Chapitre IL
La démonologie du Vendidad.
C'estentre le XVIII et le XIV® siècle avant notre ère que des condottieri aryens, venant des régions turkestaniennes, pays d’origine des ancêtres communs des
Iraniens et des Indiens, ont pris le pouvoir dans divers
1 E. Benveniste, L'origine du visap arménien, Revue des Études armeniennes, VII (1927) p. 7—9. Comp. ci-dessous, chap. VII.
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coins de l’Asie antérieure. Des noms de personnes théophores dans les lettres d’Amarna montrent que ces Aryens ont adoré Rta, et dans des listes de dieux provenant de la dynastie kassite de Babylone, nous trouvons, sous la forme Suriaë, le dieu aryen du soleil (indien sürya), d’où nous concluons que les Kassites, qui, de leurs demeures dans les montagnes de Zagros, envahirent le royaume babylonien, ont été entremêlés d'éléments aryens, et que ces Aryens parlaient une langue très proche de celle des Indiens du temps des Védas et qui n'avait pas encore subi certains changements phonétiques (en l’espèce s initial devant voyelle > h), qui caractérisent l’état linguistique de l'iranien proprement dit. Les archives du royaume de Mitanni, situé entre les cours supérieurs de l’Euphrate et du Tigre et dominé par une aristocratie aryenne, nous ont laissé un traité conclu avec un roi hettite en l’an 1380 avant notre ère; ce document renferme les noms de quatre hauts dieux aryens, à savoir Mitra-Varuna (composé au nombre duel, »dvandvao, Indra et Näsatya!. Indra se retrouve en outre dans un nom théophore chez les Aryens de Mitanni (Indaruta). C’est toujours le milieu religieux et linguistique de la période ancien-aryenne, pré-iranienne?.
Au moment où la grande invasion des tribus iraniennes (des Mèdes et des Perses) se produit dans l'Iran occidental, dans le IX°® siècle au plus tard, en ce qui concerne les Mèdes en tout cas, la transition linguistique de l’ancienaryen à l’iranien est chose faite chez ces deux tribus comme chez celles de l'Iran oriental. En même temps la religion iranienne, tout en se diversifiant, a développé certains traits communs qui l’éloignent peu à peu de l’état védique. Le
Näsatya (duel), autre nom des acvin, les dioscures védiques. * Voir Die Iranier, p. 209 sqq.; Nyberg, Religionen, p. 328—33.
nom de Varuna, à l’ouest comme à l’est, a été remplacé par le qualificatif Mazdäh, »le Sage«. Mitra ou Midÿra (formes dialectales du même nom) entre comme premier élément dans des noms théophores mèdes et perses, ce qui n’est jamais le cas d’Indra et de Näsatya. Indra et Näsatya, inconnues dans les anciens textes avestiques de l'Iran oriental, les Yaëts, survivent en effet chez les Mèdes, Näsatya (dans la graphie avestique Nänhaïÿya, lire à peu près Näha- Ÿ ya) étant au singulier, non pas au duel, mais ils y existent, comme nous allons voir, en qualité de démons. D'autre part, il n’y a, dans l'Iran occidental, aucune trace de la scission entre communautés de Mithra et communautés de Mazdäh qui s’est produite chez les Iraniens orientaux avant le temps de Zoroastre, et qui a disparu plus tard par l'effet du syncrétisme post-zoroastrien.
Les informations que nous fournit Hérodote (I. 131—32, 140) sur la religion des Mèdes et des Perses, se suppléent par des indications et des allusions qu'on peut tirer d’autres sources, surtout des inscriptions perses. M. Benveniste a démontré, d'une façon convaincante, que ni la religion des Mèdes, ni celle des Perses du temps de Darius et de Xerxès n'étaient le zoroastrismel. M. Nyberg se joint à cette opinion, en renforçant les arguments de M. Benveniste?. Que les Perses de la période achéménide aient été, dans leur vie religieuse, comme d’ailleurs dans leurs rapports sociaux et politiques, sujets à l'influence prépondérante des mages mèdes, c’est ce qui ressort non seulement des formes mèdes sous lesquelles se présentent certains termes religieux dans
les inscriptions perses?, mais aussi de la notice d'Hérodote
! The Persian Religion, chap. IL.
? Relig., chap. VII.
5 Meillet-Benveniste, Grammaire du Vieux-Perse, $ 7—16,
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(I. 132) que l'assistance d’un mage aux sacrifices des Perses était indispensablel, et du fait qu’une garde permanente composée de mages surveillait le tombeau de Cyrus?. Nous savons, en outre, que les mages ont donné, à Pasargades, l'investiture à chaque nouveau roi des Perses, et qu'ils ont instruit les princes de la maison royale dans les sciences, les lois et la morale*. Aïnsi ces mages, qu'Hérodote fait figurer parmi les tribus mèdes, et qui formaient en tout cas le corps mède des prêtres, tenaient une position privilégiée dans l'empire des Achéménides, non seulement à titre de chefs du culte dans les pays de l'Iran occidental, mais aussi, en général, en leur qualité de porteurs de la culture spirituelle.
La description que donne Plutarque, de Is. et Os. 46 sqq., d’après Théopompe (IV* siècle av. notre ère) d’une secte mazdéenne qui se fondait sur Zoroastre, établit le fait que des doctrines zoroastriennes existaient dans la région mède au IV® siècle. A une date que nous ne saurons déterminer exactement, les mages mèêdes ont adopté la forme orientale, zoroastrienne, du mazdéisme. Ils s’en sont approprié la littérature sainte, et ont commencé d'employer eux-mêmes le dialecte dans lequel cette littérature était composée, et qui n’était pas leur dialecte à eux. Cette coopération littéraire a abouti à un livre avestique, dont les parties intégrantes datent probablement de la dernière période de l’époque achéménide ou des temps qui séparent cette époque de celle des Arsacides. Le Vendidad, livre en prose, renfermant çà et là des fragments métriques anciens en vers,
1 CPE :
I s’agit évidemment de grands sacrifices solennels.
* Arrien VI. 29. 7 et Strabon XV. 730, d’après Aristobule. $ Plut. Artax. 3.
* Platon, Alcibiade, I p.122 A.
* Comp. Benveniste, The Persian Religion, chap. IV.
a été incorporé dans l’ensemble des écritures saintes du zoroastrisme.
Les détails du Vendidad, en général, sont d’ordre rituel. On y traite des différentes sortes d’impuretés et des péchés contre la religion, des moyens de purification et des pénitences, entre autres choses du traitement des cadavres, qu'il faut exposer sur des dakhmas construits en briques, pour être dévorés par les oiseaux de proie, la souillure des éléments par l’inhumation et la crémation étant absolument défendue. Ainsi la coutume funéraire qui était observée du temps d’'Hérodote par les mages seuls (I. 140), est devenue obligatoire pour tous ceux qui professent la foi zoroastrienne. Si la notice d'Hérodote concernant le zèle religieux des mages pour exterminer les animaux malfaisants (I. 140) s'accorde bien avec les prescriptions détaillées du Vendidad, il ne faut pas en conclure que les mages du temps d’'Hérodote fussent des zoroastriens. L’explication de cet accord est tout autre: les mages, en composant le Vendidad, ont introduit les idées et coutumes qui leur étaient particulières, dans le zoroastrisme, qui se développe dorénavant sous l’influence prépondérante du magisme mède.
M. Nyberg! a tracé d'une main sûre les grandes lignes de cette contribution des mages à la littérature avestique et souligné l’esprit nouveau, bien différent de la mentalité héroïque des Yaëts, esprit des prêtres mèdes, imbu d’un formalisme infiniment pédantesque et d’un fanatisme sombre et dur. Un trait fondamental de la religiosité mêde, sur lequel M. Nyberg insiste avec juste raison, est la démonologie. Le nom de »Vendidad« déjà est significatif. C’est une déformation moderne, persane, d’un avestique vi-daivüdata, pehlvi videvdaô, »la loi contre les démons«. Ce
| Relig.; p. 336 sqq.
bas monde est hanté partout par d’horribles diables des deux sexes et par leurs adorateurs malins. Zoroastre demande à Ahura Mazdäh: »Où est le daiva? Où est l’adorateur des daivas? Où est le satellite des daivas? Où est le camarade des daivas? Où s’attroupent les daivas, pour tuer cinquante en cent coups, pour tuer cent en mille coups, pour tuer mille en dix mille coups, pour tuer dix mille en d'innombrables coups?« Ahura Mazdäh lui répond dans ce même style verbeux et fastidieux, qui est celui du Vendidad, se servant des mêmes expressions et formules stéréotypes: le daiva, l’adorateur des daivas etc. s’attroupent sur les dakhmas, pour tuer cinquante en cent coups etc.; on dirait qu'ils y mangent et vomissent!. Les hommes les plus malfaisants (probablement les adorateurs des daivas) se rendent aux dakhmas après le coucher du soleil (Vend. 7. 53—58). Quelques autres passages (Vend. 3. 7; 19. 44-45) nous apprennent que les daivas, venant de l’antre de la druj, s’attroupent au col? d’Arzüra, localité inconnue à nous, à laquelle se trouvait, selon le Bundahiën*, l'entrée de l'enfer. C’est des daïivas que viennent les maladies et tout ce qui est mauvais et désagréable; l'hiver des régions froides du nord de l'Iran a également l’épithète »créé par les daivas«. Dans toutes les circonstances de la vie il faut se prémunir contre l’action des démons. Quand on se coupe les cheveux et les ongles, on doit enterrer les débris en prononçant une formule magique, puis au moyen d’un objet de métal tracer un sillon autour, trois, six ou neuf fois, en prononçant la prière Ahuna varya trois, six ou
neuf fois. Les débris des ongles, on doit les vouer à l'oiseau
! La traduction du dernier mot est incertaine. ? Litt.: à la nuque.
* Bund. indien 12. 8; Bund. iranien, Anklesaria p. 78, 1. 3.
aimé de Rta (c.-à-d. le hibou), afin qu'ils lui servent de dards, de coutelas, d’arcs, de flèches aux plumes d’aigle, et de pierres de fronde contre les daivas mäzaniens. Si l’on ne prend pas ces précautions, les ongles coupés seront des dards, des coutelas, des arcs, des flèches aux plumes d’aigle et des pierres de fronde dans les mains des daivas mäzaniens Wend’417..7-10).
En récitant certains vers des Gathas et quelques formules magiques, on frappe Ahra Manyu, Aisma, les daivas maäzaniens et tous les daivas (Vend. 10.13—16). Ces démons ont surtout l’agriculture en horreur. Quand le blé est préparé (pour l’égrenage), les daivas suent; quand le moulin(?}) est préparé, ils faiblissent, quand la farine est préparée, ils hurlent; quand la pâte est préparée, ils pètent (Vend. 3.32). Mais si l’on allume et nourrit le feu sacré selon les prescriptions rituelles, le Feu, fils d’Ahura Mazdäh tue des milliers de daivas »spirituelst, nés des ténèbres, méchants, et deux fois autant de sorciers (yätus) et de parikas (Vend. 8.79—80). Enfin, toute la diablerie se déploie dans la légende de la tentation de Zoroastre par Ahra Manyu, le daiva des daivas, exposée dans le 19° fargard, ou chapitre, du Vendidad.
Les démons ne se présentent pas toujours, dans le Vendidad, comme une foule indistincte d'êtres malfaisants. Nous en connaissons beaucoup par leurs noms, et il y en a qui figurent dans des fonctions individuelles. Il est à remarquer, cependant, que le seul daiva dont nous avons constaté d’une facon certaine le nom et la fonction individuelle dans les Yaëts anciens, à savoir Apavrta, n'existe pas dans la nomenclature des démons du Vendidad.
Il y a d’abord des vices et des défauts personnifiés :
1 Voir ci-dessus, p. 11-12.
2 Nr. 1. ARTHUR CHRISTENSEN :
Tarômati (l’Arrogance), Miÿôyta (la Parole fausse), Azi (l’Avidité); ce dernier est placé, Y. 16. 8, de ligne avec une parikä nommée Müs. Puis nous trouvons des démons de maladies, dont la plupart ne se laissent plus identifier: Kapasti, la peste(?) (Vend. 11.9), le daiva Driwi et le daiva Dawi!, et des démons représentant d’autres débilités comme Kaë$vis, »l'impuissant«? et Mar$avan, Ja de; crépitudeÿ. La druj Nasu, démon des cadavres et de la putréfaction, souille de son infection ceux qui ont touché un cadavre ou de la matière morte. Deux daivas s’attaquent directement au mort (Vend. 4.49; 19.29): Vidatu ou Astô-vidätu, »celui qui lie le corps«, et Vizarë8a, »celui qui entraîne (le corps)«. Il y a quelques daivas qui portent des noms trop généraux pour en laisser deviner le caractère, tels Pati$a, »l’abominable«, et Akataë, celui qui crée le mal (Vend. 19. 43), Xru, »l’horreur«, et Xrvigni, »celle qui frappe cruellement« (Vend. 11.9), KayuZi, »la jongleuse« (Vend. 21. 17), et d’autres dont les noms sont impénétrables pour nous, comme c’est le cas de Haëi, de Gaëï, de Sainyä, de Büji (Yt. 4. 2, Yaÿt récent), et de Muüoi (Vend.41129)%
Quant au daiva Spenjagrya (Sponjayrya), il a joué un rôle, semble-t-il, dans un mythe dont les détails nous échappent. D’après le Vend. 19. 40, il est vaincu par le feu
Väzista, que les livres pehlvis® identifient avec la foudre.
* Tous les deux sont qualifiés de »daiva&, non pas de »daivit(, bien que les deux mots indiquent, comme kapasti, le sexe féminin. — Il est incertain, si l’on s’est figuré les maladies énumérées Vend. 20. 3, 6, 9 comme des démons.
? Duchesne $ 201.
* Voir ci-dessus, p. 12.
4 . e » e . e = ; a We Les cinq derniers noms sont féminins, comme Xrvigni et Kayuäi.
* Bundahiën; Zaäd-sparam.
Dans les morceaux choisis de Zäd-sparam!, il est dit que le feu Väzista abat l’obscurité et les ténèbres de l’atmosphère, d'où nous inférons que Spenjagrya est le nuage sombre de l'orage, d’où la foudre dégage la pluie bienfaisante.
Le daiva Vaya ou Vayu, l’antitype du dieu du même nom, assiste Astô-vidätu en entraînant les morts (Vend. 5.8). Dans cette fonction il est le double de Vizarèa? et probablement identique avec celui-ci. Le dieu des vents, Väta, a également un antitype dans la personne du daiva Väatya, qui est nommé Vend. 10.14, à côté des daivas varniens*.
Une parikä du nom de Xnanÿati (AnaŸaiti) est mentionnée Vend. 1. 9: elle s’associa au héros Krsäspa, ce qui veut dire, d’après le commentaire pehlvi, qu'elle l’entraîna à l'idolâtrie. |
Passons à un groupe de démons qui est d’une importance toute particulière, parce qu'il. nous ramène à l’ancien panthéon aryen. Vend. 19.43 décrit une assemblée délibérante de daivas et nomme par leurs noms tous les assistants. Nous avons déjà mentionné plusieurs de ces démons. Ici nous nous arrêterons à l’ensemble de ce conciliabule, et nous notons qu’à la tête de l’assemblée, immédiatement après Ahra Manyu, le daiva des daivas, se trouvent les daivas Indra, Sarva et Nähaÿvya et le couple Tarvi et Zarièa (Taurvi et Zairita). Le même groupe de cinq daivas figure, seul, Vend. 10. 9—10. Indra et Nähaÿvya sont les dieux Indra et Näsatya, invoqués, dans
un passé lointain, dans le fameux traité de Mitanni, comme
1 K 35, f. 244r, Codd. Av. et Pahl. Bibl. Univ. Hañfn. IV, p. 77.
Noir p:182.
* Dans les Yaëts il n’est pas question de daivas varniens, mais de daivas mäzaniens et de druvants varniens, comp. p. 9.
D. Kgl. Danske Vidensk. Selskab, Hist.-fil. Medd. XXVII, 1, 3
34 Nr. 1. ARTHUR CHRISTENSEN!:
les dieux du pacte, avec Varuna et Mitra. Sarva (Saurva) est le Çarva védique, surnom que les Indiens prêtaient à Rudra, le chasseur fougueux, dieu farouche et terrible des puissances de la naturel. Tarvi et Zarita sont, dans la tradition moyen-iranienne, les adversaires particuliers du couple divin Harvatät et Amrtät (Haurvatät et Amorotät). D'après M. Nyberg?, Tarvi signifierait »le victorieux«, et Zarita »celui qui est de couleur d’or«, ce dernier nom étant une désignation de quelque liqueur qui donne l’immortalité (amrtät), car le hauma, l’autre boisson divine bien connue, porte (Y. 9.16) l’épithète zari-gauna (zairi-gaona), »de couleur d’or«. Ces deux êtres auront formé ainsi, à l'origine, un couple divin, comme Harvatät et Amrtät chez les zoroastriens.
Mais M. Nyberg va plus loin. Il retrouve encore des déités anciennes dans une série de démons qui sont nommés ensemble Vend. 11.9: Buüdi, Kundi, Büdiza, Kundiza et Bü$syanstä. Büôi (du thème budh-, »flairer«, »percevoir«) aurait été, à l'avis de M. Nyberg, une déesse d'oracle; la »tribu« mède des Bovdor (Hér. 1. 101) serait la communauté spéciale de cette déesse. Kundi est la contrepartie féminine du daiva Kunda, au sujet de qui il est dit dans le Vend. 19. 41, selon l'interprétation de M. Nyberg, que Srauëa »abattra le daiva Kunda, celui qui a le chanvre, de sorte qu'il soit sans chanvre«, allusion à l'emploi du chanvre comme moyen de provoquer l’extase; c'est un rite que nous trouvons chez les Scythes iraniens, et qui a laissé une trace dans notre Avesta, dans le nom
propre Purubangha, »celui qui possède beaucoup de
! Voir Arbman, Rudra, Uppsala Universitets ärsskrift, 1922; Wikander Männerbund, p. 69 sqq.
? Relig., p. 339 sqq-.
chanvre« (Yt. 13. 124). L'auteur suédois suppose que le nom de la ville de Kunduru, qui est mentionnée dans l'inscription de Bisütün, trahit le culte de cette déitét. Büdiza et Kundiza sont des personnifications des assemblées cultuelles de Büdi et de Kunda-Kundi respectivement, unies dans l’extase du chanvre?. Enfin, la parikä Büsyanstä, ancienne déesse de l’extase, selon M. Nyberg*, appartient au même milieu. Dans le Vend. 11.9 et dans un Yaët récent, composé dans l'esprit du Vendidad (Yt. 18. 2), elle est caractérisée comme zarina, ce que l’auteur traduit »de couleur d’or«, en y voyant encore une allusion à l'extrait de chanvre par lequel on provoquait l’'extase, là où BüSyanstä était l’objet d’un culte spécial“.
Dans le nom d’un démon femelle, Ayehyaä (Vend. 21. 17), M. Wikander* cherche l’adjectif indien ayäsya, »fougueux«(, »sauvage«, épithète d’Indra et des Maruts dans le Rgvéda.
Si, à ces divinités déchues nous ajoutons les démons Vayu et Vaäatyaf, identiques, en réalité, aux dieux Vayu et Väta, qui ont été acceptés par le zoroastrisme, nous
pouvons nous faire une assez bonne idée d’un panthéon
! Sur l'existence probable de Kundi dans les traditions moyen-iraniennes (Küni chez les manichéens), voir Benveniste, MO 1932, p. 202 sqq.
? Le second élément de ces deux noms est 12a, beffort(, »aspiration«, »zèle religieux«.
# Voir ci-dessus, p. 12.
# Parmi les daivas du Vendidad nous trouvons encore un Buti. M. Nyberg incline à croire que c’est là un ancien dieu de bonheur (comp. ind. bhuti, >bonheur«, >prospéritéQ). Ce qui pourrait faire naître des doutes à ce sujet, c’est que, dans les trois passages où Buti apparaît (Vend. 19. 1, 2 et 43), il se trouve attaché à »la calamité de Mar$avan, que le Vend. 9. 43 explique par la vieillesse (qui) rend asthmatique« (c’est la conjecture de M. Benveniste, MO 1932, p. 179—80).
5 Männerbund, p. 52.
$ Voir ci-dessus, p. 33.