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LE MOYEN AGE

Avant le xe siècle, on trouve aussi quantité de dessins à la plume ornant les manuscrits religieux. Les vieilles traditions s’y éteignent lentement, et l’on y relève déjà maintes traces d’originalités et de caractères de terroir. Le tracé, vers cette époque, est le même et pour l’illustration, et pour le vitrail, et pour la décoration des murs d’église. Reproduits bien souvent et d’ailleurs pris comme types de l’époque, je rappellerai les dessins de Y Evangéliaire dit de Charlemagne , exécutés au ixe siècle.

Les contours diffèrent notablement de ce qu’ils devinrent par l’influence de la gravure sur bois; surtout lorsque cette gravure eut eu le temps d’agir sur la vision des dessinateurs. Au lieu d’offrir les lignes cassées à emmanchements durs des bois taillés, on y retrouve toute la souplesse de la plume d’oie, l’aisance

de ses courbes, l’infinie variété de ses ressources. La technique des artisans de cette période est absolument remarquable et sans défaillance. C’est un travail monacal, où l’on pressent une patience éprouvée, et un respect illimité pour le parchemin, les encres et les plumes.

Naturellement, on n’y relève pas de proportions fort exactes, et les fautes que commet un artiste non averti y pullulent. Les mains sont décourageantes, les masques rappellent fortement les faces aux yeux hagards de l’empire des Basiles. L’ornementation à la réglette et à main levée est délicieuse. Je ne dis pas qu’elle est très variée, mais combien harmonieuse, et combien les surfaces sont gracieusement subdivisées !

Deux grands yeux, surmontés de sourcils en arcs réguliers, marquent presque seuls dans ces figures. Les paupières ouvertes forment, ou peu s’en faut, un cercle parfait. Entre elles, glissées quelque peu sous la paupière supérieure, des prunelles rondes et trop grandes, trouées de pupilles noires et qui paraissent perforées dans le papier, semblent refléter un étonnement identique à chaque figure. Les recherches d’expression sont, du reste, encore inconnues. Le nez est limité par deux traits étroits et perpendiculaires qui ont la même valeur que tous les autres traits du dessin du masque. Un mince filet noir relie souvent le nez aux lèvres. Celles-ci, dessinées conventionnellement comme le reste, présentent deux traits en queue d’hirondelle à leurs commissures ; le menton est indiqué à l’aide de courbes très régulières. Les cheveux sont bien imités, comme le permet d’ailleurs le travail à la plume.

(Albertina-Sammlung, Vienne).

Outre certaines courbes au menton et la ligne qui relie le nez à la bouche, on trouve généralement deux autres lignes conventionnelles qui indiquent la position des muscles sterno-mastoïdiens. Malgré ces erreurs, qui se présentent du reste dans bon nombre de dessins de la Renaissance (1 * * 4), ces têtes ne sont pas dépourvues de qualités. Sauf la dimension des yeux, les proportions des organes faciaux s’y offrent presque normales.

Aux draperies on rencontre quelque peu plus de variétés de lignes. Avant tout, elles sont toujours plus épaisses que celles qui délimitent les mains, les pieds et le masque. Puis on y remarque des tendances à unifier les directions de mouvements, embryonnaires, il est vrai, mais qui, dès qu’elles disparaîtront des traditions, enlèveront de belles forces aux dessinateurs. On connaît les torses élevés de l’époque, et les jambes courtes des figures assises.

Non moins utiles à étudier apparaissent les jeux de Tarot et plus tard les xylographies et les marques d’imprimeurs. Je me dispenserai d’énumérer les meilleurs jeux et les bonnes marques, suffisamment célèbres du reste.

(1) Ce ne sont d’ailleurs des fautes que par la mauvaise application des principes logiques. Aujourd’hui encore, d’excellents dessinateurs se

permettent des licences de cette espèce. Dans de très bons dessins au trait on voit, en effet, un point ou un tiret indiquant le creux formé entre la

réunion des clavicules, des traits circonscrivant la gouttière qui se creuse le long du sternum entre les pectoraux, parfois quelques points déter-

minant la position de la rotule et des muscles environnants.

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