‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 117 sur 126 · PIR.OGLE DE NOOTKA · texte numérisé non relu

PIR.OGLE DE NOOTKA

Le séjour de Cook à Nootka lui permit de voir les bateaux de cette partie de l'Amérique, dont il parle ainsi (i). « Leurs pirogues sont d'une construction simple, mais paraissent très-propres aux usages auxquels elles sont destinées. Les plus grandes, qui portent vingt personnes et quelquefois plus, sont faites d'un seul arbre, et beaucoup ont 4<> pieds de long (12°", 20), 7 de large ('2m,n) et 3 de profondeur (o»,Ç)i); du milieu aux extrémités elles se rétrécissent graduellement; l'arrière Cuit brusquement, suivant une ligne perpendiculaire ayant une petite bosse au sommet; mais l'avant élancé, en se relevant, se termine par une entaille s'élevant beaucoup plus haut que les côtés de la pirogue, qui suivent une ligne droite. La plupart sont dénuées d'ornements, mais quelques-unes ont des sculptures et sont décorées d'une rangée de dents de phoques disposée à leur surface, comme c'est d'usage aussi pour les masques et les armes ; quelques-unes ont une espèce de proue ajoutée comme un large taille- mer, sur lequel ils peignent la ligure de quelque animal. Ils n'ont, dans l'intérieur, d'autres bancs ou sièges que des bâtons arrondis, un peu plus gros qu'une canne, placés à mi-profondeur. Ces pirogues sont très-légères; elles sont plates, mais larges, ce qui leur donne de la stabilité sans le soutien d'un balancier dont aucune d'elles n'est pourvue, différence remarquable entre la manière de naviguer des nations américaines et de celles qui peuplent l'Inde et l'océan Pacifique. Les pagaies, petites et légères, sont taillées à peu près comme une grande feuille, pointues au bout, plus larges au milieu, et se rétrécissant graduellement jusqu'au manche; leur longueur totale est d'environ 5 pieds (i"',52). Les naturels ont acquis, par une longue habitude, beaucoup d'adresse pour les manier, car ils n'emploient pas encore les voiles. »

BAYDARQUES DE BODÉGA.

Les bateaux dont nous venons de nous occuper offrent une différence bien marquée avec tous ceux qui précèdent, et prouvent à quel point les hommes savent partout tirer parti de ce que la nature leur fournit. Dans les légions voisines du pôle, la végétation ne présente que peu de ressources; plus on s'élève en latitude, moins ou trouve d'arbres, jusqu'à ce qu'ils disparaissent tout à fait, et que le terrain ne soit plus couvert que par de la mousse; mais alors les dépouilles des animaux marins qui sont très-gros peuvent être utilisées, et fournissent aux habitants leur chair ainsi que leur graisse pour se nourrir, et leurs peaux pour se vêtir, couvrir leurs cabanes et faire des pirogues. Aussi toutes les parties de leurs corps sont-elles employées avec plus d'art peut-être qu'on n'en met, dans les pays chauds, à utiliser les végétaux ; car, dans ces climats si rigoureux et si ingrats, il faut tout prévoir pour la plus grande partie de l'année, construire des cabanes capables de supporter le poids de la neige, faire toutes les dispositions nécessaires pour vivre reclus pendant quelquefois plus de six mois, et surtout savoir conserver des aliments pour cette longue période; aussi l'industrie s'est-elle portée principalement sur les instruments de chasse et de pêche qui servent à attaquer des animaux redoutables, tels que les ours, ou à aller chercher sur les glaces les amphibies qui donnent le plus d'huile et les peaux les plus solides. Pendant la belle saison, lorsque l'eau débarrassée de sa couche de glace permet aux naturels de pêcher, ils amassent beaucoup de poisson, et, comme leur pays ne fournit pas de sel, ils n'ont d'autre moyen de conserver leurs aliments que de les fumer. Presque tous possèdent une finesse d'organes qui ne se trouve pas ailleurs : ils savent découvrir leur proie d'aussi loin que les bêtes fauves , et parviennent seuls à tuer des animaux amphibies qui paraissent à peine quelques instants à la surface de l'eau avec une méfiance instinctive qui les rend fort difficiles à atteindre; telle est, entre autres , la loutre, très-recherchée à cause de son poil si fourni et si doux , et qu'on ne peut chasser que sur de petites pirogues à une seule place. Aussi les Européens prennent-ils des habitants de cette côte, surtout de ceux

(t) A voyage 10 the Pacific océan, etc., m ihe years 1776 to 1780. London, (irinlcd l>y W. and A.Scrahan and T. Cadcll, 1781, 2,, volume, page 327.

HG CALIFORNIE.

nommés Kodiaques qu'ils protègent contre les autres indigènes, pour parcourir les baies et chasser sous leurs yeux; mais on a tellement traqué les animaux à fourrures, qu'on n'en trouve plus assez pour défrayer de pareilles expéditions , et l'on ne fait plus avec les naturels qu'une traite devenue si désavantageuse , qu'elle est presque abandonnée. 11 n'y a que les Russes qui aient continué, parce qu'ils possèdent plusieurs établissements où ils rassemblent les pelleteries qu'ils vendent en Chine, où elles sont extrêmement appréciées. Ce commerce a répandu sur toute cette côte des objets de manufacture européenne qui, ayant en grande partie remplacé ceux que faisaient les indigènes, leur ont fait abandonner l'emploi des dents et des arêtes de poisson qu'ils savaient si bien utiliser. Ils sont maintenant couverts d'étoffes de laine, au lieu des peaux dont étaient formés leurs vêtements, pour lesquels ils déployaient une industrie très-remarquable; ils les cousaieut au moyen de nerfs, avec une finesse dont nous approcherions difficilement , et se faisaient des chemises en vessie, avec lesquelles ils pouvaient être couverts d'eau sans être mouillés. Ces peuples n'ont cependant jamais inspiré d'intérêt, comme ceux auxquels la uature a tout donné; ceux-ci comme les riches font beaucoup de bruit pour leurs plaisirs, tandis qu'il faut aux pauvres un long travail seulement pour subsister. Les habitants des latitudes élevées ont aussi repoussé les étrangers par leur extrême saleté , suite naturelle de leur genre de vie ; ils sont couverts de débris d'animaux , et ne mangent guère que de la viande ou du poisson ; le froid, rendant le contact de l'eau désagréable, les détourne de soins moins nécessaires chez eux que dans les pays chauds ; et d'ailleurs , la graisse étant un des corps qui préservent le mieux du froid, ils s'habituent, dès l'enfance, à son odeur et la laissent séjourner sur leur personne d'une manière dégoûtante; constamment occupés d'arracher à la nature de quoi subsister, ils ont quelque chose de triste et de réservé, et ne peuvent charmer comme les peuples si gais et si affables dont nous avons déjà parlé. Aussi les voyageurs qui les ont visités ont-ils intéressé plutôt par les dangers qu'ils ont courus dans leurs audacieuses expéditions que par le récit de ce qu'ils ont vu. Ces côtes n'ont point éprouvé autant de changement que le reste de l'Amérique, où toutes les traces du passé sont à peu près effacées ; une partie des anciens usages s'y est conservée, et les pirogues s'y construisent toujours de la même manière, car 11 serait d'ailleurs difficile d'en faire de meilleures.

Nous avons été à même d'en mesurer une dans tous ses détails , au petit havre de Bodéga, à quelques milles d'un établissement militaire fondé par les Russes, pour alimenter leurs autres possessions, qui, situées plus au nord, sontprivées de végétaux. JNous avons fait deux figures à part (pi. 128, fig. 12, i3 et 14) pour montrer la charpente intérieure formée d'une quille plate et légère <y q, et de lisses rondes de o»,oi8 de diamètre, attachées, par un de leurs bouts, à la pièce de l'avant g, dans laquelle elles sont encastrées, pour que leurs pointes ne percent pas la peau de l'enveloppe, et, par l'autre, à un étamhot vertical h h. Elles sont tenues éloignées par de petits membres courbes élastiques de om, 020 de diamètre, en dehors desquels sont la secoude et la quatrième lisse, ainsi que la quille, pour que la peau porte sur elle , en formant des arêtes longitudinales, au lieu de toucher les membres qui lui donneraient des saillies transversales nuisibles à la marche; les autres lisses passent en dedans pour ne pas trop multiplier les tiges sur lesquelles la peau s'appuie : elles sont toutes jointes aux couples par un petit amarrage rarement croisé , fait avec un nerf de o1D,oo2 ou une lanière large de om,oo3 ou o",oo4- Les membres viennent tous s'enfoncer deo'",oi environ dans une pièce en sapin i i, plate et bien équarrie, qui suit le contour extérieur du haut du corps , et sert à soutenir toute la partie supérieure au moyen des traverses d d et b b, entrées dans des mortaises rectangulaires pratiquées dans i i, qui est ainsi une sorte de serre-bauquière. Ces supports sont courbes , larges et plats aux extrémités, mais rétrécis et épais au milieu , où sont encastrées des pièces équarries m ni, liées à Pétrave, ainsi qu'à la tête de l'élambot, dans l'angle formé par les deux serre-bauquières i i; elles sont soutenues au milieu de leur longueur par des traverses d d, semblables à celles b b, sur lesquelles reposent des cercles c c en trois ou quatre morceaux maintenus latéralement par d'autres traverses b' b'; ils servent à couserver un espace libre a, où se place un homme. L'avant a une forme singulière dont on ne peut

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