‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 83 sur 126 · PIROGUE A BALANCIER · texte numérisé non relu

PIROGUE A BALANCIER

Une seule pièce taillée très-mince et assez étroite (pi. ïoi, fig. g, ioet n) forme le corps de cette pirogue, ce qui l'oblige à porter deux balanciers joints aux leviers par un petit cercle de bois flexible attaché sur lui-même ainsi qu'aux deux pièces qu'il doit réunir. Ces balanciers, assez élevés pour ne jamais toucher l'eau en même temps, peuvent être facilement démontés, leurs leviers n'étant unis aux corps par aucun amarrage, mais seulement passés sous des tiges horizontales attachées au-dessus des bancs; en écartant les leviers, on les dégage, et tout le cadre peut être emporté pour être placé à terre le long des cabanes. Ces pirogues, qui ne sortent que rarement de la baie d'Amboine, sont de formes et de dimensions très-variées, mais nous avons cru inutile de les représenter toutes, lesfîg. 9, 10 et 1 1 en donnant les types généraux.

BOUANGA.

Nous avons été heureux de trouver, dans la relation des voyages du chevalier Pages, de 1767 à 1776, la description d'une trirème malaise accompagnée d'un dessin que nous avons copié exactement (pi. io3 et pi. ioli,fis. 1). Quoique les principales dimensions n'y soient pas données, nous avons placé une échelle approchée, déduite de la longueur assignée aux leviers. La charpente des côtés, sur lesquels se mettent les rameurs, différente de celle que nous avons détaillée au sujet du Corocore de Manado, doit avoir le défaut d'exiger une grande différence entre les leviers des avirons et de rendre leur manœuvre fatigante, quelle que soit d'ailleurs leur légèreté; il est vrai qu'elle doit aussi produire plus de vitesse, puisque la résistauce d'un bateau si étroit est très-faible relativement à la puissante impulsion d'un aussi grand nombre de rameurs. On en appréciera les dispositions en lisant la description donnée par l'ouvrage que nous avons cité (1).

<. Je donnerai ici l'idée d'un bâtiment nommé Bouanga, qui n'est peut-être qu'une amplification de celui que M. Anson a décrit aux îles Marianes : ce sont des pirogues très-longues et pointues; le bois du corps du bâtiment est élevé au plus d'un pied au-dessus de l'eau; mais à ce même corps est entée l'œuvre morte, qui est extrêmement légère, à peu près dans le goût de celle de nos anciens Chehecs. Elle a de chaque côté deux galeries de bambous de 2 pieds de large en amphithéâtre qui régnent dans presque toute la longueur du bâtiment, laissant peu de distance à remplir de l'avant et de l'arrière. Le premier degré de cet amphithéâtre, placé à côté et en dehors du plat-bord, est élevé d'environ un pied et demi sur le pont, et le second , également à côté et en dehors du premier degré, a sur lui seulement uu pied d'élévation. La première galerie ou degré est soutenue par des courbes attachées à des allonges très-saillantes laissées de distance en distance plus allongées que l'œuvre morte ; ces deux galeries et le pont servent à avoir trois rangs de rameurs, dont les échaumes (2) et les avirons sont placés les uns au-dessus des autres, dans le goût des sabords des vaisseaux ; ils sont tellement disposés, que le second rang de rames vient frapper dans le vide intermédiaire que laisse le premier rang, et qui est nécessaire à l'allongement des bras des rameurs. Enfin le troisième rang vient frapper l'eau également dans le vide du second rang perpendiculairement, mais en dehors ou au large du premier rang.

« Us suppléent aux échaumes du premier rang par des trous au bord ou â l'œuvre morte, où passe la rame; et les échaumes du second et du troisième rang sont formées par quatre arc-houtanls dont deux, venant l'un de l'avant, l'autre de l'arrière, à l'inclinaison de 45", contribuent à la solidité d'uu troisième placé à leur point de rencontre et perpendiculairement; celui-ci, qui forme l'échaume , et les deux premiers , qui le buttent, sont

(1) Voyage autour du manda et aux deux pôles, pondant les années 1767, 68 , 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75 el 76, par M. Pages, capitaine des vaisseaux du roi, tome Ier, page 169.

(2) On nomme êchaume la che\ille à laquelle csl attache l'aviron par l'eslropc : c'est le tolct actuel.

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