennent ordinairement sur ce plancher élevé d'où ils donnent leurs ordres (pi. 120); ils se reposent aussi sous un toit courbe et oblique kk , appuyé sur le pont du côté de la petite pirogue, et formé de plusieurs courbes bien équarries, auxquelles sont attachées quelques tringles horizontales portant les feuilles de cocotier du chaume. Ce toit sert aussi à soutenir le siège contre les efforts du mât, dont l'emplanture c (pi. 121, fig. 1 et 2), placée au-dessus du côté du venlde la grande pirogue, est un renflement conservé, ou un bloc de bois attaché sur le pont, de la forme d'un demi-ellipsoïde, fendu suivant le grand axe, mais ayant une cloison suivant le petit. C'est là que repose le mât, dont le pied fourchu remplit la rainure , de sorte que, sans pouvoir tourner sur lui-même, il se meut dans le sens de la longueur pour prendre les inclinaisons nécessaires à la manœuvre de la voile.
Ce mât, dont le poids doit être considérable, car il est souvent de plusieurs pièces réunies par des roustures, comme les parties des vergues, est maintenu par des haubans lixés aux cinq sixièmes de sa longueur, et attachés du côté du vent à une tringle /; /( soutenue par des piquets au bord extérieur de la petite pirogue ; il a , en outre, deux étais passés dans chacun des trous/, ensuite dans/', pour venir s'attacher aux montants. Ces cordes, en bourre de coco, sont solides, bien confectionnées et tordues comme les nôtres , les tresses n'étant employées que pour des amarrages fixes. Nous n'avons jamais vu de hauban placé sous le vent, sans doute parce que le mât est assez soutenu en appuyant contre le siège. La voile triangulaire des Caliés a une surface très-étendue, que nous avons pu
déduire en mesurant les vergues et le mât .sous le hangar; elle devait avoir environ 80 mètres carres, et, comme elle est toujours de la même longueur que le bateau, el que le rapport du mât au navire change peu, il s'ensuit que les grands Calie's, tels que ceux de Mafanga, ont de très-grandes voiles, dont la manœuvre doit être difficile. Elles sont en nattes Iressées, légères, mais solides, dont les laizes de o-,6o à o™,8o de largeur sont cousues comme notre toile et ont des attaches qui les unissent aux vergues; celles-ci sont jointes par une forte corde de o'", i5 ou o=,20; la plus haute enfoncée dans la cavité g, tandis que l'autre pend sous le vent, est portée par une drisse passée dans le trou du croissant au sommet du mal, où il n'y a point de réa , et attachée aux trois quarts de sa longueur, ce qui exige que le mât soit incliné pour faciliter le virement de bord. La vergue n'est retenue ni par un racage ni par une drosse, de sorte que, pour l'amener, il faut tirer par le bas toute la toile, dont le haut, à mesure qu'il descend, est entraîné par le vent, d'autant plus qu'on n'y applique pas de cargues comme dans les Pros de l'archipel des Carolines ; lorsque la voile est amenée et serrée, on la pousse en dehors à l'aide d'une perche fourchue (pi. 118) qui, avec l'écoute , sert à la diriger. Ces voiles, d'une disposition aussi simple qu'ingénieuse, établissent très-bien, tiennent mieux le vent que celles de nos embarcations, ce dont nous nous assurâmes en faisant un trajet de plusieurs milles sur un Vaca qui en portait uue semblable ; cependant, lorsque la brise est fraîche, elles deviennent très-difficiles à manœuvrer à bord des glands Caliés, qui présentent alors aux naturels toutes les difficultés que les vaisseaux de ligne ont pour nous.
Les Caliés, ainsi que toutes les pirogues à balancier, virent comme les Pros carolins, mais n'ayant pas de plateforme sous le vent, il ne leur est pas nécessaire d'incliner autant leur mât, el les vergues peuvent glisser le long du corps sans que rien les arrête, puisqu'elles sont retenues par les tringles du gouvernail : celui-ci n'est qu'un grand aviron à pelle large percée d'un trou (pi. 121, fi". 3), pour être retenu par une corde attachée à bord et maintenu entre la tringle ah et la pirogue; quand on vire de bord , on le porte à l'extrémité qui devient l'arrière. Nous avons cherché à exprimer sur la planche 120 toutes les opérations de cette évolution, qui s'exécute avec promptitude; on y voit les hommes qui tirent sur l'étai pour aider ceux qui transportent le point de jonction des vergues , celui qui file doucement l'étai opposé et ceux qui s'occupent au transport du gouvernail ; nous n'avons représenté que le petit Vaca sur lequel nous avons louvoyé, atiu que le trop graud nombre de personnages ne causât pas de confusion dans les rôles que chacun doit jouer. On comprend, d'après cette disposition du mât , combien il est dangereux de masquer, car il pourrait alors se rompre ou renverser l'échafaudage du milieu. Il y a des pirogues qui, sans avoir le chaume, conservent les pièces obliques destinées à le porter, ce qui fait penser que le toit h k a été fait dans le but de soutenir les montants.
Les Caliés s'emploient rarement et fatiguent beaucoup à la mer, car les mouvements des deux pirogues n'étant jamais d'accord font éprouver, en raison de leur poids considérable, des torsions continuelles à la plate-forme; ils craquent d'une manière inquiétaute dès que les lames deviennent un peu vives, et leurs coutures, s'ouvrant de temps en temps, laissent toujours entrer de l'eau; aussi y a-t-il à leur bord plusieurs seaux de bois et des hommes faisant la chaîne dans les écoutilles pour vider. Ils ne peuvent marcher qu'avec la voile; autrement, ils n'obtiennent que peu de vitesse, quelque nombreux que soient les hommes de leur équipage, dont quelques-uns s'asseyent sur les extrémités pour pagayer tandis que d'autres prennent deux à deux des godilles verticales (pi. 120) passées dans les trous du pont /', r (pi. iii.fig. i).
Telles sont les pirogues que nous avons vues à Tonga-Tabou ; elles diffèrent un peu de celles dont parle le capitaine Cook dans son second voyage (1), ainsi que le prouve la copie que nous lui avons empruntée (pi. 121, fig. 4, 5, 6, 7, 8 et 9) avec la traduction suivante :
(I) A voyage tamaris the soulh pôle and round ihe world, performed in B. M. S. Iti solution and Adventure , in thc years 1772 tu 1775, by James Cook, commander, and captain Furneaux. — London, prinlcd for W. Slrahan and T. Cadcll, in Ihc Slrand, 1787, !•' volume, |iago 215.
« Mais rien ne peut mieux montrer leur savoir que la construction de leurs pirogues qui, sous le rapport de l'élégance et de l'exécution, sont au-dessus de tout ce que nous vîmes dans cette mer : elles sont en plusieurs pièces, si bien cousues par des liens qu'il est difficile de découvrir les jointures; toutes ces attaches sont intérieures et passent dans des saillies sur le bord des différentes planches. Les pirogues sont de deux espèces, les doubles et les simples, dont on voit les dimensions sur les plans annexés (pi. 121, fi 'g. 5, 6, 7, 8 et g, et pi. >™,fig. 7, 8, g, to et 11). Les simples ont de 20 à 3o pieds de long (6™, 10 à g°,i5) et 20 ou 22 pouces de large au milieu (om,5o ou o™,55) ; l'arrière se termine en pointe et l'avant en coin aigu; à chaque extrémité est une espèce de pont qui couvre le tiers de la longueur, le milieu restant découvert. Quelques-unes ont leurs ponts décorés de rangées de coquilles blanches fixées par de petites chevilles. Toutes ces pirogues simples ont des balanciers, vont souvent à la voile, mais préfèrent la pagaie dont la pelle est plus large au milieu.
,. Les deux corps qui composent la double pirogue ont 60 à 70 pieds de long (18 à 21 mètres) et 4 ou 5 de large (i™,20 à i°,5o) au centre; chaque extrémité se termine presque en pointe, de sorte que leur construction diffère peu de celle d'une pirogue simple, et tout y est réuni de la même manière; celles-ci ont au milieu, autour de la partie ouverte, une élévation comme les bords d'une auge, faite de planches jointes exactement les unes aux autres et bien attachées aux corps, sur. laquelle sont liées de grosses traverses, qui tiennent les deux pirogues simples parallèles à 6 ou 7 pieds l'une de l'autre (i»,8o à 2-, 10). Sur ces baux soutenus par des épontilles (ixées an corps, est une plate-forme de planches.
« Toutes les parties des pirogues doubles sont aussi solides et aussi légères que la nature de l'ouvrage le permet, et elles plongent dans l'eau jusqu'à cette plate-forme sans danger de se remplir. Il n'y a aucune circonstance qui puisse les faire couler à foud tant qu'elles tiennent ensemble, de sorte qu'elles ne sont pas seulement propres à transporter des charges, mais aussi à faire de longs voyages; elles ont un mât qui s'élève sur la plate-forme et qu'on peut aisément dresser ou abattre, et une longue voile latine ou triangulaire orientée à une longue vergue un peu pliée ou courbée. La voile est de nattes, et les cordages, exactement disposés comme les nôtres, ont jusqu'à 4 ou 5 pouces ; sur la plate-forme est un petit toit, espèce de hutte pour abriter l'équipage, et qui remplit aussi d'autres buts. Elles portent un foyer mobile carré, mais bas, fait de bois et rempli de pierres; le passage pour descendre dans l'intérieur est une espèce d'écoutille découverte située hors de la plate-forme , où l'on se tient pour vider l'eau. »
Les différentes parties de cette pirogue sont désignées sur les figures de la planche 121 parles lettres suivantes : sur la fis. 5 , b b sont les traverses du pont; ce, les pièces suivant la longueur; dd, les écoutilles; e, l'emplanture du mât. Sur \&fia. 4> " a est le pont ou la plate-forme; c, les cloisons verticales pour empêcher l'eau d'entrer dans le milieu de la pirogue; dd, les barrotius du pont; //, la cloison qui se prolonge jusque sous la plate-forme, et les lignes ponctuées représentent les couples; g g est la bauquière qui lie de l'avant à l'arrière les baux ou traverses, et enfin h les épontilles qui supportent la plate-forme.
Plus loin, parlant des pirogues d'une île voisine nommée Namouka , le capitaine Cook donne les mêmes détails que nous sur leurs virements de bord , mais il ajoute ( 1) : « Ces pirogues , lorsqu'elles font route largue ou vent arrière, sortent la vergue de sa cavité et la placent en travers (ce que nous ne les avons jamais vues faire) ; mais on doit observer que toutes celles à voiles ne sont pas gréées pour naviguer de la même manière. Quelquesunes des plus grandes, disposées pour virer de bord, ont un mât à tète fourchue court et fort, qui appuie sur une espèce de rouleau (ixé au pont près de l'avant, vers lequel il incline beaucoup; la vergue repose sur les deux pointes comme sur des pivots, au moyen de deux forts taquets de bois fixés de chaque côté de la
(I) À ooyaç/e lowards ihe soutli fuir. , etc.. in Ihe years 1772 lo 1775 , clc. , 2J volume , page 17.
vergue à un tiers environ de sa longueur à partir du point d'amure, qui, lorsque le bâtiment fait voile, est arrêté entre les pirogues, par deux grosses cordes; une d'elles est passée à travers un trou pratiqué à l'avant de chaque pirogue, car on doit remarquer que tous ces navires à voiles sont doubles ou accouplés. Le point d'amure étant ainsi retenu, il est clair qu'en le changeant de côté ces pirogues doivent virer, et que si, sur un des bords, la voile et sa vergue inférieure sont éloignées du mât, sur l'autre ils doivent poiter sur lui comme une voile d'artimon prolongée etenv^rguée jusqu'au bas de l'ourse. Je ne saurais dire s'ils ne détachent pas quelquefois de la vergue cette partie de la voile qui est entre l'amure et le sommet du mal, pour la mettre sous le vent , ainsi que la vergue inférieure; les dessins de M. Hodges semblent favoriser cette opinion, et feront non-seulement comprendre la description, mais pourront même y suppléer. Les bouts-dehors et les cordages dont on se sert pour les haubans sont gros et très-forts, à cause du poids énorme de la voile, de la vergue et du gui . «
Quelques vues de pirogues des relations des voyages de Cook, qui montrent cette disposition de la voile, lui mettent des cargues , des mâchoires latérales portant sur la tête du mât , qui est garni de taquets pour monter au sommet et soutenu par des haubans également répartis de chaque côté ainsi que par un étai attaché à une espèce de beaupré : le peu de précision de ces dessins nous a empêché de les copier.
Pendant son troisième voyage, le capitaine Cook détermina exactement la vitesse de ces bateaux, sur l'uu desquels il lit plusieurs expériences du loch, et reconnut qu'en serrant le vent par une jolie brise ils faisaient de sept à huit milles en une heure.
Les habitants des îles ïouga confectionnent leurs cordes avec les fibres de l'enveloppe du coco, dont la longueur n'excède guère o'°,25; ils les tordent à la main de manière à faire des [ils de la grosseur d'un tuyau de plume, et en forment leurs plus gros cordages, dont la qualité est excellente, ainsi que celle des lignes de pêche.