Partie portant sur terre, 7"'>7° Longueur des mâts
Creux, i",4° Longueur d'une pagaie, 2™, 20
Hauteur en dehors , i",5o Longueur du gouvernail, S-^o
Ecart aux extrémités de centre à centre, i-,8o Longueur de sa partie extérieure , 3"',25
Ecart au milieu, borda bord, o",6o Largeur du gouvernail à l'extrémité, i">,o3
AUCHIPEL NOUKA-HIVA.
Nous avons trouvé dans le second voyage du capitaine Cook ( 1) une vue des pirogues de cet archipel, nommé alors Marquesas de Mendoça ; elle a été réduite à notre échelle habituelle (pi. \iS,fig. 10), d'après les dimensions données dans la description suivante : « Les pirogues sont faites du bois et de l'écorce d'un arbre mou, très-propre à cet usage, qui croît en abondance près de la mer; elles ont de 16 à 20 pieds de long (4m,88 à 6™, 10), et environ i5 pouces de large (om,38) ; l'avant et l'arrière sont faits de pièces solides, et celui-ci s'élève ou se courbe un peu dans une direction irrégulière en se terminant en pointe ; l'avant, projeté horizon talemlent, porte l'imitation grossière d'un visage humain ; elles se manœuvrent avec des pagaies, et plusieurs ont une sorte de voile latine en nattes. »
La relation du voyage autour du monde du capitaine Marchand (2) entre dans des détails plus circonstanciés : « On trouvera que l'architecture navale des Mendoçains est encore dans l'enfance, si l'on veut mettre leurs frêles embarcations à côté de ces belles pirogues de guerre dont les Taïtiens forment leur grande armée navale, qu'on prendrait pour celle de la Grèce sous les ordres d'Agamemnon, lorsqu'ils rassemblent leurs forces pour venger une insulte ou soumettre quelque île à l'espèce de suprématie que Taïti semble affecter sur l'archipel qui en est voisin. Les pirogues des Mendoçains, suivant la description qu'en donne Roblet, sont composées de trois pièces grossièrement travaillées, mal cousues ensemble et faisant eau de toutes parts; elles ont de 20 à 3o pieds de long
(1) A voyage towards tke south pôle, etc. Londoo, priuled for W. Straban and T. Gaddel , 1777.
(2) Voyage autour du monde, en 1790, al et 92 , publié a Paris, imprimerie delà république, an VI. 1" volume, page 181.
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(6m,5o à g™, 74) sur i pied ou t8 pouces de largeur (o",33 à o»,49) > leur avant se termine par une pièce saillante qui imite très-imparfaitement la tète aplatie d'un poisson, ou mieux, la mâchoire inférieure d'un brochet; l'arrière est formé par deux planches de 4 pouces de hauteur (om,io8), posées de champ et se relevant sous la ligure d'une s allongée et couchée. Quelquefois on accouple ces pirogues, mais le plus souvent on se contente d'y adapter un balancier composé de deux bambous saillants latéralement et liés à leurs extrémités du dehors par une branche de bois léger qui forme le grand côté du cadre : ces embarcations portent de trois à sept hommes, et de dix à quinze quand ce sont des pirogues doubles. Les unes et les autres sont mues à l'aide de pagaies assez bien travaillées. Si une pirogue chavire, accident qui n'est pas rare, les hommes qui la montent se jettent à l'eau, la relèvent, la vident et y remontent tranquillement. Le dessin de ces pirogues, tel qu'on le voit dans le second voyage de Cook, en donnerait une idée moins désavantageuse que celle qui doit en rester d'après le chirurgien Roblet. Il paraît que le capitaine Chanal en a jugé plus favorablement ; il dit, en général, que la construction de leurs pirogues et de leurs cases suppose beaucoup d'industrie et de patience. »
On trouve plus loin, dans le même voyage, troisième volume, page 109 : « Le capitaine Robert (qui y a séjourné quatre mois), en parlant de la tentative que tirent les habitants d'une île voisine (sans doute celle O-Hivahoà, la Dominica) pour enlever à l'ancre le petit bâtiment qu'il avait construit, dit qu'ils se présentèrent avec une flottille d'une vingtaine de canots de 90 pieds de longueur (29™, s3).
« Les Français, à leur arrivée dans la baie de la Madré de Dios, reçurent la visite de cinquante canots venus d'O-Hivahoâ. »
ARCHIPEL HAWAI.
Ces îles, moins fertiles que celles que nous venons de parcourir, et encore tourmentées par des volcans, offrent des montagnes élevées et arides, dont les vallons seulement présentent la végétation des tropiques; on n'y voit cependant pas l'arbre à pain, partout ailleurs si commun; la banane y est rare, et le cocotier ne s'y montre que par touffes sur le bord de la mer. Les habitants sont obligés de cultiver l'igname et le tarrot, qui, devant être presque constamment couverts de quelques pouces d'eau, exigent, pour l'irrigation, de petits travaux de terrassement qu'ils exécutent avec beaucoup d'adresse. La différence des rangs est très-marquée chez cette population, où les prêtres avaient un grand ascendant lorsque Cook y arriva en 1778 : il y trouva des hommes remuants et guerriers, dont le caractère et même la physionomie avaient de l'analogie avec ceux de la Nouvelle-Zélande plutôt qu'avec les naturels des archipels plus voisins, qui sont aussi de la même race. Les rites et les superstitions du grand Océan s'y retrouvaient poussés à l'excès; le tabou y était d'une sévérité extrême, et les prêtres l'appliquaient à tout : ils déclaraient, par exemple, la mer tabou, et personne n'osait plus mettre une pirogue à l'eau pour pêcher; ils lançaient le tabou jusque sur les individus et sur les habitations qui dès lors restaient désertes. Ces peuples buvaient avec excès le kava, sorte de liqueur faite d'une racine mâchée et délayée, dont l'abus occasionne des maladies graves; ils aimaient beaucoup le jeu, et avaient d'ailleurs pour le vol le même penchant que les autres naturels de la mer du Sud. Lorsque Cook lés visita pour la seconde ibis, il eut beaucoup à s'en plaindre, et ce fut même une rixe, dans laquelle il voulut intervenir, qui fut cause de sa mort.
A partir de cette époque, les Européens fréquentèrent ces îles et découvrirent un bon port à Ouahou , dont le roi Taméa-Méa, s'étant converti alin d'acquérir de sûrs moyens de succès dans ses petites guerres, les introduisit chez lui comme auxiliaires, et leur fut bientôt asservi , car c'est ainsi qu'a commencé partout leur domination. Peu après, les baleiniers relâchèrent à Ouahou comme dans un port européen ; un grand nombre de commerçants anglais et américains vinrent s'y lixer, ainsi que des missionnaires, qui convertirent en peu de temps toute la
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population : c'esl le seul pays (lu grand Océan qui ail un faux air de civilisation ; la capitale Honorourou possède un petit fort rond qui serait incapable de résister à un navire de guerre, quoiqu'il soit armé de quelques canons. Le roi et les chefs ont cherché à organiser des soldats; ils ont fait bâtir de petites maisons de bois dans le goût européen, ont adopté beaucoup de nos usages et jusqu'à uotre costume; mais la majeure partie de la population, plus misérable qu'auparavant, disparaît dans une progression qui, après avoir été effrayante, a heureusement diminué. L'avenir de ces malheureux peuples est aussi déplorable que le présent, car les jalousies des différentes sectes de missionnaires que chaque nation envoie pour prendre pied chez eux les empêchent de jouir du peu d'avantages qu'ils auraient pu retirer de la civilisation. Le nouvel ordre introduit chez eux n'est même pas favorable au peuple, dont la condition est à peu près celle des Ilotes d'autrefois, et dont on s'est peu occupé, car tous les efforts sont dirigés sur les chefs, par lesquels les missionnaires peuvent devenir les maîtres ; ces missionnaires, qui dirigent tout, cherchent à éloigner jusqu'aux négociants de leur nation, dont la concurrence gène leur commerce; ils dictent les lois, excitent le roi, qu'ils tiennent en tutelle, contre ceux qui peuvent leur nuire, et ils ont souvent maltraité ou fait expulser des Français. Le commandant Laplace lit un nouveau traité, pour que nos compatriotes ne fussent plus exposés à de pareilles vexations ; mais il est toujours à craindre qu'un gouvernement aussi faible cède à toutes les influences, et ce n'est qu'en faisant fréquemment visiter ces îles par nos bâtiments de guerre, et en y protégeant nos missionnaires, que nous pouvons espérer y entretenir quelque commerce. Jusqu'à présent, les prêtres venus de France ont su faire un peu de bien aux naturels et améliorer leur existence, en augmentant dans de sages limites le cercle de leurs jouissances ; ils les out habitués au travail avec moins de peine que les autres, parce que le besoin d'acquérir, auquel de nombreuses familles soumettent ceux des confessions différentes, n'existe pas chez eux; et qu'ils peuvent laisser leurs prosélytes jouir du fruit de leurs travaux. Ils arriveront sans peine à dominer ces caractères doux et crédules, et pourront peu à peu et sans frais nous préparer des établissements stables, que leur petitesse tiendra toujours liés à la France : aussi est-il très-heureux que l'on s'occupe de ces îles, et que les hommes zélés qui veulent faire des conversions commencent à se porter vers ces peuples nouveaux et faciles à façonner, plutôt que de s'obstiner à entrer en Chine, où une longue expérience a prouvé qu'il n'y avait aucune probabilité de succès. Il y a encore bien des endroits où nul missionnaire n'a pénétré, et où il serait possible d'introduire notre culte sans occasionner de secousses violentes comme aux îles Hawaï. L'influence européenne, en s'étendaut tous les jours davantage sur ces îles, les dénature pour ainsi dire et change toutes les coutumes des naturels : les pirogues sont les seuls objets qui se soient conservés intacts, et nous avons été surpris de les trouver encore nombreuses et semblables aux dessius des voyages de Cook.