‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 15 sur 126 · DONI A BALANCIER · texte numérisé non relu

DONI A BALANCIER

Ceylan est le seul pays où le balancier simple soit appliqué à des bateaux d'une forte dimension ; encore, d'après les renseignements que nousavonspu nous procurer, sert-il moins, dans ce cas, à augmenter la stabilité des Dônis qu'à s'opposer à de trop grands mouvements de roulis qui feraient embarquer l'eau à cause du peu d'élévation des côtés. Mais, comme ces navires ont un gouvernail fixe et que leurs extrémités ne sont pas semblables, il s'ensuit que le balancier ne joue pas alors son véritable rôle, puisqu'il se trouve placé tantôt au vent, tantôt sous le vent, et qu'il faut, par la disposition de la voilure, compenser ses effets contraires. Il est toujours à gauche; nous n'avons pu connaître la raison de cette préférence, d'où il résulte que, bâbord amures, les focs doivent toujours être établis, et que, lorsque le balancier est sous le vent, ils doivent être sériés.

Le Dôni représenté pi. 21 a été- mesuré à Colombo : sa quille e e ' , très-plate, n'a pas le double de l'épaisseur des bordages et n'en diffère en rien; à sa partie antérieure, elle forme un crochet assez saillant e, au point où elle s'unit à l'étrave : celle-ci a, en section, la forme d'un trapèze de o",o4 à l'avant et de om,357 à l'intérieur, quelquefois creusé; elle s'applique alors sur les bordages des côtés contraires, unis et entre-croisés dans la cavité, auxquels elle est jointe par ses côtés, mais, le plus souvent, elle a des ràblures dans lesquelles les bordages sont cousus. Il en est de même de l'étambot, dont la largeur est augmentée par une planche de 0'", 08 d'épaisseur, percée par les tiges des aiguillots, seules pièces en fer de ces navires, que, contrairement à nous, les Indiens ne placent jamais sur le gouvernail.

Les bordages sont réunis par une couture (fig. 7) très-bien faite, d'un emploi si fréquent qu'elle mérite quelques détails : les côtés en contact de chaque planche sont percés de trous correspondants , dans lesquels s'enfoncent des chevilles de bois à pointes perdues, communes aux deux bordages et placées à environ o™,20 de distance. Cette première réunion ne produisant aucune adhérence, on traverse les bordages par des trous situés à o",io les uns des autres, dans lesquels on passe des amarrages en petite tresse, qui les rapprochent et pressent un bourrelet extérieur detoupe de coco, dont l'écorce polie reste en dehors. Ces premiers amarrages sont renforcés par d'autres passés en diagonale et comprimant aussi l'étoupe; ils lient en même temps les planches aux couples, qu'ils embrassent en se doublant en croix, ainsi qu'on le voit fig . 3, et dans la partie de la^g. 2, opposée au balancier, représentant l'intérieur du Dôni. Ces coutures empêchent très-bien l'infiltration de l'eau, sont solides, élastiques et durables; quoiqu'elles exigent beaucoup de soin, elles sont

généralement bien exécutées, et, si la vétusté agrandit les trous, on les bouche avec une cheville quand

l'amarrage est fini. Les membres sont simples, bien équarris , mais, au lieu d'en doubler quelques parties pour les unir, leurs bouts sont présentés l'un devant l'autre sans aucune jonction : près du grand mât ils sont plus forts, plus serrés, et ceux qui supportent les leviers ont un renflement g (fig. 3 et 6) formant une mâchoire dans laquelle repose le levier l; les deux pièces sont jointes par des attaches prenant sous une cheville g, dont le couple est percé. Les baux, ne servant qu'à lier les côtés du bateau, ne portent jamais de pont ; ils traversent le bordage et reposent sur une petite serre-bauquière placée à om,25 au-dessous du plat-bord et adaptée aux couples par des chevilles et des liures.

Le toit est très-courbe, supporté au milieu par des planches qui vont d'un bout à l'autre, et que soutiennent des épontilles implantées dans les baux. En dedans du bordage, il y a de chaque côté une autre planche oblique (Jig. 3) tenue par des piquets verticaux qui la percent et s'attachent aux couples; elle porte des traverses rondes et courbes, placées dans le sens perpendiculaire à la longueur; celles-ci supportent des lattes longitudinales, sur lesquelles sont posées des nattes solides et très-serrées, surmontées d'autres lattes correspondantes auxquelles elles sont jointes par des amarrages qui traversent le toit et forment des lignes d'attaches transversales. Le tout est assez solide pour que l'on puisse marcher sur cette toiture {fig- i, 2 et 3), élevée au milieu et ne couvrant pas les extrémités, qui pourtant ne sont pas pontées; ce n'est qu'à l'arrière qu'il y a des planches pour porter l'hommequi gouverne. Les Indiens ont recours à des dispositions accidentelles pour préserver leur cargaison; ils étendent des nattes dessus, et, si elle craint l'humidité, ils forment, avec un treillage recouvert de nattes de lalanier ou de vacoa, une espèce de vaigrage entre lequel et la membrure l'eau qui tombe du toit peut s'écouler.

Les leviers / l sont très-forts, et leur partie solide se perd dans un faisceau de petites branches étroitement liées entre elles, dont l'élasticité permet aux leviers de céder un peu lorsque les mouvements du balancier bb ne sont point d'accord avec ceux du navire ; le bout en est maintenu dans le sens horizontal par des cordes attachées aux extrémités du bateau.

Un barrot particulier, très-solide, sur les parties extérieures duquel se placent des ancres, tient le mât, qui, au lieu de descendre au fond, est entièrement au-dessus du toit, et pris entre les deux côtés d'une forte pièce fendue s s, reposant sur une petite carlingue {Jig. 3 et 4) ; il est ainsi embrassé et peut, au besoin, s'abattre comme ceux de nos anciens coches de rivière, en tournant sur l'une des chevilles dont il est percé : des amarrages en rotin, serrés par des coins, le maintiennent lorsqu'il est dressé. Le grand mât ne s'abat que sur l'arrière, sans doute parce que l'opération de mater est ainsi facilitée par la position du petit; celui-ci repose sur une planche c, placée en travers sur les lattes du toit, et, comme il n'entre pas dans le navire, il n'est, par le fait, retenu que par quatre ou six haubans, dont la fig. 1 donne les positions : le grand mât en a le même nombre, dont deux de Chasse-marée, qui s'attachent sur les leviers et agissent sous de très-grands angles. Les sommets des mâts sont liés par deux grosses cordes, et les drisses des vergues les tirent en arrière, celle de la grande voile venant se fixer au pied du petit mât. Les voiles carrées (Jig. 1), qui sont les plus usitées par les Dônis à balancier, n'ont ni ris ni cargues; leur forme se rapproche cependant quelquefois d'un long trapèze, comme celles des Arabes.

Le beaupré, attaché à la traverse de l'avant, porte plusieurs focs disposés sans ordre, et quelquefois un boutdehors avec une martingale. Les bossoirs, fixés de la même manière , soutiennent des ancres de bois dont l'usage est général sur la côte de Coromandel ; deux bras sont joints à leur verge par des chevilles et des liures : le jas, toujours plus long que la distance qui sépare les extrémités des bras, est placé au milieu de la verge et fait de plusieurs tiges de bois roud, entre lesquelles se trouvent des pierres maintenues par les attaches entourant ce faisceau. La verge est percée par un câble dur et difficile à manier, en bourre de coco grossièrement filée : la faiblesse de ces moyens d'amarrage obligeant à les multiplier, les Dônis ont ordinairement quatre ou cinq ancres.

La construction légère de ces bateaux, pour lesquels le fev n'est point employé, les met à même (le prendre d 'assez fortes cargaisons : ils portent des objets d'une répartition facile et égale, tels que des grains; mais, leur peu de solidité leur rendant impossible l'embarquement de choses lourdes, les bois de construction sont transportés par les Dônis membres et cloués. Les coutures de ceux dont il est question sont si flexibles, que nous en vîmes un tremblant et craquant au mouvement d'un seul homme, et dans lequel nous sentions même sous les pieds le clapotis d'une rade tranquille; ils font néanmoins peu d'eau et sont assez solides.

Les Dônis sont généralement montés par des Lascars, qui y vivent sur des nattes et des claies, vraies chaussetrapes sur lesquelles eux seuls peuvent marcher et qu'ils placent suivant la nature de la cargaison; ils font cuire le riz dont ils se nourrissent dans une auge de bois pleine de sable, ils emploient, dit-on, un moyen assez singulier pour connaître la direction et la force du courant, qui, près de Ceylan, est quelquefois de 60 milles en un jour : c'est de jeter à la mer une poignée de sable ou de coquilles blanches et quelques plumes; par le mouvement de celles-ci, qui restent à la surface, comparé au sable qui coule, ils estiment le courant et mouillent s'il leur est contraire.

On voit encore , à Ceylan et sur la côte ferme, des Dônis avec un seul mal, plus petits que celui de la pi. 11. L'un d'eux , mesuré à Colombo , avait 12™, 60 de long, 2",5o de large et i™,9.5 de creux ; son balancier était éloigné de 4™>85 du bord le plus voisin : sa grande ressemblance avec le premier nous a fait croire inutile de le représenter.

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