SÎ
choquent dans ce récit. Nous ne pouvons donc . malgré toutes les assurances du critique , nous dispenser de voir dans ce premier alinéa une premier re attaque, à laqueUe nous ne devons pas céder.
Nous commençons par poser cette question : ces Afficultés prtiitninaires, que le critique élève contre l'histoire , seraient-elles réellement aplanies , si cette histoire nous avait représenté au moment du départ les parents de Jésus inquiets » hors d'euxmêmes», cherchant partout, sans pouvoir le trouver, M te fils de Dieu (fui leur avait été confié • , laissant partir la caravane , envoyant de tous côtés des messages dans la ville , et fiaisant eux-mêmes des redierchet? Le critique n'aurait-il pas vu plutôt dans un tel récit des indices de • la tradition popu- « tairtf (jui^ aimant l'inattendu et les contrastes i, a voulu inspirer au lecteur une vive sollicitude, pour ne lui permettre de respirer qu'au moment où elle lui montrerait tout-à-coup le fils de Dieu assis dans le temple ? Ce ne serait point le seul cas où le critique , naalgré ses assurances d'impartialité , serait assex inexorable pour couper tous les chemins à rkiitoire évangélique , et pour lui crier ensuite lorsqu'elle réclame un terrain quelconque sur lequel elle puisse marcher : Je n'en vois pas la nécessitil Pour nous, au lieu de trouver dans ce passage matière à diiSiculté , nous y voyons au contraire une preuve évidente de son caractère historique. En effet, il est tellement or^nal, que la tradition
populaire y qui élabore tout d'après des données faites à l'avance » ne l'aurait pas si aisément inventé; de plus, il est en harmonie complète avec les coutumes de l'Orient et s'explique très bien par elles. Que l'on examine ici deux choses : d'abord , selon toute vraisemblance, nous devons nous représenter la caravane coumie assez considérable ; et» par conséquent y au moment de son départ, il dut y avoir un si grand tumulte qu'avec la meilleure volonté du monde» il n'était peut-être pas possible i chaque famille de se réunir au complet. De nos jours, en Orient, une caravane qui ne se compose que de trois cents personnes, comme celle avec laquelle Buckingham partit d'Alep, est regardée coDune peu nombreuse (V. le voyage de Buckingham en Mésopotamie) . Remarquez ensuite qu'à la fête de Pâques, deux millions sept cent mille hommes se trouvaient réunis dans la ville de Jérusalem, qui n'était pas très grande; or, la fin de la fête était pour la plupart le signal du départ. Supposez que les pèlerins galiléens ne partissent pas d'un seul point , ils devaient au moins suivre la même route , et la foule devait être grande de ce côté. Si les documents de Josèphe sont exacts , la Galilée était si peuplée, qu'elle avait environ quatre millions d'habitants. D'ailleui^s, le jour du départ» les caravanes partent très souvent par petites troupes, parce que naturellement tout le monde n'est pas prêt en même temps; il arrive donc que beau^
coup de gens qui en font partie , se réunissent à elles pour la première fois à la halte du soir. C'est ainsi que nous voyons Buckingham et son compagnon ne rejoindre la caravane que dans la nuit » longtemps après que tout le monde était couché. D'ailleurs toutes les grandes caravanes ne font pas route comme une procession, und série, mais par bandes» et elles ne se réunbsent que lorsqu'un danger les menace. Supposez donc qu'au moment où les parents de Jésus s'aperçurent de l'absence de leur fils , quelques bandes de la caravane se fussent déjà mises en route , on eût été en droit de les taxer, non pas de négligence» mais de déraison , si, au lieu d'attendre le soir, pour voir s'ils trouveraient leur enfant au campement des Nazaréens, ils avaient laissé partir la caravane et s'étaient mis à le chercher dans Jérusalem. Il faut remarquer ici que, d'après le récit de Luc, les proches et les amis des parents faisaient partie de la caravane, et que par conséquent les gens du même pays voyageaient ensemble. Ajoutez à cela que nous avons le droit d'attribuer aux parents de Jésus, à l'égard de leur fils, un plus haut degré de confiance qu'à d'autres parents à l'égard d'enfants du même âge. Enfin, le développement étant plus précoce en Orient, douze ans dans ce pays répondent à quinze ans chez nous. Ainsi , nous Toyons l'âge du mariage fixé à dix-huit ans par leTalmud; et, de nos jours, il n'est pas rare de
voir des jeunes gens se marier à quatorte ans. Voilà pour Tavant-garde de notre ennemi ; allons maintenant à la rencontre du corps d'armée. Le critique présente ainsi sa seconde objection, c Étant retournés à Jérusalem, ils trouvèrent, le troisième jour, leur fils dans le temple (sans doute dans une des galeries extérieures) au milieu d'une assemblée de docteurs. Il s'entretenait avec eux, et il excitait Tétonnement général (Lac 2 Ai, etc.) Ici plusieurs choses semblent indiquer qu'on a donné à Jésus , vis-à-vis des docteurs , un rôle plus élevé que celui qui peut convenir à un enfant de douze ans. Le mot juiit^if^wo9 a d'abord paru étrange; car les documents juifs nous apprennent que ce fut seulement après la mort du rabbin Gamaliel, événement de beaucoup postérieur à cette époque , que la coutume s'introduisit chez les rabbins de permettre à leurs élèves de s'asseoir ; jusque-là les écoliers se tenaient toujours debout dans leurs classes (MegiUahf. 21. 1. dans Lightfoot.). Mais cette tradition juive est douteuse (Voy. Kuinoel, sur Luc. p. 362.) On a vu encore une autre difficulté dans le rôle attribué à Jésus vis-à-vis des docteurs ; car loin d'être seulement auditeur {iuuvtiÊp), l'enfant interroge {ÏTtfttrSf) et il semble être le maître. Cette position à l'égard des docteurs n'est pas douteuse dans les évangiles apocryphes. Ils nous montrent déjà Jésus, avant sa douzième année, embaiTas-
sant SCS maîtres par ses questions *. D'après eux (E?. inf. arab. c. 60), dans cette visite au temple , Jésus mit en discussion des questions telles que ceUe sur le Messie conddéré en même temps comme JGds de David et comme son Seignetr (Matth. 22. Al, et suiv.); ensuite il enseigna sur toutes sortes de sujets **. S*il fallait voir dans les mots jftfT^r et i'jroKfiyia'tAi l'indice d'un enseignement donné par Jésus aux docteurs , un fait tellement contre nature suffirait pour nous faire rejeter le récit évangélique. Mais rien ne nous force à entendre ainsi ces mots ; car, d'après la coutume juive et la manière d'enseigner des rabbins , les maîtres adressaient bien des questions à leurs élèves, mais ceux-ci en faisaient souvent de leur côté à leurs maîtres, lorsqu'ils désiraient obtenir des solutions sur quelques points ***. Nous avons d'autant plus de raisons de voir là seulement des questions convenables à un enfant, que notre texte, non sans intention, ce semble, fait tomber l'admiration des docteurs, non pas sur les demandes, mais bien sur les réponses (à^roxf iVtiV) de Jésus, c'està-dire sur ce qui pouvait le plus faire paraître en
* Thilo, p. 288 et s., et Evang. infant arab., c. 48 et s., p. 125 et s., dans Tbilo.
** V. le ch. cité et les snivants; comp. Ev. Thoms, c. 19. ^** V. les preuves (par exemple Hibros. Taanith. 67. à.) dans
WcrSTEIK et LfCHTFOOT,
« lui rintelligence du disciple. On pourrait voir « une difficulté plus grave dans les expressions « suivantes : assis ir (jua-tâ rSf S^fâLTKiheàf, au milieu « des maîtres; car Paul (Act. 22. 3.) nous apprend
< qu'un écolier ne pouvait se placer qu'aux pieds « des rabbins ( TAçk rovf 7o<r«r ) , ceux-ci étant € dans des chaires, tandis que les écoliers étaient
< assis par terre. Jésus ne pouvait donc prendre € place au milieu des docteurs. On croit expliquer « ces mots h yiifft» en disantqu'ils signifient que, les « docteurs étant sur leurs sièges, Jésus était avec « d'autres disciples assis par terre au milieu d'eux « (Paulus, exeg. handb. p. 279.); quelquefois aussi c on veut qu'ils signifient : dans la compagnie des doe- « teurs, c'est-à-dire dans la synagogue (Kuinoel, « 1. c.,p.353). Cependant d'après le sens des mots, « être assis au miliea de gens ( KoAilio-teu h fxiTo c rtpSp) parait indiquer, sinon, comme Schœttgen « le pense in majorem Jesu gloriam , une place « d'honneur, au moins une situation égale à celle
c des autres Il faut donc reconnaître que notre
« récit place Jésus à l'égard des docteurs dans une c position tout autre que celle d'un disciple , la « seule pourtant que l'on puisse naturellement ad-
< mettre dans un enfant de douze ans, quelque pré-
< coce qu'il soit. »
Ainsi notre exégète a tant d'horreur du surnaturel, qu'il ose inculper ces mots si innocents « au milieu des docteurs • . En vérité, cela est un peu fort I
Es(t-ce donc une circonstance qui tombe dans It domaine du mythe , que des docteurs aient la fan-** taisie de faire asseoir à côté d'eux l'enfant qui s'est concilié par ses réponses leur bienyeillance et leur estime ? Remarquez bien que la critique elle-même ne décide pas s'il s'agit ici de s'être assis par terre ou dans les chaires des docteurs ! Assurément» s'il y a quelque chose d'étonnant ici , c'est que Luc p ou le premier auteur de ce mythe , quel qu'il soit 9 ait si mal exploité son thème pour la glorification du Dieu enfant» et qu'il nous fasse à peine entrevoir un reflet de la lumière céleste , quand il pourrait faire descendre cette lumière avec tant d'abondance sur la scène qu'il veut peindre !
Un mot sur la dernière objection du critique : ■ Puisque les parents de Jésus » dit-il , connais- « saient déjà les circonstances miraculeuses qui c avaient accompagné sa naissance , nous ne pou- « vons nous expliquer comment ils ne compren- « nent pas la réponse de leur fils dans le passage c en question ; conmie nous ne saurions nous ren- « dre compte de leur étonnement dans le récit du c c. 2» V. 33. » — Nous serions» sans doute embarrassés si l'herméneutique nous contraignait à prendre les mots « ils ne comprirent point » dans un sens tellement absolu» que nous ne pussions laisser subsister aucune intelligence du sens renfermé dans les paroles de Jésus» ni chez Joseph» ni même
chez Marie*. S*il en était ainsi , malheur à tous les écrivains qui passeraient à l'alambic d'une pareille herméneutique ! Leasing lui-même n'est pas assez précis, pour que Ton ne pût, avec cette méthode, trouver chez lui plus d'un non-sens. A combien plus forte raison en trouvera-t-on dans les ouvrages des pêcheurs de Galilée ? Ainsi on prouvera par ces paroles de Jean, 3, 32, « et personne ne reçoit son témoignage » qu'au commencement du second siècle (époque à laquelle Strauss place la rédaction du quatrième Evangile ) il n'existait encore aucun sectateur du Christ. On prouvera également par ces mots (Jean 2, 11.) t et ses disciples le crurent » , que ce qui a été dit sur leur foi dans le premier chapitre doit être une invention; par ceux-ci (1 Jean 2, 20.) f vous avez l'onction et vous savez tout » que les premiers chrétiens croyaient tout savoir. Au reste, si cette parole de l'enfant miraculeux avait été pour sa mère sans aucun sens , on ne comprend
* Ni Marie , ni Joseph n'ignoraient que Jésus était le ûls de Dieu incarné pour le salut des hommes ; mais il ne s'en suit nullement qu'ils pussent comprendre sans difiScolté pourquoi l'enfant divin préludait , si jeune encore , aux enseignements de sa vie publique. La connaissance des mystères de rincaination et de la rédemption n'entraine pas celle de toutes les actions du Christ; elle implique encore moins Tintelligence des motifs secrets qui ont provoqué toutes ces actions. Où est donc la prétendue contradiction de l'Évangile?
(?iate de l'EdiUur.)
pas pourquoi Marie gai*dait ces choses avec tant de soin dans son cœur» comme il est dit au v. 51.
Passons maintenant au second récit , à celui qui est pris dans la dernière période de la vie du Sau-* ▼eur, et qui nous parle des apparitions du ressuscité* Il est difficile de se persuader que TÉyangéliste ne tient pas ce récit d'un témoin oculaire immédiat. La narration commence par la mention de deux individus » dont les noms ne sont point donnés. Le critique s'emporte là-dessus : « Une sem- « blable anecdote , dit-il , dans laquelle deux yui- « dam inconnus servent de témoins » doit -elle c passer pour être racontée par des témoins ocu- « laires?» Mais l'Evangéliste n'était point devant un inquisiteur qui demandât l'extrait de naissance des témoins avant de les interroger ; il croyait donc sans doute pouvoir suivre le cours naturel d'un récit qui ne s'adressait point aux esprits prévenus et pleins de méfiance , et il ne voyait nul inconvénient à omettre le nom de ses témoins. Aussi est-ce seulement lorsqu'il veut en distinguer un entre les deux qu'il laisse échapper accidentellement son nom, v. 18. Le lecteur qui se rappelle l'aimable modestie de Jean se cachant dans son Evangile sous le voile de l'anonyme , devra trouver au moins très compréhensible l'opinion de quelques anciens commentateurs, d'après lesquels l'Ëvangéliste s'est également caché en cet endroit, par modestie, sous le voile de l'anonyme. Le bourg dans lequel
les deux disciples se rendent est désigné par son nom ; c'est Emmaus. Cet Emmaûs n'est pas confon* du ici arec un autre Emmaûs situé dans le voisinage des montagnes de la Judée ; sa distance de Jérusalem est positivement énoncée: elle est de soixante stades, comme le dit Joséphe» lorsqu'il fait mention du même bourg (de Bell. jud. 7, 6, 6). Viennent ensuite les explications des disciples sur la cause de leur tristesse. D'après un sentiment naturel, qui porte tout homme profondément affligé a croire que la cause de sa douleur ne peut être étrangère à personne, ils manifestent presque involontairement leur surprise de ce que leur compagnon de voyage ne connaît pas l'histoire de Jésus , lui qu'ils prennent, selon toutes les probabilités, pour un pèlerin revenant de célébrer les fêtes à Jérusalem. La peinture qu'ilsfont de Jésus n'est pas conforme au caractère de sa haute dignité , dont ils n'eurent l'intelligence que plus tard ; ils en parlent purement et simplement conmie d'un •prophète puissant en actions et en « paroles t devant Dieu et devant tout le peuple. » Aussi n'expriment-ils pas, à son sujet, ces espérances élevées et spirituelles, qui se développèrent dans la conscience des Chrétiens après la fête de la Pentecôte* Conformément au degré de connaissance auquel les disciples étaient arrivés alors, ils parlent d'une espérance toute juive et toute extérieure : t Nous espé- < rions , disent-ils , qu'il délivrerait Israël, > On a souvent remarqué combien il est invraisemblable
de supposer que les disciples du Seigneur^ après lui avoir vu faire de si grandes choses et lui avoir tant de fois entendu prédire sa résarrection , aient renoncé tout-à-coup à toute espèce d'espérance» dès qu'il fut dans le tombeau. Le rédi dont nous nous occupons indique , avec une grande exactitude psychologique, l'état moral des disciples, tel qu'il devait être dans les circonstances où ils étaient placés* Ils ne savent pas bien ce qu'ils doivent attendre dans ces circonstances » mais leur âme ose espérer silencieusement qu'il se passera encore quelque chose, c Après tout cela » , diaent-ils au v* 21, • nous voilà déjà au troisième jour, depuis que c ces choses sont arrivées I » — Comme s'ils vou<- « laient dire : « Et nous attendons encore en vain > que cette triste catastrophe aboutisse à quelque chose « d* heureux ! » Les femmes leur oint bien parlé d'une résurrection ; mais la manière dont ils rapportent ici leur témoignage (v. 22) muontre que ces femmes avaient été taxées de crédulité. Tout ceci n'est-il pas tracé d'après nature? Remarquons en outre que ces disciples n'accueillaient pas iudifjph'emment toute espèce de témoignageM Vient ensuite la scène de la reconnaissance , qui n'a rien de romanesque ; point de ces circcmstances qui visent à l'effet et que toutes les légendes accumulent , quand le drame touche à son dénouement. L'étonnement si simple et si naturel des disciples ne se montre que dans cette question : « Notre cœur n'était-il pas tout
« brûlant au-dedans de nous, lorsqu'il nous pariait « en diemin?» Cette question est du reste si naturelle , que le lecteur, en lisant cette histoire , est tenté de s'adresser en esprit aux disciples et de leur dire : • Est-ce que votre cœur n'était pas brûlant, « lorsqu'il parlait ainsi avec vous?» Le dernier trait du récit est précisément tel qu'on devait l'attendre : les disciples ne couchent point à Emmaûs; ils partent à l'heure même et retournent à Jérusalem , pour associer leurs amis à leur allégresse. Et dans tout cela il ne faudrait voir que des ornements symboliques, dont une imagination féconde aurait entouré la croix sur laquelle serait mort pour toujours celui que les siens nommaient le Prince de la vie !...
En résumé, on retrouve, dans l'auteur de TÉvangile, l'écrivain qui a puisé à des sources dignes de foi et véritablement historiques, pour composer les Actes des Apôtres. Nous voudrions passer en revue de la même manière les autres récits particuliers à Luc ; mais nous sommes forcés de limiter nos recherches.
Et que [serait-ce , si nous étions en état de démontrer que l'Ëvangéliste a exclusivement puisé à des sources écrites par des témoins oculaires? Que serait-ce si nous pouvions prouver que cet auteur consciencieux n'a fait absolument que rassembler et mettre en ordre les écrits primitifs qui lui sont parvenus? C'est ce que nous sommes à même de faire, si nous adoptons les résultats du travail critique le
plus important qui ait été publié dans ces derniers temps sur les écrits de Luc. Le principal but de Scbleiermacher, dans son « Essai sur les ouvrages de Luc » , est de montrer que tout FËvangile n'est qu'une suite de petits écrits cousus les uns au bout des autres , de manière qu'un œil clairvoyant» comme celui du critique , est en état d'indiquer partout les points de suture. Aucun résultat ne peut mieux servir notre but que celui-là. Cependant , plus le grand critique a déployé de talent à soutenir cette opinion , plus aussi nous sommes portés à soupçonner que ses dispositions subjectives ont joué un grand rôle dans cette occasion. C'est aussi ce qui est arrivé. En 1816, un an avant la publication de l'ouvrage de Schleiermacher, il avait paru un autre travail critique qui , au milieu d'une foule de principes faux , nous fournit cependant la preuve que Schleiermacher a , dans cet ou-* vrage, tiré des conclusions beaucoup trop étendues. Sa critique , en effet , ne tient aucun compte des idiotismes de Luc. Gersdorf au contraire en dit au moins assez sur ce point , pour qu'en se servant de ses rechercbes et en les poussant un peu plus loin , on soit en état de prouver qu*il règne dans tout l'Évangile et dans les Actes, surtout sous le rapport lexiques un style uniforme , et que par conséquent leur auteur ne peut être regardé comme un simple compilateur. Schleiermacher a donc été trop loin sur ce point.
— 2àA - Mais ce n'eat point là notre question. Ilis'agit de savoir si (comme le prétend la nouvelle école my* thique) nous devons voir la source des récits évangéliquea dans une vague tradition orale, transmise de bouche en boucke durant environ trente ans , ou si nous devons la cberdier, non*aeulement dans les relations orales des témoins oculaires ( sur ce premier point le Proœmium ne permet pas de contester) , mais encore dans des relations écrites. Schleiermacher a démontré jusqu'à l'évidence que Ton retrouve dans l'Évangile des traces d'écrits particuliers {à^ofAVfiiMVBÙfAùi'rêt ou iiwyn^Hf). Indépendamment de lui , tous les critiques plus modernes ont admis unanimement qu'à partir du diapltre 9, V. 51 jusqu'au chap. 18 » v. li, FÉvangile de Luc a pour base des mémoires écrits par un diseiple duT Seigneur; les avisne varient que suri 'étendue de ces mémoires e( sur la question de savoir s'ik formaient un ou plusieurs ouvrîmes. Cette opinion est encore confirmée par les Actes des Apôtres » dans lesquels l'usage de sources écrites est encore pkts évident. Dans le cas où Luc n'auraU eu à sa disposition aucun monument écrit » comment pourrait-on expliquer le caractère si frappant du style , qui devient bébreu tout de suiâe après le Prooemium , et qui redevient plus pur de temps à autre ? Cette diffé^ rence de style ressort dans les Actes des Apôtres de la manière la plus tranchée. Nous ne courons donc pas risque de nous tromper, en supposant
qii6 rËVangéliste s'est appuyé en partie sur les rapports de la tradition éyangélique orale » en partie sur des écrits ptîmitifiB , tout comme TSte-Live se sert tour à to«Kr des monuments publics et des antiens annidistes; il y a seulement cette différence ^e ceux-ci ayaient écrit des siècles avant le célèbre historien latin , tandis que Luc pouvait tenir ses documents des ttoioins oculaires. Tive-Iive nous offre aiusai dans quelques passs^es des points de eomparûson avec Luc , pour ce qui regarde Tinfluence exercée sur ;son style par la langue dans laquelle étaient éciites les relations qu'il emploie. On a souvent remarqué que Tite4ive avait une farte couleur d'antiquité*. Ce phénomène est incomparablement plus saillant chez Luc; et cela s'explique^ soit par son oonmierce habituel avec les Juifs hellénistes , soit par une étude assidue des Septante » qui l'avail complètement familiarisé avec leur Style.
Souvent on regarde comme impossible qu'il y ait eu des écrits contemporains sur les paroles et les actions du Sauveur. On raisonne môme quelquefois comme si l'existence de mémoires écrits était inadinissiUe chez des.^ns aussi grossiers que les sectateurs de Jésus, surtout chez les Juifs. Mais c'est là
* Ln>sivs, quest. ep. d» 10. Bebgbr « de naturali puleritudine oralionU p, à2h, LACHifANN, de fontibus LiviL p, 117. Il dît luimême, 1. 43. c. 18. ef mihi veiu8ta$ res icribenti neseio quo pacto anttquui fit Animas.
commettre Tanachronisme le plus grossier ; car on n'a plus affaire ici à ces Hébreux que Moïse conduisait dans le désert. L'art d'écrire (le Talmud nous l'atteste) faisait partie de l'enseignement de la jeunesse ; pourquoi veut-on que nos Apôtres n'aient appris cet art qu'après être devenus Chrétiens? Jésus n'avait- il pas des membres du Sanhédrin parmi ses disciples? N'y eut-il pas aussi des prêtres parmi les premiers convertis après l'Ascension ? (Act. 6, 7). Faudra-t-il supposer qu'aucune de ces personnes , qui certainement connaissaient Tart d'écrire, n'ait eu l'idée d'enregistrer des paroles et des événements si remarquables? Le Proœmium de l'Évangile de Luc ne donne-t-il pas la preuve du contraire ? Schleiermacher a fait , sur cette question, des remarques dont nous voulons ici faire part à nos lecteurs :
« Nous entrerons plus profondément dans la « question (dit-il, dans son ouvrage sur Luc, p. II) « et nous dirons : La première source de l'histoire « chrétienne a été le juste et naturel désir de ceux f qui avaient adopté la foi en Jésus , sans l'avoir « connu lui-même. Ils cherchaient avec empresse- « ment à apprendre toujours quelque chose de f plus complet sur sa vie , afin de se rapprocher « autant que possible de leurs frères plus âgés, qui c avaient été plus heureux qu'eux. Dans les assemc blées publiques des Chrétiens , ce juste désir • n'était satisfait qu'accidentellement et en très pe-
V dte partie, lorsque par hasard un docteur citait c quelqu'une des sentences mémorables du Ghrbt, c qui ne pouvait être séparée des circonstances « dans lesquellesvelle avait été prononcée. Ce n'é- « tait que dans le commerce intime et sur une de* c mande expresse, que Ton pouvait obtenir des c détails plus complets et plus précis. C'est ainsi « que bien des circonstances particulières furent •r racontées et apprises, la plupart sans doute ora* « lement^ mais beaucojup aussi par écrit. On com- « prend que ceux qui étaient dans le cas d'être
• souvent interrogés relativement à des événements « particuliers 9 sur lesquels ils pouvaient mieux « que d'autres donner des renseignements exacts , « aient eu l'idée d'écrire ; car. ce moyen beaucoup c plus commode était pour, eux une véritable écoc nomie de temps. Mais ce furent principalement « ceux qui demandaient les renseignements qui c durent les écrire , surtout lorsqu'ils ne restaient « pas près de ceux qui les leur donnaient, et qu'ils «• voulaient à leur tour faire part de ce qu'ils avaient «• appris à beaucoup d'autres , qui n'avaient peut- «- être jamais eu l'occasion d'interroger im témoin « oculaire. C'est ainsi que des événements particu- « liers et des paroles isolées ont été enregistrés.
« Après avoir tracé une marche des choses aussi
• vraisemblable , nous ne nous arrêterons pas à « cette objection , que les premiers prédicateurs et
• sectateurs du christianisme étaient tellement gros-
siei*Sy qu'on ne peut supposer chez eux qu'un très petit nombre d'hommes capables d'écrire ces rela^ns. Je ne rois pas même )a nécessité de m'appesantir sur la partie de cette objection qui touche la faculté de retenir les discours et d'en faire part ensuite. Car, s'il est possible que les Juif» fussent en cela moins habiles que les Grecs, d'un autre côté la méthode d'enseignement para^ boUque et gnomique , ainsi que les allusions et les app(ïls continuels aux portions les plus connues des saintes Écritures , leur rendaient la chose beaucoup plus facile. Les écrits de ce genre ont sans doute été très rares au commencement parmi les Chrétiens établis en Palestine , et ils ont dû pour la plupart être portés de suite dans les lieux éloignés, où la voix de la tradition se faisait entendre moins souvent et moins haut. Mais dés que la masse des premiers discipJfes et amis du Christ eut été dispersée par les persécutions, on vit paraître en tous lieux un bien plus grand nombre de ces écrits. Us furent recherchés avec bien plus d'empressement et leur nombre s'accrut encore, lorsque la première génération des Chrétiens commença à disparaître. Cependant il serait étonnant que , même avant cette époque , ceux qui recherchaient et consignaient l'histoire par écrit n'eussent jamais eu que des documents partiels et isolés. On ne peut domer au contraire que ces hommes , et surtout
« les écrÎTaîns qui sont venus tout de suite après < eux et se sont servi de leur travaux, n'aient fait c en même temps des collections , chacun suivant « la tournure particulière de son esprit. Ainsi peut- « être l'on rassembla seulement les récits mira- « culeux , l'autre les discours , tandis qu'un troi- « sième ne regarda conmie important que ce qui « concernait les dermers jours du Qirist ou la Ré- « surrectkm. D'autres » sans prédilection marquée « pom* une des paities , recueillirent tout ce qui « leur venait de bonne source, f
Scbleiermacher fiedt encore une autre remarque très capable de donner un plus grand degré de solidité à la base historique de l'Évangile. C'est que le point de vue auquel les événements sont envisagés et le point de départ du récit , indiquent souvent les sources mêmes de la tradition dont elles émanent. Il en est de l'idée qu'on se forme des faits comme de celle qu'on se forme des sujets sensibles, des villes, des paysages : chaque narrateur considère la chose à son point de vue.
Par exemple, l'histoire des disciples d'Emmaùs nous ofifre (on l'a vu) des indices prouvant qu'elle vient des disciples eux-mêmes. Cela était du reste bien naturel. Le it. 32 surtout nous rend compte de leurs impressions subjectives , comme eux seuls pouvaient le faire. Il en est tout autrement dans l'histoire de Zachée, par exemple.
Telle est la poitéc des résultats auxquels on ar-
rive» en partant des aveux échappés au D' Strauss lui-même, c'est-à-dire en supposant que FÉvangile de Luc a réellement pour auteur l'homme auquel l'antiquité l'attribue. Pour défendre de même l'authenticité des autres Évangiles , nous devons aussi rechercher les résultats auxquels leur examen peut conduire. L'Évangile de Matthieu seul ne sera pas l'objet de nos études. En effet, les derniers traités qui le concernent nous obligeraient à donner à l'examen des raisons internes et externes pour ou contre son authenticité, une extension disproportionnée avec le but immédiat du présent ouvrage*. D'ailleurs le résultat des recherches sur Matthieu dépendra, ce semble , des recherches sur l'Évangile de Jean.
B. Preuve de la crédibilité de l'histoire évangélique , tirée de l'Évangile de Marc,
Si l'authenticité de Marc est pour nous sans importance relativement aux documents qu'il ajoute à ceux que Luc nous fournit, elle ne laisse pas cependant d'être d'un grand intérêt à cause de la personne de l'auteur ; car si cet évangile est authentique, nous avons un témoin de plus dans le cercle
* Kern, dans la Gazette de Tubingae pour les théobgiens, i83â, 2"« n», a entrepris la défense de cet évangile avec habileté , bien qii*avec certaines restrictions. Comp. avec Kern, Olshaoscn De antluntià Matthia, part. 1. 1835. parL 2. 1836.
de ceux qui ont été en commerce immédiat avec le Sauveur. Les Actes font mention d un Jean surnommé Marc, dont la mère possédait à Jérusalem une maison dans laquelle les Apôtres se réunissaient habitueUement (Act. 12 , 12.) . Ce même Jean accompagna l'apôtre Paul dans ses voyages à Antioche, à Chypre, en Pamphilie (Act. 12, 26, 13, A, 13.), et il revint plus tard à Chypre avec Barnabe (Act. 15, 89). D'un autre côté, Paul, dans ses Épîtres, fait mention d'un Marc comme d'un de ses compagnons. Voyez ses Ëpltres à Philémon (v. 24.) et aux Golossiens (4, 10.) écrites pendant sa première captivité, et la deuxième Épitre à Timothée (4,11.) écrite pendant la seconde. Pour reconnaître l'identité de ce Marc avec celui dont les Actes font mention , il suffit de remarquer que ce Jean (sumonmié Marc) parait aussi dans les Actes sous le seul nom de Marc (Act. 15, 89.), et que Paul, dans l'ÉpItre aux Colossiens (4> 10.), le désigne comme le neveu de Barnabe, circonstance qui cadre très bien avec l'histoire et qui vient à propos pour expliquer la prédilection que Barnabe témoigne pour ce jeune homme (Act. 15, 88, 89.). Pierre (I, 5, 18.) nous parle aussi d'un compagnon de ses travaux nommé Marc et qu'il appelle son disciple (o vtif imov. Comp. Matth. 12, 27.). Ce Marc est-il le compagnon de Paul ? Nous avons plus d'une raison de le penser. 1* Nous trouvons encore près de Pierre, dans le même endroit, un autre compagnon de Paul nommé
Sylvain ; 2^" la deuxièoie Éplire à Tlmodiéc (A. il.) nous présoiàie Marc dans rA8ie4Aiûeurc, éloigné de nouveau de Paul, et il est fort possible qu'il allât alors à Babylone , ou qa'û en revint ; 3" Pierre ayani ses entrées libres dans la maison de la mère de Marc (Act. 12«), il est très vraisemblable qu'il aura été l'instrument de sa conversion ; à"" les plus an* ciens Pères de l'Église placent Marc dans les rapports les plus intimes avec Pierre, Le classement d'un homme pareil psffmi les garants du caractère historique de tabotre récit évangélique» ne peut être une circonstance indifférente pour nous. Les efforts de quelques-uns de nos adversaires nous prouvent aussi qu'il ne leur a pas été indifférent de le r^i^ ooikirer sur leur chemin.
Le second Évangile a-t-il été réellement écrit par cet ami des fondateurs du Christianisme ? Nous sommes asses heureux pour .posséder sur ce point un témoignage qui remonte jusqu'à l'entourage inunédiat du<]lhrbt Le prêtre Jean , diiciple immédiat du Seigneur, nous parle en ces termes de TÉvan^e de Marc (Eusèbe, hist eccl.» 3. 39.) : c Marc « était interprète de Pîen'e, et écrivait avec soin ce « qui lui était resté dims la mémoire ; il ne mit c cependant pas dans leur ordre {w rit^) les pa- « rôles et les actions du Christ. Il n'avait pas , en ff effet» entendu le Christ lui-même, et il ne l'avait c pas accompagné ; mais il avait été plus tard à la « suite de Pierre, qui disposait ses enseignements
« suhrant les besoins de ses auditeurs , sans avoir c positivement le dessein de faire un recueil (précis) c des paroles du Sei^eur. On ne peut donc pas « dire que Harc ait failH en écrirant ainsi certaines « choses , comme Pierre les avait racontées. Il n'a- « vmt qu'un soin» c'était de ne rien omettre de ce c qu'il avait entendu et de ne rien défigurer dans t le récit. » Voilà un témoignage précis et que Ton ne doit pas regarder comme de peu de valeur. Credner TappeUe c le phis ancien témoignage que « nous ayons sur l'auteur d'un évangHe. • (Intr,
Voyons maintenant ce que notre critique trouve à dire contre ce témoignage: « Papias, dit-il» met c dans la bouche du prêtre Jean les renseignements f suivants sur le second Évangile : il a été écrit par
• Marc» qui servait d'interprète à Pierre et qui ré- « digea cet évangile de mémoire, d'après les prédi- « cations de son maître. D'autres (Clém. d*Alex. « dans Eus. 2. 15.) veulent que Pierre ait parcou- « ru cet écrit et l'ait approuvé. Mais , d'une part ,
• cette dernière assertion se réfute par la propre
• contradiction de celui qui nous la présente (idem, f ibidem, vol. 6. C. 14): et de l'autre, le premier « document, qui fait travailler Marc d'après la préf dication de Pierre, et par conséquent d'après une « source qui lui est propre, ne peut en aucune fa- € çon s'appliquer à notre second Lvangile, qui est « visiblement une compilation de Matthieu et de
« Luc. (Griesbach Ta prouvé jusqu'à l'évidence dans « son livre intitulé Commentatio , quâ Marci ecange^ « Uum tottttn é Matlhœi et Luas commentariis decerp-c tum esse démons tnjUur,) En outre l'expression ov « ri^ii , que Papias emploie à propos de l'ouvrage c de Marc, ne peut s'appliquer en aucune façon à c l'ouvrage que nous possédons à présent. On voit c donc, de ce côté aussi, s'évanouir les apparences « qui pouvaient faire croire au premier abord que c Papias parlait de l'Évangile actuellement attribué « à Marc. >
Reprenons.— Un Marc, disciple de Pierre, a écrit un Évangile; on n'ose pas le nier ; mais, ajoute-t-on, l'Évangile que nous possédons sous ce nom n'est pas le même que celui-là. Maintenant, si nous pouvons démontrer que les dépositions du prêtre Jean ne sont pas en contradiction, comme on le croit, avec le caractère de notre Évangile, il faudra convenir que nous avons un témoignage de la crédibilité et de l'authenticité de cet Évangile capable de satisfaire l'homme le plus incrédule. Disons d'abord que, si Schleiermacher dans son examen du témoignage de Papias sur Matthieu a donné un sens trop étendu à ces mots hôyiot, kv^iakIl^ comme Strauss le reconnaît après Lucke, il a véritablement agi ici de la même manière à l'égard des mots ov Ti^«. En effet, d'après Schleiermacher, le mot rifyt *
* Dans son acception militaire primitive , il était opposé ï
ne peut signUier autre chose qu'un ordre chronologique, ou un classement symétrique des matières; or, puisque notre Évangéliste suit un iil chronologique et un plan déterminé, notre Evangile de Marc ne peut être désigné dans ce passage, non plus que notre Évangile de Matthieu dans l'autre; et ce té-^ moignage ne peut s'appliquer qu'à < un recueil de « traits isolés de la vie du Christ, de paroles et d'ac- « tions reproduites précisément comme elles se • trouvaient éparses dans les prédications de Pierre, « sans former une suite ou composer un tout, sans € classement par chapitres, et sans aucun ordre c basé sur la chronologie ou sur le rapport des « choses entr'elles. » — N'est-il pas bien déplorable de voir placer la discussion de choses aussi importantes que l'authenticité d'un évangile, sur la pointe d'une aiguille, sur la portée présumée du sens des mots oi riijn 1 On peut voir là-dedans une hypothèse ingénieuse; on peut admh*er l'adresse du prestidigitateur qui porte un poids pareil sur un point d'appui aussi faible ; seulement il ne faudrait pas soumettre toutes les données historiques à des conjectures de ce genre ! Ici , par exemple , le raisonnement n'est basé sur rien. Car les mots ov jk^u ne pourraient-ils donc exprimer que « l'absence « d'un ordre basé sur la chronologie ou sur le rapt port des choses entr'elles » ? Quand un biographe ne peint la vie de son héros qu'imparfaitement et par des mémoires {A'jro^vnii.ovtviut^i ) détachés et ran-
gés I«fi uns à côté des avAres , ne peut-on p^ dire qu'il ne n&os raecnte poîfit cette ?ie éams « un oir* dre rigcmreux »? La mot xMit^Sç àosia le proœmium de Luc doit» cemme nous l'ayond vu^ être prb dans un sens directement opposé. On a remarqué que TitÇfi est opposé à cm^jbi'itv et signifie par conséquent un rang serré ; un rang n'est41 donc pas interrompu U9ài^eiiii««i6r«i détachés nuinfiicnf ? Par bonheur» le vieil historien Papias noua a donné TexpUcation du sens dans lequel le prêtre Jean a evaployé les mots ovTtt^ffj. En effet, les paroles suivantes nous rendent la dM)se {deinement intelligible : wfw nfuif- Tf MiçKof, ïtnetf tvtiùL yçixptLÇ àç k^êfjLfnidùiVffv. Voilà donc ce que le prêtre Jean nous dit de rÉvangéliate ; il n'a écrit que certaines choses et non pas toui camplèéement. On voit ainsi que cette objection n'a aucune consistance et doit être écartée.
Nous ne chercherons pas à nier l'importance bien plus grande de l'autre difficulté présentée par Stran». Voici la question* Le témjoignage de la plus haute antiquité, dont nous venons déparier, et un grand nombre d'autres plus récents, nous disent que Marc a composé son récit évangéBque d'aptes les prédications de Pierre; et cependant, non-seulement son récit suit en général Matthieu et Luc, mais Griesbach, Paolus , Saunier et Theile ont dé* montré , après l'Anglais Owen , que l'Érangile de Marc, excepté quelques passages peu nombreux, n'est qu'un abrégé de Mattliieu et de Luc, et repro-
doit mot à mot, dans certains endroits» Fun ou l'autre de ces auteurs. Nous voulons, avant de commencer la discussion, présenter à nos lecteurs quelques remarques au sujet des recherches sur les rapports des trois synoptiques entr'eux.
Tous ceux qui se sont occupés de ces recherches reconnaîtront, ou devraient au moins reconnaître, combien il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'affirmer quoi que ce soit, d'une manière apodictique, dans cette question. On ne peut peser les assertions contradictoires émises et démontrées sur ce sujet, depuis que de nos jours l'attention delà critique a été portée de ce côté, sans considérer cette même critique comme un aérostat, que chaque coup de vent pousse où il lui plait. Tandis que Hug démontre avec son habileté accoutumée que chacun des synoptiques s'est servi des autres d'après l'ordre dans lequel ils sont placés devant nous, c'est-à-dire que Marc a écrit d'après Matthieu, et Luc d'après ses deux prédécesseurs , Herder et Storr se croient en état de prouver que Marc sert de base à Luc et à Matthieu. D'après Vogel, Luc est la source de Marc, et des deux réunis est sorti Matthieu. Busching pense que Matthieu s'est servi de Luc , et que Marc est formé des deux autres. Mais voici un nouveau météore qui parait dans l'atmosphère de la critique : l'Évangile primitif. Toutes les tentatives faites pour déduire un évangéliste d'un autre sont abandonnées comme surannées!... Le phénomène a bien des phases:
Le premier Eichom» Marsh, le second EichoitfH etc.. Il faut avouer, pour être juste, que c'est une des hypothèses les plus ingénieuses qui aient été créées par la critique du NouTeau-Testament; mais il lui a fallu aussi descendre au tombeau. Gieseler vint après Herder, et nous présenta , dans son remarquable traité, un cycle évangelùfue de la tradùicn orale. Cette opinion a encore pour elle rassenti** ment complet de beaucoup de gens, uniquement parce qu'il ny eaa pas de plus itOKv^/fe* Cependant on s*apercoit déjà qu'elle ne suiBt pas pour apla* nir la difficulté. On recommence à parier de Tem* ploi de sources plus anciennes , et le cycle est par* venu à son terme ; car nous voici repemus atec de fFette (Intr. 2. A. %. 88. 93.) aa point d*ou ta noHr velle critu/ue était partie , à l'influence rkiproi/m des évangélistes : Matthieu a eœereé une influence sur Luc, et Marc a eu Matthieu et Luc sous les yeux. Enfin le modeste Schott termine par cet aveu, qui ôte à la critique même un refuge dans l'avenir: Etsi Uben* ter largiamur ejusmodi conjecturant , cujus ope , f curcumque disceptari possint de his ilUsve sectiomfms eoem^ geliorum canonicorum paralleUs, prorsus defihiantur,
HAUD FACILk UNQUAM PRODITURAM BS9B.
Dans cet état de choses , un des critiques * qui essaient de démontrer que Marc a eu Matthieu et Luc sous les yeux et a formé son Évangile d'après
* TmiLB, dans le Journal de Finer H (TEngelhardt ; v. 6, p. 9.
enx» ose placer en tête de son essai les paroles suî- Tantes : t II ne faut pas rejeter de prime-abord le « présent essai dans la région des hypothèses. Il « ne s'agit pas ici de possibilités, mais bien de réa- « Utéss et on y a renoncé positivement à tout ce qui € n'es* que pure vraisemblance. » En face d'une pareille confiance» on ne peut excuser le critique que sur sa grande jeunesse. L'opinion qui fait de l'Évangile de Marc une simple mosaïque composée avec le premier et le troisième Évangile, a pour elle, nous le savons, un grand nombre de critiques, surtout depuis que Saunier est venu interpréter les leçons de Schleiermacher en sa faveur ; et , lorsque Strauss vient de prime -abord nous déclarer que Grîesbach a « prouvé cette opinion jusqu'à l'évidence t , cela n'a rien de bien surprenant. Néanmoins im examen plus approfondi conduirait un esprit pénétrant à reconnaître qu'on peut au contraire démontrer jusqu'à l'évidence la fausseté de cette hypothèse. Il faut remarquer d'abord qu'elle n'a pas même pu satisfaire complètement ceux qui s^étaient portés ses défenseurs. Car Schleiermacher est obligé d'avoir recours à une nouvelle hypothèse , et de supposer que l'Évangéliste n'a pas eu sous les yeux notre texte de Luc dans son entier (sur Luc, p. 158). Saunier (p. 158) pense que du moins il n'a pas eu sous les yeux le chapitre 9 de Luc , v. 51 et suiv. De Wette arrive au résultat suivant: « Sa manière « de. procéder aurait été trop arbitraire, s'il avait
« eu les deux autres Évangélistes sous les yeux en ff composant son Évangile; on doit donc penser « quU s'en est servi de mémoire. » Cet aveu suffit à lui seul pour juger cette hypothèse ; car , de nos jours combien faudrait-il qu'un homme eût lu de fois les Évangiles de Matthieu et de Luc pour composer une mosaïque telle que Ton nous représente l'Évangile de Marc ? Et quelles raisons Marc aurait-il eues d'apprendre par cœur ces deux Évangiles? Aussi, le D' Credner, qui a traité ce sujet le dernier» abandonne-t-il l'opinion de Griesbach.
Entrons plus profondément dans la question » et présentons ce qui rend cette hypothèse inadmissible , l"" Schleiermacher nous dit : « Quant à moi » « pour que je ne puisse comprendre l'hypothèse « d'Eichom, qui fait sortir nos trois premiers Ëvan- « giles d'un Évangile primitif, il suffit que cette hy- « pothèse m'oblige à me représenter nos bons « Évangélistes entourés de cinq ou six livres écrits « en diverses langues, et prenant tantôt dans l'un, « tantôt dans l'autre, la matière de leurs ouvrages. > N'y a-t-il pas aussi , dans le cas présent , quelque chose d'inintelligible, quoique sans aucun doute à un moindre degré ? Quoi ! un disciple des Apôtres jouissant d'une autorité égale à celle de Luc se serait attaché à l'ouvrage de son compagnon et à celui de Matthieu *, pour en faire une compilation et
* Cet usage , que Marc aurait fait de leurs écrits , sertirait du reste à prouver Tautorité apostolique de ces hommes.
cfer extraits si serviles , qu'on ne pût trouver dans tout son ouvrage que deux chapitres qui lui fussent propres; et il ne se serait permis d'ailleurs que d'ajouter çà et là quelques petits renseignements !... Voilà ce que l'on voudrait nous faire croire !
Écoutons à ce sujet Gieseler» dans son ouvrage sur l'origine des Évangiles (685) : t Combien le tra- « vail qu'on est obligé d'admettre dans ce cas , ne c diffère-t-il point de la manière de procéder qui « convient à une pareille époque { Ici l'Évangéliste c le plus récent assigne à des narrations entières « et à des sentences isolées une place toute diffé- € rente de celle qu'elles occupent dans l'ouvrage « de son prédécesseur; U fautdonc qu'il ait feuille-
• té cet ouvrage» tantôt à une place» tantôt à l'autre»
• pour y prendre ces passages l II commence par c copier mot à mot» puis il se fait un jeu de chan-
• ger l'ordre des mots et des pensées ; ensuite il « omet des pensées» et finit par changer les expres-
• sions et les synonymes» sans altérer (complètec ment) la pensée ! Or» au milieu de tant d'apprêts» c ces écrits portent si clairement l'empreinte de la € simplicité » et il y a une telle absence de prétenc tions» que leurs ennemis eux-mêmes sont forcés
• de le reconnaître. » Nous allons suivre quelques instants seulement l'opération attribuée à l'Évangéliste» pour nous faire une idée de la manière dont en le fait procéder.
Au chapitre 1 , v. 1-20 il suit Matthieu en Ta-
brégeant , non toutefois sans jeter un regard sur Luc, pour lui emprunter ces phrases : i^ç yiyfùL^rrâu if 'H0'«#9i— -xv0'«u Tor ifÂArrtt roif VTêS'nfÂATmp — rt fî o vîof fjL9v. Il abandonne ensuite Matthieu, lorsqu'il arrive au sermon sur la montagne exposé trop longuement pour son but dans cet Évangéliste ; puis il t'attache à Luc aus c. 1, 21-3, 6. Il passe cependant le discours tenu dans la synagogue de Nazareth, palace qu'il contient trop d'exemples tirés de TAn^ eien-Testament. Il omet de même la pêche de Pierre , qu'il a^ait déjà racontée , d'après Matthieu. Rencontrant alors chez Luc le sermon sur la montagne, il se retourne aux c. 3, 7-i, 20 vers Matdiieu, auquel toutefois il arait déjà précédemment emprunté des expressions isolées. Puis tronrant chez Matthieu un trop grand nombre de paraboles, il se contente, aux c. â, 21-5, &3, d'en prendre quel* ques-unes des plus courtes; et il revient ensuîto avec d'autant plus d'empressement i Luc, qu'il a sauté précédemm»ent dans Matthieu le récit du voyage à Gadara, etc. Il retourne ensuite irers Matthieu, pour raconter, au c. 6, 1-6., la visite à Nazareth; et il va aussitôt après rejoindre Luc de nouveau, pour donner, au c. 6, 7-13, la mission des Apôtres, et, au c. 6, 14-29, le jugement à la cour d'Hérode. S'associant en même temps & Matthi^i ^ il rapporte ici la décollation de Jean, et parle ensuite , c. 6, 30 et suiv., du retour des Apôtres» d'après Luc
Et Ton veut trouver naturel qu*un écrivain anti* que, un homme qui était, aussi bien que Luc, disciple des Apôtres, flotte ainsi sans plan entre les ouvrages de ses deux prédécesseurs et aille empruntei: une phrase tantôt à Tun, tantôt à Tautre ! Eh bien, soit! Mais comment expliquera-t-on maintenant cette différence d'expression qui se fait sentir dans tout l'Évangile, et qui semblerait ainsi calculée pour jouer au fin avec le lecteur en évitant de suivre pendant deux lignes de suite un des deux Évangélistes? Donnons ici un des chapitres où la confort mité avec Luc est le plus visible, et nous ferons ensuite ressortir les différences de Marc.
Comparez Marc 1, 21-28. avec Luc A, 31-37.
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fî'^ÛLV AVTOy 70 StUfJiLviOV
gU fteVoK i^iK'igv M Avrov lAtii'iv ^T^L^tif
'SG.KêùiyivgTo^âfjLfioç icrî 'jrhrAç, kûÙ ^vpgka.' Ko Vf ^for àKkikovç Kiyotrgs' TiV 0 hiyç ovroç,
OTI iv H^OVff-iA KAi fvvÂ* fJLgl gTITATg-gt roTf kxM" ^kfTOtÇ 'JTVgifJM^t KtÙ
. 37. K«tî i^g-Topgvgro hxoc Tgç) ùLVTov giç TÂrrA T^ 'jrov rSiç Tjf /^flif ow.
Quel est récrîvain qui» en extrayant un passage d*un autre auteur, s^aviserait de mettre gla-TofgvovrAt où celui-ci aurait mis KArikigVj ^^TAfi^AP à la place de 'fï'^Av^ et s&AfjLfinho'Ap au lieu d*éyivgTo ÙA/x^f. etc.?... Un plagiaire maladroit qui veut cacher son larcin , un dandy qui change la coupe de son habit» parce qu'un autre en porte un pareil, à la bonne heure 1
Mab ce qu'il y a de certain , c'est qu'une semblable idée ne viendrait jamais à un homme honnête et raisonnable.
En présence de cette différence persistante dans l'expression, à laquelle viennent se joindre les idiotismes faciles à reconnaître chez cet évangéliste, comme le mot eiHaç qu'il met partout , sa prédilection pour les diminutifs coname ^ûui'iov, èvykTf top, Kofka-tov, KvriftA, ixivhetj et pour le présent dans la narration, etc., de Wette a été forcé d'avouer qu'il est impossible que Marc ait eu sous les yeux les écrits de ses deux prédécesseurs supposés. Ce que nous venons de dire est bien suffisant pour la démonstration que nous voulons donner ici , et il est superflu d'appuyer encore sur d'autres points tels que les suivants : l'insuffisance des raisons alléguées pour expliquer la manière brusque dont Marc passe d'un évangéliste à l'autre et les omissions qu'il fait souvent dans leurs récits; l'accord de Luc avec Matthieu , accord qui est parfois aussi frappant que celui de Marc avec Matthieu et Luc , et devrait ainsi placer Luc , à l'égard de Matthieu , dans un rapport semblable à celui de Marc avec ses deux prédécesseurs.
Nous voulons cependant montrer encore ici que l'opinion de Strauss* prive de toute vraisemblance
* Suivant cette opinion, Marc aurait, pour les récits miraculeux, on système (f enchérissement sur Luc et sur Matthieu.
la supposition qui place 30us les yeux de Uarc les écrits des deux autres synoptiques. Strauss » en effet, attribue dans ce cas à TÉvangélUte un système d'exagération étrange, apanage habituel, suivant lui, de la tradition populaire, qui enlumine inyolontai* rement tous ses tableaux. Ainsi, notre Éyangéliste aurait trouvé chez Luc, dans Thistoire de la femme sujette à un flux de sang, que cette femme avait inutilement dépensé son bien à se faire traiter par les médecins (Luc» 8, &3.), et il aurait ajouté, pour m-chérir (c. 5, 26.): « Mais elle n*en allait que plus mal »! Il a dû lire chez Luc que Jésus avait deman* dé qui l'avait touché ^uc, 8. &5.), et il aurait ajou^ té au V. 82 : t Et Jésus^regardait autour de lui qui t l'avait touché »! 11 a pareillement* la dans l'his* toire du Paralytique (Luc. 5 , 10), qu'on avait ap^ porté ce makde devattt Jésus en le descendant « par les ouvertures du toit; » et, pour embellir la chose, il aurait dit qu'on avait enlevé les tuiles pour faire une ouverture au toit (Marc, 2. 3) ! Puis» comme l'ouverture n'eût pas été assez cansidéraUe g'il n'y avait eu que deux personnes pour porter le paraly** tique, Marc aurait ajouté qu'il était porté par quatre honmoies! Matthieu, 8, 29, nous rapporte que les dé* mcmiaques avaient cherché par leurs cris à éloigner Jésus; Luc fait tomber à terre à l'approche de Jésus celui dont il nous parle, et Marc vient ensuite enchérir en ajoutant « qu'il l'avait déjà vu de loin ! » Marc lit dans Luc que le démoniaque se tenait dans les
tombeaux; aussitôt il ajoute: • nuit et jour, et il c se frappait avec des pierres » • Les autres ËyaDgé' Kstes ne parlent que d'un troupeau de pourceaux ; Mare nous dit qu'il y en avait deux miUe !
Nous ne nions pas que la tradition populaire ne puisse ajouter involontairement de semblables enluminmres ; et si l'on accordait que les récits évangélîques portent un caractère non historique, on ne pourrait pas protester contre une exagération légendaire dans les récits de Marc. Mais prétendre qu'un écrivain , en faisant un extrait du texte d'un autre , s'est avisé d'y ajouter phrase par phrase de petits enchéfissements de ce genre *, c'est une supposition si étrange , que les ètrangetès attribuées à Marc ne sont rien auprès de ceUe-là. Mais cette opinion ne devient-elle pas évidemment insoutenable, quand il s'agit d'un écrivain qui a eu des relations avec les premiers témoins de la vie du Christ, et quand nous nous rappelons les aveux de notre critique sur la t noble simplicité » de nos Évangiles ?
Nous venons donc de voir encore une fois ce qu'il faut penser sur ce que le D' Strauss regarde comme dènwntri jasqu^à l'évidence.
Jetons un dernier coup-d'œil sur l'assertion du prêtre Jean. Nous n'exigeons d'aucun critique une foi aveugle aux rapports des Pères de l'Église ou des
* Les Évangiles apocryphes sont là pour noas montrer qu'on eût pu trouver des exagCrations bien autrement Tortcs.
témoins encore plus anciens du Cbrbtianisme. Nous trouvons bon que la critique recherche dans leurs récits la part de l'histoire et celle des conjectures particulières ; mais on ne peut méconnaître que la déplorable coutume de traiter ces témoignages avec une légèreté inexcusable, ne prenne de nos jours une force nouvelle » et cela uniquement pour la commodité des faiseurs d'hypothèses. Nous demandons seulement pour ces anciens témoignages , le même degré de respect que Lachmann a accordé aux plus anciens manuscrits dans sa critique du Nouveau-Testament. Il a pris pour point de départ un texte tel que ces manuscrits le donnent , sans en ôter les corrections dogmatiques et les fautes d'écriture probables ; on obtient ainsi une base sur laquelle la critique peut asseoir ses conjectures. Plusieurs de nos critiques nouveaux au contraire , prennent dans leurs conjectures le texte de leur critique historique , et recherchent ensuite ce que les manuscrits contiennent. Maintenant, si l'on examine le témoignage en question pour voir s'il porte le caractère de la crédibilité, il faut commencer par convenir que le prêtre Jean était en position de savoir quelque chose sur le compte de Marc. Il avait été disciple du Seigneur et avait par conséquent vécu précédenmient en Palestine ; à l'époque dont il s'agit , il vivait en Asie-Mineure ; dans ces deux pays il avait connu les Apôtres et en particulier Pierre. De plus, comme Marc avait été plusieurs
fois dans l'Asie-Mineure , il pouvait aussi Tavoir €onnu d'une manière très précise. Son témoignage» ou celui de Papias» contient ensuite une circonstance d'un grand poids en faveur de sa crédibilité. Les Pères de l'Église , pour donner aux documents évangéliques un plus haut degré de crédibilité , cherchaient , autant que possible , à établir qu'ils remontaient jusqu'aux Apôtres et jusqu'au Seigneur lui-même. Ainsi Origènes et d'autres ont classé Luc parmi les soixante-dix disciples ; d'autres ont voulu trouver dans Marc (14, 51) la preuve que cet Évangéliste avait été à la suite de Jésus. Notre témoignage au contraire exclut formellement la supposition que Marc ait appartenu à l'entourage immédiat du Seigneur. L'auteur de ce témoignage ne parait donc pas avoir suivi ses propres conjectures ; des écrivains postérieurs soutiennent, même contradictoirement avec lui , que Marc avait connu personnellement le Sauveur. La mère de l'Évangéliste s'étant établie à Jérusalem et unie aux Apôtres aussitôt après l'Ascension , il eût été très facile de rendre plausible la connaissance personnelle de Marc avec le Christ.
Nous avons encore à défendre un autre point de la tradition ecclésiastique au sujet de Marc. Ce point n'est pas compris à la vérité dans le témoignage dont nous nous occupons; mais il peut aussi servir à prouver que nous devons peser avec soin les traditions qui se présentent à nous avec des garanties
extérieures solides , avant de leur substituer nos propres hypothèses. D'après Clément d'Alexandrie les anciens docteurs » «i kntutAw ^frjMrffei. rapport taient que Marc écrivit son Évangile pour les Ro«^ mains (Eus. v. 0, c. lA). L'Évangile contient quel* ques indications qui viennent confirmer cette tradition d'une manière frappante. On y trouve quelques mots latins qui ne se voient point dans les autres, >.s>Tt/fiW, ffTiKovfJLraç et le prix de la monnaie, du Afcrrtf', y est évalué d'après le i/uadrwu romain (12, â2). Quoique la langue des Grecs eût adopté moins de mots étrangers que celles des autres peu* ples^ on comprend cependant que les termes militaires des Romains et les noms des monnaies ont dû s'introduire surtout dans les contrées que les troupes romaines occupaient ; de sorte que l'usage des mots que nous avons cité ne peut être r^ardé comme une preuve certaine. Il faut cependant ob^ server que Matthieu, Luc, iosèphe, Plutarque et autres n'emploient nulle pcot le mot jtfrrufi^, mais bien iKArhrtLfx^^ç ou iM,7ùrrkfxnf; et quand Plutar* que se sert de mots tels que ^^t nat/A^ro^ , Mlfirrnt , il trouve nécessaire d'y ajouter une explication ; chez Marc^ au contraire, ce dernier mot est employé luimême comme explication.
Celui qui croirait devoir attribuer à une source écrite l'accord des Évangélistes entr'eux, de%Tait suivre le chemin déjà frayé par la sagacité de Hug • examiner si Marc ne s'est point servi de Matthieu,
«Vfli le texte de Marc n'était point au nombre des documents particuliers employés par Luc. On pourrait dire aussi que les trois ËTangélistes ont puisé à une source commune de petits écrits particuliers» circonstance plus^ue suffisante pour expliquer leur concordance. Enfin » il serait encore bien plus facile d'arriver au but, en s' appropriant l'hypothèse de Giescler sur la tradition orale des Ëvangiles; car on trouverait alors un appui dans le témoignage historique du prêtre Jean (Voy. Gieseler, p. 128). Il est vraisemblable que Pierre aura eu la coutume de présenter une courte esquisse de la vie du Seigneur, partant de l'époque à laquelle les Apôtres pensaient que leur témoignage commençait à être compétent, comme il le dit lui-même (Act. 1, 22). D'ailleurs les peintures de détails que nous trouvons chez Marc, les renseignements particuliers qu'il nous donne sur Pierre (c. 1 , S6, s., S7, 18, 8, 16, 7,) ne nous prouvent-ils pas que le récit de cet Évangé- Uste ^mane d'un témoin oculaire ?
Nous voulons revenir encore une fois ici à l'accusation si grave que le D' Strauss a intentée contre l'auteur du second Évangile , précisément au sujet des détails dont nous venons de parler. Les critiques allemands n'ont du moins jamais contesté à nos Évangiles le mérite de parler au cceur avec une majesté simple, qui a même paru les toucher. Mais la vue plus pénétrante de notre critique a décom'ert, au milieu de la simplicité de Marc, une
ornementation déplacée. D'après lui toutes les additions qui sont propres à cet Évangile , ne sont que des ornements dus à l'imagination hyperbolique de son auteur. Nous avons montré combien cette thèse devient ridicule, lorsque celui qui la soutient admet en même temps que cet Évangile est une compilation de Matthieu et de Luc. Eclairons encore la question sous un autre rapport , et pour cela examinons la critique des deux récits miraculeux particuliers à rÉvangile de Marc (Marc 7, 32 et suiv. 8, 22 et suiv.). Notre auteur nous a répété assez souvent que la tradition populaire amoncelait les miracles comme Tavalanche amoncelé la neige. Or» dans le récit de Marc , le merveilleux est atténué par une gradation dans la guérison. Le critique nous a dit plus d'une fois que la tradition populaire aimait les contrastes subits , comme ceux que nous offrent ailleurs la lèpre qui disparaît en un clin-d'œil, ou l'homme paralytique depuis trente ans qui s'en va à l'instant même emportant son lit. Ici la cécité est remplacée peu à peu par la vue. Il nous a dit souvent que les miracles légendaires étaient invisibles et insaisissables. Dans le récit en question * nous avons des détails satisfaisants à cet égard. Le caractère historique des récits miraculeux se trouve donc ainsi chez Marc , plus que partout ailleurs , justifié par luimême. On ne peut donc voir sans étonnement le critique baser ici ses attaques sur Vexistence d'une
circonstance dont l'omission sert ailleurs de point de départ à ses accusations. C'est , en vérité , un précieux talent de savoir s'arranger de tout ! Le critique raisonne ainsi : Le désir de faire de l'effet par des peintures exagérées et frappantes, a été comprâné ici évidemment» chez l'Evangéliste , par un intérêt plus puissant » cdui de donner plus de crédibilité à son récit, en le rendant plus facile à imaginer. « Il est di£Bctle de se figurer tout ce qui est soudain. » Nous Favouoits , dans la formation des légendes» il peut se maiiifester quelquefois une tendance à %SLcn6er VEffet , pour obtenir plus de crédtt>iUté en faisant procéder les choses av^c une gradation qui les reode plus saisissables à l'imagination» tandis qu'ailleurs on cherchera à augmenter l'Effet par des circonstances soadmnes et frappantes » ûWk dépens de la crédibilité* Hais supposer , comme notre auteur le fait ici, qu'un seul et même écritxiin va , suivant son caprice , tantôt soumettre à la loupe tt exagérer d'une manière grotesque, ianlôt regarder mec un verre diminuant et peindre en raceourci les faits merveilleux que la tradition lui a livrés, c'est procéder contrairement à toute notion psychologique. Cette conduite est d'autant plus étonnante de la part de Strauss, que, d'après sa manière de voir , on ne trouve partout ailleurs chez Mate ijaun ^michant à l' exagération. Par exemple, quelles prouves exti^aordinaires de la force d'imagmation de l'Evangéliste ne trouve-t-il pas dans Thistoire du sourd-muet!
(Marc 7 , â2 37.) U ne nous montre, en cet endroit • rien moins que six exagérations au moyen desquelles Marc fait passer cette histoire du positif au superlatif : 1^ Jésus conduit le soujxl-muet loin du peuple. 2"* U m^t les doigts dans les oreilles de cet hanune , et de l^i salive sur sa langue ^ ce qui rend la chose mystérieuse; 3^ Jésus lève les yeux au ciel et jette un soupir, tandis qu'il n'y a aucune raison qui motive cette aspiration^ à"" Jémia pro* nonce le mot étranger Ephpheta , parole qvi*a ici quelque chose de mystérieux , ( seimblable do reste aux mots Tahitk tuS^t qu'on trouva Marc, c. 6, Al.) ô« Jésus, pour augmenter l'effst^ défend au sourdmuet de dire à personne ce qui vient de se passer. ^"^ Les assistants ne s'étonnent pas simplement , mais , ijrs^Têptff-^àiçj c'est-à-dire , au-delà de toute mesure ! On conviendra cependant que > pour que toutes ces cii^onstances puissent servir à prouver la force particulière de l'imagination de cet évangé^ liste, il faut qu'elles soient propres à ses récits. Par malheur , nous les retrouvons tovtfes dans d'autres histoires, chez les autres évangélistes. 1^ Dans la guérison de la jGlle de Jaire, tout le peuple est écarté , et les disciples eux-mêmes , excepté trois. (Luc 8 ; 31.). 2* Jésus met de la terre et de la sahve sur les yeux de Taveugle-né et l'envoie même à la piscine de Siloah (Jean, 0.). 3"* Jésus regarde au ciel et fait une prière dans la résurrection de Lazare (Jean , 11 , Al), iir* Les mots de Jésus sont
auMÎ rapportés dans Matlbieu (27, 46.); 5° léaus défend de répandre le brutt.dw miracle/ sekm ce même évatigéliàte (9, SO.). 6** Nous voyéns les mîlracles produire un étonliement encore plus graad* d'après Matthieu (9 33. )• Si les détails de ce genre étaient ajoutés folontairement par FÉvang^iflte t ou iiivolontaireotnent par la tradition , on y reconnaîtrai!; souvent un but déterminé , celui de lexa^rfttion. Au lieu de q^, nous ne trouvons en général dans la narration de Marc qu'une plus grande précàion.Ainsî^ lào<!&Mat|hieu (9* 18) se sert du mot indéterminé Àpx^ Marc nous donne le nom de l'individu en question » Jaiipe , et désigne sa dignité avec plus de précision , $Tf rA> ifxi^wàuy^ypiv. Lorsqise Mathieu (15 , 22) parle d'unô yvvi x**'^* fâûa., Marc (7, 26) dit: yvmXKhnfh %vptf(^otv(mo'9'A râ* yivit. Dans beaucoup de cas même, les additions de Marc diminuent l'effet plutôt que derexagérer. Ainsi, Matthieu (27,16) appelle Barrabas <r^(r/xiof fnVw/tAo^; et Marc dit seulement qu'il avait commis un meurtre dans une sédition. Marc nous donne souvent les noms de personnages que les autres ne connaissent point; et cette circonstance, dans l'opinion du critique, est aussi propjte à appeler le soupçon sUr lui qu'à le rendre digne de foi; Car , dit-il , Iqs apocryphes produisent les noms de beaucoup de personnages évangéliques que les Êvangélistcs euxmêmes ne nomment point ; tel est, par exemple, le nom de l'épouse de Pilate, qui s'apj:»clle Procula,
on Claudia Procula , dans l'Evangile de Nkrodèine et dans les autres sources apocryphes » ain» que dans les Ethiopiens , suivant Ludolf » ( Lex^ iEthiop. 6^ 3A1.). Mais tout critique raisonnable ne doit-il pas reconnaître que , lorsque des noms de ce genre sont produits à une époque rapprochée des événements, on doit les regarder, de prime abord, conmie historiques, surtout quand on n'aperçoit aucune intention dans la mention de ces noms?
Melanchton , dans son histoire de la vie de Lu^ ther , ne nous donne pas le nom de Tami dont la mort subite fit une si profonde impression sur l'esprit du réformateur : cette omission seule doit-elle nous faire douter de la vérité du récit de Bavarus ^ autre ami de Luther, qui nous apprend que ce jeune homme se nonmiait Alexis ?
G* CNdihUUé de VHUtoire évangilique prouvée parVÉpangiU de Jean-
Si l'on excepte la polémique de la petite secte des Aloges , vers l'an 200 , polémique qui ne prenait sa source que dans des préjugés dogmatiques, on ne voit, dans le cours des siècles , en dedans comme en dehors de l'Église chrétienne , aucun doute s'élever contre le fait de la rédaction de cet Evangile par l'apôtre dont il porle le nom. En 479*
seulement, Efansoo» déiste anglais» vint attaquer son avthentictté, par dea raisons dogmatiques bien plus faibles encore que. celles des Aloges. Ce doute s'éveilla aussi, en Allemagne à cette même époque de négation , mais Bretschneider (dans ses Proba" bilia qui parurent en 1820) est le premier qui puisse rédamer la gloire d'avoir engagé la lutte avec des armes un peu vigoureuses. C^endant le résultat de cette dernière attaque, fut d'enraciner plus pro* fondement, dans la conscience de tous les théologiens allemands , la conviction de l'authenticité de l'Evangile de Jean , lorsqu'on vit le D' Bretschneider quitter le combat en s'avouant vaincu * ; et depuis cette époque le doute ne fut plus reprodmt nulle part , excepté peut^tre dans l'Introduction du D' de Wette **. Il Cediait du courage pour renouveler le combat; car, dans la bitte précédente, on s'était servi de tant d'armes, et d'une tactique si habile , que c'était une question de savoir s'il en restait encore pour une nouvelle attaque. Il ne s'agissait pas seulement de s'élever contre la convie-
* Voyez dans les Annaleff de Philosophie chrétienne , sur celte polémique » les Articles sur le D' Strauss et ses idrersaires nataralistes et spéculatifs. {Ann., 3* Sér., i845.)
{ N. de CÈdiiûur,) *• Bruno Bauer a repris depuis l'idée du D' Bretschneider. Voyez l'intéressant travail de M. le comte d*norrer sur cet écrivain {Vniv. eaihoL, t. xx, ocl. i84r>0
{/V. de ePAke^r,)
tioii hifitoriqtic de tous les savtiHs tkéologisns du temps , il fallait encore veair profaner «vec împiidenœ le sanctoaire du sentiaittQt religieux. En effet, si le quatrîèine Evangile n'étsit pas l'ouvrage de l'apètre, cet Évangile, demi Herder disait « ia imUm (Cun <mg€ l'a écrit » , n'était plas que l'œuvre d'un imposiiar. Les discours et les actions du Cfamt , dont cet Evangile seul noos parie, n'étaient plus qu'un recueil de fiables. Le D' Strauss a eu ce triste courage.
Nous avons déjà vu notre critique regard»* en pitié les arguments historiques , et les laisser derlière lui comme des bastions en ruines , indignes d'une attaque sérieuse, peur se lancer hardiment dans le vaste champ des preuves internes : il suit ici la môme marche et consacre dix lignes à l'atta* que des preuves exiemes» Une bataille si vite gagnée ne pouvait manquer d'être bientôt regardée comme une bataille perdue.
Nous avons appris à oonnattre les exigences auxquelles il soumet une preuve e:irteme pour lui reconnaître l'évidence. C'est de ce point de vue qu'il part pour avancer ce qui suit contre l'authenticité de notre Evangile (part. 1", pag. 63) : « Nous n'a- « vons pas, en faveur de l'Evangile de Matthieu et de « celui de Jean, de témoignages tels que celui d'un « homme ayant connu ces apôtres, et qui viendrait « nous apprendre qu'ils ont écrit des Evangiles . <i ceux-là mêmes que nous avons entre les mains
« et qui 'portent leurs ^Ofins* Polycarpe, qai doit « aFoir.ftoiiria Jeam , ive bous dit rien de ll&ranc gUe, dan» les fragments, qui n«u&reëte«it de ses « ouvrages : Irénée, son dis€i|>le » n^Toque pas* lé « témoignage de son maître en fa^em* de Tainhén- € tîcîté de cet Evangîie. Les Pères qui ont recqeilii « anrec le phis grand soin tous les anciens témoi-. «gnages en faveur de nos Evangiles» n'ont rieti < trouvé non plus en fovieur de l'Birangile de Jean « dans les écrits de Papias lnî~mème , qoi nous est «cependant désigné comme audkear de Jean, » C'est là tout ce que nôtre critique oppose à cette masse de témoignages historiques que Bretschneider a combattus avec une. adresse d%ne d une meilleure cause. Mais ce qu'il y a ici de phis re-^ marquable, c'est que, dans sa précipitation à fuir le terrain de l'histoire, Strauss ne s'est pas aperçu qu'il se trouvait placé dans une de ces rares circons-, tances où il pouvait obtenir, sur l'authenticité de l'auteur , des témoignages externes tels qu'il les ^vaît lui-môme demandés. Il est wai qœ parum desiderata effagiunt. Nous n'avons pas l'intention de produire encore ici toute la suite des témoignages en faveur de l'authenticité du FV* Evangile : nous vouton.s seulement présenter les principaux documents, et ne nous arrêter un peu plus longtemps que sur les anciens témoignages. Gela est d*autant plus néccs* saire , que les deux ouvrages les plus célèbres qui aient clé opposés aux Probabilia de Bretschncider ,
celui de Croflue et celui de Hemien, en suif ant trop ûdèlemem Tordre de Touvrage qu'il réfiuuâent, n*ont pas :|raité leur sujet avec assez de soin , dans un ordre parfait, ni a?ec assez de concision *.
V^^ Tan S2i » époque à laquelle le savant évèque de Césarée écrivait son Histoire éeclésîas'* tique » il n'y avait aucune église dans la chrétienté qui n'eût reconnu l'aulhenticité de l'Evangile de Jean. Ce profond érudit» qui avait à ses ordres les bibliothèques, chrétiennes Iqs plus ridbes {celle de Pamphile» à Cesarée, et celle de l'Ëvôque Alexandre, à Jérusalem ) et qui avait lu presque tous les monuments de l'antiquité chrétienne» n'avait pas con* naissance que quekjuepartdans le sein de l'église or^ thodoxe, la moindre ccuotestation se fût jamais
* L'Evangile de Saiot4can a trouvé en AUemagae de nombreux défenseurs. On peut juger de la prodigieuse aclivilé de la litléralure théologique de ce pays par la simple indication des écrivains qui ont discuté cotte question , soit en allemand, soit en latin. Ceux de nos lecteurs qui voudraient Tapprofondir seront bien «ises d'avoir quelques renseignements sur les sources. m AiuBMàsm,
Scblekcr , SOsskind , C. Schmidt , Wegscbeider, Eîchhom , l^crtholdt , GôUinger, Beiigel, Rôbr, WagniU, Sartorius, Geisse, Winer, Olshausen, Uemsen, Crome, Goldbom, Ileydenreicb, llug, Guericke, Fischer, Lùcke.