‹ Essai sur la construction navale des peuples extra-européensChapitre 86 sur 126 · PIROGUE DE L'ILE WAIGIOU · texte numérisé non relu

PIROGUE DE L'ILE WAIGIOU

Celte pirogue (pi. iol\,fig. 2, 3, 4 et 7) est copiée d'après l'atlas du voyage de la corvette la Coquille : « elle a deux balanciers tellement relevés que l'un d'eux seulement touche l'eau; leurs traverses sont liées à de petits montants piqués dans le flotteur. La voile, aussi longue que la pirogue, est en nattes et se met sur un mât forme de deux bigues qui s'amènent avec elle. La longueur ordinaire est de 4™;3o, la largeur de i™,33, l'écartement des deux balanciers de 4 mètres et la largeur de la plate-forme de 2m,6G. Ou en voit aussi de G™, 70 de long sur om,66 à 1 mètre de large. «

NOUVELLE-GUINÉE. :il

GRAND COROCORE DE DOREY.

Il est étonnant de trouver un aussi grand navire (pi. io5,Jîg. 2, 3 et 4) sur la côte nord de la Nouvcllc-Giiimv qu'habite une race noire, paresseuse et ignorante, visitée seulement par les habitants de quelques îles peu éloignées telles que Waigiou et Guébé, qui sont les dernières terres où l'on trouve encore quelques traces de civilisation et d'industrie. Aussi est-il présumahle que ce Corocore avait élé amené par des Malais établis près du petit village de Koihoui, où nous avons pu facilement le mesurer : il était ombragé par une toiture en feuilles d'aréquier et soutenu, à un mène au-dessus de l'eau, par des traverses portées sur des piquets sans qu'on s'expliquât comment i I avait été placé ainsi, car on n'avait pas pu le tirer à terre pour le pousser ensuite, et au-dessous l'eau avait déjà plus d'une brasse. Au premier coup d'œil jeté sur les ligures de la planche io5, on est frappé de la ressemblance de ce Corocore avec celui de la plauche 98; on y retrouve tout ce qui est nécessaire à l'établissement de deux rangs de rames, qu'il devait avoir réellement, car nous vîmesà terre les planches percées des avirons extérieurs, avec leurs supports courbes ; mais n'en connaissant pas alors l'usage, nous n'en prîmes pas les dimensions non plus que celles de plusieurs autres pièces plus importantes par leurs dispositions que, par leur grandeur. Il eût sans doute été facile de les porter approximativement sur les ligures, mais nous avons préféré ne pas les y ajouter afin qu'il n'y eût rien daus cet ouvrage qui ne fût parfaitement exact.

Les formes de cette grande embarcation sont fort belles; les fonds ne sont pas trop plats, et les extrémités fines et élancées diffèrent un peu, le maitre-bau étant plus près de l'avant. La quille, se relevant par une courbe douce, remplace l'étrave et l'élambot, car elle s'étend jusqu'aux extrémités, qui sont surmontées de longues tiges plates ; elle fait pour ainsi dire corps avec les deux bordages qui la touchent (Jig- 4)j car ce qui est en trois pièces distinctes chez nous n'est ici qu'un seul morceau creusé dans le bois comme le corps d'une pirogue; les parties saillantes sur les côtés, qui suiveut les facous comme le feraient nos premiers gabords, sont liées au navire, et, par suite, lui joignent la quille. Pour fixer les planches aux membres, les naturels suppléent aux clous par des parties saillantes g g (Jig- 5), conservées sur chaque boidage , épais de om,3j , et placées aux points qui doivent être en contact avec les couples; elles ont om,3o d'épaisseur et sont percées d'un trou pour passer l'amarrage qui embrasse le membre. Il faut un bois très-dur et surtout très-compacte pour que ce mode de jonction soit solide, car les pièces réunies ne se touchant que par une petite surface n'ont point autant d'adhérence que lorsqu'elles sont entièrement appliquées et clouées. Celte méthode coûte sans doute beaucoup de travail, puisqu'il faut tailler chaque planche dans le bois pleiu pour conserver les saillies; nous ignorons si la forme, lorsqu'elle est gauche, est ainsi obtenue, ou si le bois est courbé au moyen du feu, dont nous n'avons vu aucune trace. Les amarrages, en rotin coupé en petites lanières, sont assez forts pour résister au calfatage, qui est indispensable, les bordages n'étant joints entre eux que par quelques chevilles à pointes perdues, enfoncées dans l'épaisseur pour les empêcher de jouer.

Les couples, situés sous les traverses et sous les leviers ce des balanciers, sont en petit nombre, mais gros et formés de trois pièces (fig. 4)j 'a P'us basse et, placée comme nos varangues, double les deux plus hautes d d d'environ om,35 et leur est liée par les attaches des bordages. Les portions supérieures d d appliquent l'une contre l'autre des parties horizontales réunies par des chevilles, et leurs côtés qui représentent nos allonges sont appuyés sur les bordages, mais montent à peine jusqu'au dernier; les extrémités des différents couples sont jointes l'une à l'autre par une tringle liée par des amarrages, qui va d'un bout à l'autre. L'avant et l'arrière dénués de membres ne montrent aucune trace de couture, et nous pensons que les bordages y sont unis par des chevilles à pointes perdues qui, si elles ne les empêchent pas de s'écarter, les maintiennent au moins dans leurs positions respectives du sorte que la réunion produite par les membres voisins suffit pour les tenir collés et pour résister au calfatage; la disposition des bordages du fond semble confirmer cette opinion.

02 NOUVELLE-GUINEE.

Quoique ce petit navire ait une largeur égale au cinquième de sa longueur et puisse, par conséquent, porter de grandes voiles, les Malais lui ont ajouté le balancier plutôt à cause de l'installation des rames que pour obtenir plus de stabilité. Les leviers, posés sur le plat-bord, sont fixés par de forts amarrages plats passés sous les parties horizontales des couples {fig- 4)> et leurs extrémités sont unies aux balanciers par des branches c c, dont une petite portion du tronc est coupée et appliquée sur ces derniers {fig- i et a). Aux leviers sont attachés des supports verticaux soutenant des traverses sur lesquelles reposent des tringles ait, qui vont presque d'un bout à l'autre et servent sans doute à porter les rameurs du rang intérieur, taudis que ceux du second rang se placent sur les tringles hb lixées aux leviers, et nagent en dehors des balanciers. On comprend, en comparant les pi. 98 et io5, combien cette installation est simple et commode sur des mers aussi unies, avec quelle célérité elle peut être disposée et quelle impulsion puissante elle permet de donner.

Ce Corocore est en partie couvert par deux toits en chaume de larges feuilles d'aréquier, cousues les unes aux autres en se doublant, et unies à des tringles de petits bambous joints par des traverses; le tout est supporté par des colonnes sculptées amarrées aux couples ainsi qu'aux leviers {fig. 4)j 'e gouvernail, un peu courbe (fig- 10), a sa fusée passée dans la pièce lih', qui, embrassant l'arrière, a ses deux bouts attachés sur une traverse; il a un renflement percé d'un trou pour le passage d'une corde destinée à le retenir, et, comme il a une barre, il est probable qu'on ne l'emploie pas comme un aviron. Du reste, ne l'ayant pas vu en place, nous ne pouvons préciser sa disposition, qui ne nous fut indiquée que par les signes peu intelligibles des naturels; c'est aussi par cette voie que nous avons su que le mât était triple, la voile très-longue et à peu près rectangulaire comme toutes celles des Malais.

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