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pilation, une masse de difficultés, dont la critiqué orthodoxe ne triomphera jamais complètement *. Il nous importe donc de leur enlever cette fatale confiance. Notre tâche est d'ailleurs facile à remplir , du moins près des hommes graves, qui cherchent sincèrement la vérité ; or ces hommes sont les seuls auxquels puissent s'adresser utilement le théologien et Texégôte. Puisqu'on vante tous les jours avec emphase Térudition et la bonne foi des exégètes rationalistes de l'Allemagne, montrons que nul de ces exégètes si admirés ne peut entrer en parallèle avec un Dom Galmet, ou un Lardner. Prouvons que leurs systèmes hétérodoxes n'ont de racines que dans l'habitude d'un scepticisme déraisonnable , ou dans des hypothèses arbitrairement préconçues. Faisons voir enfin qu'ils ne sont pas plus le produit de la science que les paradoxes du P. Hardouin n'étaient le fruit de sa profonde érudition **.
III. — Ce n'est point que nous devions entreprendre de discuter en détail les monologues confus et discordants, qui s'élèvent et meurent chaque jour, au sein des
* M. Saissel, par exemple, convienl que ce livre est « plein d'erreurs • ; mais il se hftte d'ajouter « qu'une érudilioii forte 9t SOLIDE y est mise an service d'une conceplion originale, • (Revue det Deux-Mondes, févr. 1845, p. 597-398, et Essais 4ur la Philosophie et la Beligion, p. 240.)— -Quand Strauss t'attaque à la porlion naturelle de Ja vie du Christ , les rationalîstds prudents se hâtent de l'abandonner ; ne leur suffit-il pas de le proclamer fort et solide dans sa critique de^ kuiracleft évangé-. liques ?
*• On sait que le P. Hardouin contestait sérieus(^mentraatbenticité de rËnéide.
universités pruâsiennes , saxonnes et wurtembergeoises. Assurément , nous avons mieux à faire que d'aller con^ sumer nos forces dans une lutte stérile contre des impiétés éphémères, qui n'ont pas même la chance de trouver parmi nous un obscur traducteur. Il ne convient pas de nous préoccuper outre-mesure des critiques sans nom et sans influence. Avec de pareils adversaires, il n*y a qu'un moyen d'en finir ; c'est de tracer un tableau fidèle de leurs variations et de leurs discordes. Le public ne sait pas assez que , dans l'ardeur de la dispute , la plupart de -ces critiques se sont chargés eux-mêmes de se confondre réciproquement. • Tel conseiller^ qui nie l'authenticité de « la Genèse, est réfuté par tel autre, qui nie l'authenticité <c des Prophètes. D'ailleurs, toute hypothèse se donne fiè- « rement pour une wérilé acquise à lu science, jusqu'à ce « que l'hypothèse du lendemain renverse avec éclat celle « de la veille *. n Quel livre piquant et instructif on pourrait faire sur les variations de ce protestantisme exégétique ! Mais, au sein de cette bruyante mêlée, qu'il suffit de pemdre à grands traits pour la faire apprécier, il y a deux ou trois hommes qu'il importe d'étudier plus attentivement , et de réfuter d'une manière plus approfondie , parce que leurs noms et leurs ouvrages ont trouvé eu FVance des traducteurs, ou (ce qui est plus dangereux) des abréviateurs et des preneurs enthousiastes**. Le plus célèbre de tous ces exégètes, le plus audacieux
• E. Qdiiibt, JLlemagtie et Italie, t. 11% p. 344.
•• Cfr, dans V Encyclopédie moderne , les articles exégétiques cl théolôgiques de M. Maurj, Apocryphes, A pâtres, tic, (Celle encyclopédie a eu déjà trois éditions). — M. E. Quinet , dans son Ginifide» religions (livre V), a résumé, soas une forme plus
et le plus fort , sans contredit , c'est le D' Strauss. Esprff froid et lourd , sans élévation et sans largeur, mais subtil et infatigable ; il a concentré sur une qaestiori d'exégèse des facultés puissantes , qui rappellent , dans des proportions plus étroites , les talents si divers de Bayle et de Spinosa , de Lessing et de Schleiermacher, de Kant et de Hegel. Un examen approfondi de sa Vie de Jésus nous suffirait donc, pour faire juger au public fran<^ais cas éru-
▼agae ei plus réservée, mais plus brillante, les théories naturaliiieê et sceptiques de Hcrder , Gesenius , de Wctte , Ewald , Uoibreît, etc. — Deux professeurs de PÉcole Normale, MM. Saisit et Vacherot semblent aussi avoir pns à tâche d*introduin^ dans renseignement universitaire les principes les plus dange- Tcux de Tcx^èse et de la théologie rationalistes. Cfr la traduction du traité Théologicopoiititjae de Spinosa, par M. Saisset, et les observations que j'ai faites sur l'insertion de cet ouvrage dans la WibliotUètfue philotophique destinée à la jeunesse de nos écoles universitaires {Correspondant, t. IX, p. 795 et suiv.). Voyez aussi Vllistoire de l'école d* Alexandrie, par M. Vacherot, directeur des études à TÉcole Normale ; la traduction du livre de Kant sur la Religion^ et Tabrégé du même ouvrage publié par M. Bouillier , professeur de Philosophie è la faculté de Lyon. — M. Ladrange ayant d'abord hésité à recevoir la traduction de la Vie de Jésus , attendu que ce livre semblait sortir de sa spécialité commerciale, M. Cousin intervint et décida que ce résumé de Tex^èse rationaliste avait sa place naturelle dans une librairie philosophique, Strauss n'était-il pas , comme lui M. Cousin, disciple de Hége! ? — L'éditeur de l'école éclectique se chargea donc d'éditer la prétendue Fie dr, Jésus, qui lui était ainsi recommandée par son illustre patron. MM. Cousin et Jouffroy reçurent les premiers exemplaires du livre , et leurs disciples se chargèrent de le propager au sein de TUnivcrsîté.
dits si vantés et si peu lus. Leur exégèse, qu'on suppose profonde , parce qu*elle est ténébreuse et qu'on la voit de loin , est résumée tout entière dans ce livre , du moins en ce qui concerne le Nouveau-Testament. Eh bien ! on ne saurait extraire de cette indigeste compilalation un seul argument , dont le simple bon sens ne puisse triompher, ou que les apologistes français et anglais du xvin* siècle n'aient déjà discuté victorieusement Strauss ne connaît que les travaux des exégètes de soa pays ; il exhume et cite en note les dissertations les plus obscures, ensevelies dans les recueils périodiques de ses confrères; il les discute comme des autorités du plus grand poids ; mais il prouve à chaque instant qu'il n'a jamais lu les travaux les plus solides des coninxentateurs orthodoxes , nés en deçà du Rhin. Pour lui enlever le. prestige de sa réputation , on n'aurait donc besoin que de mettre en face de son livre les exégètes et les apologistes français , italiens , ou anglais du xvii* siècle e^ du xvni* , Maldonat, Mauduit, Dom Galmet, Bullet, Bergier, Valsecchi , Fabricy , Lardner, Paley, etc. * Et si
* Cfr Mauouit, Analyse de C Évangile, ielon L'ordre historique de ta concorde^ avec des dissertations sur les endivits difficiles : Des Actes des Apôtres; des Epttres de S. Paal et des ÉpUres canoniques, 169^9 7 V. — Don Gauibt, la Bible avec an commentaire littéral et critique, 9 v. in-folio, 172^ ; Dictionnaire historique et critique de la Bible, à v. in-folio, 1759. — Colonia, la lleligion chrétienne autorisée par le témoignage des auteurs payetis. — Bollbt, Réponses critiques aux difficultés proposées par les incrédules sur divers endroits des Livres saints, 3 v. in-12 ; Histoire de l'établissement du Christianisme, tirée de» seuls auteurs juifs ti payens, ok l'on trouve une preuve solide de Ui vérité de cette religion. — Bbr- (;iBii, Certitude des preuves du Christ ianinnc, 2 v. in-12 ; cet ou-
fon voulait se borner à un point décisif , il suffirait même de comparer le chapitre où Strauss? a discuté l'histoire de la Résurrection , avec le livre si judicieux et si péremptoire de G. West *.
Apprc^rier ainsi à la controverse actuelle les travaux si peu connus des apologistes et des commentateurs orthodoxes , depuis Origène jusqu'à Bergier, voilà sans doute un des moyens les plus efficaces de faire comprendre à nos contemporains que les vieilles preuves du Christianisme n^ont poinrt disparu dans le creuset de la science moderne. Mais, pour avoir cours aujourd'hui, Tor pur que nous ont légué nos jneux ancêtres, doit subir une refonte et recevoir une empreinte nouvelle. Fils du xviii*' siècle, les hommes que nous avons à convaincre, ont si complètement rompu avec le passé, qu'ils refusent de s'entendre avec quiconque n'a pas arboré les couleurs du présent. Sachons donc mettre en pratique cet adage plein de sagesse , que les maîtres de la science catholique
Trage contient, à lui seul , une excellente réfutation du système de Strauss ; Traité de la vraie religion , S v. in-8 ; Dictionnaire de théologie, 8 v. in-8*. — Valsecchi » la Religione vineitrice retativa ai libri da fundamenti, etc., Padoue, 1776, 2 v. — Larombr, Crédibilité de l'histoire évangélique , ou les faite rapportés dans le Noaveau'Teetament justifiés par le témoignage des auteurs contemporains, 6 v. in-8**, 1727-i7à5; Défense de trois miracles, etc. — Ddvoisiii , Autorité des livres de Moiu , et Autorité des lipres du Nouveau-Testament. — Fabucv, Des titres primitifs da la révélation, 2 v. in-S*, Rome, 1772.
* Ce livre a été traduit par Tabbé Guénée, avec Topasculede Lyttleton intitulé : Le Christianisme prouvé par la conversion de S. Paul. M. Mignc a inséré celte .traduction dans son recueil (les Démonstrations évangélifjues.
u'oublièreat jamais : Non mva, sed novè ! * Malheur à qui n'aurait pour lui que la vérité , le bon sens et la science du passé I Le présent n'estime que lui-môme et ne veut relever que de lui-même. Voulez-vous obtenir son attention ? Sache? le convaincre avant tout que vous connaissez à fond ce qu'il estime , ce qu'à tort ou à raison il croit supérieur à la science de nos ancêtres.
A ceux que décourageraient les difficultés de celte tâche , nous pourrions offrir un moyen plus facile de travailler utilement à la défense de nos saintes Écritures ; c'est de donner à notre patrie des livres tels que celui dont nous présentons la traduction au public. Il n'est pas facile, je le sais, de faire un bon livre, lors même que les matériaux nécessaires à sa composition existent sous notre main. Ce sera toujours là le privilège d'un petit nombre. Mais combien d'hommes pourraient s'élever, avec de l'ardeur et de la patience, au rôle modeste de traducteur? Or une bonne traduction fait connaître un bon livre. Et, à cet égard comme à bien d'autres , nos adversaires peuvent nous servir de modèle ; car ils ne cessent d'employer ce moyen si puissant de propagande. Il ne paraît pas à l'étranger un livre utile à leur cause , que ce livre ne soit traduit presque immédiatement. Qui ne sait que nos rationalistes vivent presque imiquement des emprunts
* C'est ce que M. Rossignol a tenté dans ses Lettres êur J,C Hais nous n'oserions proposer la forme de son livre comme un bon modèle, éi elle suppose une érudition peu commune et une imagination brillante , en revanche on n'y trouve point cette précbion, cette limpidité naturelle et cet entraînement logique, qui nous semblent les qualités littéraires les plus dé^ sirables dans an livre de théologie et d'exégèse.
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qu'ils ont faits à l'incrédulité germanique ? Ils ont découvert au-delà du Rhin un Nouveau Mondes que sa langue rendait inabordable à la foule. Sous une atmosphère obscure , cette merveilleuse contrée nourrissait des populations d*érudits , de philosophes, de poètes , occupés sans relâche à amasser des trésors scientifiques et littéraires. Depu's que M"* de Staël et C. de Villers nous ont révélé cette Inde mystérieuse , des nuées de littérateurs sont allées s'abattre sur les universités de Gœttingue, d'Iéna , de Berlin et d'Heidelberg, pour les dépouiller de leurs richesses. Aujourd'hui, tous les ouvrages les plus célèbres et les plus dangereux de Lessing, de Herder, de Gœthe , de Kant , de Fichte , de Schelling , de Creuser, de Hegel, de Strauss, etc., sont traduits , ou vont l'être.
Pendant quelques années , nos ennemis ayant seuls l'exploitation de la science tudesque, on crut qu'il n'y avait que des rationalistes de l'autre côté du Rhin. Mais, grâce aux efforts de nos littérateurs catholiques, cette illusion commence à se dissiper: Déjà les principaux ouvrages de F. Schlégel , de Slolberg , de Mœlher, de Walter, de Dœllinger, de Theiner et d'AIzog, de Voigt, de Ranke , de Hooke et de Hurter, ont passé dans notre langue Mais il y a encore bien des matériaux précieux à extraire de cette mine inépuisable. Le livre que nous publions, n'est en effet que le second volume d'exégèse sacrée, dont l'Allemagne chrétienne ait, jusqu'à cette heure, enrichi la France *. Et néanmoins, que depré-
' Le premitT a été publié par M. Fr. NeUement (qui n'est pas le brillant auteur des Etudes critiques sar le roman- feuilleton) , on V. in-18. Ce volume contient l'ébauche d'une f^ie de Jésus,par le D' Kftbn. Il y a dans ce livre un bon nombre d'obser-
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cieux travaux Ueydenrich , Uug , Kûhn , lahu , Pareau , Wiodischmaiin, Olshausen, Hengslenberg, Bengel, Oahler, Keil, Kueper, Baumgarten, Ranke, Haevemick, Hofiman et Thoiuck * ont faits pour la justification des livres saints ! Gomme les témérités de l'exégèse perdraient leur prestige en face d'une collection qui résumerait avec clarté , méthode et discernement , ce qu'il y a de plus solide dans les recherches de ces exégètes si religieux et si savants ! Sans doute, il y aurait des inconvénients plus ou moins graves à traduire , d'une manière complète , ces doctes critiquas. Pour réussir de ce côté-ci du Rhin, pour y être véritablement utiles , ils doivent tous , môme les plus irréprochables, subir de nombreuses coupures. Mais que de richesses scientifiques il resterait encore dans leurs livres , après le triage le plus sévère , et (comme f^ibuiz le disait des philosophes du moyen-âge) que d'or pur, que de perles inappréciables , un esprit judicieux et patient ne trouverait-il pas sous le fumier de cette scholastique ! Nous serions d'autant plus coupables de négliger ces ressources, que nos adversaires ne sauraient en contester la valeur, sans se contredire eux mêmes **. Bien
vatious très judicieuses ; mm elles sont tellement enveloppées de brouillards, qu'il n'est pas facile de les apercevoir avec netteté, quelque peine qu'on se donne pour y parvenir.
* On trouvera dans Vlnlrodueiion h'nforique et critique aum livre* de Vaneien et du Nouveau-Testament , par M. Glaire , une analyse fidèle , mais fort incomplète , des principaux ouvrages de ces savants critiques.
** M. E. Quinet, juge peu suspect en telle matière , a été contraint de rendre hommage à nos frères d'outreBhin. • Là, dit-il • le Catholicisme sait que le temp de la discussion est
des hommes qui dédaigneraient obstinément de lire nos commentateurs et nos apologistes des siècles passés, accueilleront avec plus de faveur la défense de nos saintes Écritures, quand elle leur sera offerte sous la garantie d'une gloire littéraire consacrée par l'opinion unam'me du monde savant, sur la terre classique de l'exégèse. Tel est l'espoir qui nous a.porté à entreprendre la publication présente.
Essayons de faire connaître l'auteur et Tobjut du livre que nous ofTions ici au public français.
1. — De l'aveu des rationalistes les plus compétents , M. ThoJuck « occupe à juste titre un rang éminent parmi les théologiens et les orientalistes de l'Allemagne *. » Penseur ingénieux , critique pénétrant ,
arrivé pour lui Cette nouvelle situation, il l'accepte ; il ne
déclame pas, il étudie..... ; il suit pas à pas ses antagonistes dans tous les détours de la science. A une érudition sceptique , il répond » sans violence , par une érudition orthodoxe , etc. • (Des JésuUêê,]^ 501*502.) Ailleurs, M. Quinet avoue que Texégiise rationalbte a rencontré aussi de très savants adversaires parmi les prolestans {Jllemagneel Italit, t II, p. 339).
* Ainsi s'exprimait récemment un des membres les plus distingués de l'école éclectique , dans un livre où il combat l'opinioti de M. Tboluck sur l'origine de la Kabbale (Cfr La Kabbale, par M. Ad. Franck, p, 35). Plus loin , M. Franck rend un nouvel hommage à la rieite ivudUion de sou adversaire et à $a franchite, qm égaU sa sciâtue (p. i4) ; puiSt s'emparant
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il a consacré à la défense de TÉvangile une érudition bien supérieure à celle de Strauss *. Nous devons nous borner ici à indiquer, en peu de mots, le plan général des nombreux ouvrages qu'il a publiés, dans l'intérêt du Christianisme. « La vérité de l'Évangile, dit-il, pénètre dans l'esprit de trois manières : premferement » par Texpérience de la vie chrétienne ; secondement , par l'étude des témoignages historiques ; troisièmement « par la spéculation et l'exposition scientifique du dogme , exposition qui sert de justification à la doctrine révélée. » Les travaux successifs de notre auteur appartiennent à ces trois phases de la démonstration évangélique **. Il débuta par un livre mystique sur le Péché et le Rédempteur. A cette
d'une concession de M. Tholuck, il remarque avec satisfaclion qu'elle • ne pourra manquer d'autorité dans la bouche d'an homme si profondément instruit de la philosophie et de la langue des peuples musulmans (p. 420). • Noire auteur s'est acquis en effet une hante réputation d'orientaliste par ses ouvrages sur les Soulfis persans, sur la Kabbale et sur la philosophie des Arabes. (V. Soffismus, Sive theotophm perêarum-paniheinica , Berolini , 1821 , in -8*; Commeniatio de vi quam grœea philcsophia in ibeologiam tUm Mutuimmedanorum, tàmjudeorum extrtùerit^ Hambourg, 1835 . in 4"*; De or tu Cabbalœ , Hambourg, 1857).
* • Tholuck qui embrasse tout, • dit le D' Strauss , avec un ton d'humeur jalouse.
** Cfr Du Péché et du Bédempteur; — Commentaire sur l'évangile de S, Jean ; — sur les Epttres aux Romains, aux Hébreux , et sur te serm<m des hmit Béatitudes ; — Doctrine spéculative de la Trinité. • L'exégèse, dit le savant Aliog, a singulièrement gagné en sérieux et en vérité, grftce aux éclaircissemcnlâ t\!dii Tkoldck et Obhausen ont cherché dans les Pères de T Eglise. > iUistûtre univ. deCÈgL, L JII, p. §81.)
époque, il s*inspirait surtout de la théologie professée par Schleiermacher ; mais , détournant cette théologie de sa tendance panthéistique, il la transformait en un mysticisme sentimental. Des réflexions plus profondes ne tardèrent pas à lui faire comprendre que les doctrines de son maître n'accordaient pas assez d'importance au fondement historique de la foi , et Tétude des apologistes anglais fui donna la pensée de publier quelques ouvrages sur les questions que ces savants hommes pnt si solidement traitées. Durant ce temps là , l'influence de Hegel vint à prévaloir sur celle de Schleiermacher. Conformément à ses habitudes bienveillantes « M. Tholuck essaya encore de donner un sens chrétien aux formules ambiguës de la nouvelle école , dont l'enseignement se prêtait par son obscurité aux interprétations les plus opposées. Mais il ne tarda pas à remarquer, chez la plupart des sectateurs de cette philosophie , une manière de traiter les faits plus menaçante que la théologie même de Schleiermacher pour les fondements de la foi chrétienne. Le besoin de réhabiliter hautement les vérités historiques , attaquées d'une façon si dédaigneuse , lui sembla donc plus pressant que jamais. Telles étaient ses dispositions , quand parut la Vie de Jésus du D' Strauss. Elle inspira à notre auteur un livre qui a , comme la plupart de ses autres ouvrages , obtenu en Allemagne plusieurs éditions * ; c'est la traduction de ce livre que
* M. Tbolack avait d'abord publié des FragmeDls de cet ouvrage , dans une revue Ibéologiquc qu'il dirige : YIndicaieur littéraire pour la théologie et la ecience da Christianitme en général. Voyez, sur le mérite de cette revue, le jugement enthousiaste de M. Zeller, cité par M. Ghassay, dans les Annales de
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nous donnons dans ce volume. Le brillsint succès qu'a^ vaient eu déjà les commentaires de M. Tholuck sur V Évangile de S. Jean et sur les Épttres de S. Paul^ imposait au savant critique robligalion de descendre un des premiers dans la lice , où se précipitaient à Tenvi tous les théologiens et les exégètes de rAllemagne. L'attente pubtique n'a pas été déçue , et M. Tholuck a vu grandir encore la gloire que lui avaient méritée ses travaux encyclopédiques.
Malheureusement, M. Tholuck est né au sein du Pro-^ testantisme, et il n*a pas su triompher complètement des préjugés hérétiques que lui avaient légué ses pères. Toutefois , la grâce du baptême n'est pas en vain descendue dans son âme. Bien différent de ces sectaires dont la religion se réduit à la haine du Papisme, il s'est atta-* ché à conserver au moins les débris de la vérité catholique, que la force des choses tend perpétuellement à faire disparaître du sein des sociétés protestantes ; et , pour cela , il ne craint pas même de recourir au principe d'autorité traditionnelle , que les prétendus réformateurs du XVI* siècle avaient violé si hautement *. Il ne faut , sans doute, chercher dans ses écrits ni le pieux enthousiasme.
phU. chréi., y série, t. XII, p. &17. Les D" Léo et lleinroth pablièreot aussi, dans ce recueil, des critiques sévères du livre de Strauss: on trouvera des extraits de ces criUques dans l'article de M. Chassay que j£ viens d'indiquer.
^ Teneamuê quod ubique , quod »emper, quod nb omnibus creditmm eit (Vincent Lirin.). Telle est l'épigraphe dans laquelle il résume la pensée du livre dont nous donnons ici la iraducUon. Puîssc-t-il en comprendre tonlc la portée ! Puisse-t-il en adopter toutes les conséquences !
hi Taccent de foi profonde, qui éclatent partout dans le beau livre d'Origène contre Geise ; mais enfin il pkiid^ savamment et solidement la cause de l'Évangile. Uomm^ d'ordre, ii considère ses fonctions de ministre, de profes* seur et d'écrivain , comme une magistrature religieuse et sociale, dont le premier devoir est de lutter avec énergie contre les Érostrates de l'exégèse. Et, tandis que la plu-^ part de ses collègues s'empressent honteusem^t de fournir des armes aux démolisseurs du Christianisme, lui, du moins, fort de sa conviction , appuyé sur la science et sur le bon sens , s'oppose de toutes ses forces à l'empor* iement aveugle des passions anarchiques. Plus d'une fois même, il a eu le courage de rendre une justice éclatante à cette glorieuse .Église catholique , dont la sainteté inspire un sentiment- irrésistible d'admiration à toutes les âmes élevées *. Puisse-t-il écarter les nuages qui obscurcissent encore son intelligence , et lui cachent l'étendue de ses besoins et de ses devoirs ! Puisse le zèle qu'il déploie pour la défense des saintes Écritures, attirer
* Je n'en citerai ici qu'an exemple : il est tiré du savant recueil dirigé par M. Tholuck. • Le caractère pratique de dévotion et d'inslruclion catholique, disait celte revue en iSh^ (n*" 5), est quelque chose de vraiment beau et de respectable, que nous devTions imiter. Atkisi, par exemple, en laissant de côté les ouvrages polémiques d'une certaine partie de la presse actuelle, nous n'avons pas rencontré un seul catéchisme catholique, quoi <[ue pitfsscnl dire les ignorants, où il soit fait mention des autres communions, ou des questions controversées. Au contraire , il est imiwssible de tomber sur deux pages de nos meilleurs caléchisrai.'S, sans y trouver quelque sortie contre Cindignilé de CÈglise romaine, contre ms éoéU im» tout humaines, sur les ténèbres épaisses du Papisme, etc. •
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sur lui la gi^ce inappréciable <l*entrer enfin dans la vraiç^ église ! Puisse cette traduction , en le faisant connaître à notre patrie, obtenir pour lui quelques-unes de ces saintes prières qui, suivant la parole de Tillustre D*^ Pusey, nous ont valu la conversion d'un Newman I
II. — Le livre dont nous publions ici une traduction abrégée , n'est pas fait pour les lecteurs superficiels. On ne doit pas le feuilleter, mais l'étudier, si l'on veut te juger sainement II pourrait même y avoir quelque danger à en lire certaines parties, sans méditer l'ensemble. Les objectionsdu scepticisme y sont en effet résumées avec tant de force, qu'elles laisseraient une impression funeste dans les imaginations vives et impatientes. Ces objections sont réfutées , il est vrai , d'une manière assez solide pour convaincre tout esprit juste et sérieux ; mais leur réfutation est parfois trop longue et ti*op compliquée, pour qu'on puisse l'apprécier avec exactitude, sans une attention persévérante. En revanche , nous espérons que cet ouvrage obtiaadra l'estime des hommes compétents, et nous avons pour garant de notre e^oir, le juge le plus éclairé que nous ayons pu consulter en France sur ces matières, le savant et trop modeste M. Garnier *. C'est lui qui le premier nous indiqua ce livre, nous en recom-
* Supérieur général de la société de Saint-Sulpice , mort il y a environ deux ans. Tous ses travaux sont encore inédits , sauf ce que M. Glaire en a publié dans son Introduction aax livre» de V Ancien et du Nouveau -Testament dl .dau« «es Livrée sainte vengé». Puisse la restauration des ét«des exégéliques, inaugurée dans nos séminaires par le docte sulpieicn , se compléter graduelleuient sons 1^ auspices de son vénérable successeur !
hiânda l'élude , et nous inspira le désir de le faire connaître à notre patrie.
Du reste, nous sommes loin de nous dissimuler les imperfections de cet ouvrage. La peine que nous avons prise, afin de l'accommoder, autant que possible , aux exigences de l'esprit français , nous a trop fait sentir ces imperfections , pour qu'il nous reste à cet égard la moin^ dre illusion , et pour que nous pensions à méconnaître ce que nos lecteurs pourront constater aisément.
Le défaut le plus fatigant de notre auteur, c'est l'irrégularité de la manière dont il procède , dans les détails de son exposition et de sa discussion. Trop souvent il néglige de disposer ses arguments d'après un ordre lumineux , qui en facilite l'intelligence et en fasse sentir toute la force. Parfois il s'égare dans des questions incidentes, ou subalternes ; puis, quand on est las de le suivre à travers les circuits de ses épisodes , il révient brusquement à la question principale, et achève un raisonneitient dont les prémisses ont été oubliées. Nous avons tâché d'atténuer ce défaut de méthode , en retranchant des longueurs et des digressions , qui eussent imposé à nos lecteurs une fatigue stérile : nous ne saurions toutefois nous flatter d'avoir complètement réussi. Clarté, précision et rapidité, voilà ce qu'en France nous estimons le plus ; mais, c'est de quoi les savants exégètes d'outre-Rhin ne semblent guère se soucier. Tout lecteur impartial conviendra du moins que , sous ce rapport , M. Tholuck est fort supérieur au D'^ Strauss , et même à la plupart des exégètes allemands. Par une exception non moins honorable , \\ montre aussi , çà et là , une chaleur d'âme , un éclat d'imagination et une fines.se caustique, qui se rencontrent bien rarement chez des érudits tels que lui.
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Outre le défaut dont je viens de parler, nptre auteur me paraît en avoir un autre , qui atteint davantage le fond même des choses. C'est de ne pas donner toujours aux vérités qu'il signale , et aux preuves dont û tes appuie, une place pipoportîonnée à ieur import«)ce. Ainsi, il indique à peine des arguments de la plus grande portée, tandis quMl s*étend démesurément sur des'détaiJs d'une valeur secondaire. Peut-être enfin se laisee-t-il trop engager sur le t^rain mobile des critères iniermes; on voit qu'il aime à y poursuivre ses adversaires , et c'est là qu'il déploie toute la souplesse de son esprit, toute la richesse de son érudition. Mais il importait grandement que l'on enlevât à l'ennemi cette position, puisque c'est ià qu'il avait placé toutes ses forces ; or on ne saurait disconvenir que notre auteur nç s'acqm'tte brillamment de cette tâche. Nous croyons seulement que son argumentation eût été plus fçrme, s'il en eût assis plus largement les bases sur le terrain solide des crkères eMemes ; et nous pensons que M. Tholuck toi-même serait assez disposé à le reconnaître. H montre en effet , d'une manière très spirituelle et très judicieuse , le vice et les dangers de toute exégèse qui ne prend pas son critérium suprême dans le témoignage de la tradition *.
* Voyez ci-aprè9 p. 116 et snrr.-— Comment notre habile «légète ne s'est-il pas aperço que les reproches adressés par Isi à la cntiqne de Schleiermacher et do Straass retombent de tout lesr poids sar la critiqoe arbitraire et caprideuse des fondatenn même du Protestantisme? N'est-ce pas Lntber, qui le premier a donné Texemple des témérités eiégétiqaes si justement flagelYées par M. Tholaek ? « Noos ne voolons m voir, ni entendre Moise , dîsail-îl en parlant da Pentateaqae.... Moïse est le
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Bien quç le présent volume ait été c(»nposé à roccasioii de la prétendue vie de Jésus du D' Strauss , il ne faut pas croire qu'il contienne seulement la critique d'un système éphémère et paradoxal. Son but est tout à la fois négatif et positif, polémique et dogmatique. Il renverse Terreur ; mais il construit en outre , avec les ruines qu'il a faites , un piédestal pour la vérité* Lors môme que Tinfluence du D' Strauss aura cessé , le théologien trouvera toujours dans ce livre, deux choses très nécessaires au développement des sciences religieuses : — une riche collection de documents, pour servir à l'histoire du Rationalisme,—et des matériaux plus précieux encore, pour la biographie de N. S. Jésus-Christ considérée au point de vue exégétique.
Il y a d'ailleurs , dans le livre de Strauss , une masse énorme d'objections , auxquelles le Rationalisme ne re-
maltre de tous les bourreaux ; personne ne le surpasse, quand il s'agit de frapper de terreur, de torturer , de tyranniser. » — Un autre jour, il traitait ainsi rEcclésiaste : « Ce livre est tronqué ; il n'a^ii bottes, ni éperons; il chevauche en chaussons^ absolument comme moi , quand j'étais encore moine. • Judith et Tobie étaient encore plus maltraités par lui : • Judith ne me semble qu'une tragédie, qui nous apprend quelle est la fin des tyrans.. Quant à Tobie, c'est une comédie, où l'on parle beaucoup de femmes , et qui renferme bien des choses risibles et folles. • H ne s'exprimait guère plus respectueusement au sujet de r Ecclésiastique , du second livre des Machabées et du livre d'Esther : « L'auteut de l' Ecclésiastique était un bon prédicateur de la loi, ou un juriste, et il enseigne la manière de se bien comporter à rexténeur ; mais ce n'est pas un prophète ,
et il ne sait absolument rien du Christ Je suis tellement
i'ennemi du II* livre de Machabées et du livre d'Esther, que je
noDcera jamais; or c'est à réfuter ces objections que M. Tholuck s'attache principalement. Il choisit celles qui lui paraissent les plus fortes ; il montre qu'elles s'évanouissent , quand on les soumet à un sérieux examen , et il détruit par là le prestige des difficultés moins spécieuses qu'il néglige de discuter. Voilà ce qui donne à son œuvre une importance durable. Les ennemis du Christ et de l'Évangile essayeront toujours de rajeunir les mêmes sophlsmes; ils les transformeront avec plus ou moins d'art; ils les combineront d'une façon plus ou moins originale ; ils ne se résigneront point à les abandonner. Nous serons donc condamnés à reproduire sans un les mômes réponses; et, pour soutenir dignement cette lutte interminable, il nous faut perfectionner de siècle en siècle nos moyens de défense « comme nos adversaires
voudrais qu'ils n'existassent pas, parce qu'on y trouve une fonte de juîverîcs et de corraptions payennes. — Le Nouveau Testament lui inspirait-il plus de réserve ? Non : écoutez : « L'évanpie de S. Jean est le seul vraiment tendre , le seul véritable évangile, celui qu'il faut préférer de beaucoup aux autres. De même, les épitres de S. Pierre et S. Paul sont au-dessus des trois autres évangélistes. • Pour ce qui est de l'épttre aux Hébreux, « nous ne devons pas nous arrêter, si nous rencontrons sur notre route un peu de bois , de foin et de paille. • — • Uéptîre de S. Jacques est un^ vériiabte épttre de paille , en regard des épîtres de S. Paul ; elle ne renferme rien qui rappelle la manière évangélique. • Quant à l'Apocalypse, • je ne trouve absolument rien d'apostolique, ni de prophétique dans ce livre... Que chacun en pense ce que lui dicte son esprit. Pour moi,