‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 14 sur 126 · DONI · texte numérisé non relu

DONI

Les Dônis sont les caboteurs les plus usités sur les côtes de Coromandel et de Ceylan ; leurs dimen sions et leurs formes varient suivant les endroits où ils sont construits. Quelques-uns sont membres, bordés et cloués; d'autres sont seulemeut cousus; plusieurs sont pontés ou n'ont quedes toits courbes : à Ceylan , ils emploient le balancier, dont l'usage u'est pas répandu sur la côte ferme.

Ce u'est qu'en examinant les Dônis qu'il est possible de se faire une idée du désordre qui règne dans leur construction : les membres sont inégaux et souvent très-gros; les parties dont ils se composent ne sont quelquefois pas en contact, et c'est alors le bordage qui les réunit ; il est un peu moins négligé que le reste, car il faut absolument qu'il empêche l'eau d'entrer, mais il n'a rien d'uniforme; les coutures, quelquefois de plus d'un centimètre de large, sont bourrées avec de la (ilasse de coco. Lorsque les navires sont neufs, leurs imperfections sont moins sensibles; mais ensuite, on les répare avec si peu d'ordre, que l'on ne sait comment le tout peut rester lié, et cependant ils durent, dit-on , près d'un siècle.

Leur quille (Jig- 7, 8 et g, pi. 20) n'est qu'un bordage plus épais que les autres , très-large au milieu , mais rétréci aux deux bouts, sur lesquels reposent l'étrave et Pétambot, qui ont des ràblures. Les extrémités du navire sont symétriques et renflées; le maître-bau varie entre le tiers et le quart de la longueur. Les fonds sont très-plats et le tirant d'eau n'est que de im,25 quand le bâtiment est lége, de 2"', 70 lorsqu'il est chargé, et c'est sans doute à cela qu'il faut attribuer leur manque de stabilité. Nous en vîmes un entrant à Trinquemale avec une brise trèsfraîche, qui cherchait à se maintenir en plaçant en travers sur le toit sa petite pirogue, qui, poussée en dehors du côté du vent, portait à son extrémité tout son équipage pour contre-balancer l'effort de la voile : la nécessité de recourir à un pareil moyen montre assez combien ces bateaux naviguent mal. Ils traversent le golfe de Manar, et font le cabotage de l'île de Ceylan et de la côte de Coromandel jusqu'à Madras.

Les Dônis ont deux mâts, dont le plus élevé, placé au milieu, entre dans un étambrai ou est lié à un montant qui repose sur la carlingue et dépasse le pont d'un mètre ou deux. Les mâts sont tenus par des haubans ordinaires et par d'autres de Chasse-marée, distribués en avant et en arrière, et souvent remplacés en partie par un étai. La drisse de la vergue a deux ilagues passées dans des mâchoires clouées sur le mât, et situées au-dessus du capelage. Sa poulie inférieure est toujours fixée au pied du pelit mât; celui-ci, placé à moitié distance du grand à l'arrière, est mal tenu, a souvent des barres comme celles de nos perroquets, et porte une voile semblable à la plus grande, triangulaire, ou comme nos brigantines. Il arrive quelquefois à ces bateaux d'avoir un troisième petit mât sur l'arrière, avec une voile à corne ou à livarde. La grande voile est

souvent rectangulaire, et sa drisse n'est pas toujours attachée au milieu de la vergue; elle a aussi la (orme d'un long trapèze (pi. 22). Les tissus les plus usités sont en colon, et, dans les coutures de chaque laize, on renferme des ûls qui se réunissent et forment une espèce de (ilel {fig. 4, pi- 26) servant de ralingue de fond. On élahlit parfois un hunier, et trois ou quatre focs sur le beaupré, mais aussi mal disposés que le reste, et le crayon ne peut rendre le désordre de cette mâture et de ces voiles déchirées. La pi. 22 , qui représente ces caboteurs au mouillage et à la voile, figure assez exactement leur gréement pour rendre complète la pi. 20, qui n'en donne que le corps.

A Colombo, dans l'île de Ceylan, on rencontre des Dônis non pontés de 16 à 18 mètres de long sur 4 de large et 2m,3o de creux, ayant une petite plate-forme à chaque extrémité, aussi mal construits que les autres, et dont la membrure ne monte que jusqu'à Pavant-dernière virure de bordage. Leur mât n'est soutenu que par un bau saillant fixé par de petites chevilles placées en dehors et en dedans : en général, il y a beaucoup de variété dans la construction des Dônis, et on en rencontre même dont l'arrière est carré.

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