CALIFORNIE
expliquer la raison , car le double crochet qu'il forme iloil retenir les herbes marines qui garnissent celle côte et qui, croissant sur des profondeurs de près de 3o mètres, couvrent dévastes surfaces de leurs rameaux filamenteux. Comme ces grandes herbes sont flottantes, elles peuvent retenir le bateau et même le charger beaucoup s'il y a de la mer ; il doit donc y avoir un motif que nous ignorons pour que cette forme soit adoptée sur presque toute la cote d'Amérique. La partie inférieure de cet avant e e' est une pièce pleine, aiguë en dessous ainsi qu'en avant, endentée sur la quille et s'élargissant vers le haut, où elle porte la pièce g, creusée à l'intérieur et supportant/, qui à sa base est divisée en deux branches pour se joindre à chacune des serre-bauquières i i. Cet avant est poli et ajusté d'une manière remarquable, ainsi que tout le reste de la charpente dans laquelle on conserve le plus de légèreté possible, en obtenant la solidité par la perfection du travail.
La membrure, dont la disposition vient d'être détaillée, est entourée de tous côtés par une enveloppe en peaux de veaux marins d'une couleur jaunâtre assez claire; les différentes parties en sont unies en superposant les cuirs, celui de l'avant étant placé en dessus, comme nos feuilles de cuivre à doublage, et en les cousant à fils croisés comme les bottes, avec des nerfs et non pas des tendons d'animaux amphibies. Ces coutures, lines et très-serrées, sont doubles et exécutées avec une adresse admirable ; elles sont disposées, comme on le voit sur les ligures 10 et 1 1 , d'une manière régulière qui permet de n'en faire que très-peu en dessous. A l'avant , la peau suit les contours irréguliers des pièces e e' et/, et s'y applique parfaitement en laissant vide l'espace compris entre elles; les coutures de cette partie sont intérieures. La peau embrasse chaque trou a, et est serrée dans la goujure extérieure de son cercle qu'elle enveloppe complètement en se repliant à l'intérieur, où, terminée en dentelures, elle est percée de lanières introduites entre les membres, pour la serrer dans toutes les directions. La couture supérieure o o joint les deux peaux appliquées l'une contre l'autre, de manière à se relever en conservant plus de largeur à cette partie, pour qu'elle puisse céder lorsqu'elles se contractent par la sécheresse; mais, comme elles n'auraient pas ordinairement la tension convenable, on y supplée par des bandes intérieures p p, appliquées et cousues par un seul côté, au moyen de fils qui ne percent pas l'enveloppe; elles ont chacune près de leur bord libre des trous dans lesquels passe en zigzag une lanière servant à les làcber ou à les serrer pour en régler la tension suivant la nature de l'atmosphère : celte espèce de compensateur est indispensable, car ces peaux , trèshygrométriques , feraient des plis en se détendant par l'humidité, tandis qu'elles se resserreraient dès que la Baydarque serait à terre , et par cette contraction elles écraseraient la charpente. Ces enveloppes ne sont pas tannées et doivent être constamment humectées d'huile animale pour ne pas sécher et se fendre.
Les pêcheurs se placent dans les trous a , les jambes allongées, et sont vêtus d'une chemise de vessies parfaitement cousues avec des nerfs dont beaucoup , longs de o°*,io ou 0™,i5 , restant en dehors comme des soies de porc, recueillent les gouttes de la brume, et préservent le corps de cette eau froide. Cette chemise, souvent garnie de fourrure et de graisse, est atlachée autour du trou, et quelquefois elle est recouverte par une espèce de sac en peau fixé autour de a : l'homme s'y introduit , la serre au cou et aux poignets de manière à ce que l'eau ne puisse entrer dans l'intérieur de la pirogue, avec laquelle il fait corps; il affronte ainsi les mers les plus vives , sans craindre d'être englouti , mais il lui faut une adresse extrême pour ne pas chavirer, et surtout pour se redresser, car la pirogue étant dépourvue de lest, et l'homme plus lourd qu'elle étant placé au-dessus , il s'ensuit que, s'il est renversé, il n'a d'autre ressource que sa pagaie pour se relever. Comme il ne peut bouger quand il est embarqué , il met tout ce qui lui est utile à sa portée, en l'introduisant sous les lanières transversales p p, attachées à d'autres très-courtes, cousues sur la peau ; il a ainsi auprès de lui sa pagaie , ses harpons et ses ustensiles de pêche, dont la confection est très-remarquable.
La plupart des Baydarques sont plus petites que celle décrite ci-dessus, destinée à porter des passagers, qui, s'ils sont au nombre de deux , doivent se mettre dos à dos dans le trou du milieu, les canotiers se plaçant dans les deux autres. Les Baydarques à deux trous paraissent être les plus employées pour la pêche à Bodéga
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et aux environs ; mais , plus au nord , celles qui n'en ont qu'un sont préférées, et sont même les seules qui servent à chasser la loutre. Elles sont toutes construites de la même manière, avec la même carcasse , et les figures 20 et 21 suffisent pour en donner une idée complète et pour faire exécuter la Baydarque intermédiaire avec ses deux trous. L'une de ces dernières , offerte par le gouverneur de Bodéga , fut embarquée à bord de la frégate l'Artémise ; mais, préférant donner les deux extrêmes de ce genre singulier, nous ne l'avons point portée sur les planches. Ces embarcations ne marchent pas très-vite , car leur excessive légèreté les empêche de conserver l'impulsion à laquelle elles obéissent d'abord avec beaucoup de facilité. Elles ne gouvernent pas droit par la même raison ; il faut pagayer tantôt d'un côté , tantôt de l'autre , ce qui a fait adopter, dans plusieurs ports du nord , la pagaie double ou à deux pelles , chacune semblable à celle de la figure i5. Les naturels osent, sur ces frêles esquifs, aller attaquer la baleine et se livrer à cette chasse la plus hardie qu'il y ait , puisque l'homme, si petit et qui ne peut vivre dans l'eau, attaque ainsi chez lui le plus gros animal qui existe; elle est réservée aux chefs , qui en tirent un grand honneur, surtout lorsqu'ils ont tué plusieurs haleines , dont ils utilisent presque toutes les parties du corps pour leurs lignes de pêche, leurs filets et leurs habitations.
Nous vîmes à Bodéga une grande embarcation à formes européennes , dont l'arrière plat était comme celui de nos canots; la membrure, semblable, portait de larges serre-bauquières soutenant des bancs et une lisse, sur laquelle étaient plantés des tolets. Elle avait 10 ou 12 mètres de long sur 2°',5o ou 3 mètres de large ; et , au lieu de bordages , elle était enveloppée dans des peaux roidies en dedans de la lisse , de sorte que les extrémités n'avaient point de parties rentrantes. Ce bateau n'était qu'une copie des nôtres, modifiée suivaut les ressources du pays ; aussi devons-nous peu regretter de n'avoir pu le mesurer.
Au midi de Bodéga s'étend la côte de Californie, dont la frégate l'Artémise visita quelques ports ; on n'y trouve plus les Baydarques ni les embarcations particulières au pays, et nous ne connaissons aucune description de celles qui sont en usage dans la mer Vermeille et sur une partie de la côte du Mexique.