‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 85 sur 126 · MOLUQUES · texte numérisé non relu

MOLUQUES

coins aigus. Les pièces d'étrave et d'e'tambot, fort élancées d'abord, s'élèvent ensuite tout à coup et presque verticalement, jusqu'à 6 ou 8 pieds de hauteur. Les bordages des deux côtés sont minces, polis et bien liés, quoique sans clous, ainsi qu'on le pratique à Timor.

« Ces vaisseaux ne manqueraient donc ni d'élégance ni de qualités s'ils n'étaient déparés par un échafaudage monstrueux; leur centre, en effet, est, dans la moitié environ de sa longueur, recouvert d'une plate-forme ou d'un toit en feuilles de palmier, que soutient de chaque côté un double rang d'épontilles ; tout cela a l'air d'un hangar flottant, assez solide toutefois pour supporter uue quarantaine d'hommes. En outre, des traverses en bois solidement (ixées font à tribord et bâbord une saillie de 3 à 4 pieds, et donnent ainsi naissance à deux galeries latérales que déborde en dehors un madrier assez épais, lequel sert de point d'appui aux avirons. Deux espèces de chandeliers fourchus, installés sur la même ceinture, reçoivent au besoin la mâture, la voile et les espars de rechange, ce qui a l'apparence d'un bastingage.

« Sur ces galeries est pratiqué un clayonnage en lattes de bambou où s'assied la première file de rameurs : il existe de chaque côté une seconde rangée de pagaies, que manœuvrent des hommes placés en dedans, dans le Corocore. Quand le navire est à la voile, la galerie du côté du vent lui sert de balancier, et, à cet effet, on y multiplie le nombre des hommes suivant le besoin; la disposition des rames, telle que nous venons de l'expliquer, fait encore concevoir qu'en plaçant en échelon une nouvelle galerie au-dessus de la première on arriverait exactement aux trirèmes des anciens.

« Les avirons, comme les pagaies, se composent de deux pièces, une hampe ou manche, et une pale. La première est un morceau de bois de 12 a i5 pieds de long sur 1 pouces de diamètre, dont l'un des bouts est ouvert dans le sens de la longueur pour recevoir la seconde pièce, consistant en une planche circulaire percée de plusieurs trous dans lesquels passent les ligatures qui doivent les assujettir.

« Trois bambous placés en triangle et réunis au sommet composent la mâture; deux d'entre eux figurent nos haubans, le troisième, mis de l'avant et venant arc-bouter à la jonction des deux premiers, sert d'étai. Ordinairement on dispose au sommet de cette mâture une sorte de crochet dans lequel passe la drisse de la voile ; celle-ci de forme rectangulaire est tissée de feuilles de palmier : deux vergues en bambou servent à l'orienter et sont placées l'une au sommet et l'autre au bas de la voile , dont tout le gréemeut consiste en deux écoutes et une drisse; au lieu de la carguer, on l'amène et on la roule sur la vergue inférieure.

« Les gouvernails, au nombre de deux, fixés, l'uu à tribord, l'autre à bâbord, offrent une disposition tout à fait conforme à celle des Corocores de Timor, avec lesquels d'ailleurs les embarcations de Guébé ont le plus grand rapport. Lorsque ces bâtiments s'approchèrent de nous, leur manœuvre se faisait au bruit d'une espèce de tambour, 'i

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