‹ Essai sur la démonologie iranienneChapitre 7 sur 13 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

* Anklesaria p. 44, 1. 9—14, Westergaard p. 10—11, West PT I p. 18—19.

$ Voir Christensen, Le premier homme, I, 15 sqq.

Satrévar (X$aÿra Varya), Tarômat, qui est Nanhaiÿ, par Spandarmat (Spenta Aramati), Tarië et Zairiè par Hôrdaô et Amurdäô (Harvatät et Amrtät), la Parole mensongère par la Parole vraie, Xésm (Aisma) par Sro$ (Srauÿa). Pour finir, le Mauvais Esprit et Az (Azi, l'Avidité) seront définitivement rendus impuissants par l'effet magique des formules des Gathas, et le serpent Gôüihr, c’est-à-dire la parikä du météore ou de la comète!, qui, avant le combat final, est tombé sur la terre, porté par un rayon de lune, sera brûlé dans le métal fondu.

Le Bundahiën a conservé les noms de presque tous les démons qui nous sont connus par les Yaëts et le Vendidad et, en outre, quelques autres tirés, sans doute, des nasks perdus. Le combat d'Apäôë (Apavrta) avec TiStar (Ti$trya) est raconté d’après le Yt.8; le Bundahiën y ajoute un mythe, dans lequel Aspenjarvya (Spenjagrya), compagnon de lutte d’Apaoë, est vaincu par le feu Vazisté. Un chapitre spécial est réservé aux démons. La liste comprend d’abord les six archidémons Akôman, Indar, Sauvar, NänhaiŸ,Taritet Zairié, puis Tarômat’,Mitôyt, Arask Ol'Envie«®), Xësm (Aisma), Vizarë (Vizarëa), Oôay?,

1 Comp. ci-dessus, p. 15.

? Anklesaria p. 227, Westergaard p. 76, West PT, I, p. 128—29.

* Chap. 7 du Bund. indien (West PT, I p. 27 sq.), p.63—64 du Bund. iranien (éd. d’Anklesaria). Pour Spenjagrya et le feu Vazista, voir cidessus, p. 32—33.

# Chap. 28 chez West, p. 181—89 de l'édition d’Anklesaria. Pour plus de clarté, quelques noms sont écrits, dans le texte pehlvi, en caractères avestiques.

$ L'identification avec Nânhaig n’est pas indiquée ici.

$ Dans l’Avesta, araska n'apparaît que comme mot abstrait.

T Le passage relatif à Oday est probablement corrompu dans les deux - versions, qui présentent des variations également obscures (Anklesaria p. 184, 1. 8—12; Westergaard p. 67, 1. 18—68, 1. 2, où le nom est Vaday; le commencement des deux premières lignes de la p. 68 a disparu). Il

D. Kgl. Danske Vidensk. Selskab, Hist.-fil. Medd. XX VII, 1. 4

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Akataë, Zarmän (la Vieillesse!), C&ëëmay?, Varnawv*, Büsaäsp*, Se, Niyäz (l’'Indigence), Az (av. Azi, l’Avidité), Nas (la druj Nasu), Fréftäar (le Trompeur), Spazg’, Aräst (le Non-Véridique), Aighaë”, Büd, nom dans lequel on a confondu probablement les deux daivas Büti et Büôt

en les identifiant avec Bouddha*, Astôvidäô, puis Apaoë

semble que ce démon égare les hommes en les faisant bavarder en mangeant et en urinant, par suite de quoi ils seront privés du paradis. Dans le Südkar nask il était dit (Denkard, éd. de Madan, II, p.810, West PT, IV, p. 212—13), qu'Oday éveilla dans l'esprit du roi légendaire Yam-ëed (Yama) un désir illicite et effréné du monde, ce qui amena l’indigence, la ruine, la pauvreté, la concupiscence, la faim et la soif et la domination des démons. Oday est probablement une altération graphique de Vaday. Le Vend. 19. 6. mentionne comme adhérent d’Ahra Manyu un certain maître de pays du nom de Vadayan. Plus tard on a compris ce nom comme un nom matronymique: Vadayan, descendant ou fils de Vaday. Dans le My., qui paraphrase (57. 24—25) le passage en question du Vend. on lit »Vadayan, le maître de pays Dahaäk«. D’après la généalogie donnée dans le Bund. (West, PT, I, p. 131—32, chap, 31. 6; Westergaard p.77, 1. 13—15; Anklesaria p. 229, 1. 1—2) le père de Dahäk était Xrudasp et sa mère Oday (le nom écrit en lettres avestiques dans le Bund. ind: Üdayë). Le Dd. 78.2 (West PT, II p. 228) nous fait savoir que Dahaäk avait un commerce avec Vaday, et un passage du Südkar, cité Dk. IX. 10.3 (Madan II, p. 794), mentionne parmi d’autres êtres malfaisants (comme AZ 1 Dahäk, le dragon Sruvar et le meurtrier légendaire de Zoroastre), Vaday, qui met au monde une mauvaise engeance. La tradition théologique du temps des Sassanides relative à la mère de Dahäk a été conservée dans la littérature de l’époque islamique. Tabari note (p.203) que selon l'indication des mages, la mère de Dahhak (— Dahäk) était Vaday.

Ce nom correspond au mot abstrait avestique zarvan (zaurvan).

? Autrement inconnu.

* Le terme avestique varnava apparaît dans une énumération d’animaux démoniaques Yt. 5. 90.

* Forme corrompue de Büëyansta.

* Nom tiré du premier terme de la locution avestique (i)#yajah mar$auno, voir Benveniste, MO 1932, p. 180, comp. ci-dessus, p:"?2.

$ Av. spazga, >calomniateur«.

7 Av. ayaëi, »le mauvais œil.

Pour le passage en question du Bund., Anklesaria p: 186; 1er je cite la traduction de M. Baïley (»The word »But« in Iranian«, BSOS, VI. 2, 1931, p. 279 sqq.): »The demon But is that which they worship

etAspenjarvya, qui luttent contre la pluie, ensuite Kun dak (Kunda), et enfin les sept planètes, la tête et la queue de la comète Gôëihr, et Müs-Pariy!, qui a une queue.

Du terme avestique jahï, dénomination ahrimanienne de la femme, on a fait un démon femelle, Jéh?, qui, au commencement de la grande lutte cosmogonique, excite le Mauvais Esprit à attaquer le monde d’'Ohrmazd. En plantant un baiser sur la tête de J&h, le Mauvais Esprit fait paraître sur elle l’impureté de la menstruation*.

Passons aux dragons et autres monstres que nous avons rencontrés dans les Yaëts. Nous y trouvons nombre d’allusions dans les livres pehlvis. Les combats de Krisäsp (Krsäspa) avec Srüvar (Sruvara), Gandarf (Gandarva), etc. sont racontés dans la rivayat pehlvie d’après le Süôkar nask#, et dans le Méënôyeéyrad (27. 49—53), qui présente en outre deux épisodes qui ne nous sont pas connues par les Yaëts, à savoir la destruction du loup Kapôd, qu’on appelle aussi Paÿan, et celle de l’oiseau Kamay. Le loup Kapôô, »le loup bleu«, c.-à-d. céleste, est un animal légendaire, dont l’apparition dans la légende iranienne ne remonte pas au-delà du VI® siècle de notre ère: c’est l’ancêtre totémique des Turcs, que les Iraniens ont identifié à PaŸana, personnage ahrimanien, dont Krsäspa avait tué les

neuf fils (Yt. 19. 41), et peut-être aussi à ce Prtana (Poëana)

in India and in his images a spirit is resident which is worshipped as Büdäsaf.« Chez quelques anciens auteurs de l’époque islamique, Büdäsp (Bodhisattva, Büdäsaf) est un prophète qui, sous le rêgne légendaire de Taymorus (Tayma Urupi), a institué ou renouvelé le culte des idoles, et dont les adhérents constituent la secte des Sabiens. Voir Le premier homme, I, p. 193 sqq.

! La parika Mu, voir p. 32.

? West PT I, chap. 3; Anklesaria p. 40, Westergaard p. 8 sqq.

3 Sur le mythe de Jeh, voir Benveniste, MO 1932, p. 186—92.

# Voir ci-dessus, p. 17—20.

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que le roi Vistäspa a vaincu, selon le Yt. 5. 109, et dont le Bundahiën (Anklesaria p. 230, 1. 10) a fait Paÿang, père du roi turien Fräsiyaf, ennemi des Iraniens!. Kamay, selon une source récente’, est un oiseau gigantesque, qui, obscurcissant la terre par l'ombre de ses aïles, retenait la pluie et dévorait des hommes et des animaux, comme un oiseau picore des grains de blé, jusqu'à ce qu'il fut tué par Karëäsp.

Les passages relatifs à AZ 1 Dahäk et à la destruction de son empire par la main de Frédôn (@raitauna) qui se trouvent dans le Dénkard* et le Mëénôyëéyrad* ne présentent rien de nouveau. Mais dans la tradition religieuse consignée dans l’Avesta sassanide, ce monstre a encore un rôle à Jouer dans l’eschatologie, en compagnie d’autres êtres démoniaques d’une antiquité légendaire, doués comme lui d’une immortalité limitée au jour du jugement dernier, où ils subiront la peine de mort. A ce propos le Bundahiën® nomme »Dahäk, Fräsiyaf, Vätan (var. Vamün) et d’autres de la même espèce.« Vätan ou Vamuün ne nous est pas autrement connu. Fräsiyaf au contraire, Frahrasyan de l’Avesta, le roi du peuple des Türs et grand ennemi des rois légendaires de l’Iran depuis Manuëtihr jusqu’à Kay Xusrav (Kavi Haosravah dans l’Avesta), occupe une place importante dans la littérature religieuse comme plus tard dans

l'épopée persanef. Selon une hypothèse de M. Benveniste’,

! Markwart-Messina, Catalogue of the Provincial Capitals of Eranshahr (Analecta Orientalia 3, Roma 1931) p. 7.

? Sad-dar-Bund. 20.37—45. Sur KarëSasp, KriSäsp ou Säm dans la littérature moyen-iranienne, je renvoie aux »Kayanides«, p. 99 sqq.

8 VIl:1. 26, 4.72, 11.8; %WestrPT Vép/10106,4146!

ÿ Anklesaria p.224: voir Messina, Mito, leggenda e storia nella tradizione iranica, Orientalia IV, Roma 1935, p. 274.

$ Voir Les Kayanides, p. 19—23, 85—91, 111—117.

7 MO 1932, p. 192 sqq.

ce Frahrasyan-Fräsiyäaf aurait été d’abord une figure mythique, le double du démon Apavrta, et aurait gardé, dans la tradition moyen-iranienne, des traits qui trahissent le mythe original. En tout cas, la rationalisation de ce personnage légendaire a commencé déjà dans les anciens Yaëts.

Les textes religieux pehlvis parlent assez souvent d’adorateurs des dévs. Dans la plupart des cas, il s’agit des adversaires de Zoroastre et de ViStäspa, c’est-à-dire de gens qui se perdent dans l’obscurité de la légende zoroastrienne. Mais il ne manque pas non plus d’allusions aux daivayasnas de l'espèce dont parle le Vendidad. Aïnsi une section du Sayädüm nask, livre perdu de l’Avesta sassanide, selon le résumé du DEénkard!i, a roulé »sur le conseil de ne pas exercer le culte du Mauvais Esprit et des démons, parce que, par le culte et la reconnaissance de ceux-ci séparément, les actions immorales deviennent pires de toute manière, et [de même] le dommage et la détérioration provenant de ces méfaits d’immoralité.« Dans un passage d’un autre nask perdu, le Var$tmänsr nask, où était expliqué le passage gathique des »deux esprits primitifs qui s'appellent les jumeaux souverains (Ÿ. 30.3), il était question, selon le résumé du D&ënkard?, d’hérétiques qui combinaient la démonolâtrie avec les idées zurvanites: Le démon Araëÿ hurle aux hommes: »Ohrmazd et Ahriman étaient deux frères dans un même sein, et entre ceux-ci l’Amahrspand a choisi le pire en prêchant le culte des démons, ses par-

tisans{, et [en disant] ceci: »Sacrifiez dorénavant des ani-

l Dk. VIII. 43. 36 d’après West (PT IV), VIII. 42. 36 de l’édition de Peshotan Sanjana; Madan II. 776.

? Dk. IX. 30.4 d’après West, IX. 29. 4 dans l’édition de Peshotan Sanjana; Madan II. 829; voir Schaeder, Iran. Beiträge, p. 90. sq.

3 Autre forme d’Arask, démon de l’envie.

# Voir Benveniste, MO 1932, p. 210—11.

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maux aux démons des planètes.« L’»amahrspand« qui prêche le culte des démons est XESm (Ai$sma), qui forme avec Arask et Mitoyt une triade infernale d’une importance spécialel. Il va sans dire que nous ne saurons inférer de ces passages que ces formes de démonolâtrie aient existé encore pendant l’époque des Sassanides. Nous ne savons pas de quelle période datent les textes en question, mais comme l’Avesta dont les nasks Sayädüm et Var$tmänsr font partie a été rédigé dans le premier siècle de l’époque sassanide, les indications que nous en tirons doivent être en général antérieures à cette époque.

Ce qui nous intéresse du point de vue du folklore, c’est que la conception primitive des êtres surnaturels malfaisants, qui repose au fond de l’âme iranienne, derrière toutes les spéculations théologiques, se fait jour de nouveau dans quelques légendes populaires qui nous sont parvenues, avec une teinte plus ou moins superficielle d'idées zoroastriennes, dans les livres pehlvis.

Citons d’abord une histoire racontée dans le Dënkard et les écrits de Zäd-sparam?. Dans une antiquité éloignée, le roi Kay Us ordonna au guerrier Srit® de tuer un bœuf ou taureau mythique, qui l’'empêchait d'attaquer les frontières des Touraniens, ses ennemis. Au moment où Srit s’approcha du bœuf, celui-ci lui parla dans le langage des hommes et lui prédit que s’il commettait ce meurtre, il serait accablé de remords, et Zoroastre, le futur prophète, flétrirait son action mauvaise aux yeux du monde entier. Srit revint à

Kay Us et lui rapporta les paroles du bœuf, mais le roi

! Benveniste, I. c.

? Dk. VIL 2. 62—66, (VIL. 1. 62—66, Peshotan Sanjana); Zsp. 12: 7—25 (West PT V, p. 135 sqq.). Les Kayanides, p. 76 sqq.

* Avestique #rita, le troisième, voir Les Kayanides p. 77 note 1.

Essai sur la démonologie iranienne. 5h)

insista. La fin de l’histoire se trouve seulement chez Zädsparaml: Sur l’ordre de Kay Us, Srit se rend dans une forêt, où beaucoup de pariys à la gueule ouverte le regardent en disant: »frappe et n'aie pas pitié!« Alors, la pitié ayant quitté son cœur, il casse le dos du bœuf en trois endroits par un coup de poing. Puis, se repentant du méfait dont ïl s’est fait l'instrument, il revient à Kay Us et le prie de le tuer; sinon, lui, Srit, tuera le roi. Kay Us lui commande donc de se porter dans une certaine forêt Où il sera tué par une pariy, qui se présentera sous la figure d’une chienne. Srit s'en va dans la jungle, et, ayant vu la chienne, il la frappe, après quoi la chienne devient deux chiennes, et à chaque coup qu'il frappe, le nombre des chiennes redouble, jusqu'à ce qu'il y en a mille, qui accablent et tuent Srit.

Les dévs viennent de la région du nord. Ils sont noirs et d’un aspect horrible?. Le singe, l’ours et d’autres espèces d'animaux nuisibles sont issus du mariage de Yam (Yama), errant sur la terre après la perte de la Gloire royale, avec une dev femelle, et de celui de sa sœur Yamay avec un dev mâle. Les nègres, d'autre part, ont leur origine dans l'union sexuelle d’une jeune femme et d’un dëév et d’un jeune homme et d’une pariy, événement qui eut lieu sous le règne d’AZ 1 Dahaäkÿ.

Aux six gahänbaärs, fêtes saisonnières très anciennes, il

1 Codd. Av. et Pahl, Bibl. Univ. Hafn. IV (K 35), fol. 245v, 1. 1—17.

? Dk. VIL. 6. 7, d’après le sectionnement de West (PT V).

# Bund. 23. 1--3, Anklesaria p. 108, 1. 8—109 1. 3. L'histoire de Yam et Yamay avec les devs est racontée avec un peu plus de détails dans une rivayat persane: Dâràb Hormazyär’s Riväyat, by Ervad M. R. Unvala, II, Bombay 1922, p.208—10; The Persian Rivayats of Hormazyar Framarz, transl. by Ervad B. N. Dhabhar, Bombay 1932, p. 580—81; comp. S. Larionoff dans le JA 1889, p. 59 sqq.

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était coutume de tuer une vache et d'en manger la viande avec de l’ail et de la rue pour éloigner la disette. La légende suivante, qui nous est conservée en langue persane, sert à expliquer l’origine de ce rite: C’était la coutume de Yam-86dt que chaque fois qu’un étranger arrivait d’un voyage, il l’envoyait dans sa cuisine, afin qu'il mangeût son saoul et s’en allât ensuite. Un jour, un de&v prit la figure d’un mendiant et vint à la cour du roi Yam-$ed demander à manger. Yam-Se0, selon son habitude, l’envoya dans la cuisine. Le dév mangea tout ce qu’il y avait de mangeable dans la cuisine du roi et dit: »J’ai toujours faim. Rassasiez-moil« Le cuisinier alla en informer Yam-$ed, qui dit: »Prépare un repas de troupeaux de bœufs et de moutons, tant qu'il pourra manger, afin qu'il soit rassasié.« Mais plus le cuisinier lui apportait, plus il demandait. Le cuisinier, ne sachant que faire, alla de nouveau rapporter l’état de choses à Yam-$ed. Tout confus, celui-ci s’écria: »Il serait bien honteux, si l’on disait que dans la cuisine de Yam-$€d il n'y a pas assez de nourriture pour rassasier un homme, et il dit au cuisinier: » Va tuer encore des troupeaux de bœufs et de moutons tant qu'il demande et donne-les lui à manger, afin qu’il soit satisfait.« Le cuisinier s’en alla et agit selon l’ordre du roi, mais enfin les forces lui manquèrent, et il alla se plaindre à Yam-$ed. Celui-ci implora l’aide du créateur Ohrmazd, et le créateur Ohrmazd envoya l’Amahrspand Vahman (Vahuman, Vohu Manah), qui dit: »Va prendre un bœuf jaune et tue-le au nom de Dieu. Tu ordonneras qu’on le cuise dans du vieux vinaigre, et qu’on y mêle de l’ail et de la rue; puis on le versera de la chaudière, et tu le mettras devant lui, qu’il le mange.« On fit

" La forme persane est Jamëïd, de pehlvi Yam-3ëd, de l’avestique Yama 4Saita, DYama le souverain.

ainsi, et quand le d&v en eut goûté une seule bouchée, il s'enfuit et disparut!.

Les dëvs, horribles par leur aspect, et dont la figure hideuse et monstrueuse et la couleur noiïre se reconnaissent dans les singes, les ours et les nègres, issus de leur commerce charnel avec des êtres humains; les dévs voraces, les pariys qui se présentent tantôt comme des monstres à gueule ouverte, tantôt (dans le cas de Xnandati, voir p.33) comme des séductrices dont la puissance sur l’homme consiste probablement dans leur faculté de prendre la figure d’une belle femme, les pariys possédant, comme les dévs, le pouvoir de se métamorphoser à volonté, ce sont là des traits familiers à ceux qui s'occupent du folklore des peuples indo-européens. Ce sont les diables, les ogres, les trolls et les sorcières de nos contes populaires. Cependant, comme presque tous les ouvrages moyen-iraniens dont le texte subsiste sont des traités théologiques, il ne nous est pas possible de nous faire une idée bien nette de cette couche primitive de croyances populaires.

Parmi les petits romans et poèmes épiques pehlvis qui représentent la tradition nationale?, un seul, l’'Ayäôgar i Zarërän, le »Mémorial de Zarëér«, renferme quelques allusions aux dëvs, mais seulement dans des formules qui sont déjà devenues des clichés littéraires. Les ennemis sont comparés à des dëvs ($ 21); la lance du sorcier Vidrafs est une arme magique, »faite par les dëvs de l’enfer« ($$ 74 et 100).

Dans le Kärnämay i Ardaëëer i Pafayaän, le livre

! Dârâb Hormazyâr’s Rivâyat, Il, p.162—63; traduction de Dhabbhar, p. 322—23. Comp. Th. Hyde, Hist. Religionis Veterum Persarum, Oxon. 1700, p. 485.

? Sur les deux traditions du temps des Sassanides que j'appelle tradition religieuse et tradition nationale, voir Les Kayanides, p.35 sqq.

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des gestes d’Ardaÿër, fils de Pafay, fondateur de la dynastie sassanide, nous retrouvons l’ancien motif du combat de dragon. Le roi Haftänbôyt!, le maître du ver (kerm), règne dans la forteresse utopique de Gôtihr?, nom qui rappelle en même temps la comète-pariy de l’escatologie (v. p.51) et le roi de la Perside Güëihr, qui fut tué par PäBay, père d’Ardaÿëér. La société d’infidèles qui se groupe autour d’Haftänbôüyt est caractérisée comme une communauté d’idolâtres (usdësparast), non pas comme des dévyasn (daivayasna). Ardaëër est attaqué par l’armée d'Haftänbôyt. Après une série de défaites, Ardaÿëér, ayant enivré les idolâtres, serviteurs du ver, réussit à tuer celui-ci en versant du métal fondu dans sa gueule, après quoi les cavaliers d’Ardaëër, qui se tenaient en embuscade, prirent la forteresse d'assaut et tuèrent Haftanboyt.

Cette légende est racontée aussi dans le Sähnämèh de Firdausi{, d’après une source qui remonte évidemment à un Kärnämay plus ancien, dont notre texte pehlvi n’est qu'un abrégé. Le poète, à cause du mètre probablement, a changé le nom Haftänbôyt en Haftvad. Le commencement de l’histoire du ver, supprimé dans notre Kärnämay, a été conservé chez Firdausi: La fille d'Haftvad, ayant trouvé un petit ver au milieu d’une pomme, le dépose dans le godet de sa quenouille. Grâce à la vertu magique du ver, elle peut filer bien plus de coton que d’ordinaire, et plus elle nourrit le ver en lui donnant des morceaux de

pommes, plus la quantité quotidienne du coton augmente.

* La signification de ce nom est »celui qui a été racheté par les sept (planètes)«. On se souvient que les planètes étaient rangés parmi les démons.

* Voir Wikander, Männerbund, p. 106.

* Kärnämay chap. VI-VIIL.

* Éd. de Téhéran VII, p. 1947 sqq.

Eevroi Haftvad devient riche. et puissant. Le ver croît toujours. On lui prépare chaque jour un chaudron plein

de riz, et en cinq ans, il devient gros comme un éléphant.

La démonologie du manichéisme, comme toute la mythologie symboliste de cette religion, est le résultat de la spéculation imaginative du fondateur. A l’usage de la propagande parmi les Iraniens il s’est approprié la nomenclature mythologique des zoroastriens. Nous y trouvons Ahrmën (Ahriman) et Az, les plus actifs de tous les démons, puis les dévs, les pariys, le Xëéësms (appellation collective formée du nom d’Aisma, Xeëm), les mazans (les dëvs mäzaniens du Zzoroastrisme) et les äsréstärs, classe de démons non connus par les textes zoroastriens qui nous sont parvenus, et les druyë, mot formé de la même racine que le terme avest. druj*. La Kundi du Vendidad n'est pas inconnue non plus; elle s’appelle Kunï dans les textes manichéens*. Aux démons de provenance iranienne, Mäni a ajouté quelques figures sémitiques empruntées au milieu gnostique: A$aqlün, fils du roi des Ténèbres, et sa com-

pagne Namraël“.

1 La ressemblance de l’histoire du ver d'Haftvad avec un épisode de la légende nordique de Ragnar Loôbrok a été souvent remarquée. Voir F. Liebrecht, Zur Volkskunde, p. 65 sqq.; P. Hermann, Dänische Geschichte des Saxo Grammaticus (Leipzig 1922) p. 634—38.

? Voir surtout les textes d’Andreas-Henning, I. On y trouve, p.194, n. 2, une notice sur les asreëtars.

Benveniste, MO 1932, p. 203.

4 Cumont, Recherches sur le manichéisme, I (Bruxelles 1908) p. 42.

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