‹ Essai sur la crédibilité de l'histoire évangéliqueChapitre 12 sur 26 · EN LATIN · texte numérisé non relu

EN LATIN

Glaser, Van Grietbuysen , Kaiser, Stein , Caimberg, Usteri , Weber, Rettberg, Borger, MaUor, Reinecke, KninocL

(N. de L'Éditemr.)

élerée aa sujet de i'aathenticité de cet Evangile. Il dit (chapitre 2i, 1. lit) que cet Evangile « était coBDu de toutes les églises qui sont sous le ciel. ■ S'il s'était tievé une contestation à ce sujet, il n'est pas permis de douter qu'il ne l'eût mentionnée, lorsqu'on le foit exposer les difficultés contre les anttiogtes * avec une impartialité qui prouve que la voie de la recherche critique n'était pas la seule par laquelle il fût parvenu à la certitude de la foi.

La plupart de ces écrits de l'antiquité chrétienne , que le savant Evèque de Gésarée avait sons les yeux , ne sont point, il est vrai» parvenus juS' qu'à nous , et il nous serait impossible de le suivre pas à pas dans ses recherches. Il nous reste cependant encore assez do firagments des écrits perdus ou au moins assez de renseigneroc^its qui les concernent, pour que nous puissions asseoir un jugement indépendant. Lorsque nous examinons les témoignages sur l'auteur du IV** Evangile, il serait injuste de perdre de vue que nous ne pouvons demander des assurances positives de son authonticilé , quand aucun doute n'avait encore rendu la question contestable. Par conséquent la preuve ne peut être tirée que de citations de l'Evangile. Ces citati<His remplacent complètement des assurances déterminées, puisqu'on ne tirait jamais ime

* On appelle ainsi les contradicttmis apparentes de l'Evangile.

(N. lU i'Édiieur.)

preuve dogmatique d'un passage de quelqu'écrïi sans regarder $ofi auteur oovame «m homine apostolique. Il ne fout pas oen plus s -athsndre à trouver , à côté de ces citatîoas, riiutioatûm du livre et du chapitre ; la mamète dont Vanclen tesUsoeiit est cit^ dans le nouveau (voyais H^wt. i, 7, S, 10, 2» €ï, j , nous mesure qu'on présupposait une connaissance eofidplôte de ces écrîts^ sacrés „ et qu'on se contentait d'indiquer en général d'où étaient empruntées les citations ^2 Tim. S » 16) ou même qu'on les encadrait dans le discours» sans aucune espèoed'indicatioQ» Irénée, évéque de Lymi» dès l'an 177, avait passé sa jeunesse dans VAsie^Mineure, au milieu de l'ancien cercle d'action de l'apôtre , et avait connu un grand nombre de disciples des apôtres » aux témoignages desquels il a coutume d'en référer. Il avait même vu Polycerpe, qu'il se rappe^ lait avoir entendu avec la plus grande éiBotion, dans sa première jeunesse , raconter leshistoiresdesapô*tres. Or , le témoignage de cet évêque nous ap- {H:end que Jean est mort dans l'âge le plus avancé, sous le règne de Trajan , qui monta sur le trône en 98 et régna jusqu'en 117. On convient unanimement que, durant la vie de Tapôtre , il eût été im- ^ssiUe de répandre dans les églises chrétiennes un Evangile qui lui fût faussement attribué; et il faut bien admettre qu'une semblable imposture ne pouvait devenir possible, qu'un temps considérable après sa mort. L'âge avancé auquel parvint TE-

vangéliste , les voyage d'inspection qu'il fit, diaprés Ënsèbe (liv. lil , G. 38 ), ot la grande extension du Christianîsme d«ns rAsie«-HineuiHî * , ne nous permetSm^ pas de douter qu'il n'y eût dan» ce pays bien des chrétiens qxû avaient eu Toccasion de connaître l'homme qui ^tait alors le soutien de ta foi dans -ces contrées : son enseignement devait les avoir mis pfais ou moins en état de prononœr SOT l'authenticité d'une histoire de la vie de Jésus attribuée àleur maître. Or, dès Tan 130» — cii^uanfee ans après la mort de l'apôtiie , — nous trouvons cet Evangile reconnu comme son ouvrage , non-seule*ment danss son cercle <l'aetk>n primitif > non^enlemeat diez les chrétiens orthodoxes , mais chez les bérétiqfues, et même chez les païens. Parmi les chrétiens orthodoses, nous citerons Justin, grand Toyageui* qui avait été en Palestme , en Italie , en Asie-Hineure, qui avait séjourné à l^hèâe» et dicmt les ouvrages, écrits de 140 A 160» contiennent bien des passages de l'Evangile de Jean encadrés dans le discours. Parmi les hérétiques , nous menûonneroos Valentin , qui vint d'Egyj^e à Rome vers Taa 110 » et son disciple Héracléon qui écrivit un conuneinlajjre sur l'Evangile de Jean. On voit, d'après cela, que, dès cette époque, cet Svangtle

* Cette extension noos est oonnue par la letti^ de Ptinc de Bithynie qui ôcuvait à pea près h Fépoque de la mort de

devait être connu en Egypte aussi bien qu'en Italie. Mbntan, qui parut en nirygie vers Tan 110, nous prouve qu'il était aussi reconnu en Asie-Mineure. Il est pareillement incontestable que le philosophe païen Celse» qui avait voyagé en Palestine , en Syrie et en Asie-Mineure » et qui a écrit, vers Tan 140 , son ouvrage de controverse contre les dirétiens, a connu notre Evangile. Tout ce que nous venons d'avancer se démontre positivement Mais on peut aussi conclure négativement qall ne peut avoir existé aucun doute sur son authenticité ; car les Pères de l'Église auraient agi ici comme ailleurs, où nous les voyons toujours, lorsque des hérétiques s'appuient sur des écrits apocryphes, opposer à ceux-ci le peu de valeur de leur point d'appui. Or, les Gnostiques s'appuient principalement sur le préambule de l'Evangile de Jean , et les Montanites sur la promesse du Saint- Esprit ; • et cependant aucun de leurs adversaires orthodoxes n'attaque la base de leurs assertions.

Ces circonstances suffisent pour rendre invraisemblables au plus haut degré l'admission d'une fausse attribution de l 'Evangile à l'apôtre du Seigneur, sans cependant qu'elles soient encore de nature à démontrer son impossibilité totale ; mais en remontant à des temps encore plus rapprochés de Jean , nous décrouvrons qu'on peut donner, touchant 1 authenticité de l'Evangile, la garantie mémo que la

critique aceptiquo de Strauss a demandée. Car nouâ pouvons nommer des amis de Jean qui témoignent de la rédaction de notre Evangile par Tapôtre , aussi bien que de la crédibilité de son contenu } et nous sommes à même de démontrer que ces deux amis et disciples de Jean dont le D' Strauss nous a défié de produire les témoignages, viennent précisément déposer en faveur de kt rédaction du quatrième Evangile par Jean«

Il est certainement bien rare ^ dans la critique littéraire 9 de trouver joint à un ouvrage le témoi-^ gnage des amis de Tanteur en faveur de Tauthenti^ cité et de la crédibilité de ses écrits. L'Evangile de Jean nous oQre une de ces rares exceptions, dans les versets 2à et 25 du chapitre 21. On est frappé , dans ces deux versets, de l'emploi alternatif du singulier et du pluriel , oiJ^c^c^ et oif/uu, circonstance qui , envisagée au point de vue purement exégétique « laisse tout-à-fait incertain , si c'est une ou plusieurs personnes qui rendent le témoignage. Car il est aussi facile d'admettre que le pluriel a été employé la première fois rhétoriquement , qne de penser que celui qui a parlé dans le 2&' v. collectivement au nom des autres , vient ensuite dans le 28* parler en son propre nom. On pourrait même, toujours à ce point de vue, aller jusqu'à soupçonner que le verset 25 est d'une autre main et a été ajusté plus tard au v. 2A. Maintenant, comme en jetant un coup-d'œil sur les circonstan-

Googk

ces et les rapports particuliers , il est plus naturt^l de penser qu'un témoignage de ce genre émane de plusieurs honunefl que d'un seul, nous nous raogeons à l'opinion générale, qui rcigarde le pluriel comme désignant une pluralité de témoms. Mais qoeU sont donc ces témoins qui viennent nous dire que le disciple dont il a été question précé^ demment est celm-là méaie qui a éorit cet Evangile ; et, en second lieu, que cet Evangile contient la vérité, et qu'ils le savent ? Il est vrai qo'ils ne se sont pas nommés , et que cette ciroonstiuàce parait , au premier coup^'ceil» ôter xm grand poids à leur témoignage. Hais, en y regardant de pkis près, on voit qu'elle ne peut au contraire que lui donner plus d autorité. Car est-il possible d'admettre qoe si un copiste sans mission ou on faussaire des temps postérieurs avait voulu donner à la crédibi* lité de l'Evangile nne confirmation apocryphe , il fût venu ajouter oette confirmation sans y attacher son nom, et l'eàt privé par là de tout son poids? N'est-ce pas au contraire, en général, le signe d'un écm apocryphe^ lorsque la personnalité de l'écrivain s'y produit d'une mannère cboquante ? Ce témoignage ainsi rendu ne pouvait avoir d'importance que dans la seule présup|>osition que les premiers lecteurs do l'Evangile sauraient <le qui il venait. Or , il était impossible que ces témoins pussent compter être connus des lecteurs , s'ils n'étaient pas en position d'être réputés compétents

pour rendre an pareil témoignage , s'ils n'étaient pas des membres célèbros de Téglîse d'Ephèse. Aussi l'opinion générale regarde-t-elle ces témoins comme des prêtres d'Ephèse , ou au moins comme des amis de l'apétre qui auraient peut-être été aussi disciples du Seigneur ifiaénrui rov ^Mufiot/^ et qui ne s'appuyaient pas sur des raisons subjectires, mais bien sur des rusons objectives, pour confirmer la crédibilité de ses récits^ Papias nous apprend qu'après la mort de Jean il y avait dans l'Asie-Mineuredes disciples du Seigneur, tels qù'Aristion et le prêtre Jean. Un fragment latin du second siècle reproduit par Muratori, nous apprend que les compagnons du vieil apôtre , disciples du Seîgnetir comme loi , l'avaient engagé à écrire l'Evangile; et le D' Crcdner, dans son Introductiafi (pag. 237) est porté â croirç^qtle ce témoignage vient d'eux. Voici donc une preuve d'authenticité presque complètement dans la forme demandée par le scepticisme historique de notre critique.

Mais outre cela , Papias, qui avait entendu Jean lui-même , et Polycarpe, qui avait vécu avec lui et avec les autres prêtres et qui avait été sacré évêque de Smyrne par Jean lui-même , ces hommes des premiers temps, dont le critique nous a sommés de produire les témoignages , viennent aussi rempUr les conditions qu'il a posées. Nous ne pouvons pas , il est vrai , produire des citations de

notre ËTangile tirées des écrits de ces deux hommes; maïs quels sont donc les monuments écrits qui nous Sont restés d'eux ? la lettre ^ux Philippîens , de Poly carpe » dont trente-neuf chapitres très-courts ont été seuk conservés , et quelques fragments , en petit nombre » de Papias. Néanmoins ce fragment si court de Tépitre de Polycarpe nous offre une aliceton positive à un pasr sage de la première épitre de Jean (L Jean» A, 3.) : riÀr 7«tpy îo' A9 fJLii ifMkoy^ 'in^w Kfiffrof if cAfKi éxif^v- Béyju, ^ krTir)^€rkff k<rxr Jt<ti oc A9 fAfi ifjLoKoy^ t>> putprxfftcr Tcv (TTAvfov éx. S'tA^ihov kcTi. Eusèbc (1. 3, c. 39) nous assure aussi que Fouvrage de Papias contient des citations de la premièi^e épitre de Jean et de la première épitre de Pierre. Or, il est reconnu que cette première épitre ne peut âqipartenir à un autre auteur que celui de l'Evangile , et que UauLbenticité de ces deux ouvrages doit subsister ou tomber en même temps. Ce point une fois admb (et Bretschneider lui-même se déclare pour cette opinion), on ne peut reconnaître l'origine apostolique de la première épitre de Jean , sans reconnaître aussi celle de l'Evangile; et le quatrième Evangile se trouve confirmé par le témoignage de deux hommes qui ont e» des relations personnelles avec C apôtre.

Après avoir satisfait aux exigences exorbitantes de la nouvelle critique , il semble superflu de produire d'autres témoignages. Cependant nous en citerons encore un. Parmi les hommes qui ont connu

l'ApèCre » il en est trob «k>nt il noa&jreste des mo* oiMMiits écrks c ees monuments sont «me épttre de Bamaèé, une ApUre de Clément Bnmain , et plusieurs épltres d'Ignace» év^ue d'AntMche. Que nous ne troayioBS aucune citatioo de notre évangile dans les écrits d 'ailleurs si courts de ces hosunco» celane doit étOMker personiie» au moins pour ce qui regarde los deux premiei», puisqu'ils irivaieni^n de^ hors de TAiie^llîneure, et que Téyangile, ayant été écrit tard» pouvait n'être pas encore parvenu jusqu'à «ux *. Ignace était plus à portée de connaître l'œuvre de Jean; aussi nous trouvons cbet lui» à côté de ^elques passages dotrte«a » une allusion iiicoiites- ^able à on passage de notre évangile. J)aas celle de ses épAtres qui prédsàmont porte le cacbel le plus visible de l'orîgÎBaKté , dans TépHre aux Romains (c. 7), on trouve l'allusion suivante à Jean (6, 82» 4S, AS, M-68J) : Oiîx ^^f^^ '^Pfv f^P^f o^* if^tmîç toO

^'«« T*urov« A/>TOV ^tv êÙléf â/DTOV «Vf févMV^ «ySTOV i^Çf of tftri <f$ifS *Ii)aov XjOCffToO Toii U£OÛ toû GcoO iu t. X* Kai kô^m dfoû ÔÙm zh alyM avtoû ^ o corcv àyâwô SwfBeçprof xac àcwaof' ^(oij.

Il est possible que ces expressions ne soient pas des allusions à l'évangile écrit » mais des souvenirs de la prédication apostolique : leur importance n'en reste pas moins la même pour notre discussion , puisqu'elles prouvent > en tout cas , que les

* L'fei^ftre dfe Clémcnl a été écrite h pcn pr6« vers le temps

lie FA06ta^

phrases et les idées de ce genre, dont beaucoup de critiques veulent maintenant chercher la source dans le Gnosticisme alexandrin, étaient propres à l'enseignement de Jean.

Nous en resterons ià dans l'appréciation des témoignages externes en faveur de notre évangile, pour entrer dans le domaine où la critique de Strauss se sent à l'aise , comme sur son terrain. Nous n'avons point affaire ici , à une seule exception près> à des armes nouvelles ; ce sont les vieilles armes usées depuis le troisième siècle, qu'on vient nous opposer ; seulement , on a eu soin de les aiguiser et de leur donner un fil si fin, qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si elles s'ébrèchent dans l'occasion. Les Pères et les Docteurs de l'Église chrétienne n'étaient point assez dépourvus de logique, poar ne pas s'être aperçus d'une foule de contradictions apparentes , en comparant les trois premiers évangiles avec le quatrième. Cependant la secte des Aloges a vu seule, dans cette différence, une preuve concluante de la non-authenticité de l'évangile. La nouvelle critique a marché sur les traces de ces sectaires, et a commencé par s'appuyer sur les contradictions historiques. Si les talents littéraires des premiers Pères paraissent peu dbtingués, si ces Pères ont eu des affaires importantes qui les empêchaient de cultiver leur style, ils n'en ont pas moins reconnu, dans l'exposition du quatrième évangile , le vol de Taigle qui prend son essor dans les nues , pendant

que les autres restent sur la terre. Mais il a été réservé à la nouvelle critique allemande de puiser dans cette différence (titre les Evangiles, la seconde classe de ses arguments internes contre l'authen-* tîcité de TËvangile. Avant de parler de ces deux classes d'arguments , nous voulons examiner ce qni est complètement particulier à la nouvelle critique. Le D' Strauss croit avoir remarqué que , dans notre quatrième Evangile, Jacques, le frère de Jean, est mis sur Tarrière plan, et que Jean est placé en avant , plus que Pierre lui-môme. Cette circons* tance , jointe à Tépithète honorable et mystérieuse de « diseipU que le Seigneur aimait , qui acait reposé « sHr la poitrine du Seigneur , » indique clairement , selon lui, un auteur autre que TApôtre, un homme appartenant & « Técole de Jean , > qui avait à peine entendu parler du irère de Jean , mis à mort de très-bonne heure , et dont le but était de poser une auréole de gloire sur la tête du chef de son Eglise , et de le placer avant Pierre, l'apôtre des Juifs. Notre critique croit voir, dans cet Evangile, toutes les couronnes se réunir sur lo tète du vieil apôtre d'une manière très frappante, très significative ; et cet honmie modeste , qui voile si souvent sa personnalité sous la moins prétentieuse des épithètcs , « l'autre disciple, » se change à ses yeux en un Octave aspirant à la domination de l'Univers, t On ne peut assez s'étonner , » dit-il , f de voir le « triumvirat de Pierre , de Jacques et de Jean ,

t presque changé en une monarchie ; et de voir, t après que Jacques eut été écarté, comme Lépide, f la question se poser entre Pierre et Jean, comme « entre Antoine et Octave , de telle manière que le « dernier a presque supplanté l'autre dans ses préi tentions à un rang supérieur ou même égal au « sien. 9 Certes, l'accusation d'ignorance de la philosophie critique, que Vogel a portée contre Jean (pag. 127), n'a pas paru plus étonnante que ce reproche d'aspirer à la domination universelle , tombant précisément sur le disciple qui seul nous a raconté le lavement des pieds.

Voyons si nous pourrons réussir à le justifier. « Le « nom seul de Jacques,! dit la critique, « n'est pas « mentionné une fob dans le quatrième Évangile: t une seule fois dans V appendice (21 , 2) , il est ques- « tion des fils de Zébédée. » Pour ce qui est de Pierre, à /a vérité, poursuit Strauss , «il (le quatrième « Évangéliste) le place aussi parmi les premiers qui f ont suivi Jésus ; il ne le met pas en avant plus « rarement que les synoptiques ; il ne cache pas « le surnom honorable que lui a donné Jésus

• (1,43) ; il lui met dans la bouche une confession « qui ne parait être qu'une variante du célèbre « passage de Matthieu (16,16.) ; d'après lui aussi,

• Pierre se jette dans la mer pour aller plus vite t vers Jésus (21,7.) ; dans la Cène et dans le « jardin de Gethsémani , il donne à Pierre un « rôle encore plus actif que les synoptiques (13»

6. 18, 10.); il ne lui dérobe pas Thonneur d'avoir suivi Jésus dans le palais du grand-prêti*e (18, 25.), et d'être allé des premiers au tombeau après la résurrection (20 , 8.) ; il nous raconte même encore un entretien particulier de Jésus res- , suscité avec Pierre (21, 15.). Mais le quatrième évangile a une manière qui lui est propre de présenter ces prérogatives de Pierre, pour les affaiblir et placer celui-ci dans l'ombre , afin de faire ressortir Jean. Sans doute , il montre Pierre en communication avec Jésus dès le commencement ; mais il ne le fait arriver jusqu'à Jésus que par l'entremise d'André. A la vérité ^ Pierre se met en peipe, d'une manière toute particulière, de découvrir le traître ; mais il ne peut se tourner immédiatement vers Jésus , et est obligé d'employer la médiation de Jean, qui repose cv tû xoXttw toO Iïsçov (18, 23). Pierre, il est vrai^ entre avec Jésus dans le palais du grand prêtre ; maU diaprés le quatrième évangile, Jean entre avec lui, et Pierre ne doit son entrée qu'à la médiation de celui-ci, qui était connu du grand prêtre (18,15.). Pierre, // est vrai, après la résurrection, se jette à la mer pour aller au-devant de Jésus ; mais ce n'est qu'après que Jean a reconnu le Seigneur dans celui qui est sur le rivage (21, 7.). Pierre, il est vrai, a l'insigne honneur de se voir annoncer son martyre ; mais Jean obtient la distinction de rester jusqu'à ce que le Seigneur vienne.

n Enfin (ceci est le plus frappant), tandu qwe^ « d'après Luc (2kA^*)p Pierre» le premier des apôi très» vient seul visiter le tombeau vide de JésQsrestf suscité, le quatrième érangile le fait accompagner • par Jean, et nous montre celui-ci courant devant « Fierre et arrivant le premier au tombeau* Il est « vrai que Pierre entre dans le tombeau avant Jean p « mais c'est de ce dernier qu'il est dit d'abord : « Et « il vit et il crut. »

N'y a^t-il donc rien à opposer à tout ceci ? L'Évangèliste est-il, par le fait, aussi coupable qu'il le paraît au premier coup d'œil P En y r^iardant de plus près, nous voyons que notre critique a fait complèteai^il ce qu'oii appelle , dans la vie ordinaire, un Quiproquo s en venant, avec un aplomb et une ûnpartialité admirables , placer à charge ce qui devait être à décharge , et à déchai|;e ^ qui devait être à charge : c'est-à-dire qu'il a mb à la fin de la phi^ise, avec un maiê , ce qui aurait dâ être au commencement , avec il est ^rai, et au commencement, avec il eét vrai^ ce qui aurait dû être à la fin, av€Mi Miù. Ainsi ^ pour repousser cette accusation, nous n'avons pas autre chose à faire que de rétablir l'ordre de la phrase. Strauss accuse en outre l'auteur de l'Évangile, si c'est Jean, d'avoir nsanquè d'esprit de famille, en plaçant dans l'ombre son frère Jacques 4 contre toutes les convenances. Haisnous retrouvons ici un nouveau cas où le critique , par une injustice criante , coupe tous les clientûns^

à l'hi^oii^e évangélique; car si Tamour fraternel avait placé Jacques à la première place en Tenlourant d'honneurs et de louanges, Strauss n'eût pas manqué de faire peser sur la tête de ce tendre firère l'acoiiBation encore plus grave d'une intention "évidemment apocryphe !

Les découverte» particulières du critique n'étaient pas sofiBsantes pour amener la conc)«fôion de Tinauthenticité ; aussi allons-nous passer maintenant aux arguments qu'il a seulement revêtus d'une forme plus incisive, c^est-à-dire aux arguments tirés de l'histoire et des discours de Jésus. Voici les principale différences historiques qui ont frappé Struuss et le8 critiques qui l'ont précédé dans la comparaison des trois premiers Évangiles avec le quatrième : différences 1° par rapport h la sphère d'activité de Jésus; 2* par rapport à la durée de son activité ; S" par rapport à la conduite de Jésus avant le crucifiement ; 4" par rapport au jour de la demiùw cène ; 5** par rapport à l'heure du crucifiement; 6' par rapport à l'histoire de la réMirrection.

Quant au théâtre de l'activité du Sauveur, il ne parait pas , dans les synoptiques, s'étendre au-delà des frontières delà Galilée, depuis le Baptême jusqu'au dernier voyage à Jérusalem ; tandis que Jean nous montre Jésus à Jérusalem aux quatre grandes fêtes, et nous le présente enseignant et agissant pendant assez longtemps en Judée et dans le pays de

Samarie. Le D' Schneckenburger a tiré un de ses arguments les plus forts contre rauthenticité de Matthieu , du silence de son Évangile sur FactiTité de Jésus en dehors de la GaUIée. La critique nouvelle ne voit pas de possibihté d'accommodement à propos d'une foule de détails de peu d'importance; elle ne doit donc pas, à bien plus forte raison» en , trouver sur uji point aussi capital. Cependant nous voyons ici Strauss dans l'embarras ; et il hésite à prononcer lequel des deux récits évangéliques est conforme à la vérité historique. D'après la règle qu'il a adoptée, de considérer comme fauxle récit qui glorifie le plus la personne de Jésus, son penchant dominant le porte à enfermer le Messie galiléen dans le petit coin de terre qui lui a donné le jour. Il s'exprime ainsi : « Quoiqu'il n'y ait qu'un seul voyage à Jéru* « salem qui soit historique, il est naturel de penser

• que la tradition populaire ait été tentée d'en c admettre, petit à petit, plusieurs, ne pouvant se « persuader, à son point de vue , qu'une lumière

• telle que Jésus, soit restée aussi longtemps sous « le boisseau , et ne soit pas venue plus tôt et à « différentes reprises se placer sur le chandelier, à « Jérusalem (Matth. 5, 15.). » D'un autre côté, il se demande s'il est croyable que Jésus ait laissé de côté l'observance des plus grandes fêtes , et si des séjours précédents à Jérusalem ne sont pas nécessaires pour expliquer la grande inimitié existant entre lui et les princes du peuple : puis il termine

sans conclusion positive et sans rien décider, pour se garder, nous dit-il lui-même, « de tout jugement « précipité. » La précipitation eût été en effet dangereuse pour la critique; car, si elle avait pris réellement parti pour le quatrième Évangile, ce qu'elle eût été forcée de faire, elle aurait transgressé elle-même, en donnant la victoire au récit qui glorifie le Messie, la triste règle qui avait déjà arraché les plus beaux fleurons de la couronne du Christ. Que serait devenu, dans ce cas, le principe fondamental suivi dans la critique de Jean , qui attribue toujours à l'imagination de l'auteur tout ce que son récit ajoute à celui des autres ? Nous avons ici deux sortes de questions à examiner. 1^ Les évangiles synoptiques contiennent-ils des indications de plusieurs séjours de Jésus à Jérusalem ? 2* Pourquoi ne renferment-ils pas, comme Jean, des récits spéciaux à ce sujet?

Les circonstances rapportées par le D* Strauss lui-même parlent déjà très fortement en faveur de plusieurs séjours à Jérusalem ; car elles ont eu la puissance de lui faire transgresser sa règle si positive, d'abandonner toujours ce qui glorifie le Messie, et elles ont ébranlé, jusque dans ses fondements, un des arguments auxquels il attache cependant l'importance la plus exagérée. En outre, le critique a encore appelé l'attention sur un passage des synoptiques , dans lequel il est impossible de ne pas voir la présupposition de plusieurs séjours dans la capitale

de la Judée. Seulement , conformément à la mîsé^ rable logique qu'il a déjà suivie, et qui consiste à présenter comme à chaiige , ce qui est réellement à décharge , il désigne ce passage comme € un détail isolé, trèi dangereux pour les syrtioptiqaes, » Qu'il soit très dangereux , nous en conytendrons aisémeat; feulement, ce la' est pas pour les synoptiques^ mais bien pour l'hypolhèse de Strajuss, qui s'appuie sur te que ceux-*ci n'ont aucune connaîssacKC de plusieurs séjours à Jérusalem. D'ailleurs f le récit des trois premiers Évangiles » sur la réception faite à Jésus, et sur la masse de peupb qui va à sa rencontre, présuppose plusieurs séjours dans cette ville (Matthieu 21, 8.). Un tel enthousiasme a-t-il pu être excité seulement par ce que les chefs de la ville avaient entendu dire du Docteur Galiléen? Et en supposant que l'enthousiasme de la masse du peuple puisse s'expliquer ainsi» Joseph d'Arimathie» membre du sanhédrin, qui parait comme disciple du Seigneur • n'est-il pas une nouvelle preuve d'une influence antérieure de Jésus à Jérusalem? En outre, les cent vingt disciples mentionnés dat)s les Actes (1-15), étaient-ils donc tous Galiléens? La recommandatkm de Jésus (Matthieu 26, 18.), à l'occasion de la Cène, et la métairie de Gethsémani, où il se réunissait souvent avec ses disciples (Jean 18 , 2. ) , n'indiquent-elles pas des adhérents dans la capitale? Enfin, Luc (10, 38-^2. ) nous raconte

une seine que nous savons s'être passée à Béthanie» dans le voiânage de Jérusalem. Il est donc positif que les trois premiers é?an^es contiens nent des indications de plusieurs séjours dans cette ville ; et ce fait confirme, de la manière la plus forte» l'opinion générale mise de nouveau en doute par Strauss 9 savoir» que Jean raconte seulement avec plus de précision que les autres.

Maintenant y pourquoi les synoptiques ne racontent^ils pas les voyages & Tocoa^on des fêtes» et les événements qui s'y sont passés ? Nous ferons d'abord remarquer en général qu'il est presque toujours excessivement difficile et délicat de répondre & une question telle que celle-ci : Pourquoi un historien ; et particulièrement un auteur de Uémoires , parle-t-il d'une chose, et passe-t-il telle autre chose sous silence ? La connaissance des circonstances dans lesquelles il écrit» peut seule mettre cna état de répondre d'une manière satisfaisante ; et souvent même cette connaissance ne suffit pas. par exemple lorsque l'auteur a été mal servi par ses souvenirs ; ce qui est en dehors de toutes les combinaisons historiques. Nous engageons à lire , à ce sujet» ce qu'un des plus célèbres auteurs de iifémoirfj du siècle présent nous apprend sur les hasards qui Tout dirigé dans son récit des événements» et sur la forte influence de la simple association des idées * .

• Veyex BomiiÉilfiB, Mémoires iur fii^iéwi , IV, p. 1î6.

La question spéciale qui nous occupe, est intimement liée à celle des rapports d'affinité entre les trois premiers évangiles. Pourquoi, par exemple, Marc et Matthieu ne parlent-ils pas de la résurrection du fib de la veu?e de Naim ? De quelle importance cependant une résurrection de plus ne devaitelle pas être pour eux ? Nous avons fait remarquer combien peu la science a été jusqu'ici en état de plar cer dans un jour satisfaisant les affinités entre les évangiles. Cela étant, nous n'éprouverions point d'embarras, quand nous serions forcés d'avouer notre incapacité à donner une réponse à la question qui nous a été posée. Cependant, nous pouvons au moins faire les observations suivantes : 1* selon toute vraisemblance , le récit de Luc mentionne plus d'un voyage à l'occasion de la Pàque ; et la nouvelle critique le reconnaît elle-même. Ne paraitil pas incroyable que tout ce qui est compris entre le verset 61 du 9* chapitre de Luc (où il est question du dernier voyage à Jérusalem) et le verset 28 du chapitre 19, ait pu se passer dans ce dernier voyage vers la capitale? D'après Jean, en effet, ce n'est pas de la Galilée que Jésus partit la dernière fois pour Jérusalem ; de plus nous retrouvons le Sauveur en Galilée au chap. IS de Luc (v. 81), et le chap. 17 (v. 11), renferme de nouveau la mention du voyage à Jérusalem, en faisant passer Jésus par la Samarie, de -même que dans le voyage dont il est question au chapitre 9, v. 52. — 2"* Comme on ne

peut admettre, par toutes les raisons alléguées précédemment, que les trois premiers Évangélistes n'aient eu aucune connaissance des autres voyages à roccasion des fêtes; et qu'en outre Luc (10, 38) nous fournit un document positif, qui prouve qu'un grand nombre des faits racontés sans désignation précise de lieu , se sont passés dans la capitale ou dans ses environs, nous sonmies autorisés à conclure que, parmi les scènes qui nous sont ainsi racontées il s'en trouve beaucoup qui appartiennent aux voyages de Jérusalem. 3'' Il est reconnu que la tradition évangélique écrite dans les synoptiques, a pour base un cercle de traditions orales. Or« celles-ci furent exposées pour la première fois à Jérusalem , par les disciples galiléens, en grande partie devant des hommes instruits des événements qui s'étaient passés à Jérusalem. N'est-il donc pas croyable qu'ils se soient principalement attachés à raconter les miracles faits en Galilée?

La question de la durée de l'activité du Christ est essentiellement liée à celle du théâtre de cette même activité , puisqu'elles sont déterminées toutes les deux par le nombre des fêtes de Pâque mentionné dans l'Évangile de Jean. La critique, ayant évité de se prononcer sur la première question, a dû suivre la même marche relativement à la seconde. Aussi , se contente-t-elle de présenter ici plusieurs possibilités, ne s'attachant, comme nous l'avons

montré précédemment, qu'à jeter le plus d'incertitude possible sur la question.

Plus on approche de la fin de la vie du Sauveur, plus les différences augmentent. On ne peut s'attendre à nous voir discuter ici en détail toutes ces difficultés; nous nous contenterons de donner les principales raisons qui peurent servir 4 les résoudre. Seulement , pour ce qui regarde la question de la dernière cène , nous renverrons à la nouvelle édition de notre Commentaire sur Jean, pour ne pas fatiguer par trop de longueurs.

La première difficulté qui s'offre au critique , est le contraste frappant que présente le Sauveur priant dans un ravbsement solennel dans lequel , d'après Jean, il parle au passé de la vie de la terre (Jean 17, H, 12.), et ce môme Sauveur luttant, d'après les synoptiques , dans le jardin de Gethsémani.

Notre critique suit encore ici sa méthode , qui consiste à annuler les deux termes de ia différence, au lieu de concilier la différence elle-même ; et le doute , après s'être porté à droite avec Bretschneider, et à gauche avec Ustéri, vient Ici, avec Strauss, anéantir les deux faces de l'histoire. Jusqu'td on avait toujours considéré les deux termes de la différence comme séparés et éloignés l'un de l'autre ; mais ici , d'après une tactique toute nouvelle, on les rapproche pour en faire les membres d'une même progression, dont le dénouement est qu'il

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