MOLUQUES
dérangés de la ligne perpendiculaire par un quatrième qui les éloigne du bord et les incline vers l'horizon pour donner un plus long liras de levier au rameur; ce dernier arc-boutant est attaché sur le bord d'une espèce de lisse ou garde-corps qui est à la galerie de bambou, en sorte que (pour mieux entendre ces arrangements) les deux premiers arcs-boutants et l'échaume ou troisième arc-boutant sont d'un bout attachés sur le bord de la galerie et le quatrième sur sou balcon , et , de l'autre bout , ils conlre-tiennent tout l'échaume ou troisième arc-boutant auquel ils sont liés; en sorte, aussi, que les deux premiers et longs arcs-boutants forment un triangle isocèle, partagé par une perpendiculaire, qui est l'échaume, et incliné en dehors par le quatrième arc-boutant sur un plan formé parle plat-bord ou par le balcon et le bord de la galerie de bambou.
« D'ailleurs la construction de leurs rames n'est pas comme la nôtre; le bras du rameur doit être robuste, tout le poids étant dans le bout de la rame, qui n'est formée que par une loûgue barre, au bout de laquelle est une planche oblongue.
« On juge bien que ces galeries et le nombre des rameurs doivent donner au bâtiment un balancement considérable; voici comment ils y remédient : à environ un sixième de la longueur du bâtiment de l'avant et de l'arrière, sont placés en travers deux gros bambous qui s'éloignent de chaque côté du bord de 20 à i5 pieds, suivant la grandeur du vaisseau. Ils ont dans leurs deux bouts deux autres bambous liés horizontalement et qui les joignent en travers, ce qui, de chaque côté du vaisseau, forme deux grands cadres, ou seulement un grand cadre posé de plan sur le bâtiment. Les deux côtés de ce cadre, qui sont placés en travers sur le bâtiment, ont une tonture qui les fait s'étendre de chaque côté jusqu'à fleur d'eau, où ils sont joints par les deux autres côtés de ce même cadre; ces côtés-ci présentant, par les trois bambous dont ils sont composés, une grande surface à l'eau, empêchent les trop grands balancements du vaisseau ; l'on a grand soin que ce cadre soit solidement attaché au corps du bâtiment , car de lui dépend son salut; il sert, en outre, en temps calme à placer des rameurs dans toute sa longueur, qui se servent de la pagaie et rament à différentes mains, les uns eu dedans, les autres en dehors du cadre de balancement.
« Il est difficile de croire la vitesse avec laquelle vont ces bâtiments à la rame, et que sur une pirogue surhaussée de quelques mauvais bambous il soit possible de placer environ cent cinquante rames et quarante pagaies, ce qui paraît cependant moins étonnant lorsqu'on fait attention que, de chaque côté, il y a trois rangs de rameurs et deux rangs de pagaies sur les cadres de balancement.
« Les Indiens mahométans se servent de cette espèce de bâtiment pour la course et enlever des Indiens espagnols; ils vont les vendre à Bornéo et à Batavia. Ces mahométans sont braves, et, comme ils sont généralement très-nombreux sur leurs bâtiments, ils font leurs attaques à l'abordage. Ils commencent à nettoyer le vaisseau ennemi en faisant pleuvoir une quantité prodigieuse de zagaies ou de petits dards; ils sautent ensuite à bord, le criss ou le campilan à la main. Ils font peu usage des armes à feu, et ils n'ont que quelques canons qu'ils ont pris sur les Européens. Ils diffèrent en cela des Indiens plus voisins des Hollandais qui commencent à fabriquer grossièrement des fusils. «
COROCORES DE GUÉBÉ.
M. Pellion a donné (1) un dessin aussi exact qu'élégant des Corocores qui nous accostèrent devant l'ile Pisang (Banane); nous lui empruntons aussi la description :
« Ces embarcations, dit-il, ont environ 45 pieds de longueur ( ' 3 m , 7 7 ) et une largeur de 7 à 8 pieds au milieu (2", 14 à 2", 45) ; à partir de ce point, les deux parties de l'avant et de l'arrière sont symétriques et se terminent en
(1) Relation du voyage autour du monde entrepris par ordre du Roi et exécuté sur les corvettes l'Uranie et la Physicienne commandées par M. Loui: de Freycioet, publiée à Paris, chez Pillcl, imprimeur-libraire, eu 1839, lome II, page 11.