PIROGUES DE TCH1NK1TANÉ
En suivant la côte nord-ouest d'Amérique, vers le midi, nous trouvons, dans le voyage du capitaine Marchand, des renseignements sur les naturels de la baie Tchinkitané, nommée Norfolk-Bay par Dixon, et Baya Guadalupa par les Espagnols; il y séjourna plusieurs jours pour la traite des pelleteries, encore abondantes à cette époque, et il décrit ainsi les embarcations des naturels (i) : « Leur génie et leur industrie se montrent particulièrement dans la construction de leurs pirogues; celles qui sont destinées à l'usage d'une seule famille, composées, pour l'ordinaire, de sept à huit individus, ont i5 ou 16 pieds de longueur (4™, 86 ou 5'", 18) sur 2 et demi ou 3 de largeur; d'autres ont des dimensions beaucoup plus grandes, et portent jusqu'à quinze ou vingt personnes. Toutes sont prises dans un seul tronc d'arbre et ont une forme semblable; leurs deux extrémités, qui ne diffèrent point l'une de l'autre, ce qui doit donner à ces embarcations l'avantage de ne jamais virer de bord, sont très-aiguës et se terminent par un taille-mer de 1 pied à i5 pouces de saillie (om,32 ou om,4o), qui n'a pas plus de 1 pouce d'épaisseur. Ces deux extrémités, exhaussées par des planches proprement ajustées, sont plus élevées que le reste de la pirogue; des bancs établis très-près du fond sont disposés pour recevoir les rameurs, qui, lorsqu'ils sont assis, servent en quelque sorte de lest; les provisions, les bardes et tout le bagage sont arrangés dans la partie du milieu, où ils sont recouverts de peaux de bêtes et d'écorce d'arbre, qui servent également à couvrir les établissements temporaires qui sont formés au bord de la mer lorsque arrive la saison de s'occuper de la pêche, de sécher le poisson et de former l'approvisionnement qui doit servir à une partie de la subsistance pendant les mois d'hiver. Quoique la charge des pirogues soit considérable, puisque, indépendamment des hommes, elles portent les femmes, les enfants, les provisions, tous les ustensiles de ménage, tout ce qui sert à la pêche, tout le mobilier de la famille (car il paraît que, à l'exemple du sage, les Américains portent tout leur avoir avec eux), ces embarcations sont si minces et si légères, qu'elles conservent une vitesse surprenante. On n'est pas étonné de leur stabilité; malgré leur légèreté et le peu de largeur de la coque, elles n'ont pas besoin d'être soutenues par des balanciers, et jamais on ne les accouple. Les Tchinkitanéens n'ont point encore l'usage de la voile; mais on ne doute pas que, ayant connu, par l'exemple des Européens, combien ce secours est utile pour gagner du temps et épargner de la peine, ils ne tentent bientôt de l'appliquer à leurs pirogues : ils sont déjà exercés dans l'art de faire des tissus; un pas de plus suffit pour ajouter à leurs embarcations un mât et une vergue, et y adapter une voile. »
(1) Voyage autour dit monde en (790, 91 el 92, publié a Paris, imprimerie de la république, an VI, volume 2, page 71.