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PRINCIPES DE TECHNIQUE

Au point de vue technique, l’imagerie du livre, malgré ses progrès, n’égale pas l’ornementation des murs. Le décorateur a compris, enfin, que les murailles peuvent rester des murailles, et qu’un paysage où planent des oiseaux et qui s’étend au loin ne convient à un panneau de salle que si l’on use de beaucoup de ménagements et d’une prudence réfléchie. Le peintre verrier, pareillement, se dirige vers de meilleurs horizons. Le décorateur de textes rarement s’abstient d’étaler ses connaissances de la perspective. Je cite avant tout ce défaut, parce que sa mort régénérerait l’illustration, — peut-être.

Le feuillet de papier, moins encore que le mur et le vitrail, ne peut porter de vastes étendues de pays couvert de fabriques, de montagnes et de forêts. Il faut que l’image soit franchement symbolique, c’est-à-dire qu’elle ne peut être une reproduction des volumes et des espaces, mais seulement une évocation schématique.

Tous les sujets, d’ailleurs, peuvent s’inscrire en un seul plan. L’auteur qui demande au dessin des sites à grandes perspectives ou à plus d’un plan, détruit la grâce et la forme de son livre : des feuillets de papier relativement minces, portant au recto et au verso des traits et des silhouettes. Une profondeur devenant inévitable, il reste la ressource admise par les sculpteurs des bas-reliefs antiques.

Il y a une manière de fermer l’horizon qui semble totalement oubliée et qu’il est presque audacieux de conseiller. Sa grâce et sa richesse jamais épuisées, auraient dû la remettre en honneur dès le début de l’évolution moderne des arts décoratifs. Je veux parler des fonds à dessins symétriques qui ferment la perspective des premiers tableaux de chevalet, ceux des contemporains de Broederlam. On peut les admirer aussi dans les verrières qui datent du Moyen Age. Mais c’est aux pages des livres anciens que leur efficacité et leur faste se vérifieront le mieux. Les Chroniques de Saint Denis , à la Bibl. nat. de Paris, de même que beaucoup d’autres volumes, comptent de délicieuses vignettes et de grandes illustrations où les fonds furent ainsi ornés. Nommons le naïf Narcisse à la fontaine du Roman de la Rose (xive siècle), quelques miniatures des Femmes Illustres de Boccace (xive siècle). L’une de ces dernières porte une femme couronnée, un vaisseau et une colline, sans aucun préjudice à l’effet décoratif (grav. p. 38). Formé d’un dessin géométrique, le fond glisse

derrière lacoiline et le navire, et s’enfonce dans la mer, reliant agréablement l’ensemble en lui imprimant un

Gravure en frontispice d’un « Recueil de pièces burlesques » de Scarron. — Toussaint Quinet (1648).

caractère spécial de bonne illustration plane. (Voir aussi la grav. Charles V recevant un manuscrit).

Il a été dit déjà, qu’avant d’entreprendre l’exécution définitive de ses dessins, l’illustrateur doit connaître le type d’imprimerie qui composera le texte ; qu’il doit tenir compte des dimensions de la page imprimée et des marges qui l’entourent.

Voici, en outre, qui concerne les dimensions des images. On lit généralement assis en faisant reposer le livre sur une table; conséquemment, les proportions des figures et des objets représentés devraient toujours correspondre à la distance qui sépare l’œil du livre. A mon avis, la scène expressive (ou son centre principal) doit être contenue dans un carré de douze centimètres de côté, quitte à distribuer les accessoires au delà de cette limite. Les figures représentées en pied ne peuvent excéder la hauteur de douze à treize centimètres ; une gravure offrant de plus grandes dimensions ne peut se regarder, en son ensemble, sans éloigner de soi le livre ou sans se lever : c’est par conséquent, un défaut. Toutefois, il y a la ressource de diviser la page trop étendue comme un retable légendaire, et comme le furent les gravures des premiers et des plus célèbres incunables, la Bible des pauvres, l’Ars moriendi, etc.

D’autres observations ressortent du décor.

Exemples : un dessinateur de tact ne dissimulera pas certains membres d’une figure; — il s’évertuera à montrer chacune d’elles en entier, ou de caractériser fortement leurs attitudes, afin d’éviter toute ambiguïté, et de rendre facile la lecture des contours ; — les longues lignes droites ou courbes qui se coupent à angles droits sont détestables ; — d’ailleurs, presque tous les illustrateurs adoucissent les rencontres de lignes en arrondissant les angles qu’elles forment.

l’antiquité

Les vieilles illustrations égyptiennes, indoues, chinoises, japonaises, byzantines, perses et arabes sont aussi gracieuses que nos miniatures du Moyen Age. Souvent, il est vrai, une part de leur apparence de style et de probité découle de l’inexpérience de leurs auteurs. Parfois aussi, aux missels, l’allure grave des dessins est produite par l’ensemble des règles un peu simplistes qu’observaient les décorateurs de textes. L’Egypte a fourni aux musées du monde entier des exemplaires de ses dessins classiques et d’une variété restreinte. L’Arabie et la Perse ont produit des ornements que l’école moderne de Morris n’a nullement surpassés. Ces pays eurent longtemps des décorateurs dont, aujourd’hui encore, les œuvres offrent de nombreux matériaux à celui qui les étudie.

Les vélins et les ivoires de l’art gréco-romain semblent nous relier aux époques les plus reculées. Mais,

si les ouvriers prouvent qu’ils connaissaient d’anciennes choses, il est flagrant que ceux-ci n’avaient que peu de traditions manuelles directes. Ils sont en quelque sorte forcés d’être modestes et de n’user que d’un seul plan. Aussi s’en tirent-ils très inélégamment. On voit dans leurs dessins des figures tassées sans ordre : ici une tête sort d’un groupe où les figures sont trop serrées pour donner place au corps qui devrait porter cette tête ; là s’affiche une multitude de jambes que l’on aurait pu éviter. D’autre part, certaines pages portent des files de personnages remarquables et dont l’ensemble symétrique affirme quelques recherches d’harmonie.

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