‹ Essai sur la dialectique du dessinChapitre 17 sur 23 · BOTTICELLI · texte numérisé non relu

BOTTICELLI

L’ensemble des dessins que Botticelli traça pour la Divine Comédie de Dante, apparaît comme une des plus anciennes et des plus charmantes séries d’illustrations de notre temps. Quoique ne répondant pas au sentiment spécial du texte, c’est néanmoins l’émotion délicate qu’il y faut priser le plus. Sauf en quelques gravures admirables (*), on n’y rencontre pas de merveilles de composition décorative : une grande fidélité aux dispositions que le texte énonce, se combine avec une interprétation étrangère aux pensées de Dante, et presque enfantine des personnages. Toutefois, Botticelli a clairement ordonné les scènes, parfois fort complexes, des pages qu’il s’était imposées, « il a si bien placé ses figures et leurs doubles, si bien relié entre elles les scènes de chaque acte qu’il a évité tout ce qui, dans l’ordre décoratif, équivaut à un solécisme. » (1 2)

(1) Notamment la première de celles qui sont destinées au chant XXX du Purgatoire. Elle est infiniment supérieure à une autre illustration pour la Divine Comédie , que nous reproduisons à la page 80.

(2) A. Germain : Op. cit. p. 191.

L’uniformité absolue des traits révèle, en ces dessins, une curieuse insouciance quant à l’effet à produire. Botticelli ne s’inquiète d’ailleurs nullement de la valeur ou du sens d’un contour. Un trait n’est pour lui qu’une limite, il ignore, comme tous les peintres de l’époque, les ressources qu’offre le trait en soi-même.

De cette uniformité de valeur résulte d’abord que l’ensemble est diffus, que tous les accessoires se mêlent aux figures principales, et que, par conséquent, celles-ci se noient dans le fouillis des tracés. Ensuite, ce fouillis produit l’effet de masses grises trop régulières, sans vigueur, sans qu’elles permettent à quelque mouvement de sortir de sa neutralité.

Deux suprêmes pages, dignes de Dante et convenant à l’illustration d’un livre :

L’une représente le poète et Virgile, au masque suave comme celui des vierges de Rossetti et de Burne- Jones, s’élevant en planant vers le Paradis, parmi les arbres éthérés d’un grêle bocage. La seconde offre deux figures au centre d’un disque miraillé de flammes héraldiques. (Chant vu). Ces dessins et quelques autres « prouvent l’inanité de l’image à effet théâtral et de la vignette à prétention de tableau. Ils démontrent, avec l’éloquence du génie, que rien ne pare mieux un texte que la composition ordonnée comme une décoration murale et travaillée comme une étude ». (4)

Page 1