DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
[l est en pathologie tel et tel processus morbide dans lequel nous rencontrons des troubles dyspeptiques et des perversions fonctionnelles du cœur sans que nous soyons autorisés pour cela à établir entre les deux ordres de faits une relation de cause à effet. En d’autres termes, 1l ne suffil pas qu’un malade accuse des palpitations et se plaigne en même temps de troubles des fonctions de l’estomac quelle que soit leur nature pour que nous portions le diagnostic de dyspepsie cardiaque.
11 y a à cela plusieurs raisons. Si nous avons démontré, comme nous l’espérons, queles affections du cœur engendrent souvent les affections de l'estomac, il n’en reste pas moins acquis, comme nous l'avons établi dans la première partie de ce travail, que les affections de l'estomac peuvent aussi donner naissance aux affections du cœur. Il n’est pas toujours facile, quand on ne voit pas les malades au début et qu'ils n'offrent pas de commémoratifs bien rets, d’établir la filiation des accidents.
Au fond, il importerait peu, en présence de ces deux lésions, de faire ce diagnostic délicat si nous pouvions affirmer qu’elles sont nées l’une de l’autre. Dans les deux cas la thérapeutique serait la même, les mé
Hs one 2 dicaments gastriques devant être associés aux médicaments cardiaques.
Mais il faut se méfier des cas où survient un troisième larron : il se cache quelquefois si bien qu’il peut être difficile de le reconnaître dans cetle association, bénigne en apparence, de quelques troubles dyspeptiques et de palpitations dues à une légère hypertrophie du cœur gauche.
Il est telle observation de Leared, par exemple, à laquelle, si l’autopsie n'était venue confirmer le diagnostic du savant médecin anglais, on pourrait répondre : Les troubles digestifs de votre malade étaient des signes précurseurs de l'urémie; son insuffisance aortique n’était pas essentielle; elle était le résultat d’une hypertrophie du ventricule gauche, due elle-même au mal de Bright. Et si l'on admet que le mal de Bright, comme l'enseigne avec son autorité M. le professeur Brouardel, peut donner lieu à la mort subite, au même titre que l'insuffisance aortique, que répondre à cette argumentation en dehors des résultats de l'autopsie?
La question est encore plus complexe; car si les néphrites interstitielles et les néphriles diffuses donnent lieu à une hypertrophie du veutricule gauche, en même temps qu'à des troubles de la digestion stomacale, la réciproque est également vraie. Telie lésion du cœur donnera naissance à une congestion passive du rein, au rein cardiaque de M. Jaccoud, qui pourra réagir lui-même d'une manière fâcheuse sur les fonctions de l'estomac. On peut donc se demander si, outre les
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modes de production des troubles digestifs dans les maladies du cœur que nous avons étudiées, il n’y en aurait pas un autre dans lequel la lésion du rein, la néphrite chronique, jouerait le rôle d’intermédiaire. On admet généralement que les troubles produits dans {es fonctions de l’estomac par la néphrite chronique sont des effets de l’urémie. Les accidents déterminés du côté de la muqueuse gastro-intestinale par l’urémie peuvent se résumer ainsi : vomissements, dyspepsie et gastro-entérite par élimination de l’urée, L'étude de l’estomac urémique comprend, en effet, une anatomie et une physiologie pathologiques un peu spéciales. Au point de vue des lésions, comme nous l’avons déjà dit, l'estomac urémique ressemble beaucoup à l'estomac cardiaque primitif : on y rencontre la même teinte ardoisée, avec un mucus abondant, grisâtre, visqueux et gluant; quant aux troubles fonctionnels, ce sont surtout des nausées et des vomissements, accompagnés d’un dégoût invincible pour les aliments, en particulier pour les matières animales (Lancereaux.) Il est à noter que, dans nombre de cas, on constale, | dans les vomissements des urémiques, la présence d’une certaine quantité d’urée. Le fait, quoique in— constant, a une certaine valeur diagnostique; il est inutile de dire qu'on ne l’observe pas dans les vomis- ‘sements d’origine cardiaque.
. Il ne faut pas oublier non plus que l’hystérie, accompagnée ou non de crises, peut présenter des symptômes cuncomitants du côté de l’estomac et du côté du cœur, sous forme de palpitations, de congestions et