Chapitre V
Démons et monstres dans la littérature
moyen-iranienne.
La source principale de la littérature religieuse en langue pehlvie est l’Avesta sassanide, dont la plus grande partie a disparu après la chute de l’empire sassanide, avec le commentaire, le Zandt. Il va sans dire que les croyants de l’époque sassanide n’ont fait et n’ont pu faire la distinction que nous faisons aujourd’hui, entre les parties est-iraniennes dans les écritures saintes et les parties plus récentes composées par les mages mèdes. Dans les livres pehlvis, la représentation des daivas et des parikäs, devs et pariys en pehlvi, combine la conception des Yaëts et celle du Vendidad.
La légende de Zoroastre, éclose déjà dans la rédaction zoroastrienne des anciens Yaëts, et qui, le Vendidad y ayant contribué à sa manière, était racontée dans l’Avesta sassanide avec bien des détails nouveaux?, abonde en traits montrant l’activité des démons. Saisis d’épouvante à la conception de Zoroastre dans le sein de sa mère, puis de nouveau à sa naissance, les dévs, les pariys et les sorciers s'ingénient Coup sur coup à nuire au prophète futur et à le détruire, mais chaque fois leurs efforts échouent, et enfin la conversion du roi Vistäsp rend tous les démons impuissanis.
Dans la description de la cosmogonie et de l’eschatologie
! Voir Les Kayanides, p. 35 sqq.
? La légende de Zoroastre nous est connue surtout par l’exposé donné dans le VII livre du Denkard (voir West, PT V) et par le poème persan Zartu$tnamèh (Le livre de Zoroastre, publié et traduit par F. Rosenberg, St.-Pétersbourg 1904).
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que nous fournissent le Bundahiën! et d’autres compilations, l’armée des démons défile devant nos yeux. Lorsque Ohrmazd (Ahura Mazdäh) avait créé Vahuman (Vohu Manah), le Mauvais Esprit, Ahriman (Ahra Manyu), créa d’abord Mitoyt (Mivôyta), ensuite Akôman (Aka Manah). Puis, Ohrmazd ayant créé les Amahrspands (Amoëa Spontas dans la graphie avestique), les principales divinités mazdéennes, le Mauvais Esprit créa de son côté, après Akôman Indar (Indra) Sauvar (Sarva), Nähaiïidya Tarôomat (Nähaÿya Tarômati?), Tarië et Zairié (Tarvi et Zarièa), les six archidémons qui, avec Ahriman lui-même, constitue un groupe opposé aux sept Amahrspands, et enfin les autres dëvs*. Selon le Méën6yëyradt, Ahriman produisit, par un acte de masturbation, les dévs, les drüjs et les sorciers. Au moment où le Mauvais Esprit attaque Gayômard, le Premier homme, »le monde, par suite de la ruée des dévs mäzaniens, était en combat avec les planètes«. Alors Ahriman déchaîna Astvidäô (Astô-vidatu) avec mille dévs mortifères contre Gayômard, mais l’heure fatale n'étant pas encore arrivée pour lui, ils n’eurent pas de succès’. Gayomard fut tué plus tardf.
Vers la fin du monde, les démons seront vaincus par les dieux: le Mauvais Esprit par Ohrmazd, Akôman par Va-
human, Indar par Artvahist (Rta Vahista), Sauvar par
? Voir Les Kayanides, p. 44 sqq.
* Dans le texte du Bundahiën, il faut rayer, je crois, le mot pas, ensuite, entre Nähaïidya et Taromat, car dans un autre passage du BundahiSn, cité ci-après, Taromat (Taromati, antonyme d’Aramati) est identifiée à Nähaïdyä (ou Nanhaiÿ, Nänhaiÿ; la transcription des noms avestiques dans l'écriture pehlvie présente bien des variations).
* Ed. d’Anklesaria p. 14—15, éd. de Westergaard p. 5.