‹ Essai sur la démonologie iranienneChapitre 4 sur 13 · Nr. 1. ARTHUR CHRISTENSEN · texte numérisé non relu

Nr. 1. ARTHUR CHRISTENSEN

mède très ancien qui se groupait autour des dieux principaux Indra, Sarva et Nähaÿya. Entre le culte de ces dieux et déesses, que leurs adorateurs désignaient par les anciennes appellations de daiva et parikä, et la religion officielle des mages, il existait un antagonisme marqué et irréductible, qui se continuait, après que les mages eurent adopté le mazdéisme est-iranien, qui, par l'effet du syncrétisme post-gathique, unissait à la doctrine de Zoroastre le culte de divinités familières aux Mèdes. Pour les mages, l’yindraisme« restait l'ennemi acharné.

Au mazdayasna, »adorateur de Mazdäh«, l’Avesta récent oppose le daivayasna ou daivayaz, »adorateur des daivas«. Dans la rédaction zoroastrienne des anciens Yaëts, faite en Iran oriental, le mot daivayasna désigne les ennemis combattus par ViStäspa, protecteur de Zoroastre, à savoir les adorateurs des dieux-daivas, qui étaient l’objet de la polémique de Zoroastre, entre autres quelques potentats ou grands guerriers — historiques ou légendaires — comme Prtana (Po$ana) et Humayaka (Yt. 5.109, 113), Darëinika et Spinjauruëka (Yt. 9. 30—31). Jämäspa, ami du roi ViStäspa, implore l’assistance d’Ardvi Sürä Anähitä dans la guerre contre les légions des daïvayasnas (Yt. 5. 68—70), et un autre héros, qui appartient au même cercle, Vistaru le Nautaride, se vante d’avoir tué un nombre de daivayasnas qui égale celui des cheveux de sa tête (Yt. HET ES À

Tandis que les allusions que nous trouvons dans les Yasts se rapportent à des événements d’un passé déjà lointain et dominé par la légende, un seul passage où il est question de daivayasnas a une apparence d'actualité. C'est le YE. 14. 54—56, passage qui mentionne, d’une facon

* Dans ce dernier passage, le mètre n’est pas en ordre.

peu claire d’ailleurs, les Vyamburas, probablement une tribu ennemie et hétérodoxe d’»rhommes adorateurs des daivas«, qui »maintenant« (au moment où fut rédigé le Yaët en question?) versent le sang, nourrissent le feu de plantes et de bois interdits et infligent des tourments aux animaux du sacrificet.

Dans le Vendidad d'autre part, et dans quelques Yaëts récents, qui reflètent les idées du Vendidad, les allusions aux daivayasnas ont partout un caractère absolument actuel. Nous n’y avons plus à faire de réminiscences historiques ou pseudo-historiques, mais il est question d’adorateurs des daivas qui vivaient côte à côte avec les adorateurs de Mazdäh. Ils sont mis dans le même sac que les daivas eux-mêmes, qui hantent les lieux où les cadavres sont exposés (Vend. 7. 53—54). Les pédérastes sont classés avec les daivayasnas (Vend. 8. 31—32). On doit exciter, c’est l’ordre d’Ahura Mazdäh à Zoroastre, les hommes et les femmes fidèles à s'emparer des terrains possédés par les daivayasnas, de leurs eaux courantes, de leurs récoltes et autres possessions (Vend. 19. 26). Un passage apocryphe en prose, inséré dans le Yt. 5 (94—95) traite des sacrifices offerts à Ardvi Süra Anähita par les adorateurs des daïivas. Obscur dans quelques détails, ce texte ingrammatical trahit son origine du milieu du Vendidad. Zoroastre fait à la déesse une question sur les sacrifices que les méchants daivayasnas lui offrent après le coucher du soleil. Elle répond que quatre sortes de personnes?, au nombre de six cents ou mille, lui offrent des sacrifices qui ne sont pas acceptés. C’est là à peu près le sens de la phrase obscure.

Mais la preuve la plus décisive de l'existence réelle de

! Voir Benveniste dans Benveniste-Renou, Vrtra et Vriragna, p.37—38. ? La signification exacte des quatre termes est douteuse.

ces communautés de daivayasnas dans la société mède, nous la trouvons dans un passage Vend. 7. 36—40, où Ahura Mazdäh donne des instructions à Zoroastre quant à la pratique à suivre par les personnes qui désirent se perfectionner dans l’art médical: le candidat doit faire preuve de son habileté en opérant des daivayasnas; si trois daivayasnas meurent par suite de ses opérations, il est disqualifié pour jamais, et il ne lui est pas permis d'opérer un mazdayasna; mais s’il opère trois daivayasnas avec un heureux résultat, il est libre d’opérer des mazdayasnas.

Qui sont ces daivayasnas, nous l’avons vu. Ce sont les adorateurs de l’ensemble des déités qui se rangent autour de la trinité Indra, Sarva et Nähaÿya. Pour eux, ces daivas étaient de vrais dieux. Le culte dont il s’agit ici ne doit être confondu avec la doctrine de quelques mages hétérodoxes décrite par Plutarque!, et qui se retrouve peut-être dans l'exposé d’Eudème de Rhodes, disciple d’Aristote?. Les adhérents de cette doctrine, qui englobait l’idée de Zurvan, dieu primitif, père commun d’Ahura Mazdäh et d’Ahra Manyu, portaient des sacrifices de vœux et d’actions de grâce à Ahura Mazdäh et des sacrifices sombres et propitiatoires à Ahra Manyu. Notons cependant l'information intéressante que nous donne Plutarque quant au rite accompli par ces mages pour se concilier le Mauvais Esprit: ils broient dans un mortier une herbe appelée omomi en invoquant Hadès et les Ténèbres. Voilà encore un moyen de provoquer l’extase, comme le hauma du zoroastrisme

officiel, comme l'extrait de chanvre des daivayasnas mèdes.

* De Is. et Os. 46 sqq, voir Benveniste, The Pers. Rel., chap. IV. Comp. ci-dessus, p. 28.

? Damascios, de primis principiis ed. Ruelle, I, p. 322.

* L’herbe omomi est l’amome. Voir Benveniste, JA 1929, p. 287 sqq.

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