‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 120 sur 126 · PÉROU. |.VJ · texte numérisé non relu

PÉROU. |.VJ

Les Jangadas n'ont qu'un inàt formé de deux espars de bois de inangle attachés en bigues, appuyé sur les côtés et retenu par deux cordes partant de sa tête pour s'attacher à l'avant et à l'arrière; sa longueur, qui n'a rien de fixe, n'est que des deux tiers ou des trois quarts de celle du radeau; sur les rivières, elle est cependant beaucoup moindre. Une vergue flexible , dirigée par deux bras, quelquefois par deux balaucines, et soutenue par une drisse rarement attachée à son milieu, porte une voile rectangulaire, en coton, d'une surface souvent considérable , qui peut être maîtrisée par des cargucs et réduite par des ris ordinaires. Les dimensions des Jangadas varient beaucoup; les plus grands ont 25 à 28 mètres de long sur 7 à g de large : ils portent 20 à 25 tonneaux , naviguent daus les rivières , descendent à Puna , et vont sur la côte de Payta ; ils se comportent bien sur cette mer et s'élèvent sur la lame avec assez de facilité. Il y en a aussi de disposés pour le transport des passagers , dont la cabane occupe presque toute la longueur.

Pour gouverner, ils ont des planches nommées gouarès, qui se coulent verticalement dans les intervalles près du madrier du milieu ; on les enfonce plus ou moins à l'avant ou à l'arrière pour faire arriver ou lofer. Les Jangadas n'ont point d'autre manière de gouverner à la nier, niais nous ignorons si elle est aussi parfaite que le dit M. Lescalier dans un article de son Traité du gréement , extrait des Voyages au Pérou de don Juan de Ulloa. " Il n'est question que de les enfoncer plus ou moins et d'en placer un plus grand nombre à l'avant du radeau ou à l'arrière, pour faire venir au lof, arriver, virer de bord, venir au vent ou vent arrière, tenir la cape, en un mot faire toutes les évolutions nécessaires. Cette invention si simple, qui a échappé à l'imagination des peuples les plus policés de l'Europe, est due aux Indiens qui font machinalement celte manœuvre, sans en pénétrer la raison physique; mais elle n'est pas difficile à comprendre.

« On doit regarder la direction d'un navire mû par le vent comme perpendiculaire à la voile, et la réaction directement opposée et égale à l'action ; la résistance que l'eau fait à la marche d'un bâtiment se fait aussi suivant une ligne perpendiculaire à la voile qui va du côté de sous le vent à celui du vent. D'ailleurs, le centre de gravité du bâtiment, supposé placé vers son milieu, pouvant être considéré comme son point ou axe, autour duquel on le fait tourner, il s'ensuit que, toutes les fois que l'on enfonce dans l'eau une ou deux de ces planches vers l'avant, cette planche (qui oppose une résistance à la réaction de l'eau, en raison composée de la surface et du carré des sinus des angles d'incidence) fera venir le radeau au lof, et que, par la même raison, on fera arriver le radeau en mettaut une de ces planches vers l'arrière. Le même raisonnement fait concevoir que, le radeau étant garni d'un certain nombre de gouarès et faisant route, si ou en retire une de la proue on le fera arriver, et si on en retire une de la poupe on le fera lofer.

« Le nombre de ces gouarès est de cinq ou six, et leur usage est si facile que, le radeau étant une fois eu route, on n'en touche qu'une, la retirant ou l'enfonçant d'un ou 2 pieds pour gouverner. J'ai cru devoir faire un détail de cette espèce de bâtiment ; s'il avait été connu plus tôt en Europe, combien de naufrages auraient été moins funestes et combien d'équipages, qui ont péri dans les flots, auraient pu se sauver en fabriquant à la hâte de ces Jangadas ! »

Nous n'avons pu observer assez ces ingénieux radeaux pour assurer qu'ils exécutent réellement toutes les évolutions, mais il nous paraît surtout étonnant qu'ils puissent virer de bord; l'action des gouarès n'étant basée que sur la dérive, il est difficile de comprendre comment elle fait dépasser le lit du vent, parce que, au moment où le navire est daus cette direction, il ne peut continuera tourner que par l'effort de l'eau sur un gouvernail, faisant un angle avec la direction dans laquelle il se meut encore. Du reste, ces radeaux naviguent sur une côte où les brises étant régulières exigent peu d'évolutions, et où le temps n'est jamais troublé par de grands vents.

Nous avons vu aussi, à Guayaquil, des pirogues de 8 à 12 mètres de long, trop grossières pour être portées sur les ligures ; leur corps, d'une seule pièce sans forme déterminée, est exhaussé par des planches clouées : elles out des voiles européennes , mais ce ne sont guère que de grands arbres creusés et à peine dégrossis, n'ayant pas la forme de nos canots et se servant d'avirons plutôt que de pagaies.

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