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lieu de nous étonner si la forme et le fonds de ses -discours étaient toujours identiques ? Ne sommes^ nous pas plutôt en droit d'exiger à priori de la personnalité de cet homme « qu'un type aussi riche «e réfléchisse dans plus d'un miroir ? Et l'expérience, d'un autre côté , ne vient-elle pae nous apprendre que le type du Sauveur n'est complet qu'en réunissant le Christ des synoptiques et celui de Jean ? Le mot du poète trouve encore ici son application : « Celui-là seul qui entend toute la voix de la nature, « peut saisir son harmonie, i
Nous croyons qu'on ne pensera plus maintenant à faire une objection sérieuse sur ce point. Mais il existe une diflBcullé d'une autre espèce » qui nous fiait douter 4{ue la diflérence de Jean et des synop^ tiques puisse trouver son explication suflfisante dans la richesse de l'esprit de l'iiomme dont ils nous font le portrait. On parviendra certainement à s'expliqua de la manière que nous venons d'exposer, la prédominance d'un genre , et pour la forme et pour le fonds, dans les histoires où sont consignées les paroles des grands hommes. Mais cette explication est-elle suiEsante lorsqu'il s'agit de deux récits de discours complètement différents dans la forme et dans le fonds? Par exemple, les historiens qui se réunissent pour nous donner le premier récit , sont tout-à-fait étrangers au contenu du second , et l'auteur du second récit connaît si peu les discours du premier qu'il est presque impossi-
ble de découvrir, dans quelques points fugitifs» leâ^ moindres marques d'affinité : dans une pareille circonstance, la critique ne se. trouve^t-elle pas poussée, malgré elle, à n'ajouter foi qu'à une seule des relations ?
Nous verrons par la suite que la difiTérence esl présentée d'une manière très . exagérée ; et qu'en outre on peut donner des raisons de celte différence. Admettons, pour le moment, que le3 deuK récits évangéliques , {uris dans leur ensemble. . paraissent êfre composés comme à dessein dans deux genres différents pour la ferme ei pour le fonds; et examinons de plus près s'il esl inoroyable que des disciples, avec deux tendances d'esprit toutes dîilérentes, aient pu se partager d^une manière aussi frappante sur le fonds des enseignenaents de leur maître. Voyons également si deux genres tout-àrfait différents de discours ne peuvent pas A la fois être véritablement historiques. Gomme un raisonnement à priori est bien loin, dans une question de cette nature , d'avoir la force des preuves historiques , nous atteindrons beaucoup plus dertatnement no-^ tre but, en exalninant les documents que nous possédons sur le caractère et la doctrine des. deux hommes si richement doués du ciel, dont nous avons parlé précédemment, Leibnitz et Socrate. Il est certain que le système de Leibnitz a pour h^se de hautes intuitions, qui ne peuvent procéder que d'un esprit véritablement spéculatif et poétique tout à la
fois ; et tel éUit lo génie de Leibnitz avec tonle son érudition historique , et malgré sa prédilection pour la démonstration mathématique. Il joint à cela un instinct de la domination de la nature, qu'il partage avec les deux Bacon. Seulement, la science de )a nature n'a jamait à ses yeux lu force de vérité, que lorsqu'elle se rerMe dans l'esprit humain , rayon réfléchi du soleil étemel. De là l'ipiportance qu'il attachait à l'invention de nouveaux moyens et de nouveaux leviers non-seulement pour l'industrie, mais encore pounrles sciences moralos. Or, quand il s'agk, comme dans le cas présent, d'exposer-l'essence morale d'un homme dans l'esprit duquel la tendance de la connaissance et celle de la pratifque sont égaletnelii vivantes , où trouver un biographfe capable de rendre l'homlne tout entier? 11 n'y eo a pari eu jusqu'ici pour Leihnitz. U y a des hommes dans lesquels, comme dit Shakespeare , ^aque pouce. esl un homme , et. dont l'image ne peut être faite que par parties; parce que chaque ligne demande uîa homme pour la décrire. Eho considérant Leihnitz comme {diiloSophe, Wotf a passé longtemps pour son plus habile interprète» et il l'est en effet en ce qui touche le corps de sa philosophie : il est reconnu pourtant qu'il a bien peu compris le sens intime de ses axièmes. Le principe de la raison suflfisante , la doctrine des Monades, THarmonief préétablie, etc.. se transforment étrangement entre ses mains» Les écrits de
Wolf , et en particoUor les « Pensée» raisonnables sur' • Dieu , sur le inonde, ei Came dé Ckomme, » nous^ iBonIrant à quoi point un disciple peut-être Tamiliarisé en général a^ec le système de son miattre , tout en restant absohiment étratvger à certains côtés de ce système ;. sous ce point de vue > ils nous fournissent un exemple pourta question qui nous occupe. Cependant , comme nous ne pouvons produire» auprès de Wdïf, aucun autre disciple de Leibnitz qui ait principalement saisi le côté spéculatif et poétique do système de son maître , et que Wolf, se sert toujours dés expressions de Leibnitz pour désirer le» vérités mêmes dont le sens intime iie lui était pas complètement connu ,! nous n'avons pas encore l'exemple que nous chfer^ chons. Passons donc à Socrale. • ;. î ^
Nous i trouvons ioi tout* ce dont hous avons be^ soin. Deux récits sur le liiême homme se présentent à nouq, celui de Xénophon et celui de Platbti , et nous ne pouvons méoonnaitre la similitude complète des rapports qui existent entr'eux , avec ceux qui existent entre les évangiled synoptiques et l'Évangile de Jean. Nous établissons donc un* parallèle naturel entre le rêcir de ' JêaW ^ Celui de Platon, et entre le récit des synoptiques et celuî de Xénophon^ Biais sommes-noiis donc certains que, dans le récit de Platon, c'est t>ien le véritable Socrate que nous avons sous les yeux? Qui nous garantit que le Socrate do Platon , n'est pas un sitn-
t>le masque > comme celui d'Aristophane ? L'anliqaité elle-même ne nous a-t-elle pas mis sur la voie , en dous racontant que Socrato entendant lire le dialogue de Platon iotitulé Lysis , s'était écrié : < Qu'est-ce donc que tout ce que ce jeune homme me fait dire »? Et s'il en est aîmi • à quoi peut servir ce parallèle historique , si ce n'est à fortifier de {dus en plus nos soupçons contre le Christ de Jean? Il existe de Brandis un travail très solide intitulé : c Traits fondamentaux de la doctrine de Socrate » (1*' n** du Musée difiRhin.). L'auteur y prouve en grand détail , par les écrits d'Ârîslole » qu'un grand nombre des éléments spéculatifs dé la philosophie de Platon doivent être attribués à So* cratei et il désigne quels sont ces éléments. Il ex'iste aussi dans les Traités de l'Académie des sciences de Berlin (188i'»35) » un travail de Schleiermacher « sur la valeur de Socrate considéré comme c plûlosophe ; B il a la même tendance que le tra^ vail de Brandis» et il serait bon de les com^ parer. Ces recherches, ainsi que celles de Ritter, ont prouvé que, à la vérité, Xénophon contient encore quelques indications des éléments spéculatifs; mais que les matières spéculatives, comme la vraie science, l'essence des choses , la méthode de définition et d'induction^ se trouvent chez lui complètement rabaissées dans la sphère populaire et pratique. La philosophie la plus nouvelle, défavorable d'ailleurs à Socrate, le déclare elle-même : au moins en ce
qui concerne la forme , Platon est celui qui nous a laissé le portrait le plus fidèle (Voy. les Œuvres de Hegel, Histoire de la philosophie. Part. 14. 6. 12i). Voilà bien, dans toute sa plénitude, Fexempie que nous cherchions. On voit qu'un écrivain d'une tendance complètement pratique peut rester étranger au côté idéal de son maître , au point de ne pouvoir communiquer qu'un petit nombre d'éléments spéculatifs, et seulement après les aïoir traduits dans la langue pratique.
Mais , indépendamment de ces preuves exotiques» nous ne pouvons nous empêcher de rappeler ici que, dans l'Église, on a vu certains points de la vérité chrétienne elle-même se développer d'une manière exclusive, selon la ftw^e de conception des individus, et d'autres points de la même vérité être laissés en arrière. QueHe différence entre les tendances de l'Église d'Orient et celles de l'Église d'Occident ; la première prenant pour centre de son développement spirituel la notion de Dieu, la seconde celle de l'homme ! Pour un grand nombre de nos contemporains , n'est-ce pas dans le quatrième Évangile seulement que le Ris de Dieu se révèle ? Et cependant Jowet^ nous apprend que rÉvangilede Jean, avec sa profondeur mystérieuse, est à peine connu dans l'Église grecque actuelle , et que la foi n'y trouve son aliment que dans les trois premiers Évangiles ! S'il est possible que dans des Églises chrétiennes tout entières , certains côtés
Googk
4e ri!ivaûgile demeurent inaperçus par suite de Taflaiblissemcnt d*un oig;)ne intérieur , comment cela ne serait-il pas arrivé parmi les Disciples relativement aux disconrs du Soigneur ? Si Jean étsât bien réellement une de c^s âmes moins propres à produire qak recevoir» qui se confondent» par un abandon intime » avec la per^npaUlé de leiirs conducjteuiv spirituels» et qm ^'abandonnent i^i^turellement a tout ce qui s'adresse au eppqr (une &me<ie Marie » par opposition i eeU^ de Marthe ) , on n'a cert^ement pas le dioit de s'étopner que cet apôtre ait recueilli et cpmpris bien des choses qui eussent échappé aux aut^res. Or, telle était » poufbns^nous dire » la personnalité de Jean. Pour le prouver» qous nous appHierons» avant tout» sur ce que l'exposition évangéliqoe elle-n^èpcie Ti0^s apprend de la préférence que lui accofxlait s^n maître ; cai? ce rapport s'ét^bUt ordinairement entre un maître et son disciple » quand le disciple présente une nature de ce genre. Nous produirons ensuite cette tendre discrétion qui le fait se pljacer lui-même dans l'arrière-plap» et la recommandation que lui adresse le Sauveur mourant de soigner sa mère qu'il laisse après lui sur la terre. L'histoire postérieure et lei traits de son caractère» que l'antiquité nous a transmis» non» fonmiroi^t ^Lussi des preuves ; car» malgré le rapport intime qui l'unissait au Sauveoir» nous ne le voyons pas se n^ettnç en ayant avec une mâle activité. Mous avons raisonné jusqu'ici dans cette présup-
position dqne critique défavorable « qu*il existe entre ]es 4cifx relations iiDe différence totale dans la ^rme et dans le foit^ds. Or» cette pré^uppo^ition est injuste. Pe Wette lui-même ^voue qu'il y a, entre le3 deups relation^, d^s rapports d§ns }a forme et dans le fonds ; et Str^ifss n'en discQpyieï^ pas complétepien^ D'abcurd, il e^t i^ipprtant de qe pas l'onblier ; loprsqu')l ef t question ^e cette ^é^ rcnce » on a toujours dev^t le^ yeux les ^i^CQurs dogn^atiques ; d^ns les feutres di^coqr^, auxque|s se inèle la mar/che de ri^istoi^e, il y a ordii)^reipent concordance, ^uf quelques, pe|ite^ var^a#tcs que l'on trouve ^ujonr3 dfips les reliions ^*^^^ tours différents : telles font ceUqç dqs récît^ de Pijerre reniant son maître , de la femme qif^ p^un^e Içs
p^e^s du §auveqr f de Pilate, etc Poi^ ce qui
regarde les discours dogmatiques, voyez > quant à la forme parabolique , Jeaq 5, 35. 3 » 9. â , 34-38. 9, 39, 10. 1 et »uiv. 1^, 1 et suiv. 10, 21, 25 ; q^ai^t à la forme de l'^gu^entatiop asîccjçs Pb^fijjîep^, 10^ 34 ; et à la polémique pr^tiqjue contre eux, 5. 39. 42. 4^. 7, 19. On trouve des sentences concordantes, ^ean, 13,16.l5,20.CpnH>. Mattb40,24,— Jç^n, 13, 24. 26,26. Comp. ^Mthf lQ,38,aQ.— «r.ean. 4*44, Cppap. Ma^. 13,57.— Jean , 13, 2P. Comp. Maltb.10,40.— Jeap, 14,31- Comp.Matthf 26,49. Nous exami?oierons ici, de jdqs près, seulement quelques-uns des points .dan3 le^jiel? les premier? évangiles s'accordent avi^c le f{ua;U*iièqae. On attribue nommément i Jean
les trois points de doctrine suivants, et c'est ce qu'on appeHe son fnysiicism€:l*\e dogme des rapports mystiques du Fils avec le Père ; 2* du Sauveur avec les croyants ; ?• la grande importance attachée à l'amour , et en particulier à Tamour du prochain. Si ces éléments des discours du Christ n'appartiennent pas au Maître et qu'il faille les attribuer soit à l'imagination d'un discijde du Christ, écrivant, dans ses dernières années» l'histoire de son maître , soit même à un faussaire du ii"* siècle, il est clair qu'on ne doit trouver aucune doctrine analogue, ni dans les premiers Évangiles, ni dans les écrits apostoliques. Oi', maintenant comment expliquera-t-on la présence dans Matthieu (11, 2,V) d'une sentence qui ressemble tant à celles de Jean , même dans la forme, que la personne la moins versée dans les Écritures ne l'entendra pas prononcer sans croire qu'elle esttirée du quatrième Évangile ? (Comp. la manière dont Jean se sert de l'antithèse en combinant l'affirmation et la négation, 2 Jean, 9). Si cette idée mystique n'est pas autre chose qu'une invention arbitraire de l'auteur , comment se fait-îl qu'elle se retrouve dans la tradition générale des Évangiles?
Mais, si l'unité mystique du Fils et du Père (qu'on veut faire passer pour une idée Alexandrine) est en* seignée dans le passage que nous venons de citer , on verra que la communauté mystique du Fils et des croyants n'est pas présentée d'une manière moins explicite dans Malth. , 18, 20. 28, 20. Quant à la doc-
trine de TaiDour, et en particulier de Tamour du prochain, nous n'avons trouvé, il est vrai, dans les premiers Évangiles, aucun texte que l'on puisse comparer àceux de Jean; mais nous trouvons dans Paul(l Cor. 13.) unéloge de l'amour qui semble présupposer de la part du Christ des paroles semblables à celles que Jean nous rapporte. L'Apôtre Paul surtout peut nous être d'un grand secours pour l'appréciation dont nous nous occupons , et il doit être ici pour nous l'objet d'une attention toute particulière. Ses Epitres nous foumbsent une garantie , qu'on n'a pas assez appréciée jusqu'ici, de l'authenticité de ce qu'on appelle la Christologie * mystique de Jean , et de beaucoup d'autres doctrines du même apôtre. Réfléchissons que Paul lui-même nous raconte que Jacques , Pierre et Jean , ces colonnes de l'Eglise , lui ont donné la main en signe d'union , pour confirmer la vérité de sa doctrine (Gai. ,2,9). Or, lorsqu'il vient nous parler de la divinité du Christ» du Christ mystique vivant en nous, et de l'implantation dans le Christ , etc.... , n'est-ce pas une preuve que ces idées étaient connues aussi des autres Apôtres, quoique chacun d'eux ne les eût pas exprimées dans son type doctrinal ? Mais le D' Strauss lui-même nous a fait un aveu auquel nous
• C'eslà-dirc, Fidée du Cbristl telle qu'elle est présentée par S, Jean.
(iV. de VÈdiitur,)
étions loin de nous attendre , et qui nous dispense de toute preuve ultérieure. En effet , s'il y a, dans les discours rapportés par Jean, quelque chose qui rappelle Alexandrie et Philon , ce sont bien certainement ces antithèses de trif | cl de ^rvtvixA, de <p^f et de tf-xoTof , de Ç<»w et de èkvarof^ d'ar» et de ttÂr» ; puis les expression^ mystiques ifroç rS^ {»«^, SS'eàf Ç5r. Or, le critique lui-même déclare qu'il considère ces termes eomme faisant partie des discours originaire* du Christ; seulement, Tauteur de rËvangilè les aurait arrangés « dans un esprit Alexandrin , ou plutdt Grec. » H comient donc , par Ik même , que des groupes de mots tels que 0,90 et lUtTo», ctfTof ^<»n>, vS'tûf l^m, qui n'otit aucun atialogue dans la relation deh premiers ÉtangUes , ont occapé uti^ place importante dafas les discours àé Jésu^.
Nous avons aussi présupposé qde l'Évangile de Jean n*avait pas été écrit dans d'kuttes circonstances, ni danà Un autre but quô les premiers Évanffleh * ; èl nbûs iavon^ envbagé ces derniers comme le libre produit de l'esprit de leuri auteur^. Il en est cë{)éndant tout autrement ; ce qui change essentiellement la position des choses. Que Ton considère d'abord que Jean est le dernier dfts Ëvangè-
* Le D' J.Kuhn a tr6sbien élabli le contraire {Fie de Jetas, IntroL), Mous parlerons un jour plus amplement de ce travail.
(iV. de CÉditeur,)
listes ^ qa'il a é«rit ^pmiM lel. I^» )e voyons» lonM|i»*tt s'a^t des fait»' de la \'m du Glni^, passer k fdua ^aode p^M^ des ob^Mes q^'oû trouve ebe^ les autres V et ne e<i9ooi!de^ avec efeix ^Ite là pteut-, ÔH*e oii U a quelque c^se de paitiôulier à taoo»^ tQf» ou des discows & raftaclier. Une telle eotiduile ne doit-eUet pasf nous faire pirétoaiier que aon but a été de compléter l'histoire ? Et si cette présomption est valfd^le pour les faits, pourquoi ne le serait-elle pas aussi pour les discours ? . «. .
CléB»entd'Ale:[(andrie nous fournit un document * fttî s*appuie sur une tradition plus ancienne » ex. nous apprend que l'évangéliste , à la prière de »^%. amis • a écrit un tJKyyihov Trvsv^Tixsv en oppositionaux titiyyÙM <7<i»p«'»xcé) le fragment découvert par Muraton et que nous avons cité t nous fournit un ténooignage du 2""* siècle en faveur de ce docu^ menu Ces témoignages «xtemes concordent avec les résultats de l'examen intrinsèque du quatrième, évangile. Or» si cet évangile a été écrit pour ser-^ VÎT de complément aux autres , que ce soit dans un intérêt dogmatique » ou dans un intérêt bistolique ^ |a différence de la matière se trouve t^om* plètement expliquée. Credner a publié , depuis quelque temps, une nouvelle Introduction critique à l^Évangile, dans laquelle il s'explique d'une ma-
* V. EtsÈBB, I. VI, 14. -^V. 'aussi mi fragment de Théôdom »£ Monoiam, dons Cordtriu» : Caiena in ev, Joannis.
aière conforma aux aDciennes traditions (19; 36 et 20» M) ; mais il coDJeeture que le quatrième éfangile a été écrit principalement pour un petit cercle d'amis. Sans admettre ayec lui cette destination de Tévai^e» ne conçoit-on pas des raisons spéciales (par exemple, l'intention d'écrire pour rnie certaine classe de lecteurs)» qui ont pu influer beaucoup, sinon exclusivement, sur le choix des matières ? Quant à ce qui regarde les éyangiles synoptiques , il résulte de toutes les recherches de la critique que leurs rapports écrits ont pour base un cercle de traditions orales déjà fixé: on ne doit donc pas demander pourquoi ils ont choisi précisément ces matières , mais plutôt pourquoi ces matières se trouvaient former le fond prédominant de la tradition orale ? La réponse à cette dernière question se trouve dans la nature de l'esprit de la plupart des Apôtres, danf le peu de compréhension du plus grand nombre de leurs premiers auditeurs, et surtout dans la plus grande facilité avec laquelle on retenait des discours du genre de ceux que les premiers évaiîgélistes nous présentent.
Mais Strauss ne s'en tient pas aux arguments que nous venons de discuter. Il prétend en avoir encore de plus forts pour jprouver que les paroles attribuées par l'Église au Fils de Dieu , et qui ont servi jusqu'ici de soutien et de consolation aux Chrétiens dans les angoisses de la vie et de la mort, ne sont autre chose que le produit de l'imagination
d'un mytbograpiie d'Alexandrie. En effet» dit-il, les épitres du disciple , en présupposant qu'il en soît l'auteur, nous prouvent indubitaKlement , par leur concordance complète avec le caractère des discours de l'évangile , que c'est bien aussi le disciple qui parle dans cet évangile et non pas le Maître. L'Apologétique, il est vrai, pour parer ce dernier coup, a allégué qu'une nature tendre et malléable , comme celle de l'évangéliste , avait dû sans doute s'assimiler complètement le style de son maître ; mais l'évangile vient, ce nous semble , détruire cette explication; car, non seulement il prête à Jésus des discours métaphysiques , qui appartiennent certainement en propre à son rédacteur, mais il va (et c'est ici le point décisif) jusqu'à en placer dans la bouche de Jean-Baptiste, ce prophète de l'Ancien-Testament , chez lequel il n'y a pas l'ombre de mysticisme (Jean, 1, 16-18; S, 27-86). -^ A en croire notre Critique , cette circonstance est « le nœud de la question. >
Nous rappellerons d'abord que ce n'est point ici une découverte de Strauss ; il ne fait dans ce cas , comme c'est assez sa coutume , que se servir des remarques des autres. J'ai indiqué moimême , dans mon Commentaire sur Jean , que le scepticisme pourrait un jour s'emparer de cette position pour s*y fortifier. Examinons maintenant jusqu'à quel point il a réussi. Commen-
— sso —
cens jpar U oha|litr« 1« reniai lô €l «aWMl$.
Notre critiqae dh i é pl«ineiHt nÉpn»ië> <|«e raatenr dm ^àtrième évangUe a h toletit d'faM T^ter avec tad et adrcBëe^ Gependality •'il a eti rmtentîeD de placer réeUcmefiH danè la boODhe de J^aa^apliite leé yi M*M, cette agMitlqn Mê paraître iei plus qu'étraiige ( oetentat eu effet fipé pas rèoonnaiti^ dans cee mots t « Nous avons tooi reçu de ea plénitude ^ » le langage d'un iodeMlMNi de la o^minunautë cfanélie&iÉeP D'aifleUW» oli ft fiât remarquer^ il y a déjà longtemps, que le V^ 16 btf se lie nullement au t. 16 ^ maid bieti au tv 14 : icX^^ur xâputof xâii AXi/«iîacr. Ce n*est qu'au ?. 80 que eoflbmenoe le réât historique du tdmoignl^ de Jé«i«4apti8le^ Son témoignage est seulement placé ici en passant > comme au v. 7, pour appuyer une assertion de l'évângéHste ;. et il fout bien songer que ce dernier, étant son disciple , devait attacher une double impoitance à ses paroles. Il est olair que les mots 'Ex roO icXnpùftâfttft se fieût à tù^df^t^
Xdptroç YMi oàtiOiiecÇf et IpS motS 17 X^P^^ *^'^ ^ akiôOuct aU
verset 17.
Att Ueii de prouver qu^ l'évangtiîete prête ses idées et son style à Jean^^Baptiste » ce passage eet donc {dufM de nature à montrer qu'il n'indique pas d'une knaniére toujours précise oé fitiissent les discours tenus par les personaages mis en scène dans son récit , et où par suite il reprend la parole. Nous appliquerons de suîfte cet argument
au second pasôùge à exarhiner ( 8, 16-21.). Si Ton nous dematide : Efet-il complètement înftpossible d'admettre que le Christ continue à parler dans ce passage? Nous ditons que celui-là seul peut répondre aflBrmatitement à dette question , qui révoque principalement en doute que Jésus ait jathai^ parlé Comme il s'exprime chez Jean. Nous avouerons cependant que, à ctiuse du passage cité précédem-*ment, dans lequel les propres paroleis de l*Evangélistc vientiétit se placer sans aucune itidicatâôii de transition, nous inclinons fortement à croire qu'il se passe Ibî quelque choàe de seiiiblable. Le prt)pre de notre Apôti'e, se première Epltre le montre bien , fc'est ^i-éêîséinetit de ne pas procéder d'après les strictes éxigetlcès dé la logique dans la disposition de ses pensées.
Le passage (12, 44-50.) dans lequel il répété accidentellement quclqpies - unes des principaleà maxiineà des discours du Christ, nous offre un exemple de la fiàcilité avec laquelle il a pu joindre, comme épisodes, à des discours analogues , des pensées chrétiennes fondamentales qiii étaient profondément gravées dans sôti âme. Mais, nous demande-t-on , pourquoi n'a-t-il pas indiqué la transition P A cela nous répondt-ons qu'il ne l'a pas fait au ch. 1 , 16. Paul ( aux Gai. 2. v. 14 ) nous offre un exemple précis d'une chose toute Semblable. U commehce par raconter , sous la forme directe , ce qu*il dit à Pierre , à Antioche ; puis, h
partir du t. 15, son discours retombe sur ce qu'il a à dire aux Galates » et cela sans aucune transition marquée. Un lecteur attentif découvrira çà et là » dans différents écrivains, des transitions de ce genre, qui demandent une grande sagacité chez Tinterprète pour saisir le point de jonction. Nous en avons un exemple dans un fragment de Papias, cité précédemment dans une note. Un fameux passage d'Eusébe, nous en offre un autre exemple: l'interprète n'y peut indiquer avec sûreté l'endroit où Origène cesse de parler. Enfin nous trouvons encore un exemple du même genre dans Jérôme (Conmientaire de Jer. , 53. édit. Yallarsi p. 612.) Venons maintenant au troisième passage (3, 31, 36) , dans lequel la critique voit « le point le plus important de la question. » Il est positif que ce passage, dans la forme comme dans les pensées , offre un contraste choquant avec les autres paroles de Jean- Baptiste ; et ce serait une raison de penser que c'est ici l'Évangéliste qui parle lui-même. Hais si les exemples que nous venons de citer ont déjà donné à cette opinion une grande vraisemblance, elle passe à l'état de certitude complète quand on examine quelle différence de caractère il y a entre la 1" partie de ce passage (27, 30) et la seconde (31 , 36). En effet, tandis que cette seconde partie porte dans son ensemble le cachet de l'Évangélbte , toute la première , à l'exception des seuls mots h x«tffit h ifjtii ^fwhtiftiTou (16 , 11 , 16, 24. Jean
1,1,4. Jean 2, 12.) est entièrement conforme au caractère du prophète. La critique appuie beaucoup d'ailleurs sur l'absence de paraboles chez l'Évangéliste. Refusera-t-elle de prendre en considération que nous trouvons ici» dans Tespace de quatre versets , une sentence parabolique au v. 29 et deux gnomes aux versets 27 et 80 ? A cela vient se joindre la grande concordance pour le sens des paroles avec Matthieu (S , 11 » lA. ). Enfin , ici comme au verset 16 , le faussaire serait d'une maladresse par trop grossière , si après avoir vu les disciples de Jean-Baptiste dire (au v. 26) ces mots ^irrgf ^ipyovrtu Tpof ttZrovy et leur maître y donner son assentiment dans les versets suivants , il venait ensuite (au v.32) mettre dans la bouche de celui-<ù ces paroles contradictoires : ««w tviv fjutprvpittv Avrev 9vltU \etfxfi(tpet. Ne" trouvc-t-on pas dans ces paroles, aussi clairement qu'au v. 16, l'expression des sentiments du disciple placé au milieu de petites églises en face du monde incrédule , et l'écho des paroles du Maître que nous lisons ailleurs (8 , 11. 6, 88. Comp. 12, 87.) ? Nous sommes donc sûrs de ne pas nous tromper en disant qu'ici l'Évangéliste a pris ces paroles de son ancien Maftre : « Il « faut (ju'il croisse et que moi je diminue , » pour point de départ d'une nouveUe exposition de la dignité du Christ. Au premier chapitre , après avoir parlé de Jean-Baptiste , l^Évangéliste avait ajouté (v. 8) : c II n'était pas la lumière , mais il était venu
M pour rendre témoignage à la lumière , » il nous dit, conConnén^eiit à œ lang{^e (Su cbap, 3,31}: f Celui qui est de 1^ terre est terrestre , etc.. »
On le voit d'après cela : non-seulement ce « point capital » de la preuve de notre adversaire ^ est dépourvu de fondement ; mais en outre , loin de servir en jtien sa c^use, il nous met sur la voie d'une preuve trèà importante pour la nôtre. En eOet f si le critique a souveçit accordé à l'auteur de rÉvangile du jugement et du goût dans ses cpmpositions , il ne l'en a pas moins considéré comme trop peu habile pour pouvoir sortir du mysticisme qui lui est propre ^ et assez dépourvu de tact pour placer ses doctrines Alexandrines dans la boui^be du Prophète grossier du désert. A moins, toutefois, qu'on ne voie dans cettç conduite de l'Évangéliste un calcul pour donner plus de poids à ses idées e^ leur prêtant le plus possible d organe^. Quoiqu'il en soit, si rÉvangéliste a donné upie couleur mystique aux dispour^ de Jésus f et ,^'jl le^ a « enob^Uis • , PM doit naturellement s'atfc^idre à CfB qu'il ep ait fait autant pour les discours de J^an - Baptiste. Maintenant, si Ton pouvait démontrer que les discours de Jjèsus , pris dans leur ensemj^je , sont reproduits dans le quatrième Évfipgile d'une mamcre fidèle et ep conpordapçe avec les synoptiques, n'en devrait-il pas ^-ésultcr aussi une conclusion favorabl/s «i rpzpositÎQp des discours dp Jean-Baptiste d^])s pe xnème |^vang^e?Or, à une seule exception
pré» ( $0- ifim-fo^iit /^^ ytyoïfêf. I. IS) » les éjérnents des di$coui? de 40an*Bapûstfi se reirouveat tous d^us les aiitres ËyafigéKstaa » ou peutent aroir leur eiqplicatiou ds^us le caraclève de TAiicien Teala* ment (Coipcip. C. 1*' , 10-36, et le passage dont il Tient d*êtFe q^uestion , 3» 27-30»)
U now faut maiot^iaiit examiner de plus
prèf miQ question que aoUs avons déjà traitée
pr^cédeminent. Je veux parler de la prôsuppo^*
sition faite pjar les apologîslw» et en particulier par
Qiiglène» ef repjTodqite depuis^ que la oonoalxlanee
de la dktion .4^ Jean ayec ceUa du Saujveur, doit
être dttribpéq à une fiii^ipn de la vie iuiérieure
dii dis^ipl^ dans Tesprit de son maître. A cela
notre critiqM^ répoiid : << que la chose aoi^ possible «
M cfeBl h l'abri de toute contestation ; mais i{
« estt égalemf ot incooteslable que ee phénomène
« se maiiifeste uniquement: dans des esprits
• sans a^cuQ^ énergie perso«a^Ue de pensée, et
9 le quatrième Kvangéliale ne se présente nqUe^
« mei)l.& noua avec œ caraetère. » La critique doit
certaincffumt loi aceorder un haut deg|ré d^éoei^^
inteUeotuelle » puisqu*elle aft^ibue à la force seule
de son propre esprifc ce cachet particulier à ses
ouvrages et qui a pvissMSAaent agi dans tous les temps
sur toqs le^ bopames d'un e^>ril profond. D'un
autre c^é» sî Von ne révoqtie.pas eomplètemeni en
doute la splidii^ du fopden^kenl historique sur lequel
nous basons Qotre argumientation » on ne pourra ^
— 8Sô —
sans aller cootre toole vraisemblance, attribuer une originalité fortement tranchée au Disciple que le Seigneur aimait. Malgré cela , regardons ce point comme établi. Il est bien plus ordinaire qu'on n'a coutume de le supposer » de ?oir les écrits en général , et môme les plus distingués et les plus originaux, receYoir, dans les idées comme dans le style, une influence étrangère. En observant d*abord les anciens Pères sous ce rapport de la dépendance des idées ou du style, on -est étonné de retrouver toutes les habitudes intellectuelles du grand Paul » nonseulement dans son disciple , Clément Romain , mais encore dans Polycarpe et Ignace, qui étaient disciples de Jean. Ce ne sont point seulement des citations qui nous rappellent Paul dans les ouvrages de Clément Roibain ; c'est aussi toute la couleur et souvent même la structure des phrases. Et si nous retrouvons le même rapport dans Pôlycarpe, quoiqu'il fût disciple de Jean , il faut en chercher r^plication dans le génie de cet Ëvangélîste dent l'originatité n'était pas propre à former école. La première Épitre de Pierre ne contient^eUe pas ellemême assez de m^s qpii rappellent )a terminologie de Paul , pour que de Wette ait vu en cela une raison de douter de son authenticité? Nous pourrions trouver dans l'histoire de l'Église, dans celle de la littérature, un grand nombre d'exemples de ce genre. Nous nous contenterons cependant d'en produire un , très remarquable, et que nous emprnn-
loDs à Tépoque coDiemporaine : Sclileiermachcr avait tellement subi Tinfluence de Platon, que cette influence apparaît jusque dans la structure de ses phrases etdanssa manière d*employerles particules ; il était dominé par elle même dar^s les chaires des temples. Schleiermacher est pourtant un esprit original; et, chose remarquable, il n*a prts vécu avec son modèle > et n'a communiqué avec lui que par rintcrmédiaire de la lettre écrite. Il est inutile de démontrer que le commerce intime de la vie exerce une influence bien autrement puissante. Maintenant on nous demandera peut-être si une pareille influence n'a pas ses limites déterminées, si elle ne se borne pas à certaines concordances, soit dans l'emploi d'un grand nombre de sentences , soit dans la construction de la phrase, soit dans la prédilection pour certaines particules: nous répondrons qu'il est impossible, par le fait, de poser de semblables limites. Sous l'empire de circonstances analogues , surtout lorsque le sujet est le même , le style du disciple peut, sous tous les rapports , être une copie des discours du maître. Ainsi, par exemple, l'opinion n'est pas encore fixée sur le point de savoir laquelle des Éthiques doit être attribuée à Aristole , et laquelle est l'œuvre de ses disciples. Schleiermacher, en s'occupant de celte question (dans un traité qui n'est pas achevé: Discours el Traites, 1835) , avoue qu'il ne peut ici prendre pour critérium la difl'érence du
style , parce qu'il est aussi peu en état que les au-' très de se vanter « d'avoir une connaissance assez « sûre et assez fine du style propre d'Aristote » pour pouvoir distinguer le disciple du maître. Pansch (De ethicis Nichomackkis) vient d'attribuer au fib d'Aristote l'Éthique à Nîcomaque. Quant au style, il n'a pu trouver qu'une seule préèendue différence. Chacun ne se rappeUe-t-il pas encore le livre d'Eckermann sur Goethe. Est-on bien en état de démontrer qu'il existe des différences entre le style du Biographe et celui du Poète ? Il est vrai de dire , quelqu 'incroyable que cela puisse paraître , que la dépendance des disciples vis-à-vis de leur maître s'étend quelquefois jusqu'à des fautes d'écriture et de style» et cela chejs des hommes de l'esprit le plus distingué. Ainsi , par exemple , c'est un fait que la plupart des disciples de Hegel écrivent un certain mot comme leur maître, et que plusieurs adoptent ses solécismes favoris. On émet donc une proposition facile à justifier/ quand on avance que les discour» de Jésus rapportés par Jean nous offrent la reproduction du langage du maître , jusque dans les plus petites nuances. On pourrait sans doute alléguer, d'une autre part , qu'on devrait alors retrouver un peu plus . fortement la même empreinte dans les discours rapportés par les autres Évangélistes. Il faut dire aussi que Jean luimême conUenl plusieurs clioses qui semblent contredire cette assertion. Cependant , nous ferons
(Kabord remarquer un point très important: c*est que nous ne possédons pas les discours du maître dans l'original, mais d'après la tradition; qu'alors» en tout cas , la construction appartient au disciple « et que c'est cependant une partie* essentielle du coloris de Técrivain. Maintenant, faut^-ii attribuer au génie particulier de TEvangéliste la marche uniforme des périodes » qui ne se lient les unes aux autres que par un petit nombre de conjonctions , à la manière d'Hérodote, et le caractère de la portion historique de l'Évangile dans laquelle, souvent pendant tout un chapitre, les phrases n'ont d'autre liaison que la conjonction ouv ? Cette mar*che , dirons-nous , vient encore confirmer notre opinion (C. 19.). On devra pareillement mettre sur le compte de l'Ëvangéliste le tonr de simplicité enfantine qui distingue cet Évangile. Ce résultat vient confirmer pour nous, d'une manière très intéressante , les données historiques qui nous ont fait considérer Jean comme une âme souple et tendre, capable d'un dévouement filial. Ce portrait de Jean, résultant pour nous dos données historiques déjà mentionnées, est aussi une rsxi* son qui nous fait attribuera l'Ëvangélislc , et non pas au Maître, une forme particulière des discours de Jésus , tels qu'ils sont reproduits dans le quatrième Évangile. Nous avons parlé ci-dessus d'un certain mouvement circulaire, d'une certaine fusion des pensées, comme d'un des caractères par*-
Uculiers de lexposilion dans les Épttrcs de Jean. Ce mouvement circulaire des pensées amène des répélilions; et Ton a touIu expliquer ces répétitions, dans les Épltres, par raffaiblissement de Tâge chez l*£vangéliste. Lange, dans son commentaire» recommande positivement Tauteur sous ce rapport à la pitié du lecteur. Mais ce caractère particulier se reproduit aussi dans les discours de TËvangile, bien qu'à un moindre degré ; et Strauss , malgré les éloges qu'il a donnés au bon goût de TEvangélisle, croit dcToir y reconnaître un manque de talent. Il me semble qu'il vaudrait mieux donner à ce retoui* fréquent des discours du Christ sur un même point, une explication psychologique tirée de la nature du Disciple. N'est-ce pas précisément le propre de ces natures souples , faites pour recevoir une influence supérieure , de Gxer toute l'énergie de leur vie intérieure sur un petit nombre de grandes idées^ et de s'épanouir dans la contemplation de leur synthèse, sans les démembrer par l'analyse ? C'est ainsi que l'ensemble des vues chrétiennes de Jean se résout dans un petit nombre d'oppositions, mab qui embrassent le ciel et la terre, la vie et la mort , la lumière et les ténèbres : — engendré de Dieu , — venant du démon ; — demeurer dans le Christ, — se séparer du Christ. — Ainsi encore, par fiuitedecette tendance quilui est propre, il mettra surtout en lumière^ dans les discours qu'il nous donne, les choses qui se rapportent à ces idées ; et dans le cas
où elles auront été présentées sous une autre forme» il les ramènera à sa forme favorite. A l'appui de ce que nous avançons , nous rappellerons la manière dont il groupe certaines maximes extraites des dis-^ cours du Christ, pour présenter comme un sommaire de ces mêmes discours (C. 12, 44 «t suiv.) Ces paroles, qui s'étaient gravées si profondément dans son âme , lui servaient de thème fondamental , et tous ses "enseignements n'en étaient que le commentaire. Lorsque Tuniformité des pensées a sa raison dans un caractère du genre de celui que nous avons dépeint, il arrive aussi ordinairement qu'il y a fusion dans ces pensées. La vérité, pour de tels es* prits, se divisant en un petit nombre de grands principes , il arrive presque toujours qu'ils ne font pas la part exacte de l'étendue de chacun de ces principes ; leur œil s'attache plus à l'unité qu'à la différence, et ils contemplent comme un ce qui en effet est un en soi : delà la fusion. C'est ainsi que nous nous expliquons le passage de la l'"* épttre de Jean, 8, !• Cet apôtre qui vivait dans celte pensée : « Celui qui me voit , voit mon Père , » après avoir parlé, dans le!*' verset, de l'amour et de la connaissance du Père, se sert, sans autre explication , du pronom uvroç dans le second verset, quoiqu'il y parle du Fils. Ainsi encore dans la 1" épltre, il faudrait , pour rendre l'opposition complète , que les mois Koivm'ia (aût avrov du 6* verset, se retrouvassent dans le 7* ; et les mots KoivmiA ijlst' àAA»A«y,
qui s'y trouvent» constituent une obscurité logique. Mais ici le Disciple considère la communauté chrétienne comme basée sur la communion avec Dieu. Un critique purement logicien pourrait être tenté de voir dans notre réponse la présupposition d'une trop grande profondeur chez notre érangéliste ; mais nous ferons observer que, dans ce cas, nous pouvons fournir une preuve tirée de son texte même. En effet, au verset 3, l'Apôtre s'eiprime ainsi : « Afin que vous entriez vous-mêmes « en société avec nous , et que notre société réei- «• proque soit aussi une société avec le Père et « avec le Fils. » Les discours de l'Évangile nous offrent aussi de fréquents exemples de cette fusion , et de ce mouvement circulaire des pensées. Pour ces deux choses, nous renverrons particulièrement au 14* Chapitre, qui a , de ce côté , une grande ressemblance avec la première Ëpitrc. Combien , par exemple , il y a peu de précision dans les passages de ces derniers discours du Christ qui annoncent aux Disciples qu'ils doivent le revoir! Ainsi, on pourrait penser, malgré ce qui suit aux versets 20-22, que, dans le passage 17-20 du chapitre iÔ, le Christ veut dire que ses disciple? le reveiTont en esprit U est possible que le Sauveur ait eu ici une dmible intention , comme dans le Ch. 5, qui s'applique également à la résurrection spirituelle et à la résurrection corporelle. Nous ne prétendons pas cependant affirmer que le Disciple n'ait pas confondu ici«
dans un soûl et même discours » deux poiats posi*^ ûvement séparés dans le discours du Christ. Le caraclèro particulier de Jean peat suffire aussi, cro<yons-*nous, pour expliquer ce fait que les paraboles du quaitrième évangile (c. 10 et 16) se trouvent marcher de front avec leur application.
Nous n'insisterons pas davantage , pour détermi-* ner jusqu'à quel point la forme des discours du Christ pourrait être mise sur le compte du disciple. .Les indications que nous venons de donner» suffis sent tout au moins pour diminuer notablement la difficulté résultant des différences qui existent entre les discours de Jésus rapportés par Jean et ceux que nous trouvons chez les synoptiques. En effet, si nous mettons sur le compte de l'historien la simplicité enfantine , l'uniformité et la fusion des pensées , il sera très facile d'expliquer ce qui reste* ra de particulier dans les discours de Jésus chez. Jean , par une compréhension plus intime et plus, profonde de l'esprit du mattre.
Ces indications servent aussi à placer dans son* véritable jour une des deux objections qui nous restent à examiner ; car nous avons encore à nous occuper du reproche qu'on fait aux discours de Jésus , .V de n'être pas susceptibles d'être retenus ; 2"* de n'être pas en rapport avec leur but. Ce que nous venons de dire préparait notre réponse au premier de ces deux reproches. En effet , en reconnaissant une certaine influence du disciple
sur la ferme des discours tenus par le maître , on n'a plus Heu de s'étonner que l'évangélîste ait pu se rappeler ces discours. D'ailleurs» les observations que nous avons faites sur l'emploi de l'écriture chez les Juifs de ce temps » et la capacité d'écrire que nos adversaires eux-mêmes accordent à l'Apôtre, ne permettent pas de nier qu'il ait pu rédiger» soit pour lui» soit pour les autres» une grande portion de ce qu'il avait entendu. Serait-on disposé à croire» de prime-abord» que les coinlonniers et les tanneurs* avec lesquels Socrate faisait ses essais d'enseignement philosophique , aient eu l'envie et la capacité d'écrire chacun de ses entretiens à mesure qu'ils les entendaient? Et cependant le cordonnier Simon l'a fait.
Il faut réfléchir ici à la docilité du caractère de Jean » à son abandon complet envers son Maître , à l'activité de son zèle» qui lui faisait si souvent communiquer aut autres ce qu'il savait lui-même, et donnait à ses récits la consistance d'un type fixe et ineffaçable.
Il faut songer à cet amour, qui devait lui faire repasser constamment dans soû esprit et dans son oceur ce qu'il avait vu et entendu. Il feut se reporter enfin à ce fragment de l'antiquité que nous avons cité » et qui nous montre avec quelle ferveur les Disciples rappelaient sans cesse à leur esprit les paroles du Seigneur, pour les graver profondément dans leur mémoire. Nous avons parlé, au
même endroit , d'un exemple analogue fourni par Iréuée , et que nous devions rapporter plus lard. C'est la belle description que ce Père nous fait de la dévotion et du zèle avec lesquels il avait gravé dans sa mémoire ce qu'il avait reçu de Polycarpe. Nous la trouvons dans un passage d'une de ses lettres à l'hérétique Florin, qui nous a été conservée par Eusèbe (vol. 5, ch. 20.), et dont la lecture nous reporte complètement aux temps primitifs du Christianisme. Dans cette lettre, Irénée s'adresse ainsi à cet hérétique, qu'il cherche à ramener à la doctrine apostolique : < Je t'ai vu dans ma jeunesse , en « Asie-Mineure, près de Polycarpe. Comme tu « cherchais alors à obtenir son approbation ! « Car je me souviens mieux de ce que j'ai vu « dans ce temps , que de ce qui s'est passé de- « puis peu ; en effet , ce que nous avons appris « dans la jeunesse croit avec notre âme et s'unit « étroitement à elle ; à tel point que je pourrais « encore indiquer la place où le bienheureux Po- € lycarpe s'asseyait pour nous donner ses ensei- « gnemenb quotidiens, dire quel était son genre « de vie, son extérieur, les discours qu'il adressait « au peuple, la manière dont il parlait de ses rap- • ports avec Jean et les autres disciples qui avaient tf vu le Seigneur , et comment il racontait leurs « paroles; car il racontait tout ce qu'il avait appris « sur le Seigneur, sur ses prodiges et sur sa doc- « tnne ; et tous ces faits, qu'il tenait immédia-
« lement des témoins oculaires du Verbe de vie» c étaient en concordance avec rÉcriture* »
Indépendamment de tous ces arguments, il nous reste un autre point d'appui solide : nous voulons parler de la promesse du Seigneur d'envoyer aux siens l'Esprit consolateur qui leur rappellerait tout ce qu'il avait dit (Jean^lA» 26.). La dogmatique an* cienne était assez naïve pour se contenter de c^t ar^gument ; et voici que la nouvelle critique revient , bien que par une voie tout opposée, au même degré de naïveté, en nous disant que l'appel à cette promesse du Seigneur est un moyen qui n'est pas scientifique. Nous n'avons rien à dire là contre ; seulement, nous pensons que la science qui a une telle horreur d'un appel à une promesse du Seigneur , nepeut vouloir usurper l'épithète de chrétienne. Mais nous nous adresserons avec confiance aux lecteurs chrétiens, aux hommes qui peuvent encore chanter dans la sincérité de leur foi : Feni, Creator Spiritus! La foi en cet article , qui seule peut mettre le der^ nier sceau à toute foi historique touchant la crédi-r bilitédes Apôtres, est aussi la seule qui puisse compléter la certitude des relations des discours de Jésus.
Reste encore le reproche fait aux discours de Jésus, de n'ôtre pas à la portée des auditeurs. Ce reproche ayant moins besoin de réfutation que le précédent , nous nous contenterons de donner les ^courtes indications qui suivent : !•* la sagesse dc^
enseignements du Seigneur eût été bien nioindrc , s*il n'avait présenté que des choses à la portée de toutes les intelligences ; car si » d'un côté , un bon maître doit descendre vers son disciple» il faut aussi que, d'un autre côté, il élève son disciple jusqu'à lui» 2<* Ces idées appelées mystiques sont telles , que , quand même elles ne sont pas comprises par la rai* son, elles font cependant vibrer le coeur de l'homme le plus simple : ceci est prouvé par l'expérience. S* On oublie la sagesse avec laquelle le Seigneur élève l'esprit de Nicodême et de la Samaritaine, par exemple , du degré le plus bas aux régions les plus sublimes. Et à quel point le succès n'est-il pas venu justifier, dans ces deux personnages, la méthode d'enseignement du Seigneur ! à* Si l'on consent à regarder les premiers Évangiles comme des documents réellement historiques, nous ferons remarquer qu'ils contiennent aussi eux-mêmes incontestablement des enseignements bien au-dessus de la portée des hommes auxquels Jésus s'adressait* En effet , s'il y a tant de choses dans Matthieu (Gh. 6) qui paraissent absurdes aux homimes de notre temps , que devaitr ce être alors 1
D. Preuue de la cvédibililè de Vhisioire évangélique , tirée du chapitrée de ta Passion dans les quatre É\fangèlistes.
Nous avons dû remarquer qu'à l'égard des Évangiles, la preuve de crédibilité qui résulte de leur con-
cordance avec les sources certaines et contemporaines de l'histoire, est plus difficile à établir qu'elle ne Test pour les Actes des Apôtres. Les Évangiles fournissent cependant, quoiqu'en plus petit nombre, des données historiques , et surtout des données géographiques , propres à démontrer cette concordance. Mais on trouve dans la dernière partie de la Passion plusieurs passages dont les rapports étroits, tant avec l'histoire qu'avec les coutumes des Romains et des Juifs , offrent plus d'importance *. Nous allons en réunir ici quelques-uns, bien qu'il en doive souvent ressortir des preuves inutiles pour la plupart des lecteurs ; car il en est fort peu, sans doute, qui soupçonnent à quel point le scepticisme a miné les colonnes sur lesquelles repose tout l'édifice de l'histoire. Voyons donc d'abord jusqu'où le doute s'est étendu ; et, à cet effet, donnons un précis succint de la critique de Strauss sur le récit de la Passion , d'après le tableau synoptique qui en a été fait par Harleas.
« Les relations des Évangélistes sur les derniers « moments de la vie de Jésus , n'ont point ellesc mêmes un cachet historique. » D'abord, pour ce qui est du récit de l'entrée de Jésus à Jérusalem , on est fondé à soutenir qu'au moins les traits de détail portent le sceau de l'invention.
* On peut voir sur ce point le savant ourragc de M. Rossi* cwoL, Leffrej %ur JésusChritt, tome a. (N, de tÈdiltar.)
Quand le récit de Matthieu nous montre Jésus doué d'une connaissance surnaturelle par rapport à Tânesse attachée dans le village voisin , • ce trait c de peu d'importance » n'a d'autre but que d'orner la légende, qui a pris naissance dans le passage de la Genèse {h9, 11,) relatif au Messie, où il est « dit: Il attachera son ânonàlavigne, « Du reste «ce « récit a dû passer par plusieurs bouches qui ne se « rappelaient plus son rapport originel au passage « de la Genèse t , puisqu'il n'est pas dit que l'animal fut attaché à une vigne. D'un autre côté, ce que Jean raconte d'une grande a£Quence de peuple sortant de Jérusalem et venant , avec des cris d'allégresse , au devant de Jésus, mérite peu de créance, puisque Jean lie cette circonstance à celle de la résurrection de Lazare , et qu'une résurrection est un fait incroyable. D'ailleurs , « la dignité de Jésus parais- « sant exiger que la ville de David soit venue le « chercher en grande pompe » , cette considération aura suffi pour motiver ce trait. Les Évangélistes rapportent encore, sur les derniers moments de Jésus, beaucoup de prophéties qui n'ont aucun caractère historique. Celles de sa mort sur la croix sont faites après l'événement. L'antique tradition avait bien ses raisons pour les placer dans la bouche de Jésus : « Plus le Christ crucifié était un su- « jet de scandale pour les Juifs et une folie pour « les Hellènes , plus il était urgent d'écarter à tout • prix cette pierre d'achoppement. Si, parmi les
« faits postérieurs , la résurrection, comme i^para* « tion de rignominic d'une telle mort, était ce qui « pouvait servir le plus efficacement le but des évan- « gélistes, ils devaient aussi désirer d'enlever à sa « mort, par des faits antérieurs, tout ce que cette ca^
• tastrojdie scandaleuse pouvait jeter de défaveur sur
• leur cause. Ils ne pouvaient mieux y réussir qu'en « la lui febant prédire d'avance. » Les prédictions de la résurrection ont également été placées dans la bouche de Jésus après la supposition de cette mer* veille , et ^ l'exégèse des Juifs , ari[>itraire et sans « base , permettait aux Disciples et aux auteurs « du Nouveau -Testament de trouver facilement, « dans l'Ancien , des images et des prophéties de c la résurrection du Messie. Non qu'il y eût chez « euxdessein prémédité de tromper, ou même consc cience du vice de leur méthode d'interprétation ; c mais semblables en cela à Fhonmie qui , après « avoir fixé le soleil , voit longtemps encore l'i^ « mage de cet astre partout où il porte ses regards, « aveuglés par leur enthousiattooie pour le nou- » veau Messie, ils le voyaient partout dans l'Ancien « Testament, le seul livre qu'ils lussent. » Les pa-> rôles de Jésus «ir son retour, telles qu'on les trouve dans les Ëvangélistes, ne peuvent être de lui. Jésus prévoyant la trahison de Judas est également une pure invention, faite dans le but de glorifier le Christ La tradition qui nous montre Judas gagné au moyen de trente deniers d'argent, a pris sa source dans un
passage de Zachorie {11, 12). L*liistoîre éc ki salle préparée pour Célébrer la Pâque » est ane fable inspirée par les motifs qui ùM donné naissance à la description de l'entrée dans Jérusalem. Jean n'a point en connaiissanoe de la Cène , et le lavement des pieds, dont il parle, n'est que < l'accomplisse- > ment traditionnel d'uHe maxime d'hmniHté rap- « portée par les synoptiques (V. Mattbu 20, 20 et c suiv., et Luc 22» 37). »
Il est dit qoe, pendant la Gène , Jésus désigna lé traître personnellement; mais cette ûiiy constance a été forgée apvès coup. Elle ^t due principalement à une fausse interprétatkm du sens du psaume Ai (terset 10) plaeée dans la bou* che de Jésus.
, La prédiction du renoncement de Pierre est aussi une prophétie fhite après co'isip* « Ce dis- « ciple ayant renié Jésus plusieurs fois, on mit, « après l'êvèneiikent , dans la bouche de Jésus , < d'abord des paroles par l^quelles il aurait an- « nonce d'avance ces actes de lâcheté » ensuite la « désignation usuelle de l'heure par le chant du « ooq, et enfin la fixation de ces divers renon- « céments au nombre rond de trois. Enfin, quand « Jésus prédit à ses disciples qi»e ^ dans la nuit • suivante » ils ne sauront pkis ce qu'Us de^ « vront penser de lui, qu'ils l'abandonneront et « se disperseront , cela ne pont* être regardé t conmie une véritable prophétie ; lorsque les
« deux premiers évangélistcs ont dit : < Il est « écrit : je frapperai le past^r, et les brebb seront « dispersées (Matthieu 26, 31 ; Marc li, 27) , ils « ont en effet simplement rapporté un passage de à r Ancien-Testament (Zacharie IS» 17), que l'on
< mit bientôt daas la bouche de Jésus lui-même , « coDoune l'annonce de cet évènem^it. »
L'institution solennelle de l'Eucharistie est une légende forgée plus tard par les Chrétiens. « La « moit violente et inopinée de, Jésus ayant suivi la « Gène de si près , la circonstance la plus impor- « tante de la fête de Pàque fut, aui jeiix de ses
< sectateurs, que Jésus l'eût célélnrée peu de temps « avant sa mort. Les explications que , selon l'u- « sage , il leur avait données sur l'antique on* c gine de cette fête furent oubliées , et celles qui « concernaient, pour ainsi dire, sa nouvelle origine c toute chrétienne , c'est-à-dire la mort de Jésus , « vinrent les remplacer. En général , les paroles « d'adieu de Jésus à ses disciples, d'après Jean, « et le tableau complet de ses derniers moments , t aussi bien d'après Jean lui-même que d'après « les synoptiques, sont d'une égale fausseté et int dignes de l'histoire, t
L'apparition de l'ange dans le jardin de Gethsémani doit être , ainsi que toutes les apparitions de ce genre , regardée comme un mythe. Il en est de même de la sueur de sang, dont la mention « s'ex- « plique par le désir de rendre plus complet le
« tableau des souffrances de Jésus sur la Croix» « souffrances dont le combat au Jardin des Olives c était le prélude. Il filait pour cela ne pas se
< borner à représenter la douleur spirituelle de i Tàme par la tnstesse, mais aussi les souffran»
< ces physiques par la sueur de sang. » Quant à la prière ()e Jésus renouvelée par trois fois > a ce « nombre» qui reparaît ici comme dans Tbistoire de « la tentation de Pierre , présente non moins oer- « tainement quelque chose de mythique. » Ce qui
s'est passé lorsqu'on s est emparé de la personne de Jésus a été inventé pour le glorifier. Les relations que no'us avons sur son interrogatoire se contredisent ; elles n'ont aucun cachet historique. L'exposé des railleries dont Jésus a été l'objet est imité de divers passages de l'Ancien Testament; le récit du renoncement de Jésus par Pierre ressemble à une légende populaire» etc. etc., »
Tout éveiUés que nous sommes» nous éprouvons la sensation pénible dont on est quelquefois affecté dans ses rêves : il nous semble que nous tombons dans un abîme sans fond. Nous nous demandons quelle était donc la pensée de Cicéron , quand il disait de l'histoire: Hisioria testis temporum, lux veritatis, vitœ tnenwria , nuncia vmtatis ? Nous cherchons s'il existe encore, dans cette histoire de Jésus» un seul point solide sur lequel nous puissions nous arrêter dans notre chute. On se sent naturellement porté à s'enquérir si du moins la
personne même de Jésus ne se maintient point comme un fond historique qui a été entouré d'épais brouillards par le mythe. Assurément Texagération du scepticisme moderne n*a point emporté la pierre angulaire de Tédifiee : // a existé un Christ i et ce Christ a été crucifié sous Pilate, L'autorité historique des Évangélistes am^ait-^elle suffi pour arrêter ici la fougue du critique ? On doit en douter; mais. il est un autre témoignage qu'on n*ose pas récuser; c'est celui de Tacite » qui dit » dans ses Annales (15, àà,) :Ergo aboUndo rum&ri Nero siibdidit reds et quasitissimis pcenis affecit f quos per flagiiia inviscs vuL' gus ChristianosappiUabat;auct0rnotninisejus Christus Tiberio imper itantê per procuratorem Pentium Pilatum suppUcio affectus est. Examinons donc si le commentaire que les écrivains du Nouveau-Testament nous offrent de ce texte concis , ne peut point aussi maintenir son caractère historique en face de Teyégèse.
Nous n*avons pas l'intention d'examiner ici tous les points de cette dernière portion de l'histoire évangéUque ; nous voulons seulement soumettre quelques-uns des principaux à un examen plus sévère : l® les hauts fonctionnaires qui y jouent un rôle ; 2*» le fait de la condamnation de Jésus ; S* celui du crucifiement.
La condamnation à mort du Sauveur , sous le gouvernement de Pilate, est un fait historique bien étabU ; or , ce fait se trouvant confirmé ailleurs , et
pouvant ermst sertir à contrôter ThiatoiFe évangélique, combien ïa certitude d'utt tel éyéneiaenl ne peut-elle pas devenir dangereuse pour cette histoire 1 A en croire notre critique, Luc s'était déjà gravement compromis, en fixant Tépoque du baptême de- Jésus à la quinzième année du règne de Tibère; mais Jean , aussi bien que Luc , peut être facile-^ ment justifié.
Calpbe vient se placer, en qualité de grande prêtre, à côté du procurateur Pilate, et il est encore fait mention de lui en cette qualité , après la fête de la Pentecôte (Actes, â. 6. — Voy. Atiger). Cette cireoiDStance s'accorde avec Thistoire ; car il avait été installé en Tan 25 par le prédécesseur de Pilate, et il perdit son emploi en l'an 36. — liérode Antipas est cité comme Tétrarque de Galilée ; il y a- encore ici accord avec l'histoire : ce fut en effet en l'an S9, et par conséquent après la mort du Christ, qu'il perdit son royaume, qui passa alors à Agrippa. Cet Hérode parait sur la scène comme juge de Jésus , en même temps que Pilate. Deux tribunaux, c'est trop pour la critique. Et Jean , dont le témoignage redevient inopinément d'un grand poids , ne parlant pas de la comparution de Jésus devant ce prince , on passe un trait de plume sur ce fait , et l'on soutient que vraisemblablement « cette > circonstance a été inventée dans le but de faire » comparaître Jésus devant tous les tribunaux qui m nouvaient exister dans Jérusalem, et de lui faire
* conserver en leur présence une contenance calme » et digne. » Ce fait offre assurément à la critique plus d'un point qui doit l'irriter. Le silence de Jean, d'ailleurs ténK>in suspect, n'est pas le seul motif qui rende douteuse la présence d'Hérode à Jérusalem et son assistance à la grande Fête» Cette relation ne se contredit-elle pas en nous représentant le Tétrarque et Pilate comme ennemis» et en faisant toutefois venir le premier dans un lieu où il devait très probablement rencontrer son adversaire ? Ce prince relâché devait-il donc avoir la conscience aussi timorée qu'un Juif ordinaire ^ pour ne manquer à aucune grande fête? Ne reconnait-on pas ici une légende qui jette tout dans le même moule?
Mais si ces raisons rendent la présence d'Hérode douteuse , celle de Pilate est r dans le fait , encore moins bien motivée. Que, sous son gouvernement, le Christ ait été crucifié, soit; mais Pilate n'a pas été personnellement le juge de Jésus; Césarée , le siège de son gouvernement, n'était -elle pas éloignée de treize milles de Jérusalem ? Conament se troui»e-t-il donc tout-à-coup dans la Capitale ? La tradition nationale, toute préoccupée de l'intérêt juif, ne se trahit-elle pas en faisant entreprendre un voyage à Pilate > à un païen, dans le seul but de célébrer une fête? Que dire aussi de la conduite surprenante du Tétrarque? Il se serait trouvé dans le même endroit que Jésus , et il n'en aurait profité
que pour se procurer le spectacle d'un miracle! La relation n'a-t-elle pas eu encore ici pour unique but d'accroître autant que possible la renommée de la puissance miraculeuse de Jésus? Cette propension à faire figurer le plus grand nombre possible de personnages marquants sur le théâtre de la vie du Sauveur n'est-elle pas assez sensible » quand on fait même apparaître près de son mari la femme du gouverneur, évidemment dans le seul but « de placer « l'éloge de Jésus dans la bouche d'une faible « femme , comme Matthieu (21, 16) Ta placé dans « celle des vn-rim m ô.iXît^éyTftr.', et de donner plus « de poids à cet éloge, en le basant sur un songe « trés-significatif. » Mais , en faisant mention de ce personnage féminin , la relation s'est terriblement fourvoyée; car l'histoire nous apprend qu'il était défendu aux gouverneurs d'emmener leurs femmes avec eux dans leur gouvernement , et qu'Auguste leur permettait seulement d'aller les voir pendant l'hiver *.
Sur ces différents points qu'on nous conteste, que voyons -nous maintenant dans l'histoire ? Josèphe d'abord (Antiq. 48, -6, 8.) nous dit que le Tétrarque venait dans la Capitale à l'époque des fêtes; et nous y trouvons non-seulement le Tétrarque, mais aussi plusieurs fois le procurateur ou proconsul , précisément à la fôle de Pâque ; dans le passage
ci-dessus» c'étaient Vitellius et Eumanus; et, dans on dernier endroit (Antiq. 20, à, 3.), il est formellement dit que Vagglomé ration prodigieuse du peuple y rendait la présence du gouyemeur très désirable. Le témoignage de Suétone laisserait assurément planer un grave soupçon sur ce que notre auteur rapporte delà femme du gouverneur, si l'histoire ne venait d'un autre côté appuyer l'Ëvangéliste d'une manière bien frappante. Mais nous voyons que , depuis Tibère^ l'usage s'était introduit parmi ces fonctionnaires d'emmener leurs femmesdans les provinces, et qu'il n'avait plus été possible de réformer cette coutume. A l'époque de la mort d'AugustCtGermanicus avait en Allemagne sa femme Agrippine près de loi (Tacite, Ann. 1, c. &0.), et ill'emmena en Orient au commencement du règne de Tibère (Ann. 11, c. 5&.). Nous voyons à la même époque Plancinia, femme de Pison , accompagner son mari (Ann. 11 , c. 65.) ; dans la 4* année du consulat de Tibère (A. 21. p. cbr. n.) , Gaecina propose à la vérité au sénat de défendre à tout gouverneur d'emmener sa femme avec lui , mais on ne peut déjà plus faire passer cette proposition (Ann. m. c. 33.). L'Ëvangéliste dit qu'il existait de l'inimitié entre Pilate et Uérode. L'histoire nous fait voir combien ce passage s'accorde avec les mceurs de ce temps-là. lin événement pareil à celui rapporté dans Luc (13, 1.), événement conforme aussi en tout point à l'esprit du temps, était bien suffisant pour irriter le Tétrarque contre
le Proconsul qui avait porté la main sur ses sujels. Combien la conduite d'Hérode envers Jésus n'estelle pas aussi d'accord arec l'histoire I Le désir d'être témoin d'un miracle nous montre dans le Tétrarque^ «inon un homme superstitieux, d» moins un homme puéril, qui se complaît à des tours de charlatan. Ce trait est en parfait accord avec le portrait que Luc (9, 7-9), et Marc (6, 20), nous font de lui. D'a|>rès leurs récits , il n'était en effet exempt ni de superstition ni de certaines velléités religieuses; et quand le Nouveau^Testament, ainsi que Joséphe, nouslo présente comme un homme sensuel, il y aencore là concordance parfaite; car, chezlesgens de cette trempe, on aperçoit souvent des velléités religieuses, qui se changent bientôt en superstitions, si eUes ne sont point accompagnées d'une grande sévérité de mœurs. Que l'on pense seulement à Héliogabale, à Charles II et à Louis XV. — Les Évangiles nous ont encore conservé une autre circonstance de la vie d'Hérode que nous allons consigner ici. Ils nous ontraoonté comment ce même Hérode fit mettre à mortJean-Baptiste (V. surtout Marc, 6.). Cette relatûm, plusqu'aucan des nombreux portraits de mœurs tracés dans les Évangiles, doit offrir, aux yeux d'un critique défiant, l'image bigarrée d'un habit d'arlelequin : — la fille du roi qui se met à danser devant lui, — la moitié de son royaume offerte et promise par serment, — la mère artificieuse, — la tête de Jean^Baptiste apportée sur un plat, — ne sont-ce
pas là autant de tableaux animés d'un petit roman? Il y a plus : Josèphe raconte aussi Texécution de Jean-Baptiste ; mais il ne fait aucune mention du drame rapporté dans nos évangiles ; au contraire, il attribue tout simplement cette exécution à la crainte que le parti de Jean-Baptiste ne vint à exciter une révolte.
Si Ion examine cependant les choses de plus près , les difficultés qui faisaient naître le doute se changent en autant de motifs propres à confirmer la vérité historique du récit. Et d'abord, pour ce qui touche la différence entre le récit de Josèphe et celui de FEvangéliste , nous ne sommes pas peu surpris de voir notre critique prendre, dans cette seule circonstance • le parti de Técrivain sacré. Il lui semble , à la vérité , « très conforme à la nature de « la légende, telle qu'elle se forme chez un peu- « pie dont la vie se meut plutôt dans le cercle de c la vie civile que dans celui de la politique , de « transformer un motif politique en motif por- € sonnel, un coup d'état en une sc^ie de la vie « privée. » Mais , après cela , on est surpris de trouver une fois enfin notre critique tentant une conciliation qui lui est si odieuse; car il dit : « Peutêtre aussi Antjpas a-t-il craint que le blâme sévère de Jean sur ce mariage contraire aux lois et sur son genre de vie en général ne portât le peuple à se révolter contre lui. » Ces détails du récit évangélique se trouvent au reste tous admirablement con-
firmes par l'histoire. Josèphe , en effet, parle aussi du mariage adultère d'Hérode ; il dit (Ântiq. 18, 5» A.) que la reine avait une fille de son premier mariage (Salomé). Vers la fin du repas» cette fille entre en dansant dans la salle du festin» — Or» à cette époque les danses mimiques, importées de la Grèce, étaient en vogue dans Tempire romain ; elles représentaient des scènes prises dans les poètes , dans les tragédies et dans les comédies. Pylades et Bathyllus avaient surtout mis cet art à la mode sous Auguste (V. ÂthenœusDeipnosoph. L. 1. c. 17. — Lipsius,QuaBst. nat. 1, 7, vers la fin). Hnester aussi se distingua dans cet art, conmie danseur de tragédies, ainsi que Lauréolus, qui dansait des comédies (Suétone , Calig*, c. 67). C'était l'art favori de Néron; il avait ordonné de représenter ainsi le Tumus de TËnéide (V. Suétone, Nero, c. 5&.). La danse minûque passa, comme le spectacle , dans les mœurs des roitelets juife, et les festins particulièrement se terminaient toujours par cette sorte de danse. — Passons àl'insidieuse instigation d'HérodiadCé Josèphe (Ântîq. 18, 7, 1), dépeint aussi cette femme comme une intrigante qui exerçait une grande influence sur le faible monarque et le portait à faire des folies. La promesse de la moitié du royaume était une formule de serment enasagedans l'antiquité (V. Wettslein, à propos de Marc, 6, 23). Il n'est pas jusqu'à la tète apportée sur un plat qui n'ait le sceau de la vérité historique; car l'histoire rapporte plusieurs
faits semblables :par exemple, lorsque Agrippine fit exécuter Paulina LoUia (Vv Dion €assius 1. 60. c 83). On peut citer pareillement Antoine, qui se faisait apporter latètedes proscrits pendant ses repaSyCtFulvia» son épouse , femme aride de sang, qui prit même la tète de Cicéron sur sesgenoux etlui perça la langue afec des aiguilles (ib. , 1. i7, c. 9), — Voyez ausâ, dansJosèpbe (Antiq. 18» 5. 1.) , Tordre de Tibère à Vitellius, de lui envoyer la tête du roi Aretas. Cette coutume barbare prit sa source dans le désir des bommes puissants, de s'assurer par eux-mêmes que leurs ordres cruels avaient été exécutés. Le mode d'exécution est également conforme aux usages du ten^. D'après la version luthérienne, qui traduit ffwsKovKoLTff par c bourreau » , on est surpris que le bourreau portât lui-même la tète dans l'appartement royal , et ce trait remarquable donne au récit l'apparence d'un conte ; mais on ne doit pas ignorer que ce mot grec signifie f garde, » et les gardes du roi étaient jadis chargés des exécutions. (V. Wolf, Kocher^ KuinoeU ^ propos do Marc, 6. 27).
Nous venons de voir quek étaient les fonction* naires quiprirentune part active à. la condamnation de Jésus. Examinons maintenant le mode de cmi' damnation.
La première circonstance qui se présente à nous, est la déclaration des Juifs (Jean, 18, Si), qui porte à croire qu'à cette époque le droit d'exécuter des arrêts de mort leur avait été retiré.
Mais cette opinion parait en contradiction avec le Talmud , qui dit (principalement dans les passages ducod. sanhédrin, fol. IScoL 1, fol. 24, coL 2, fol. Al, col. 1.) que le jus tit^et necis avait été retiré aux Juifs iO ans avant la destruction du Temple ; d'où il semblerait résulter qu'ils jouissaient encore de ce droit à l'époque de la mort du Christ. Supposons que, d'après ce témoignage, il en dût être ainsi; nous trouvons cependant, d'tm autre côté , en faveur du récit de l'Évangéliste , le témoignage du droit romain ; car, d'après le droit romain, il est positif que le droit de mort n'appartenait qu'aux seuls pré*^ fcts des provinces *. D'ailleurs on peut fort bien re« garder les âO ans du Talmud conmie ne spécifiant point une époque précise, mais exprimant un nombre rond ; et cela d'autant plus , qu'il est ditdans un pas^ sage : « plai de iO ans avantla destruction du Temple » etc. (V. Iken Dissert. 11. , p. 526.) — Les premiers mots prononcés par le juge, en sortant de son palais , sont cette question : t Quelle accusation por^ tez-vous contre lui ? » Selon Jean , cette question bl essa è la vérité l'oigueil des membresdu Sanhédrin ; cependant, outre le témoignage d*Appien et de Phi Ion , Le Nouveau-Testament (Act. des Ap. 26, Id) ,
(*) «Le Préfet, est-il dil dans l'histoire de l'empire romain par Waltcr, avait le droil de vie et de mort , et les magistrats municipaux n'avaient d'autre droit que d'arrêter , de faire subir les premiei's interrogatoires, et de garder les criminels • précisément ce qui a été fait par le Sanhédrin.
prouTe aussi qu'elle était tout-à-fait dans l'esprit du droit criminel romain. Les membres du Sanhédrin variant dans leur accusation; tantôt ils Taccusent d'avoir violé leur loi juive , tantôt d'être un rebel. Ils s'arrêtent cependant de préférence à cette dernière accusation; et, sinrousréflédûssons que le trône était alors occupé par un Tibère » nous comprendrons quelle impression cette accusation devait fairesur un homme pour lequel la faveur du maître était tout* Par ce moyen» ils parvinrent enfin à leur but A propos du genre de l'accusation, nous ne pouvons passer sous silence une circonstance remarquable et providentielle : c'est précisément en conséquence de la nature de cette accusation que la vie du Sauveur s'est terminée par la mort de la croix , et que par là s'est accompli ce qu'il avait déjà prédit (Jean » S , lA. ) et ce qu'indiquent également des paroles comme celles de Luc (9, 23 , li, 27. Jean, 18 , 32). Si le Sanhédrin n'eût accusé Jésus que d'être faux prophète , son supplice eût été la lapidation. Rappel<ms à notre mémoire tous les détails de la condamnation , surtout d'après Jean , sans perdre un instant de vue cette question : est-il possible de penser que cette exactitude ne soit que le produit d'une légende populaire composée plus tard ? Nous ne savons plus où le Prétoire était situé ; il est possible que ce fût dans la citadelle Antonia ; du moins le préteur» lorsqu'il est venu dans la capitale, a plusieurs fois occupé le palais d'Hérode, qui était vide, et il s'en
est servi comme de Tr^acrdiptov {Jos.,De bdloJud., 2» ià, 8. nûlo, Leg, p. 103&). Lorsque les Juifs arrivent, ils refusent d'entrer dans le Prétoire , dans la crainte de se souiller (Jean, 18,28) • Pilate sort donc et va vers eux; et ce n'est pas une condescendance inexplicable de la part d'un homme , qui poursuivait les Juifs de ses mépris ; car Josèphe fournit de nombreux documents, qui prouvent combien au total les Romains avaient de condescendance pour les coutumes des Juifs. Ainsi il raconte (Ant. 16, 2, 3) conmient les Juifs ioniens se plaignirent au romain Agrippa , de n'être point traités conformément à leur loi , çt de ce qu'on les citait , par exemple , les jours de fête devant les tribunaux. — La sentence est rendue sur le Prétoire. L'habitation des proconsuls était en môme temps leur tribunal (Walter, Histoire du droit romains t. I, p. 340). D'après Jean , le siège du juge était sur une place appelée yoc^p«6« en araméen (V. mes Mater, pour servir à l'explicat. du Nouveau-Testament, p. 119 et suiv.) ; l'Évangéliste appelle cet endroit en grec Xi6ô<rr/)wTov, ce qui est l'expression technique pour dire un pavé en mosaique, tel qu'on le faisait dans les cours, sur les terrasses et dans les appartements (V. O. MûUer, Archéologie de L'Art, I, p. 394 et s.). L'Histoire concorde parfaitement avec cette donnée ; car la loi romaine exigeait que tous les criminels fussent jugés, non de piano ^ ou ex aquo locoy mais ex superiori; et, en outre , on voit dans Suétone (Caîs.
c. àô; cfr Casaubon), cpie les magistrats romains empoitatent dana leurs provinces ce qui était nécessaire pour faire ces pavés en mosaïque, et y plaçaient ensuite leur siège de juge.
Pour rexamen des autres circonstances, nous suivrons particulièrement le Mémoire de Ifug publié dans le 5* cahier de la Gazette deFribourg; et, pour ce qui concerne l'heure de la sentence de condamtîon , nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit. — Jésus est frappé de verges ; cette flagellation n*est pas la même que subissent les deux larrons, et qui . d'après la loi romaine , était toujours jointe au supplice de la croix. C'était une flagellation qui faisait partie de l'instruction, la (fiiœstio per tormenta. Cette punition n'ayant pas suffi à la soif sanguinaire du peuple, le gouverneur n'en fut pas moins forcé de porter un arrêt de mort contre Jésus. C'est donc de ce moment que cette flagellation fut considérée comme la préparation au supplice de la croix. C'étaient ordinairement les licteurs qui exécutaient la flagellation; nous voyons ici que ce furent des soldats : il n'y a rien là qui s'écarte des usages romains (V. Suétone, Calig. C.26) , et cette circonstance était d'autant plus naturelle, que le procurateur de Palestine était subordonné au préteur de Syrie , et n'avait point de licteurs. La conduite du gouverneur est conforme aux mœurs et à l'histoire de ce temps; les railleries que les soldats se permirent ne le sont pas moins. Ils vouurlent faire jouer le rôle de roi juif à celui
qui s'était présenté commo tel. Ceci explique la couronne , le Yêtement de pourpre , le sceptre , le soufflet (qui remplace pent-être le baiser) que Ton donnait au nouveau roi (Ps. 2, 12). L'installation du calife Motawakkel est décrite d'une manière ab» solument pareille dans Abulfeda (Ann. Mosh, 1. 2. p. 184) : « On lui ceignit le vêtement delà souve- » raineté , la parure royale fut placée sur sa tête , le • consécrateur le baisa ensuite sur le front et dit : » Nous te saluons, ô prince des croyants. » — A propos de la plante épineuse, on pense communément au rbamnus, que, par cette raison, on appelle aussi Spina Chrlsti. On trouve en effet cette plante dans la Palestine; mais, d*une part, elle n'a que fort peu d'épines , et » de l'autre , il est impossible de la très* ser. Un voyageur moderne a essayé d'en faire une couronne , mais elle se rompait toujours entre ses mains, qu'il choisit des branches jeunes ou vieilles, grosses ou minces. En re^uiche , une espèce d'adra» gante, ou épine de bouc , qui y croît également, se prêtait merveilleusement à cet usage ( V. Sieber , Voyage du Caire à Jérusalem, p. 1&3 et s.). Comme l'a remarqué le même voyageur, le sceptre a été prisa tort pour de la masselte; celle-ci ne croitpoint en Palestine et aurait volé en éclats au premier coup ; mais en revanche le roseau maritime y était très commun et y servait généralement de bâton de voyage. Les Romains crucifiaient hors de la ville (Voyez Plante, Miles glorios., act. 2 se. 4. )î notre-
Evangile s'accorde avec cet usage et nomme un lieu dont le nom c Calvaire » indique qu'il servait habituellement de lieu d'exécution. Dans Tévangile apocryphe de Nicodême» la sentence désigne maladroitement comme lieu du crucifiement le jardin de Gethsemani , c'est-à-dire une propriété privée. Cette tradition plus récente , en plaçant le mont Calvaire dans l'intérieur de la ville , à un quart de lieue à peine du lieu où était le temple, fait preuve, à l'égard de Jérusalem, d'une absence de saine critique: elle aurait à juste titre rendu suspecte la véracité des Évangélistes, s'ils nous l'avaient transmise. — Il faut que Jésus porte lui-même sa croix; cela est également conforme à l'usage , ainsi que le fait voir Plutarque (Desei'd numinis vindictà, c. 9). Lorsque le Sauveur succombe sous le fardeau, le premier venu qui arrive des champs est contraint, sans autre formalité, à la prendre et à la porter ; ce trait est aussi pris dans les mœurs du t#knps , car les soldats romains faisaient avec une arrogance extraordinaire des réquisitions dans les provinces, et on peut s'en faire une idée par les paroles suivantes du philosophe Arrien (4.. 1..): «Quand on te donne une • corvée et que tu es pressé par le soldat , soumets- » toi et ne te révolte pas ; ne murmure même pas , » sans quoi tu recevras des coups de bâton et tu n*en » perdras pas moins ta bête, t
Examinons encore l'acte du crucifiement lui-même. Toutes les particularités , dont l'histoire évan-
gélique £aîI mention â ce $ujet, sont entièrement dans les mœurs du temps : rinscription qui renfermait l'accusation placée sur lacroix» le breuvage que Ton présentait aux condamnés avant leur exécution *, le brisement des caisses, le coup de lance, la descente du cadavre avant le coucber du soleil, la remise au corps de la victime â ses amis ou à ses parents» Toutes ces circonstances sont confirmées de la manière la plus explicite par les a>mmentaire8 des écri-
* n existe, par rapport è ce breuvage , des différences entre les Évangélistes , et Strauss les exploite.
Ud passage de la Gemare (cod. Sanhédrin) montre le caractère historique de celte circonstance qu'un breuvage fut présenté è Jésus dans les premiers moments de son cruciGement : • Quand ■ an condamné partait pour l'exécution, on le reconfortait « avec quelques gouttes d'encens mêlées dans un verre de • vin , afin de l'étourdir. • l^s anciens médecins, par exemple Dioscorides, conGrment cet efTot de l'encens. Maintenant Matthieu (ch. 27, 5^.) dit que le breuvage se composait de vinaigre mêlé avec ' cXh , ce qui désigne toute espèce de chose amëre. Marc (ch. 15, 211.) nous apprend que c'était du vin dans lequel il y avait de la myrrhe ; la myrrhe a aussi «ne vertu aamopis- San te (Dioscorides, t i.cb. 69.)* Cependant l'encens n'est pomt formellement exclu par là; car il est possible que Marc n'ait indiqué de préférence la myrrhe , que parce qu'elle était une matière plus précieuse. Quant à cette différence entre les deux évangélistes, que l'un parle de vinaigre et l'autre de vin , elle disparait aisément ; car, si l'on pense à ceUe e^èce de mauvais vki que les AomaÎBs nommaient vappa, et les Grecs ô^rirr, M serait difficile de fixer la limite qui distingue ce mauvais vin d'avec le vinaigre.
Tains contemporains. C'est pourquoi nous ne nous occuperons que d'une seule circonstance , qui pourrait ébranler la certitude historique de ce chapitre. Lorsque le D' Paulus eut essayé de prouver (d'abord en 1792 , dans les Memorabilia , p. h , ensuite en 1805 dans son Commentaire ) que les mains seules» et non les pieds, avaient été -clouées au bois lors du crucifiement, cette opinion fut presque généralement adoptée parmi les théologiens allemands. Si elle était fondée, il est certain que le passage de Luc (2i,39.), d'après lequel les pieds portaient aussi les marques des clous, — supposé qu'on ne cherche point à le mettre à l'écart par une exégèse semblable à celle de Paulus, — devrait rendre très douteux tout le récit évangélique des faits relatifs au crucifiement. Si l'on se rappelle, en outre, que l'ancienne Église rapportait le passage du psaume 21, où il est question du percement des pieds, à la mort du Christ sur la Croix, ne devrait-on pas avouer que ce que Hitzig indique dans son Commentaire sur Isaie (p. 577), et ce que Strauss présuppose ne serait pas tout-àfait sans fondement ? Ne devrait-on pas spécialement convenir, qu'au moins en ce qui concerne cette prédiction, la vérité serait précisément le contraire de ce que Paul exprime dans son Épltre (2, 17) aux Colossiens? Ne semble-t-il pas que la matière historique de plusieurs faits racontés dans le Nouveau- Testament devrait être cherchée dans les Dicta
ctassica de rAncien-Testament, produits du sol historique des temps antérieurs, qui projetteraient leurs ombres sur l'histoire du Messie chrétien ? Mais dans Tétat actuel de la question , celui-là seul peut rester attaché à l'argumentation du D' Puulus , qui ignore complètement ce qu'ont dit, en faveur de l'opinion contraire , Hengstenberg dans sa Christo^ logie; Hug, dans les 3% 6* et 7" cahiers de la Gazette de Fribourg ; Bahr» dans la Gazette de llu/fel, et Heydenreich, t. 2, 2* p.; et enfin ce que j'ai dit moimême dans mon Indicateur littéraire au commencement de 1836, avec lequel il est bon de comparer l'histoire de cette discussion dans ce même Indicateur littéraire de 183i (p. 63-Ô5.). Nous rendons hommage à la loyauté de notre critique» qui se montre pour le moment convaincu par ces preuves; l'on pourrait cependant se demander si elles auraient eu près de lui le même succès, dans le cas où il n'eût pas eu d'intérêt à terminer l'histoire du Christ par un Vendredi - Saint qui ne fut pas suivi par un Jour de Pâques.
Dans ce qui précède, nousavons déjà touché çà et là une preuve de la crédibilité de Tliistoire évangélique, sur laquelle il nous faut fixer encore plus spécialement l'attention de notre siècle : je veux parler de la vérité psychologique interne.
Il y a des exposés delà vie de Jésus dans le genre de celui de Hess, qui renferment beaucoup de preuves de cette nature : tels sont l'ouvrage de Wizenmann ,
si recherché à la fin du dernier siècle » V Histoire de Jisas, d'après Matthieu, considérée comme portant en elle-même la preuve de sa certitude ; la Caractéristique biblique i de Niemeyer. On pourrait cependant composer un ouvrage spécial, où ce point de vue serait pris dans un but exclusivement apologétique. Pour justifier ce que nous avançons, nous aUons jeter encore un coup*d'œil sur deux hommes» dont la dernière partie de l'histoire évangélique» le récit de Jean surtout , nous fait seule connaître le caractère ; nous voulons dire Pierre et Pilate. Dans l'histoire de la Passion et de la Résurrection , nous trouvons quelques passages qui concernent Pierre spécialement ; et leur accord remarquable avec ce que nous connaissons du caractère de ce disciple , par l'histoire synoptique , par les Actes des Apôtres et par l'Épitre aux Galates, est d'un grand poids en faveur de la crédibilité historique de Jean. Ainsi» par exemple , avec quelle admirable précision la manière dont Pierre se comporte au lavement des pieds ne peint-.elle pas son caractère (Jean 13) 1 Dans l'ardeur de sa vénération » il ne peut d'abord supporter la pensée que son maître lui lave les pieds (v. 6 et 8) : c'est presque avec opiniâtreté qu'il s y refuse ; puis , quand son maître le menace de l'exclure » combien sa condescendance n'outrepasse*t-elle pas toute mesure (v. 9) I Si notre pénétrant critique insinue , au sujet de ce récit » que la légende pourrait bien , à l'aide de quelque pré-
— S73 ~ cepte d'humilité de Jésus y avoir fabriqué intégralement ce fait, nous le sommerons, avant d'ajouter foi à ses paroles , de nous prouver , les apocryphes i la main, que la légende peut imprimer à ses conceptions un tel cachet de vérité.
La vive curiosité de Pierre n'est pas moins caractéristique , lorsque , pendant le repas , il fait signe au disciple qui repose sur le sein de Jésus , de lui demander quel sera le traltro parmi eux. Pierre défendant Jésus , au moment de son arrestation , est un trait de caractère d'un genre plus palpable , et l'on pourrait concevoir que le critique prétendit reconnaître encore ici un caractère légendaire ; mais, quand on voit l'évangéliste nommer jusqu'au serviteur du grand-prêtre (18, 10), et même (v. 26) désigner un autre serviteur comme un des parents de Malchus > peut-on douter qu'il n'ait connu celui qui avait tiré le glaive ? Et d'autro part , comme cette connaissance des gens du grand-prêtre s'accorde bien avec la mention faite dans an antre but , qu'il avait été lui-même connu du grand-prôtoe (v 16) ! Avec quelle délicatesse de pinceau le caractère de Pierre se trouve esquissé dans le chapitre 20 , et dans le chapitre 21 ! Là , comme ici , son ardeur le porte à agir; Jean au contraire est constamment réfléchi. — Quoi de plus naturel que le ton humble , confus , et cependant assuré de Pierre repentant (ch. 21, 17)! Ce n'est pas seulement le caractère de Pierre , c'est aussi celui dt
Thoma», qui est dépeint a?ec précision dans ces chapitres. La propension à juger snr le rapport des sens , qui a empêché ce dernier d'ajouter foi à la Résurrection» à moins qu'il n'en eût une preuve sensible, y est décrite d'une manière tout^à-'fait vraisemblable et aiyec une rare exactitude psychologique.
DaAs sa relation de la conduite de Pilate , Jean déroule à nos yeux un tableau historique et psychologique plus vaste encore. Il serait toutefois désirable qu'un ami de lliistoire biblique fit ressortir la vérité de cette peinture par une étude plus complète du caractère de Pilate. Un livre singulier de Lava ter» dowt l'origine nous a été dévoilée récemment , renferme plusieurs choses propres à compléter ce portrait *. Remarquez d'abord à quel point le caractère du gouverneur , tel qu'il est dépeint dan» les évangiles , ressemble au portrait que nous en fait Josèphe ! Il avait , plus que tout autre gouverneur » traité les Juifs et leurs usages religieux avec un profond mépris , et sa violence
* Pomee-PiUttg, oa la Bible en petit et l'Homme en gr§tnd , Zarfeh» 4781. — Qôthe a fait connaître dernièremeat , delà manière suivante , ce qui a donné naissance à cet ouvrage. GOthe avait longuement discuté avec ses amis, sur la nature et les exigences du Drame; Lavater avait pris part à cette conversation ; la Bible étant, à ses yeux, un monde idéal dans l^ttel toiïle chose a son type, il voulut dès-lors prouver que le type do Drame se trouvait ansBi dans leNotveau Testament.
même devÎDt la cause de sa chute. Avec quelle ironie amère il repousse l'orgueil des Juifs (Ch. 18» 31) ! Avec quel ton méprisant (Gb.18, 33. 19, lA.) n'emploie-t-il pas ce mot « roi des Juifs I » Gomme Torgueil du Romain se montre à découvert (18, 36) I Avec quel mépris despotique ne rejette-t-il pas la demande du Sanhédrin, qui le priait de changer l'inscription (19, 21) ! Qui ne reconnaît, à tous ces signes, la violence et le mépris pour les Juifs, dont le récit de Josèphe nous donne la preuve ? Loin de suivre l'exemple des autres gouverneurs, qui , à leur entrée solennelle dans la ville, faisaient, par condescendance pour les JuiCs, enlever les images de l'empereur de dessus leurs drapeaux , Pilate fut le premier et le seulà.se mettre au-dessus de cet usage; il ne répondit même aux instantes prières du peuple que par des menaces de mort. Sous un Tibère, dont Tacite dit dans ses Annales ( 3, 38.) : MajestatU crimen amuium accusât ionum complementum erat, combien la menace des chefs du peuple (Jean 19, 12.) n'est-elle pas conforme aux circonstances de ce temps! Gomme le soupçon de Pilate (Matthieu, 27, 18,) s'explique facilement! Quel accord, soit entre eux, soit avec l'histoire, dans les traits caractéristiques suivants : Tantôt c'est un léger reste de cet • amour de la justice, dont le dernier des Romains se faisait gloire (Actes des Apôlres, 25, 16) ; tantôt une conscience qui n'a d'autre règle que la faveur ou la défaveur du monarque ; d'un côté, un scepti-
cisme qui désespère de panrenik* jamais à aacune certitude et rappeUe ce mot de Pline : Ut solum certttm sit nikil esse cerli, nec miserius ifuidquaM h&minê, nec superbius: de Tautre, la crainte d'un songe oa d'un fils de Dieu (Jean, 19, 8.); un Auguste lui-même ne pouvant rester seul dans l'obscurité » se faisant expliquer ses rêves, s^effrayant d'une chaussure mise de travers, comme d'un mauvaia présage, etc. (Suétone, Octav. G. 78, 90, 91, 92.) Et maintenant, que l'on veuille bien metire en regard un passage quelconque du portrait qu'un évangile apocryphe , comme l'évangile de Nicodème , nous fait du gouverneur ; par eiemple , le passage (page 606) ob il est dit : « Pilale appela le « coureur et lui dit: Va chercher Jésus et amène-le « ici , mais avec douceur. Le coureur sortit ; il ref connut Jésus, et prenant le drap qu'il tenait à la « main, il l'étendit devant lui et lui dit : Seigneur, « venez par ici : le gouverneur vous demande* « Les Juifs ayant vu son action , jetèrent les hauta « cris et dirent à Pilate : Pourquoi ne l'avez-vous « pas envoyé quérir par le hérault, mais par le « coureur, qui l'a adoré? Alors Pilate appela le « coureur et lui dit : Pourquoi as-tu fait cela? 11 « répondit : Lorsqu'étant à Jérusalem vous m'en- « Toyàtes vers Alexandre , je vis Jésus monté sur un « âne ; les enfants des Hébreux criaient vers lui : « Hosanna I gloire à celui qui vient-là vers nous 1 « sauve nous , toi qui es dans les cieux ! et je les vis
« répandre des brancbet de feuillage ei étendre des « vêtements devant lui. — Les Juifs répondirent : « Les enfanb criaient en langue hébraïque; comi ment as-tu compris Thébreu , toi qui es grec ? Le « coureur dit : Je demandai à un Hébreu ce que cela i signifiait» et il dm Texpliqua. Ators Pilate leur i demanda : Quel est donc le mot hébreu qu'ils ont « crié? Us répondirent: Hosanna. Pilate demanda c encore : Que signifie Hosanna ? Us répondirent j « SauveHQOus I Alors Pilate dit: Vous aves vousc mêmes crié ce mot, et vous vous êtes ainsi associés « à ce que disaient les enfants; quelle faute a donc € commk le coureur? Us se trouvèrent alors réduits « au silence, etc. etc. »
La comparaison de cette histoire avec celle de. Jean ne doit-elle pas faire éprouver au lecteur cette impression si différente que Ton ressent à la lecture d'un misérable ouvrage d'écolier, comparé à un portrait plein de vie et tracé de main de maître ?
Crédibilité de Vhistoire éuanfféliquCj démontrée par les Acte$ des Apôtres et par Us Épilres du Nouveau-Testament*
Si nous passons des Évangiles aux Actes des Ap6« très, nous devons nous attendre à ce qu'il ne soit plus question de mirQcU$» L'église primitive s'était approprié l'intégrelité des figures messianiques;
quel autre personnage sublime y aurait-il eu encore à couronner auprès du Messie , et où prendre d'ailleurs des couronnes» les prophéties étant épuisées? On s'attend donc dorénavant à une histoire simple , dénuée d'ornements et conforme au coufs ordinaire de la nature. Mais un changement si subit n'a pas lieu : les Actes et les Épitres prolongent la chaîne de ces récits évangéliques , et c'est encore le merveilleux qui en forme les anneaux. Le Christ n'est point semblable au sokil des régions tropicales , qui se lève sans aurore et se couche sans crépuscule; précédé» de plusieurs milliers d'années, par les prophéties» il est de même suivi par les miracles» et les forces qu'il a éveillées dans l'origine , sont longtemps encore plus ou moins actives. La critique a donc beau vouloir chasser le soleil de l'univers» il lui faudra combattre aussi l'aurore et les lueurs du crépuscule. Jusqu'à présent elle ne nous a point fait connaître les moyens qu'elle compte employer pour s'en débarrasser conmie de l'astre lui-même ; montrons» en attendant» que l'histoire de la primitive ËgUse est une chaîne qui » par l'ébranlement dont nous la voyons encore agitée » in<Uque que» dans l'origine , une commotion électrique a dû partir du ciel et frapper la terre.
Où finit, d'après la critique de la vie de Jésus, l'histoire de celui que le monde chrétien adore conmie son Seigneur et son Dieu? Au tombeau de Joseph d'Arimathie, autour de ce tombeau, où l'on
ne voit que des êtres timides, dont l'espoir fut enseveli avec le cadavre de leur Seigneur. Quelle cause a donc fait succéder à la scène dont le tombeau du Christ fut le théâtre cette exclamation de Pierre et de Jean : « Nous ne pouvons nous abstenir « de dire ce que nous avons vu et entendu (Actes cdes Ap. à 9 20)?» Le D' Paulus dit dans son Commentaire (Part. III. p. 807) : c Si Ton embrasse d'un coup d'ceil l'histoire de l'origine du Christianisme, depuis le dernier jour de la vie de Jésus jusqu'à cinquante et quelques jours au-delà , il est impossible de nier que , dans ce laps de temps si court, il a dû se passer quelque chose de bien propre à ranimer le courage abattu des Apôtres. Comment ceux que nous avons vus, dans le cours de cette nuit mémorable, remplis d'eQroi,dispo8és à fuir, irrésolus et ne sachant ce qu'ilsdevaientfaire , auraient-ils sans cela recouvré assez de force pour s'élever au-dessus de la crainte de la mort et pour s'écrier devant les juges irrités, devant les meurtriers de Jésus : t II faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ? • Quelque chose d'extraordinaire doit donc être arrivé dans cet intervalle ; le critique de Heidelberg l'avoue , et le docteur Strauss est d'accord avec lui : « Les aposlogistes, dit-il, insistent avec raison, encore au- » jourd'hui , sur le prodigieux revirement opéré chez • les disciples, qui, du profond abattement, du dé- » sespoir où ils étaient plongés à la mort de Jésus , » passèrent tout à coup à cette fermeté de foi, à cet
9 enthousiasme avec lequel ils le proclamaieut, à la » Pentecôte suivante, comme le Messie. Un tel chan* > gement serait inexplicable , s'il ne s'était passé , » dans rintervalle, quelque chose de propre à relever • eztraordinairement leur courage. » Oui» il s'est passé qiulque cho9€, mais t/uoiî Ce ne peut-être un miracle 1 Les astrologues de la foi rationnelle % aussi bien que ceux de la pensée pure ^*, voient cette impossibilité écrite dans les astres en caractères écla« tants. Mais pourquoi n'admettrait-on pas qu'à cette heure décisive et pleine de perplexité» la Providence aurait ménagé» en faveur du grand trépassé» un de ces moyens de sortir d'enabarras qu'elle lui avait déjà si souvent fournis. Cette bonne mèi^e » durant la vie de Jésus» ne muUipliail-elle pas merveilleusement les tempêtes en Palestine ; ne lançait-elle pas les foudres et les éclairs dans chaque ciix^onstance critique? N'envoyait-elle pas les léthargies et les spasmes toutes les fois que le Sauveur avait prédit la résurrection d'un mort? Qu'est-ce qui pourrait s'opposer à cette expUcation ? -- La pette de sang occasionnée par le percement des pieds et des mains ? Bagatelle ! d'autant plus que les pieds n'ayant pas été cloués» la suspension à la ciH)ix pendant sept
• C'est-à-dire l'école naturaliste, dont le chef est le doclenr Paolbi. (iVafd de CEditear, )
** Cest-à-dire Fécole spéculative , dont le chef est le docteur Stsaoss. (Note da l'Editeur. )
ou huit heures n*a certainement pas été mortelle. — Le coup de lance? vaine difficulté I w^cnv , peut tout aussi bien signifier un coup de lancette qui effleure la surface de la peau et produit une saignée salutaire. — L'air froid et comprimé du tombeau? danger chimérique I Todeur des aromates mêlée à la douce fraîcheur de Tair a fait au contraire Teffet d'un flacon de sels. — Voilà les arguments du rationalisme dépuis 1780 : s'il a cherché à ravir au monde chrétien eonVendredi-Saint, il lui a du moins concédé un joyeux jour de Pâques.
Le docteur Strauss a aussi besoin 9ide quelque chose» pour expliquer la révolution qui s'opéra dans l'âme des apôtres. La Résurrection? ce serait trop pour lui I D'accord avec l'auteur des Fragments de Wolfen* buttel» c'estle jour de Pâques qu'il enlève â la chré* tienté, afin de nous donner le Vendredi-Saint, — fête d'ailleurs plus appropriée à la sombre religion galiléenne. Ce queU/ue chose, qui motive dans la vie des Apôtres le brusque passage du désespoir à la joie du triomphe, ce sont divisions qu'ont eues les femmes , les Apôtres et les 600 Galiléens dont parle Paul ( 1. Cor. 15, 6). Ces visions ont bien encore quelque analogie avec les explications naturelles des miracles, précédemment usitées. On nous accorde même ici l'emploi du tonnerre et des éclairs» pour faciliter l'explication, Il vaudrait beaucoup mieux que l'on pût s'en passer ; mais l'Apôtre Paul , témoin non suspect , parle avec trop de
précision de la Résurrection comme d'un fait auquel il croit fermement» ainsi que les autres Apôtres ses compagnons. Et puis , il faut bien aussi que quelque chose rende plus facile à comprendre la conversion de cet apôtre ; et c'est pourquoi ces Tisions sont admises au moins comme une hypothèse provisoire, qui jette un pont entre les Évangiles et les Actes des Apôtres , en attendant que la critique de la vie de Jésus, prenant son vol d'un point plus élevée soit en état de franchir directement ce précipice.
Ce pont volant, jeté par l'imagination orientale des premiers Chrétiens, ou, si l'on veut, par l'imagination du critique allemand , nous sert & passer du sol de l'histoire évangélique sur celui des Actes des Apôtres ; et , nous appuyant dans l'examen de l'hypothèse de Strauss sur la règle assignée par Gieseler comme canon pour le jugement de toute hypothèse sur l'origine des Évangiles (Essai sur l'origine des Évangiles, p. 1A2.), nous demandons fii«{- Us consiijuences C histoire de l'Église nous autorise à tirer rétrospectivement sur l'histoire de son chef. 11 se présente deux hypothèses également admissibles , ce semble , pour celui qui considère l'histoire miraculeuse évangélique comme une production fantastique inspirée à TÉglise primitive dans le but de glorifier son Maître. Trouverait-on vraisemblable que l'impulsion , donnée à l'imagination des Disciples par les dernières visions et
par la croyance que le ressuscité était le Messie d'Israël, se soit perpétuée parmi eux » en sorte qu'ils aient aussi cru pouvoir opérer des choses exti*aordinaires , et qu'il se soit ainsi formé parmi euxmêmes un cercle de légendes sur de prétendus faits miraculeux ? Mais si» comme la critique de Strauss, on retranchait de la vie de Jésus tout fait providentiel en dehors du cours ordinaire de la nature , il paraîtrait aussi par trop invraisemblable que les Disciples de Jésus eussent cru reconnaître en eux ce qu'ils n'avaient pas même aperçu dans leur maître. Une autre supposition qui éviterait celte difficulté serait celle-ci : la première Église , dans son enthousiasme, se serait servi des prophéties de l'Ancien-Testament touchant le Messie , pour parer de faits miraculeux la vie simple et naturelle de Jésus; puis, satisfaite de cette œuvre importante, sans aller plus loin , elle se serait désormais bornée à y ajouter çà et là quelques ornements isolés. Cette dernière opinion sur la conduite de la société chrétienne ressort du point de vue de Strauss. Selon lui, on ne pourra jamais prouver c qu'un seul » de nos Évangiles ait été connu d'un des Apôtres et » avoué par lui comme son œuvre. »
Notre exégète se faisait une idée si peu favorable de l'imagination des Disciples que, si l'on en excepte les visions de la Résurrection, il leur refusait toute participation à la formation des mythes. On peut donc encore bien moins croire que ces hommes simples
aient adapté à leur propre vie des fèterneBls sym* boliques, dont ils avaient dédaigné de parer celle de leur maiire« Après toutes les aventures essuyées par les compagnons immédiats du Seigneur pendant leur vie, sur des iks enchantées, sur des bancs magiques couverts de brouillards, on devrait donc finir par débarquer sur la terre ferme d*une histoire ordinaire plus raisonnable et plus prosaïque.
Nous sommes assez heureux pour posséder tme histoire des Apôtres écrite par un compagnon de Paul, et des Ëpltres de jdusîeurs Apôtres, qui n'ont point été attaquées, ou du moins qui ne l'ont été que bien faiblement , par la critique la plus moderne. En prenant le caractère de ces ouvrages poar point de départ, nous nous trouvons en élat de por* ter un jugement sur ces deux hypothèses, et par conséquent sur la présnpposition du caractère mythique attribué aux Évangiles. Si la première de ces deux hypothèses est fondée, les Actes des Apôtres, ainsi que leurs Épltres, noas forceront à reconnaître en eux des hommes d^une sensibilité rêveuse et en* fhousiaste , et qui transforment chaque événement ordinaire en événement miraculeux. La seconde hypothèse, au contraire, est-elle la vraie; alors ces documents nous feront voir dans les Apôtres des hommes si complètement identifiés au cours et à Tordre ordinaire des dioses , qu'il n'y aura point de place pour le merveilleux dans leur vie. Mais le caractère des Actes aussi bien que celui des Épltres
r6poii8se ^jakment ces deux bjpokhéaos. Nous y rencoiàtrooM» à la Téritié» des faits miraculeux; mais ils aoot présenté» avec tant de aimpUcit^é^ et la coodttite ultérieure des thaumatorges est d'aiUeturs si pleine de raiscB, qu'il est impossible d'ékver le moindre doute sur la ^ncérilé et la véracité du témoignage que ces hommes se rendent à ,e^iir mêmes* D'un autre côté» leur vie $o passe dfois un oecde cpû ne jdooa eat pas étranger. Nous reconnaissons des persocmages, des événements. » .des coûtâmes » qui se sont déjà présentés à nous dans d'autm eirconstences; mais» à travers ce ccijcle de la tÎ8.0oaimoiie, on voit partout luire et percer le rayon miraccdeux qui part d'un monde plus élevé* Odcupons^nous d'abord du caractère historique des Actes des A^ôetres^ A nooins que l'on ne veuille regarder lelhrre enlier comme apocryphe (et per-^ sonne ne s'en est enoorre avisé) , on doit reconnaitre qoHl a ék^ composé par un ami et un compagnon deTapétre Paul, puisque l'auteur se désigne Iiuhmème comme tel. L'impression produite par la leelnre de tout t'ouvrage suffit d'ailleurs elle-même povr tranèher la question. Si oette impressitM^ n'est plus présente à laméntoîre, qu'on relire seulement les Actes depuis le chapitre iê, versetll, ju^u'à la fin» et tout individu jouissant de sa raison ne dou-^ tera plus qu'il marche ici sur un terrain liiatorique. On croirait même souvent que rauteur avait un Journal sous les yeux , et spécialement lorsqu^il écrivait
rhisloire du voyage en Italie (cb. 27 et 28) : ce cbe* min si long est indiqué station par station ; la profondeur de la mer est mesurée par brasses » et le nombre des ancres qui ont été jetées est compté; en un mot, tout ce qui s'est passé s'y trouve décrit avec tant d'exactitude» que l'on peut hardiment en appeler à tout historien » et lui demander s'il croit qu'une description aussi détaillée ait pu être £edte après un certain nombre d'années et sur uneûmple tradition orale? De deux choses l'une : ou Luc » aidé par une bonne mémoire» a rédigé Id-mème cette description aprèsle voyage» ou il en avait le journal sous les yeux. Luc n'a point assisté en personne aux événements rapportés dans la première moitié des Actes. Certaines expressions caractéristiques» certaines tournures que nous rencontrons dans tout le cours de l'ouvrage» ne permettent pas plus ici qu'à l'égard de l'Évangile d'imaginer perpétuellement des documents pareils à ceux qu'ont supposés Sdileiermacher etRichm» Defantibus Actorîmi Apostolorum. Hais le caractère historique et le caractère linguistique de la première moitié des Actes indiquent que Luc» en la composant» s'est servi de notes écrites, ou du moins qu'il s'est attaché à suivre assez exactement des récits oraux faits par des Juifs : en effet la langue a ici une couleur bien moins classique que dans la plupart des autres morceaux, à partir du chapitre 20» où l'auteur parait tout-à-fait indépendant dans sa narration. Dans le compte-rendu du
lîvro de VLajexdorK ( EUideê et critiiiHes, 1886, 4* cahier)» Bleeck s'est prononcé tout récemment duBe manière formelle en faveur de cette proportion ^ qu'il acherché à pi*ouver, que Luc a àù avoir sous les yeux des documents écrits. Ulrich en a fait autant dàiïsl0s£UuUi et criiiques (1837, 2* cahier).
Examinons plus sévèrement les Actes des Apôtres et faisons subir à leur caractère historiqne une épreuve- -de détail. Quand nous les comparons avec les Ëpltres de Paul , ils offrent, il est vrai, des difiéirences difficiles à concilier , et surtout des différences chronologiques ; mais aussi ils s'accordent avec elles ^dans des points si nombreux, que ces deux monuments de l'antiquité chrétienne déposent réciproquement en faveur de leur crédibilité. Mais, par leurs nombreux points de contact avec l'histoire classique, avec la géographie et les antiquités, les Actes de Apôtres «ont surtout propres à nous faire connaître Luc comme historien. Le lieu de la ^ène passe de la Palestine à la Grèce et à l'Italie: dans un pareil cas, si une fausse. désignation de lieu ou l'inobservance des coutumes juives sont suffisantes pour dévoiler l'ignorance d'un mythographe grec , à combien plus forte raison un mythographe juif ne couFra-t«il pas le même danger en parlant de ce qui concerne les Païens? Nous trouvons id une vie active et variée : aujourd'hui dans le cercle des coomiunautés religieuses de la Palestine, demain dans la capitale de la Grèce, au milieu des sectes
pinlosophicfues ; tantôt derdi)^ le tribunal des pro* OMKuIg rotnainft, tàntèt devant les toi» juifs; ici, en présence de?5 tribtinatix païens des provinces , là , en pleine mer; et nollé port des deftcriptiens VBfgiies ; àiai0^ au contraire, beaucoup de mmt^ét d'^événements connus > s^oit denfi ki gdegràpble , soh états rhîStoi^ : e'es* bien iôi que \e mythôgrafli* enthousiaste et peu fidèle à rhîtit<)ire peu t être pris sur le fait
Nom avons déjà en roceasictti de SéisÉnïefttte notre a«itour à une rigoureuse épreuve sUr Ce <}u1} dit rektivement au ftmctlonnàtîres juifàef roinirii^s de sot» époque : et ii Ta dtrpportée vi<ïtOTieusÉttierit. Cette épreuve s'appliquait prindfpaletnent àriAfidélitéhistoi^que;etiiotfS n'àTensMt toèntion ^û^'âccesdoiraaàent de quelques passage^ cofldei^aM le» choses plus antiques ; les relatiôtis elaminôes étaient prises d'ailleurs dafiS diverses parties de^ Acte* des- Apôtres. Nous àlloiis en faire ici tttt examen pliïs Aendu , et now suivrons fidèlement la marché de ITiistowe. On comprendra facilement qt*e Tapologiste rfoit faire un appel à Téquité dcr lecteui*, s'il se présente une lacune aa une obsctiri^^ur quelqucfs pomw de détail. Ou 6ëlt en effw que souvent, dans uttàutetir ancien ; lu pette d'une ftithple note dé deux tUotà , a suffi pour réndpe un autre auteur inexplicable, et jeter une obscurité complète sur son livre.
Nous parcourrons à peine trois des chapitres de notve auteur, —du chapitre 16 au chapitre 4S înclusivement» — en ^ommençarit précisément par le
— %S9mosf^exA où il enjtr^ lui^mMe eo ^oëiod cojiwM comt^W^m dp vojjag^ de r Apôtre, quoiqu'il ^vpSok s'en ^e séparé çle pouvec^u |>eu de tompa apràs. )^, comme p^urtouit, nw3 irenci^^obtr^ii^* 4é» lo» y^V^eÈB H etl2, d^déP)igi)s»liops géQgrQp(ii<|uea précij5f9, p^oit^ment pçdaform00 à ce qm Mu$ aavons d'diU^W^ sMr r,hi^t(]^rp ^ le3 Uemi: de ces t«mp8. L« ville de PhiKpp^s eat4ésigt)ée comme sr^inn iSç^i^ir l9t ^tt^fS^ip^ ir^Aïf , Mhinp^ Le» «régule», il ast vrai» qe Bojdt ,pas d'apo^rd sur iç. po^ni dç /$$^Yoir à. quoi do^t se rappigif^ter ^ im>t t^ï^» ; »ou^ pouvop^ laisser ce point de côt^ » ef Jtaire sevi}€wçnt rccparqucr ce qui. (i|uit. l"* C^ paas^, présuppp^iÇ qufi h M^édoioe a é^é divisée ep pU^i^îeurp p^utie» ; d'après Tite^Live (46^ 29) , Pajul-Eoûîe lî^iy^M^p^rtagée «uqwft tri^ parties. 2* PWlippes y est appelée UPP colopie : cette tille fut «a «(têt C4^UtfÀsé^ par Octare , loi:sque les partisans d'Antoine y lurent trau9p<>rtés (Dion-€asaius, L SI, p, 444*— PUnct HUt, nat, i^il.—DigeH., kg. 3«, W^."J)'aprèslever»et 1$, il existe près de la ville, ^qr Icd bords d'un fleuve , une *TfjrMu%i^ un oratoire* Le fleuve n'eat pAs nommé, mais nous savons que Plûtfpp«s. était sur }e Stryixion. L'eraloîre est sur les bords du fl^uie ; pr nous sorons d'ailleurs que Us jluifis 3e Immni les m^ns avsuit leurs prières, et qu^» p^r cette raison, ils aimûent à placer leurs oratoires près dos eaux. (Carpzov , Apparat, antiq. p. 320.) — Le verset «14 fait mention d'une Paiei^ne, qui s'était faite piosélyte juive ; or Josèphe
nofid apprend que les femmes paiemies , ne froa- Yant point une satisfaction complète dans leur propre rêligion, cherchaient une nourriture spirituelle dans le Judaisme , et que , par exemple , presque toutes les femmes païennes de Damas avaient embrassé le Judaïsme. Cette femme s'appelait Lydie : or, nous voyons dans Horace que ce nom était alors usité. C'est une marchande de pourpre deThyattre : Thyatire est une ville de Lydie ^ et la Lydie est renommée pour la teinture en pourpre (Valerius- Flaccus» à, 3d8. ; Claudien, Rapt. Proserp. 1» 27A; Pline UUt. nat. 7, 57. ; ^Ken , Hist. anim. A, A6.) Une inscription trouvée à Thyatire fait même mention de la corporation des teinturiers de cette ville (Sponius, MiscelL erad. anti^. 8, 98,).— Le verset 16 parle d'une servante qui a un ^veif^A ^vtiufos. nûd»r est le nom d'ApoUon , du dieu de la divination ; les devins s'appelaient tv^wkixoi et wvhoKttnriot. — llestdit au v. 27 que le geôlier, croyant les prisonniers évadés, veut se tuer. D après le droit romain, le geôlier qui laissait un prisonnier s'échapper devait subir la punition à laquelle celui-ci avait été condamné. (Voyex Westein, sur ce passage). — Au verset 85, le nom de a-rpùLmyoi est donné à la principale autorité de la ville. C'était le nom que l'on donnait alors au maire (magistrat municipal), principalement dans les villes colonisées (Spanheim, De usa et prœst. na-/ misniat.^l Audits. 9; T. 11, diss, 13; — Casaubonsur Athénée ô, 14.). Ces magistrats n'envoient point
des employés ordinaires , comme, par exemple, los v^nopmecy que le Sanhédrin de Jéraealem envoie dans la prison de Pierre (Act. des Ap. , 6» 22) , mais» selon la coutume das Romains, des pc^ov^our, des lie* teurs. — D'après le v. 38, les autorités sont effrayées, lorsqu'elles apprennent que les prisonniers sont des citoyens romains. Que Ton se rappelle )a tinquième harangue de Cîcéron contre Verres : lUa vôK H imploraiio : Civis rcmanus s tan, qaœ smpè muUU m ultimis terris 0pem inier barbares et saUftem tuiU... La loi Valeria garantissait tout Romain contre la peine du fouet , ou des verges.
Arrivons auchapi^e 17. Dès le conunencement, il ffiit mention à la fais des villes d'AmpfaipoUs , d'ApoUonie et de Thessalonique ; elles étaient en effet rapprochées les unes des autres. Le verset 6 parle de ces gens nommés «7opecr«e, subrostrani, sabbmiUeani, que Ton voyait particulièrement chez les Grées et les Romains : chez les Orientaux , cette espèce de gens se rassemblait sous les portes de la ville. Nous trouvons , au verset 7, Taccusation de démagogie, devenue si commune sous le règne des empereun» soupçonneux.
Le séjour de TApôtre des Gentils à Athènes est surtout décrit d'une manière remarquable et caractéristique. Comme tout concourt ici &nous Caire sentir que nous sonmies bien à Athènes ! Paul parcourt les rues, et, conformément à ce qu'attestent Isocrate, Himérius, Pausanias, Aristide et Strabon, partout
il les trouve remplies de monuments religieux» de statues et d'innombrables autels. Rome, au temps des empereurs» a dû en être si pleine, que Ton pouvait à peine s'y mouvoir. Concernant la ^cco'clacfMyMK et la foule des ônaâHiutra des dieux dans Athènes » voyez les recherches de Wetstein sur ce passage.
L'Apôtre trouve des Épicuriens et des Stoïciens sur la place pubUque, où les philosophes exerçaient leurs talents : l'ironie tombe de leurs lèvres orgueilleuses; mais la curiosité est plus forte que le mépris. Nouvelle confirmation des paroles dont se sont déjà servis Démosthènes et Thucydides» en parlant des Athéniens : « qu'ils aiment à entendre toujours quelque chose de nouveau (Y. les passages des anciens dans Wetstein) > Le vieil Aréopage apparaît sur la scène» et quel discours prononce l'Apôtre ! Quel mythographe juif eût été capable d'inventer ce discours» ^i s'accorde si complètement avec le carac^ tère franc et indépendant du grand Paul! L'Apôtre parle d'abord de l'inscription placée à l'autel d'un dieu inconnu : or il est parlé aussi » dans Pausanias (1. 1» 4) et dans Philostrate {f^ita ApoUonii, 6» t)» d'autels de dieux inconnus. Paul nous cite même le commencement d'un hexamètre d'un poète grec ; or nous le retrouvons exactement» jusqu'au yc^» dans le poème d'un compatriote de l'Apôtre» dans \es Phœnotnena du CiUcien Aratus» ch. 6. Ne faut-il pas qu'une relation presque littérale soit parvenue à Thistorien?
Est-il question de centaines, ou de milliers d'hom* mes convertis? Une légende fabuleuse n'eût certes pas manqué ce moyen de d<mner plus d*éclat à la première prédication de FApôtre dans la capitale de la Grèce : ici» au contraire , Paul n'attache à lui qu'un petit nombre d'hommes. Les philosophes se retirent» les uns avec l'ironie de l'Ëpicuréisme sur les lèvres» les autres avec l'orgueiUeuse satisfaction de soi-même propre au Stoïcisme : « Nous t'écouterons une autre fois. » Sommes^nous ici sur le terrain de la fable, ou sur celui de l'histoire? — Dans le 18* chapitre , nous trouvons » dès le second verset» une date historique : l'expulsion des Juifs de Rome par Claude; or on lit dans Suétone {Oaudius, c. 25) : JadcBos impuUore Ckresto assidue tmnuUuantes Borna expuliu — Le verset'S fait mention d'un usage propre à la nation juive : le savant juif est fabricant de toile pour les tentes. Quelque rare que pût être chez un philosophe grec la réunion de cette industrie à la fonction de professeur» elle était, chesks savantsjuifs, dans les mœurs nationales; car les rabbins eux-mêmes exerçaient des métiers (Voy. Winer» Dict. vèrit., diXxm.otMètier) . L'Apôtre avait une raison particulière pour choisir ce métier» c'estque ce métier était principalement en usage dans sa patrie» en Cilicie» où se trouvait une espèce de chèvres» dont le long poil servait à fabriquer de la toile pour les tentes; cette toile était appelée x<>txea (Pline, HUt. nat.s 6, 28; Servius, Georg. de Virgile, 8, 313).
Les verseto 12 et 13 s'accordent auasi merveitleusem^Qit aTec l'histoire » comme aov» atons en l'oeca'^ sion de le faire remarquer.
Les épreuves que nous venons de faire subir à notre auteur» n'ont porté que sur les eommencements de son ouvrage; mats les résultats sont las mèoies sur tous les points. Ils sont surtout frappants dan%les derniers chapitres des Actes» si^m les suit pas à pas ; et l'on ne pe«t a'empècber de se rallier & cette opinion, que Théophile devait avoir connu ritalie, et probablement môme y avoir étédomieifié. Comment s'expliquer autrement que lliistoritfi, en parlant (chap. 27) des côtes de l'Asie et de la Grèce» mette tant de soin i indiquer exactemecit les lieux et les distances , tandis qu'en approchant de lltalîe il en présuppose toutes les localités connues» Syracuse» Regium» PoQUoles» tt naèrne le petit bourg qu'Horace nous fait connaître» dans sa saitire I» b*7» sous le nom de Ferwm AppU, wmm que l'auberge appelée Très Tabem^e dans Cîcétv». Quwrid Josèpbe et Pàûlon parlent dé la ville de Pwnxoles » ils n'emploient pas la désignation romaiiie Hotco^oi; ainsi» lorsque Josèpbe raconte (V. sa f^ie, dtu 8) son premier voyage à Romd » il dési^ae cette viUe sous son nom grec Aexaea/ix^flc, eil ajoutant Iv Uoxtj6\wf *ireàêi Nce>.o09cv. Si je ne me trompe » il fait encore deux fois mention de cette ville dam ses ouvrages (V. Antiquitéi, L. 17» c. 12, g 1 et 18» 7)» et il emploie» dans les deux cas» le nom de ^ixtttmtixi^ *
et ^ilon également. In Flaccum I, II, p. 521 , 12. Josèpbe^ qui décrit Baïa elle-même avec plus d'exactitude, aurait eiicore bien moins cité un nom comme Très Tabema^, sans y joindre une indication plus précise, si ses lecteurs n'avaient parfaitement connu ritalie.
Et comme tout ici se trouve en accord aveic les circonstances et les relations de ce temps-là ! Paul arrive à PouEZoles sur un vaisseau d'Alexandrie. SeldnStrabôn (1, 17, p. 793, Cojoitfr.j, les vaisseaux marchands abordaient de préférence dans ce port. Strabon nous dit que leurs marchandises se répan-daient de là dans toute l'Italie. De ce point, le voyage devait se continuer par terre. « Ses amis (iM)ur ces détails nous suivons Hug) attendaient son arrivée, les uns à Forum Appii, les autres à Très Tabemœ, S'il venait par le canal que César avait fait construire à travers les Marais Pontins, et sur lequel le voyage se faisait plus commodément que sur le chemUi rdboteox qui le côtoyait, alors il mettait pied à terre à Forain Appii y où l'on chargeait et déchargeait les bâtiments (Acron. adHorat. serm., 1. Sat. 5, lA) . Une partie de ses amb le recevait ainsi à son débarquement. La station appelée Très Tabemœ se trouvait à dix milles romains ou deux milles d'Allemagne plus loin vers Rome {Itlnei^ar. Anionini^ éd. Wessel, p. 107), à peu près au point où la route de Velletri enti'e dans les Marais Pontins. La foule était moins grande ici qu'à Forum Appii ; ce lieu oflrait
per^owie» de» cLa^#^ ^levéci^ (Gicéf^ii^. AtUe., i^ 2 ; Ép. il ei 13), Cette portiw de? ^wi» de Pwl «e traw^ .wa$i dwf Tendrait ji^ i^w ^^wveoiMe pour le receToir, et le récit entier cadre p^rbiite-? ment avec la dj^po^tliM 4^ fi^M.et 1m circon- 9f^we» lofv^a d'alwsi. p
A{Mrè« de telle» pr^Mire?, e»»^ poml^k fl9 dwt^r fue les Açt^s df » Ap>&4?e9 ri^pp^wt sur tm %^xmn historique, et de pe paa a?o^er que I^^ ee^t tm inx>iii# aMw capable d'ôc^r^ l'I^âfmre qu'tm ^ «èpbe ? C wwii^nl 9e p«fi ifttre frappa de celte coiieordanoe perpélueUe de notsG auliew «^f^a ce que poui» jQQnQfti^^QQ? de r^isKÂre et de k géographie juives et praSpnie» ?
Novs avpof vuiqoelaori» de trâmf^ wfte errepr aappoeée de Luc, dans son JÈfmi^le (Cb^ ^« 1. 2.)> a donoé lieu. Il e»9te mmi daxis les Actes des Apd^ tre» «vue date oii une semblable erreur parait maaitefiti^i et queUe clamew n'a^treUe pa» d^à excîlée panxiî Jm déiflte^ wglais.? Now vpuJoii» parier du paa^q^e 6» 3fi. des A^ea. (kmfliîtl y (ait mentira du rebette Tbéodasi or, d'après Joeéfbe (Ant*. 29, 8.)^ ee Tbéoda3 ne ae révolta que sous le procurateur Cuspius Fadtis, eW-àTdire, au plutôt en Tan ii. Or, Gamsdiel ayant tenu ce discours sov3 le ri^gme de Tibère, et par conséquent sept ans avant la révolte de ce Tbéodas, il paraîtrait qu'on a inter-
délé dkm lé dli^tim dd Doet^f ]ùlf i^ fàii doiit il A'a pas mèÉàépn avoir tcnMiii^stice. Si cette étrenr ssftàt réeïhmetït en lieti, il y aurait utie double méprise { Car il est dit, an terset 87, qpne Judas le Galilééii se i^Voltâi èrpiffa ce Théodàs ? et cepcfwdant il part* ôvatit hrt ; à ped près éil Tan •?. à cela est propre i étefllet notre défiance, tiotis profiterons aussi de cette circottstattice pour faircî reùjfârcjuer (jue, datïs le nombre si prodigieux des cas où nous atoïï» eu des moyens de contr6le, il ne s'en est pas ttatÈ^é un seul qui ait feurni prétexte à un pareil' soupçon *. Que dans cetfO' circonstance Luc dit o6inini9 une erreur historicfue, c'est ce* t[\xi paraît d'abord traisemblable ; mais ne doit -^ on pas éroit^ que Lté attra cherché à apprendre dé Paul lui-ùrème ce que son maître àvah dh et feit? Et né Serait-^ il pas étonnant que Paul n'eût pas eu eonnaissèmce des paroles décisives prononcées par son maître dans le Sanhédrin ? Un lecteur équi*
* Cne des preuves les plus fortes par lesquelles on puisse démonlrer l'authenticité et la véracité d'un livre , ce sont certaines coïncidences minutieuses entre les faits qu'il cibntient et ce que tfwtto documents noils apprennent des ttidnits et de l^lHSCôire du Même letaps. Or, plus on étadiô lés Actes des Apôlres , et plus on y découvre ce caractère d'une manière frappante. Les rapprochements faits par Lardner et par I^Iey^ ne laissent pas le moindre doute à cet égard. — Voyez Lardner, The credibility' of the Gospel history, — W. Ï*aley , Preuves du Chriiiianisme, trachict. Levade. (Noie de VÉdiieur,)
— ses —
table hésitera au moins à aceuser Luc d'erreur sur ce seul fondement ; il en sera encore moins tenté s'il réfléchit que la relation de Luc, rappelant jusqu'au nombre des partisans de Théodas» présuppose une certaine exactitude ; qu'il parle de la révolte de Judas leGaliléen avec une grande précision» quoiqu'elle date de plus de quarante ans avant son arrivée, et qu'il s'accorde entièrement avec Josëphe sur ce point L'exactitude de cette relation fortiGant donc la confiance que nous avons en Luc, nous fait un devoir d'essayer au moins de concilier ce qu'il dit de Théodas avec le récit de io^èfhe. Gela nous parait très-facile. Il suffit en effet d'admettre que, dans l'espace de ciiiquante à soixante ans (sup* posé que le Théodas de Josèphe n'ait en effet paru sur la ^ène que l'an hh. , et celui de Luc en l'an 7, ou à peu près), il se soit trouvé un autre rebelle célèbre de ce même nom de Théodas. Ce nom était on ne peut plus commun (Voy. Wetstein), et il y avait alors une foule de conspirateurs. Notre hypothèse, il est vrai, manque d'un point d'appui historique; aussi convenons-nous facilement de son peu de consistance ; et nous dirons la même chose de la dissertation du D' Kûhn, qui a commenté récepmient ce passage, avec une grande perspicacité, dans le Journal de Giessen , à l'usage des théologiens catholiques, (v. l.,part. 1). Cette hypothèse est néanmoins de telle nature , que les présomptions énumérées cidessus ne permettent pas de la reléguer de prime-
àbotd dans le domaine de Thisloire fabuleuse *. Sonnlag Tient de traiter tout récemment ce point historique relatif à Théodas ; il Ta fait ^vec plus de développements et plus scientifiquement. L'existence réeUe de deux rebelles du même nom de Théo^ das parait possible à cet auteur. En prouvant que dans le laps de temps qui s'est écoulé entre la mort d'Hérode I*^ et la destruction de la capitale» il s'est rencontré (rois rebelles du nom de Judas» et cinq conspirateurs du nom de Simon, il fait voir que l'identité :du nom ne doit éveiller en nous aucun scru« pule. Le seul qui puisse nous rester, serait donc de peilser que Joséphe aurait entièrement passé sous
* Il s'est présenté depuis peu , sur le terrain philologique » ua cas où, le nom et les diverses circonstances de la vie de deux individus étant les mêmes, Topinion des critiques s'est partagée comme elle l'est ici : les uns ont soutenu ridentlté de ces deux individus, les autres leur diversité. L'histoire parle d'un joueur de guitare nommé Klvvoç, et d'un joueur de flûte appelé KoifvoLÇ^ qui vivaient du temps de Socrate. Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer que le dernier de ces noms n'est que l'expression Tulgaire du premier. KOster et Meinecke pensent que ce sont deux personnes différentes ; le philologue V. Fritzsche ne partage pas cette opinion, et il en donne trois raisons ; 1* ces deux noms sont véritablement identiques ; 2* il est facile de prouver que les joueurs de guitare étalent souvent en même temps joueurs de flûte ; y prœterea in Conno Connaquemin congruunt temporuui rationt»^ arîi$ prœgtantia, iniqua eontemtio, magna paupertas. Le professeur Meier qui « dans sa critique de l'ouvrage de Fritzsche, insérée dans le Journal de littérature de Hall (i8S6, nov. 69. ]v
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