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B. — LA LUMIÈRE

Le mouvement ne se dessine point; les astres et les autres foyers lumineux en continuel travail d'émission n'offrent, en effet, nul contour fixe. Ce sont précisément ces sources de vie qui, en caressant les formes de leurs rayonnements, nous permettent de voir les corps. Le genre de résistance que ces derniers opposent à la lumière est tout le thème où s’évertue l’œil. Quand c’est la vue qui perçoit, il faut que la lumière lui vienne en aide. Il faut même une certaine condition d’éclairage; car, un objet transporté au centre d’un foyer lumineux est annulé, non pas par l’épaisseur des rayons pris à leur naissance, mais parce que l’objet est éclairé de toutes parts ; en effet, placé dans une chambre aux parois blanches, un buste blanc que l’on parviendrait à entourer d’une lumière égale, de manière à supprimer toutes les ombres, disparaîtrait pour la vue. Notre œil ne suffit donc pas à la perception des formes; il faut le concours propice de la lumière qui rend apparents les reliefs.

Les modifications que subissent les reliefs des objets sont quelque peu différentes, nous l’avons vu, mais pour tous, les lois de la perspective s’affirment les mêmes. Toutes les lignes convergent vers le point de vue. Naturellement, la hauteur du cône qu’elles forment diffère d’après la force de l’œil, la conformation du cristallin et la concavité de la boîte rétinienne.

En observant, non pas la puérile perspective scolaire, mais celle qui résulte de la censure des lignes par le gmphomètre du regard appuyé par la pratique, on réalise un dessin absolument pareil, quant au format respectif des objets, à une reproduction mécanique. Malgré l’opinion de la majorité, un dessinateur expérimenté doit reconnaître que le produit graphique de sa vision consciencieusement vérifiée, ne diffère en rien de celui d’un objectif photographique. Seulement, aidé par la sagesse où nous sommes des dimensions réelles des objets, nous réformons notre vision. Notre raison tente de rendre aux volumes leurs mesures naturelles, qu’ils ont perdues en raison de leur éloignement, tandis qu’une épreuve obtenue par un moyen quelconque nous donne les dimensions réelles quoique proportionnellement réduites de l’image virtuelle.

Averti, ou plutôt connaissant les petits phénomènes usuels, on les traitera aisément selon le but que l’on poursuit. Les anciens réformaient volontairement ce que la distance mutilait. Certains critiques ont cru découvrir des fautes de perspective dans des chefs-d’œuvre de célèbres artistes : Cousin, Diirer, Sanzio et d’autres. Ces maîtres, néanmoins, étaient parfaitement capables de vérifier les dimensions de l’image à son arrivée sur

la rétine; mais ils avaient le tact artiste de les mettre d’accord avec nos habitudes de repérage inconscient.

Nous avons vu que les phénomènes abstraits de l’optique, et ceux qui se passent dans le cerveau, nous sont absolument inconnus. Nous ignorons également comment nous redressons l’image qui vient se dessiner au fond de l’espace rempli par l’humeur vitrée, renversée et comme vue dans un miroir. Descartes, d’AIembert et Brewster ont donné de ce phénomène une version assez plausible en comparant les rayons visuels à deux bâtons qu’un aveugle tendrait, croisés, devant lui. « Quand le bâton tenu par la main droite rencontre un obstacle, l’aveugle sent que cet obstacle se trouve à gauche; il rapporte de même, à sa droite, l’obstacle contre lequel se heurte le bâton tenu dans la main gauche. D’après Descartes, nous rapporterions par un jugement analogue, la sensation perçue par un point de la rétine, non pas à ce point lui-même, mais à la source du faisceau lumineux qui vient le frapper ». Ce point d’interrogation suffit à faire entrevoir l’étendue de notre ignorance des transmutations dont les causes et les résultats connus nous sont de toute importance.

L’étude expérimentale que le peintre fait de la lumière, domaine pourtant plus facile à explorer, est de même pleine d’inconnus et desurprises.Un seul exemple: Il arrive très fréquemment que les paysagistes

dessinent des objets qui ne sont pas plus au-dessus de l’horizon que ne l’est, en somme, le soleil aux premiers moments de l’aurore. Les rayons de lumière, en se réfractant à travers des couches atmosphériques de densités différentes, suivent littéralement la surface de la terre et nous apportent ainsi des images qui ne s’élèvent pourtant pas au-dessus de l’horizon. On vérifie ceci

Fig. 2. — Schéma d’une illusion d’optique. — Voir ci-dessous.

en coupant la ligne de visée du niveau-d’eau en plusieurs fragments. Opérant de distance en distance en prolongeant toujours la droite obtenue, on constate que la première ligne, la droite fictive (A-B fig. 2) se relève, et l’on découvre que, soit la base d’un arbre (C fig. 2), soit le bas d’une fabrique, étaient sous la ligne d’horizon. Une température plus ou moins élevée transforme ces apparences suivant son degré de densité. Un paysagiste épris de rendu servile tirera parti de la connaissance des propriétés de l’atmosphère, de celles des mirages quotidiens, des phénomènes du crépuscule et de l’aurore, des « richesses infinies de la perspective atmosphérique, l’air, la physiologie des masses transparentes, perpétuellement ondulatoires, de l’atmosphère

avec sa vie prodigieuse de corpuscules disséminés, sympathiques ou antipathiques, à réflexion ou réfraction* et les milliers d’accidents combinés de la direction de la lumière, du levant au couchant d’une journée ». (4)

(1) Jules Laforgue : Mélanges Posthumes.

Tableau attribué a Roger van der weyden, (vers 1440 f 1464). Portrait présumé de Pierre Bladelin.

(Collection de feu Richard von Kaufmann, Berlin).

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