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LE DESSIN D’IMAGINATION

Les caractères de cette catégorie de dessins sont difficiles à déterminer. Un croquis peut les offrir tous. Certains tableaux semblent aussi pouvoir se ranger dans ce groupe.

Peut-on, d’autre part, classer sous ce titre toutes les pages qui ne ressortent ni du croquis ou de l’étude* ni du dessin définitif ? Je crois que tous les exemplaires qui n’appartiennent pas nettement au genre croquis de tableau ou au dessin définitif, ont le droit de prendre place dans notre catégorie. Il faut absolument, pour les y classer avec précision, qu’ils présentent les caractères d’une œuvre achevée.

En quelle mesure le modèle naturel intervient-il dans le dessin d’imagination ? Il n’a d’office qu’à titre de document secondaire, et agit le plus souvent sous forme de souvenir.

Ces trois espèces ayant des idées promotrices différentes et des résultats absolument divergents, il convient de les juger de manière dissemblable. Au

croquis ou dessin préparatoire, première expression de la pensée, on ne demande ni les proportions irréprochables, ni la vérité du dessin définitif; au dessin d’imagination on ne demande que des formes viables et une technique parfaite, sans lesquelles il est inadmissible. Gustave Moreau et Beardsley, MM. Odillon Redon et Khnopff, ont souvent aimé faire des dessins évoquant de pures pensées ou des mythes.

Mais de tous temps, depuis les miniaturistes du moyen âge jusqu’aux maîtres d’aujourd’hui, des images de la réalité ont été mélangées à d’autres, inventées. Les mythologies anciennes ont provoqué l’éclosion de ce genre mixte ; la symbolique et le bestiaire médiévaux y incitèrent les artisans.

A la vérité, ce n’est que dans nos temps, je le répète, que l’on trouve le véritable genre que l’on peut dénommer hardiment dessin d’imagination. Il offre généralement peu d’éléments bizarres, mais la volonté et le sentiment lui ont infusé une sorte de mystérieuse vie qui l’éloigne de la nature. Les formes connues servent de guide au spectateur, mais le langage surnaturel que parle le dessin pénètre dans l’esprit de celui-ci par d’autres voies d’affinité. C’est le genre graphique le plus obscur pour l’entendement du vulgaire. C’est en quelque sorte la somme de ce que l’art peut réaliser. A ce degré de développement, le dessin devient un idiome particulier qui peut dire d'itidisables choses, il est vraiment là dans toute sa valeur de truchement, comme l’est la musique pure et la littérature dans l’analyse des sentiments intérieurs.

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