L’ANGLETERRE
Tel était à peu près la manière d’entendre le dessin dans le monde chrétien. Chaque pays possédait des centres actifs où, dans des cellules de moines principalement, on s’évertuait à illustrer des manuscrits. L’Angleterre elle-même, de cette époque, peut dater ses premiers essais d’art. Un art caractéristique et presque original y florit alors. « Il était, comme ceux du continent, d’extraction monacale et comptait même un saint parmi ses pieux interprètes, l’ermite Dunstan. Du vne au xe siècle, cet art avait été presque exclusivement ornemental ; au xiie, il s’essayait à la composition scénique, et produisait de véritables œuvres : le Bénédictionnaire d’Æthelgar, le Missel de Robert Champart, propriété de la bibliothèque de Rouen, le Psautier de l’Université de Leyde, dont on se servit pour donner à saint Louis ses premières leçons de lecture. Le xme siècle s’enrichit d’un psautier, à présent chez les capucins de Boulogne, de superbes Meures , celles d’Isabelle de Castille, celles
Dessin d’Adriaen Brouwer, (vers 1606 f 1638). — Intérieur de Cabaret. (Coll, du Dr. Hofstede de Groot, La Haye).
de sir N. Lowrence, où les personnages portent nettement sur leur face leur nationalité Ils communi-
quèrent une vie étonnante aux initiales dragontines et aux moindres lettrines, ils obtinrent des effets inconnus au moyen de fraîches colorations enlevées sur fond noir et l’entrelacs, entre leurs mains, s’assouplit, se modela, se développa d’une façon prodigieuse. Nulle part, on ne trouve trace d’une imagination plus extraordinaire, plus audacieuse et mieux adaptatrice. Le Recueil de Westwood (4), le Psautier Cottonien actuellement à Utrecht, le grand Evangéliaire latin de la bibliothèque de Boulogne, présentent les exemples les plus variés de cette intelligence ornementale, et aussi ces savoureux Evangiles de Kildare où, par des combinaisons d’entrelacs, les décorateurs ont réalisé une interprétation mystique des quatre évangélistes. Les artistes d’Outre-Manche sacrifièrent souvent l’harmonie à l’expressif, mais au moins firent-ils preuve d’une louable individualité dans ce mode d’interprétation et, peut-être, leur art doit-il à cela d’être resté original jusqu’à sa fin promptement venue il est vrai ». (1 2)
Au quatorzième siècle, c’est la glorieuse série des Jehan de Bruges, des Simon Marmion, des Jehan de Woluwe, qui donne la direction à suivre aux dessinateurs. L’Allemagne subit l’influence flamande après
(1) Fac-similés of the miniatures and ornaments of anglo-saxon and irish manuscripts. Voir aussi Schaw : H andb o ok of the art of illumination.
(2) Alphonse Germain : Le Sentiment de l'Art et sa formation par V étude des œuvres. Bloud, Paris.
avoir produit de merveilleux psautiers où les souvenirs de l’antiquité sont nombreux. D’ailleurs on retrouve ces souvenirs dans ce que produit toute la partie occidentale de l’Europe. Pourtant, il faut remarquer les portraits et des détails réalistes qui, bien avant la série de maîtres nommés plus haut, firent leur apparition dans les œuvres des dessinateurs français et allemands. On observe des figures étudiées, des expressions gauches, mais cherchées, la flore et la faune du pays, dans le Psautier de Saint Louis. Plus tard, en pleine effervescence, Fouquet exécute ses miniatures pour les Heures (T Etienne Chevalier.