‹ Essai sur la dyspepsie cardiaqueChapitre 7 sur 16 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'histoire de la dyspepsie cardiaque a à peine vingt ou trente ans; elle appartient tout entière à nos maïitres. Les auteurs anciens et même ceux du commencement de ce siècle ne paraissent point avoir remarqué cette coïncidence, pourtant fréquente, des maladies du cœur et des troubles de l'estomac. J'ignore si Hippocrate en a parlé, et je n’ai pas lu le traité des maladies de l’estomac d’Arétée non plus que ceux de Jorestus ou de Rivirius; mais des auteurs plus rap-

MOT Lee prochés de nous, tels qu'Hoffmann, Temple {De dyspepsia, 1878), Guille (de la dyspepsie et de ses complications) ne paraissent pas en avoir fait mention. Chomel, après avoir divisé les dyspepsies en dyspepsies accidentelles et en dyspepsies habituelles, ne comprend parmi ces dernières que les troubles persistants des fonctions digestives qui se montrent sous des formes très variables, indépendamment de toute maladie appréciable soit des organes mêmes de la digestion et de ceux qui concourent à cette fonction, tels que les glandes salivaires, le foie, le paneréas, soit de ceux qui ne leur sont associés que par les lois de la sympathie. En conséquence, dit-il, seront en dehors de notre sujet tous les troubles digestifs qui se rattachent aux influences diverses de l’estomac, des intestins et du péritoine, à l'embarras gastrique et intestinal, aux lésions organiques de ces viscères..….. Il en est de même des troubles digestifs qui accompagnent les maladies du péritoine, des viscères abdominaux, et en particulier des reins, de la vessie et de l’utérus et qui donnent souvent lieu à des vomissements si intenses qu'ils semblent constituer le symptôme prédominant. Je ne rangerai pas non plus dans les dyspepsies essentielles celles qui sont dues au relâchement des parois abdominales consécutives à l’ascite ou à la grossesse, etc...

Dans cette énumération éliminatrice, il n’est même pas question en passant des maladies du cœur. Pour les voir signaler dans l’étiologie de la dyspepsie. Il faut arriver à Bouillaud, à Durand Fardel (Traité des maladies chroniques), à Beau (Traité de la dyspepsie), à

Nouat (Traité des dyspepsies), à Guépon (Traité de la dyspepsie, fondé sur l'étude physiologique et clinique) (1864).

Mais ce ne sont encore que des indications, Il faut venir aux articles de Parrot, de MM. Potain et Rendu, de M. M. Raynaud, aux livres de M. le professeur G. Sée et de M. le professeur Peter, pour y trouver une étude sommaire, il est vrai, mais déjà décisive de la dyspepsie cardiaque.

« Les cardiaques et les asthmatiques, dit M. G. Sée, dans son livre des dyspepsies gastro-intestinales, se plaignent souvent de flatulences et parfois de douleurs gastriques; souvent même Ja maladie débute de cette manière et ces symptômes initiaux peuvent donner le change, si bien qu’à défaut d'un examen rigoureux des organes thoraciques, l'erreur peut se produire et se prolonger. En général, les affections thoraciques dé: butent et se caractérisent par de la dyspnée, Ja gêne respiratoire force pour ainsi dire le diaphragme et met en jeu toute la série des muscles respiratoires auxiliaires. Le diaphragme finit ainsi par subir les effets d'un fonctionnement exagéré, il se fatigue, s’affaiblit, les inspirations profondes, c’est-à-dire l’abaissement du diaphragme dans la cavité abdominale ne pouvant plus s'opérer complètement, celle-ci ne parvient plus à se rétrécir dans le sens longitudinal; dès lors, l'estomac et les intestins se distendent par les gaz et deviennent le siège d'une tympanite; c’est une véritable asthénie du diaphragme qui produit le météorisme. »

Cette théorie des troubles digestifs par action mécanique est certainement très séduisante et très acceptable; mais nous verrons que ce n’est pas là le seul mode de production de la dyspepsie cardiaque.

A son tour, M. Maurice Raynaud, dans son article du Dictionnaire de Jaccoud, a fort bien résumé les troubles gastriques dans les affections du cœur. Après avoir établi qu'il n'est pas rare de voir des individus vivre des années et même parvenir aux dernières périodes de l’asystolie, conservant jusqu’au bout l’intégrité de leur digestion et un certain embonpoint, il reconnait que plus souvent encore les choses se passent autrement; mais pour lui, dans lescomplications stomacales comme dans les complications pulmonaires, c'est la stase veineuse qui est seule coupable, par l’intermédiaire de la congestion hépatique.

Nous verrons que l’anatomie et la physiologie autorisent, en effet, cette théorie dans bien des cas. L'hyperhémie gastro-intestinale serait beaucoup plus rare pour M. Maurice Raynaud, à cause de la facilité de la circulation collatérale et des anastomoses des veines du tube digestif avec les veines diaphragmatiques inférieures et hémorrhoïdales. Elle n’en serait pas moins un élément important à prendre en considération parmi les complications abdominales des maladies du cœur, à cause de l’état de catarrhe chronique qu’elle entretient à la surface interne du tube digestif,

M. Raynaud avait, en effet, remarqué plusieurs fois à l’autopsie des cardiaques, une coloration ardoisée de

la muqueuse digestive, une infiltration œdémateuse Muller. 2

des paruis de l'estomac et de l'intestin, des suffusions

hémorrhagiques, des érosions au niveau de la muqueuse | stomacale, et dans l'intestin des exsudats blanchâtres, pultacés, d'aspect diphtéritique qui avaient probable ment pris naissance dans les derniers temps de la vie. Nous retrouverons ces lésions dans une de nos observations. |

Mais M. M. Raynaud avait hésité à créer cette entité de la dyspepsie cardiaque, parce que pour lui ces lésions du canal intestinal n’existaient pas à l’état isolé, qu’elles succédaient toujours à la cirrhose cardiaque du foie. Tout au plus rapportait-il à l’hyperhémie gastro-intestinale la tension abdominale dont se plaignent les malades, la sensation de barre, d’obstacle dont ils rapportent le siège principal au pourtour de l’ombilie, la pesanteur et l'irrégularité des digestions.

Il avait reconnu qu’à ces souffrances se joignait souvent une conslipation plus ou moins opiniâtre qui alternait avec des débâcles consistant en diarrhées séreuses.

Sans pousser l'analyse fort loin, il avait attribué quelques-uns de ces troubles à un vice de sécrétion des sucs intestinaux, et de la bile, diminuée dans sa quantité et altérée dans sa composition. [l avait, comme M. G. Sée, noté la tympanite et les éructations.

C'est aussi sur ee symptôme qu’insistait M. Parrot dans sa pathologie générale du cœur (Dechambre), et il accusait aussi la congestion des viscères de tous les troubles digestifs qu'il avait observés.

M. le professeur Peter n’a pas manqué de signaler

TA pue

dans son admirable Traité des maladies du cœur les troubles de la digestion dans la péricardite aiguë, l'appétit faible ou nui, les digestions laborieuses et pénibles de la péricardite chronique, les symptômes stomacaux de l'invasion graisseuse du cœur, etc...

Mais il faut arriver à l’étude si remarquable et si approfondie de MM. Potain et Rendu pour trouver une étude plus complète des troubles digestifs dans les affections du cœur, et principalement dans les altérations valvulaires.

Ainsi pour l'insuffisance aortique : « Les symptômes cardiaques ne sont pas les seuls qui se montrent dans le cours de l'insuffisance aortique. Il est un certain nombre de malades chez lesquels cette affection se traduit presque exclusivement par des désordres nerveux variables portant de préférence sur l'estomac et les fonctions digestives. Une dyspépsie tenace et douloureuse, des crises gastralgiques, des sensations d’étouffement très pénibles immédiatement après les repas, des digestions lentes et accompagnées d’éructations forment un ensemble de symptômes tellement prédominants qu'il serait difficile de ne pas croire à une affection exclusivement stomacale, si les signes de l’auscultation ne révélaient la lésion cardiaque. C'est pourtant bien à elle qu'il faut attribuer tous ces accidents d'apparence nerveuse, car, aussitôt que les malades sont mis au repos et que la circulation se calme, la dyspepsie s’amende et les douleurs gastriques disparaissent, Leared, qui a surtout contribué à faire connaître cette portion des symplômes de l'insuf-

ME. DA fisance aortique, rapporte quelques cas de sa propre pratique et un de celle de Broadbent où les seuls symtômes de l'affection cardiaque étaient une cardialgie douloureuse avec pyrosis et flatulence : six fois ia mort survint et l’autopsie démontra constamment l'existence des lésions de l’aorte et des valvules sigmoïdes (A Disguised Disease of the Heart, in med. Times and Gazette, 1867, p. 695). |

MM. Potain et Rendu signalent encore, de façon assez complète, les troubles digestifs qui accompagnent le rétrécissement mitral arrivé à une certaine période. Déjà ils reconnaissent, ce que nous essayerons d’établir plus tard, en faisant la critique de nos observations, que la dyspepsie du rétrécissement mitral u’est point celle de l'insuffisance aortique. Cette différence, dont ils n’ont point essayé d’établir la théorie, se conçoit aisément; car déjà la pathogénie n’est pas la même. Mais n’anticipons point sur nos conclusions. D’après MM. Potain et Rendu, la dyspepsie du rétrécissement mitral ne serait plus gastralgique; elle se rapprocherait plutôt de la dyspepsie flatulente et serait caractérisée par de l’anorexie, des nausées, du ballonnement du ventre, des digestions lentes et pénibles. Ces troubles s’expliqueraient suffisamment par la dégénérescence scléreuse ou même graisseuse du foie, par la fréquence de la toux due à la congestion pulmonaire et qui amènerait des nausées, et par l’oppression habituelle des malades, qui s'exaspère toujours pendant la digestion.

Dans le rétrécissement tricuspidien,la congestion du

uropE foie qui se produit alors plus {ôt serait aussi accompagnée des mêmes troubles digestifs.

Dans linsuffisance tricuspide, ils seraient encore plus nombreux et plus accusés peut-être que dans l’insuffisance aortique. Nous retrouvons encore ici l’anorexie, le dégoût pour certains aliments, les digestions pénibles, les nausées fréquentes; dans les cas plus favorables, une simple sensation d’anxiété épigastrique ct de pesanteur abdominale.

« Quelquefois même les accidents ne se bornent pas à l'estomac et au duodénum, et les fonctions de l’inteslin grêle se trouvent plus ou moins altérées; il n'est pas rare, ainsi que l’a fait remarquer M. Mahot, d’ob. e civerdes diarrhées profuses qui épuisent les malades et sont difficiles à vaincre; cette diarrhée, sans doute, est à la fois la conséquence d’une hyperhémie veineuse portée à l'excès et de l’altération des sécrétions gastrointeslinales. Dans aucune affection cardiaque, ces phénomènes ne sont aussi accusés que dans l'insuffisance tricus pide.

Nous avons trouvé dans les auteurs que nous venons de résumer ou de citer, l’intéressant tableau des complicalions gastriques des différentes maladies du cœur. Il nous reste à étudier la pathogénie de ces accidents, à les classer, à chercher une base soli le pour la théorie que nous proposons; c'est ce que nolls nous proposons de fire dans les chapitres suivants.

Do

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