EL
d’aperçus ingénieux, M. Leven a montré le retentissement des souffrances de l'estomac sur le double système nerveux cérébro-ganglionnaire, et a publié des observations de troubles gastriques coïncidant avec des troubles cérébraux, dans lesquelles ceux-ci avaient élé guéris ou tout au moins amendés par le lavage de l'estomac.
Je ne m'appesantirai pas sur ces faits que je cite à titre d'exemple ; mais si l’on accepte la théorie de l'auteur sur la pathogénie de ces accidents, si l’on admet, par exemple, que l'irritation du plexus solaire, de quelque nature qu'elle soit, puisse, en réagissant sur le cerveau et l'estomac, engendrer des troubles simullanés dans ces deux organes, n'est-il pas permis de se demander si le cœur et l’estomac, qui sont tous les deux dans la dépendance des mêmes nerfs, le sympathique et le pneumogastrique, ne sont pas aussi souvent, et a forhori, en relations pathologiques? si les lésions ou les troubles fonctionnels de l’un ne sont pas souvent la cause ou leffet des troubles fonctionnels et des lésions de l’autre?
Pour ce qui est de l’action nocive des maladies de l'estomac sur le cœur, tous les auteurs l’ont, sinon étudiée complètement, au moins signalée depuis longtemps. Les exemples ne nous manquent pas; de partipris on a accusé l'estomac d’une foule de méfaits à l'égard du cœur; bien rarement on en a fait une victime de ce dernier. C’est ainsi qu'on a signalé l’atrophie marastique du cœur dans les lésions gastro-intestinales (Jaccoud, Traité de path. interne, 1, p. 709),
ms 10:
les palpitations causées par la distension de l'estomac, dans la dyspepsie flatulente par exemple, et par la compression de bas en haut du diaphragme et du péricarde. Beau a enseigné que l’angine de poitrine succédait parfois à la dyspepsie. On a signalé des troubles cardiaques, des palpitations, accompagnant le vertige a stomacho læso, placés comme lui sous l’influence de la déplétion ou de la réplétion de l’estomac sans altération de l’ouie, et susceptibles de disparaitre par le même traitement eupeptique (Weill, Thèse d’agrégation). Dans cet ordre d’idées et de faits, il est curieux d'étudier les réflexes cardiaques qui peuvent se produire à la suite d’excitations périphériques. De mème qu’il existe des réflexes respiratoires d’origine extrarespiratoire, succédant par exemple à lirritation de la muqueuse rectale, de l’isthme du gosier où de la muqueuse des fosses nasales, réflexes qui sont sous lu dépendance du pneumogastrique, il est naturel d’admettre que des excitations périphériques puissent avoir une «ction réflexe sur le cœur. L'estomac et les terminaisons du pneumogastrique stomacal entrent certainement pour une part dans la pathogénie de ees troubles cardiaques, au même titre que les nerfs du plexus mésentérique (Expérience de Goltz) ou que les nerfs rachidiens (Letulle, Thèse d’agrégation, Paris, 1883).
Nous pourrions encore signaler iei les palpitations dans l’anémie de l’inanition, Si un homme atteint de gastralgie, de dyspepsie mange peu, s’il digère mal, s’il vomit ce qu'il prend, il sera rapidement atteint
PT ee
d'une anémie globulaire, accompagnée de souffles dans les vaisseaux, et à l’origine de l'artère pulmonaire, 1l aura des vertiges stomacaux, des syncopes, de l’albuminurie, de l’anasarque, des hémorrhagies par dyscrasie sanguine. Si d’autre part cet homme a une lésion chronique de l'estomac, qui irrite les filets terminaux du pneumogastrique, il sera exposé aux attaques syncopales, il aura le pouls lent permanent signalés par M. le professeur Charcot (Letulle, /0co citato, p. 154).
L'étude de ces phénomènes cardio-pulmonaires consécutifs aux affections de l'estomac et du tube digestif avait été commencée par Bouillaud. Elle a été reprise dans ces derniers temps par M. le professeur Potain (Congrès de Paris, 1878, et de Montpellier, 1879). Morel (Lyon, 1879) a publié une bonne étude sur les conditions physiologiques des dilatations cardiaques dans les lésions gastriques. Barié, à son tour, a publié ses recherches sur les accidents cardio-pulmonaires consécutifs aux troubles gastro-hépatiques (Revue médicale, janvier et février 1883). M. le professeur Germain Sée a insisté sur l'influence de l'irritation des nerfs de l'estomac, sur l’augmentation de la pression vasculaire artérielle, et par suite sur les palpitations, les intermittences, les irrégularités du cœur, les syncopes (Dyspepsies gastro-intestinales, p. 124). Il a encore étudié dans son beau traité des maladies du cœur l'influence de la tympanite, des vers, des hémorrhoïdes, des troubles gastriques, de la dyspepsie flatulente et des dyspepsies nerveuses sur les palpitations.
Dans tous ces cas que nous venons d'examiner, ou plutôt d'énumérer très rapidement, les lésions et les troubles fonctionnels de l’un et l’autre organe coïncident; mais dans tous, l'affection stomacale paraît être primitive et la lésion cardiaque secondaire ; nous irons plus loin, la première paraît être la cause, la seconde paraît être l'effet. On pourrait certes discuter quelquesunes des observations que nous avons eues en vue, et tenter de rendre aux troubles circulatoires la paternité des désordres organiques qui les accompagnaient; mais nous devrons faire assez d’hypothèses au courant de ce travail pour ne pas être tenté de les accumuler dès à présent. Nous préférons fonder sur quelques observations plus certaines l’existence de la dyspepsie cardiaque, examiner les cas où la lésion de l’endocarde ou du myocarde nous paraîtra avoir la priorité. Nous chercherons s’il y a une caractéristique aux troubles digestifs chez les malades atteints d’une affection du cœur; si chacune de ces affections elle-même n'imprime pas un sceau spécial à la complication stomacale. Nous ne négligerons point les renseignements que l’anatomie et la physiologie peuvent nous fournir sur cette question délicate, et nous ferons notre profit des indications malheureusement peu nombreuses de nos devanciers.
L’écueil de notre sujet est d’être trop vaste ou trop étroit. Nous tâcherons de ne pas nous égarer dans les sentiers trop faciles; nous glisserons à dessein sur ces cas douteux où l’alcoolisme, par exemple, a été la cause d’une gastrite et d’une endocardite concomi-