‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 112 sur 126 · PIROGUE DOUBLE · texte numérisé non relu

PIROGUE DOUBLE

Les pirogues qui servaient jadis pour la guerre existent encore [pi. 127, J?g. t, 2, 3 et 4); elles sont doubles, et les deux corps, d'égale longueur, sont chacun d'une seule pièce de bois soigneusement polie et très-mince, quoique l'intérieur n'ait ni membres ni renforts, et que les parties plus épaisses ne soient employées qu'à soutenir les bancs des rameurs ou les traverses des amarrages. Elles sont très-profondes, avec des côtés parallèles et plats jusque vers le bas, qui est presque demi-circulaire même vers les extrémités, et sont exhaussées par une ou deux fargues ajustées à écarts doubles, qui sont liées par de petites attaches à peine visibles , et se joignent à une planche h, posée en travers près de l'avant; sur l'arrière, les côtés se réunissent en se gauchissant comme les pièces qui couvrent les avants, et se relèvent en pointe en s'ajustant l'un contre l'autre et eu s'élargissant un peu vers le haut (fig- 3 et 8). Près de l'avant est une plaque c n, unie à la pirogue et à deux pièces semblables à celles de l'arrière, qui sont jointes l'une à l'autre par des amarrages plats très-délicats : ces extrémités, auxquelles on n'a certainement pu donner celte forme gauche qu'en taillant en bois plein, sont d'une perfection de travail

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qu'où trouve rarement dans les ouvrages de ce genre. Les deux pirogues, très-voisines l'une de l'autre, ne doivent, par conséquent, pas avoir autant de désaccord dans leurs mouvements que les autres; aussi elles fatiguent moins et sont meilleures à la voile ; elles sont réunies par de grosses traverses courbes h h, qui les percent et leur sont liées par des amarrages {fig- 4) passés sous des traverses solides kk , engagées dans une rainure horizontale qu'on pratique dans un renflement conservé de chaque côté : les attaches sont en petites tresses de Ul de coco de om,oo5 de large, dont les tours multipliés forment un gros bourrelet serré. Vers les extrémités, les traverses o o et g g reposent sur la lin du couvercle, et celle h' h' sur les plats-bords intérieurs; une autre beaucoup plus forte, a b, est placée près du point où le mat doit reposer. Entre les pirogues se trouve une plate-forme d'une seule planche attachée à deux longues tiges amarrées sur le haut de la courbe des traverses {fig- 3) ; c'est là que se tenaient jadis les guerriers, et c'est aussi là que repose en e le pied du mât, maintenu dans un socle à rainure, relevé vers l'avant ; il porte actuellement une voile à livarde en toile de coton, de la même forme que celle de 'a fie' ^' dont 'a surface est considérable, comme on peut en juger par la longueur du mât porté sur \a.fig. i ainsi que celle de son espèce de gui; elle est manœuvrée comme celle de nos embarcations, parce que cette pirogue diffère des autres en ce que ses deux côtés sont semblables et peuvent être alternativement au vent ou sous le vent, tandis qu'à Tonga-Tabou la plus petite n'est qu'un balancier.

L'ancienne voile était différente, comme le montrent les dessins du troisième voyage de Cook, d'après lesquels la^7g-. i4 a été copiée; elle avait alors la forme échancrée de Vanikoro sans cependant être disposée de la même manière, car l'une de ses vergues, tenue verticale par deux étais et plusieurs haubans, remplaçait le mât comme à la Nouvelle-Zélande, et l'autre, retenue par l'écoute, avait une courbure très-prononcée, causée par une corde qui tendait à rapprocher les deux bouts supérieurs sans que cela fût d'aucune utilité, et la voile, qui paraissait assez mal transfilée aux vergues, devait même ainsi faire le sac au milieu. « (i) Je reviens aux observations faites pendant notre séjour à Alouaï, car il convient de donner quelques détails sur les pirogues : leur longueur est, en général, de il\ pieds (7», 32) ; le fond est d'une seule pièce de bois, creusée jusqu'à ce qu'elle n'ait plus que l'épaisseur d'un pouce ou d'un pouce et demi (o»,025 ou o,n,o37) et taillée en pointe à chaque bout ; les côtés sont faits de trois planches, épaisses d'environ un pouce chacune, attachées à la partie du fond. L'avant et l'arrière s'élèvent un peu l'un et l'autre et deviennent aigus comme un coin, mais ils s'aplatissent brusquement, de sorte que les planches de côté se joignent en s'ajustant d'une manière très-exacte, sur une longueur de plus d'un pied : le dessin de M. Webber expliquera leur construction mieux que ma description ne pourrait le faire. Comme ces pirogues n'ont pas plus de i5 à 18 pouces de large (o»,37 à om,45), celles qui flottent seules (car ils en attachent quelquefois deux ensemble comme dans les autres îles) ont un balancier d'une forme si judicieuse, que je n'en avais jamais vu de si heureusement disposé; ils les manœuvrent avec des pagaies semblables à celles que nous avions déjà rencontrées. Quelques-unes ont une voile triangulaire, légère et disposée comme celles des îles des Amis (archipel Tonga) : les cordages employés sur ces bateaux et les plus petits destinés à la pêche sont forts et très-bien faits. » La plus grande pirogue dont parle le capitaine Cook dans le cours de sa relation est celle du roi Terreioboo, ayant 70 pieds de long (21™, 35), 3 pieds et demi de creux (i"",o6) et 12 de large (3", 66).

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