MANCHE DE CALICUT
Bien que d'une forme tout à fait différente, ce caboteur (jig. 7, 8, 9 et 10, pi. 10) peut souvent être confondu avec le Patamar, dont il a la voilure et à peu près l'aspect extérieur. Il fréquente toute la côte de Malabar, et ses fonds plats lui permettent d'entrer dans la plupart des rivières, pour y prendre de fortes cargaisons; il remonte jusqu'à une assez grande distance des barres, près desquelles il laisse ses mâts et ses voiles, et navigue très-bien ainsi, tant sa construction est légère. Tous les bordages sont unis par des coutures qui en percent l'épaisseur, et dont les fils, qui paraissent à l'extérieur, sont enfoncés daus des rainures pour les préserver du frottement ; ces attaches embrassent, à l'intérieur, des bourrelets d'étoupe de cocoqui s'opposent à l'infiltration de l'eau : de petites chevilles en bois percent les planches suivant leur épaisseur et en complètent l'assemblage. Les membres sont faibles, très-espaces; les trois pièces dout ils se composent entrent à peine l'une dans l'autre par le bout , et quelquefois même ne font que s'appuyer sans aucune liaison (Jig. 10). Ils sont réunis aux bordages par de petits amarrages en fil de coco, et sont échancrés au-dessus de chaque couture pour ne pas en user les fils par leur contact. Un plat-bord, dans lequel sont encastrées toutes les tètes des couples, règne d'une extrémité à l'autre et lie le tout, étant fixé luimême à l'étrave et à l'étambot; il porte plusieurs bancs, dont l'un, plus épais que les autres, sert d'appui au grand mât, sur l'arrière duquel sont les coulisses c c'. Le plat-bord supporte un empaillage semblable à celui déjà décrit, dont est enveloppée l'étrave, qui, ainsi que l'étambot, est la seule pièce dépassant la partie solide et fixe de la construction. Le gouvernail n'est maintenu que par des amarrages e e e, dans une rainure semi-circulaire, et, comme il ne dépasse jamais la quille, on peut le conserver pour passer les barres ou pour échouer. Quand les cargaisons craignent l'humidité, l'intérieur est garni de nattes et de treillages; deux de ceux-ci, placés verticalement près du grand mât, conservent un espace libre pour vider l'eau.
La mâture et la voilure, exactement pareilles à celles des Patamars, ont été mesurées avec soin; nous avons préféré les représenter sur le Manche de Calicut à les rapporter à la fg. 1. Ces bateaux marchent moins mal que leur forme aplatie ne porte à le croire, et ils ne nous ont point paru avoir beaucoup de dérive. Leurs équipages étant, en partie, composés de Lascars, ils sont moins bien tenus que les Patamars.