DE NORMANDIE ET D’ANGLETERRE
La famille des Renoncules exhale comme une odeur printanière : elles sont presque toutes filles des premières tiédeurs et du printemps. Elles ont dû frapper le sentiment et l’imagination du peuple; aussi cette famille est-elle riche en noms populaires. La Clématite [Clematis vitaïba) ^ s’appelle Herbe aux Gueux, de la propriété vésicante de ses feuilles, dont les truands se faisaient des ulcères; Diable en haie, nom énergique que justifie l’entortillement de ses sarmens dans les buissons , et qui a été employé aussi par les Anglais, dont la langue d’ailleurs est essentiellement normande, Devil in a bush; Fausse -Vigne, car c’est le cep moins la grappe; Viorne, nom générique donné aux plantes flexibles, Lenta viburna ; Vignolet, diminutif de vigne, que les paysans appliquent à d’autres plantes grimpantes; Liaune, parceque c’est la principale liane des haies normandes, très-jolie en automne, lorsqu’elle s’effile en houppes soyeuses , et qu’elle devient la plante aux cheveux blancs. Son nom ancien d’Aube-Viane semble s’être
jierdii. Les Anglais rappellent enc(»re la Joie du Vnyageur. Travellcfs Joij.
Le Pigamon {Thalictrum j ^ est trop rare pour être beaucoup nommé; cependant le nom de Rue des Prés, en Angleterre Meadow Rue, peint bien ses formes et sa station.
L’Aîiémone, la Fille du Vent pour les Grecs, Herbe du Vent pour quelques jardiniers, Herba Venti, parceque, dit Pline, numquam se aperit nisi spirante vento. Puisatilla, pour Linné, a été comprise d’une toute autre manière parle peuple qui Ta appelée Coquelourde, plus préoccupé du fruit que de la fleur; mais il a été mieux inspiré en appelant l’espèce Nemorosa, Sylvie, terme classique d’ailleurs, qu’il n’a pas inventé. Pour les Anglais, c’est la Fleur de Pâques, Pasque-Flower.
\J Adonis représente, selon Mathiole, le beau berger de la fable et des idylles, changé en cette plante de sanglante couleur. De ses trois noms vulgaires , l’un Sang de Vénus, évidemment d’origine savante, l’autre Goutte de Sang, concordent assez bien avec le nom mythologique; le troisième , Œil de Perdrix , est d’une grande vérité , et tous trois s’appliquent à l’espèce Autumnalis. Les Anglais la nomment Œil de Faisan, Pheasanfs eye.
Comme la science ne fait quelquefois pas autre chose que d’ennoblir l’expression populaire, la Plante des Grenouilles, « Ranis cohabitantibus », dit Linné, la Grenouillette, est devenue la Renoncule, comme sa sœur, la Queue de Souris, Mouse-tail, est devenue la Ratoncule. Deux espèces qui croissent dans les marais et les Douves, ou fossés d’eaux croupissantes , s’appellent Grande Douve (R. Lingua) et Petite Douve (R.Flammula). Les bestiaux sont dits douvés, quand ils ont mangé de cette plante malfaisante, et la science, peut-être après le peuple, a appelé Scélérate, une espèce de ce genre. Le peuple, quand il embrasse toutes les Renoncules jaunes, les nomme Jau-
nets, BcminetSj vraie dénomination de fermière normande, comme celle de Butter cup, pot à beurre, des Anglais, Pipons et Pompons d’Or. La Renoncule Rampante (B. Bepens) à la feuille trilobée et incisée, prend le nom de Pied de Lion ou Pas de Lion; l’Acre, celui de Pied -Pot ou Pied-Bot, Bouton d’Or, en anglais Pied de Corbeau, Crow-foot; celle des champs (R. Arvensis) celui de Patte d'Oie; la Bulbeuse, celui de Pied de Poule. Comme dans cette famille on trouve encore l’Hellébore, populairement Pied de Griffon et Pas de Corbeau, on pourrait reconnaître dans la Renoncule, pour l’imagination populaire , la plante qui marche , moins merveilleuse d’ailleurs que la plante qui chante ou la Mandragore. Cette dernière Renoncule, V Arvensis, a été libéralement baptisée; car à son nom de Patte- d’Oie, elle ajoute ceux de Chausse- Trappe, de ses carpelles hérissés, de BecdeCorbin, de son style long et droit, de Brûlante, de son àcreté. Quant à la Renoncule à feuilles d’Aconit , c’est à qui ne voudra pas de cette jolie plante : nous affectons de nommer Boutons d’argent d’ Angleterre la variété à fleurs doubles que les Anglais appellent avec plus de raison les Belles Filles de France, Pair maids of France : dans le fait elle y naît spontanément. Le R. Auricomus se dit Goldylocks, les cheveux d’or, et le R. Acris, Bachelor’s button. L’Helleborus niger est la Rose de Noël, Christmas rose.
La Ficaire a porté le nom (D’Herbe aux Hémorroïdes, par suite d’un procédé essentiellement populaire, appliqué aussi à l’Hépatique, lequel tire l’idée de la vertu d’une plante de sa ressemblance avec la partie malade : ses tubercules ressemblent aux flcs des hémorroïdes; mais elle reçoit les noms généraux des Renoncules et celui de Petite Chélidoine que lui attribue M. de Brebisson dans sa Flore' de Normandie.
Le Caltha, c’est-à-dire la C(M’beillc, étale une si riche
et large corolle qu’il est naturellement le Souci iVEau, comme en anglais le Souci des Marais, Marsh Marigold, (Marie ou Marguerite d’or), et son voisinage des Peupliers lui vaut le nom de Populage.
L’Hellébore Fétide est devenu pour les Normands V Herbe à la Bosse, nom qui peut s’interpréter par les locutions : Puer la Bosse, Sentir la Bosse, s’il ne s’applique à une propriété de résoudre -les contusions. Il s’appelle encore Pied de Griffon et Pas de Corbeau. L’espèce Viridis se dit Pommelière, peut-être de ses sépales arrondis et verts. Employé dans les sétons, c’est-à-dire à herber un animal . l’Hellébore s’appelle encore Herbe à Herber. Cette expression de Bosse, Boche, très-usitée en Normandie, vient de Bossa, bubon pestilentiel qui venait aux aisselles : « une bosse ou apostume le prist au bras. — Ducange. »
Voici encore dans les Renoncules, les Cheveux de Vénus, c’est la Nigelle; le Sang de Vénus, c’est l’Adonis. Plus tard nous trouverons le Peigne de Vénus et le Miroir de Vénus. L’Ancolie, une des favorites de J. -J. , tire de ses cinq pétales en cornet les noms de Cinq-Doigts ou Cinq-Dés, de Clochettes, de Gants de Notre-Dame. Ce dernier nous introduit dans une nomenclature particulière , consacrée à la Vierge et assez abondante pour qu’on puisse dire que le peuple a trouvé sa toilette complète dans les champs. Pour les Anglais, l’Ancolie se dit Columbine. La Dauphinelle tire de sa fleur son nom scientifique et de ses feuilles le nom populaire de Pied d' Alouette. C’est l’ornement presque constant d’un jardin bas -normand. En Angleterre, c’est l’Éperon d’ Alouette, Lark’s spur. L’Aconit ne pouvait guère s'appeler que Casque et Capucin , deux noms qui évoquent à la fois le moyen-âge militaire et religieux ; aussi les Anglais ont le nom de Monk’shood, Capuchon de Moine, et, en outre, Wolf s bane. Mort du Loup. Pour les Anglais
la Nigeile est la Fleur fenouil, Fennel ftoiver ou \e.Devil in a bush.
Les Berbéridées n’ont en Normandie qu’un représentant, le Berbéris, mot qui désigne, en indien, la coquille à perle, le Mother pearl des Anglais , le Madré perle des Italiens ; en français, c’est le Vinettier ou Petite-Vigne , et en normand, c’est V Epine-Vinette, parcequ’on en a tiré un vin aigrelet.
Les N^jmphea, nos plus belles fleurs nageantes, avec leurs surnoms indiens , Nénuphar et Nuphar, comme l’alliance du Grec et du Sanskrit, ont dû former un petit poëme dans la féconde imagination de Linné, comme l’Andro-
meda : « Andromède est une vierge au col blanc » Les
Normands, gens plus utilitaires, et partant plus prosaïques, les appellent Choux d'Eau ; leurs descendans , mieux inspirés, les nomment Water Lily. L’espèce jaune, qui exhale une odeur d’eau-de-vie , reçoit le nom de Brandy -Bottle, Bouteille d' Eau-de-Vie ou de Brandevin.
Les Pavots forment une famille qui a frappé l’attention populaire; elle renferme le Coquelicot, peut-être Crète de Coq, c’est du moins l’onomatopée par laquelle en Normandie on désigne le chant de cet oiseau. Le Coquelicot se dit aussi populairement Bourbiton, forme d’apparence grecque, sans signification pour nous., Cette famille renferme encore le Glaucîum Maritime, c’est le Pavot Cornu, Horned Poppy, Bec de Courlieu, à cause de sa longue silique,etla Grande Eclaire , ou Herbe aux Verrues, en anglais Celandine, altération du nom français Chélidoine. A Bayeux, le Coquelicot se nomme Papi, en anglais Poppy, c’est sans doute la racine celtique de Papaver , parceque Papa, en celtique, signifiait Bouillie, ce que les Normands appellent Papin. La Pivoine contracte son nom en patois normand et devient Pione.
Parmi les plantes méchantes ou magiques , le Coquelicot
est considéré coiiime une des plus puissantes par les paysans de l’Avranchin. Les Fumeterres , fumier de la terre, selon Linné, fumée de la terre, selon Pline, bien connues du peuple pour qui elles sont quelquefois un légume, ont le même nom dans son vocabulaire. En anglais. Fumitory.
La famille des Crucifères est tout un jardin potager, et le Normand sait bien distinguer l’utile de l’agréable. Le Raphanus sativus est pour lui le Radis Noir. Le R. Raphanistrum est la Navuche, forme péjorative, et la Russe, mot généralement appliqué à toutes les Crucifères jaunes qui viennent dans les cultures. Il nous semble venir du patois Erusser, qui signifie arracher, et ensuite dépouiller les feuilles à revers : la Russe est une plante dont on se débarrasse par le sarclage. Dans l’Avranchin , ce terme s’applique aussi au Sinapis arvensis. Le Senevé renferme trois espèces à noms populaires, Moutarde, la Moutarde Blanche ou Poivre, et le Guélot ou la Guélotte, à Bayeux et à Valognes, diminutif probable de Guède, Guèdelotte, qui désigne , il est vrai , une autre plante , mais qui a des analogies , particulièrement la plus puissante , la couleur. Le Chou , symbole de sottise : « Bête comme un chou , tête de chou, » dérivé sans doute de Caulis, fait passer devant nous sa riche famille normande , le Brocoli ou Bricolin , nom italien, le Colza, le Cabus ou Caboche à Jersey, d’où est venu l’Anglais Cabbage, la Bavette ou Babette. Il se disait Col en vieux Normand : « Jo me mespriz com une fuille de col, dit Waee, l’Homère de la Normandie; de là Colza. L’Eruca se Roquette, de son amour des rochers, et les Anglais appellent la Barbarée commune Yellow Rocket . La Julienne partage ce nom populaire avec ceux de Saint- Jacques et de Pentecôte. La Giroflée des murailles s’appelle Ravenelle ou la Petite Rave , Rameau d'Or, et de ce joli nom de Violier Jaune, (|ui fait de cette j)latite suspendiK'
aux murailles comme une volée, un volier d’oiseaux ou d’insectes d’or, s’il ne veut dire plutôt une violette d’or, Wall-Jlower, fleur des murailles. V Herbe Sainte-Barbe a été latinisée en Barbarea. Le Velar est en patois la Tortelle, à cause de la torsion de ses rameaux, et V Herbe au Chantre^ de son efficacité contre l’enrouement. Les autres Crucifères qui ont des noms populaires sont : le Cresson de fontaine; le Cochléaria ou Cranson, et à Paris, Cran, Herbe aux Cuillers ou Raifort sauvage, contraction de Radis fort ; la Sénebière , Corne de Cerf, de la ramure de ses feuilles; le Passerage, Cresson Alénois, peut-être qui porte mauvaise haleine, du patois Haleiner; le Tabouret, Monnoyère et Monnaie du Pape; la Capselle, Bourse à Pasteur, de son fruit en panetière ; l’Isatis , Guède et Vouède, mot qui signifie jaune, souvent cité dans les anciens coutumiers normands, en anglais Voad; le Crambe, Chou Marin, en anglais Sea-kale ; la Cameline, plante utile, a fait passer dans la langue du paysan son nom grec de Xauofi Atvov. Le Cakile, plante peu utile, n’a pas de nom populaire, excepté Foirelle, quoiqu’elle se trouve partout au bord de la mer , sur les dunes qu’on appelle Miellés, les caps qu’on nomme Grouins et Nez, les endiguemens ou Dicks, les œstuaires ou Vés, Veys, Vada, les falaises ou Hogues, Hagues, Hougues, Hoguelles, à la naissance des filets d’eau qui suintent dans les grèves ou Guintres. Quant au Napus, Napellus, Navet, autrefois Navel, on l’appelle souvent en Normandie, selon toute analogie , Naveau : c’est l’ancienne forme : « Porreaux , chelets (choux) et naveaux. » (Ancien tarif de Bayeux.)
Outre les noms qui précèdent, la nomenclature anglaise pour les Crucifères est remarquablement abondante : c’est le Garden-rocket (Hespcris matronalis) , la provision de dix semaines , Ten week stock ( Mathiola ) , la Moutarde des liaies', Hedge nnisiard ( Erysimuyn] , le Cresson d’hiver.
W inter cress (Barharea vulgaris), le Cresson des Murailles, Wall cress (Arabis Thaliana), la Chemise de la Vierge, Ladijs smock, et Fleur de Coucou, Cuckoo flower (Cardamine pratensis), Honesty (Lunaria), Moutarde du Boucher, Butcherlfmustard ( Biscutella) , l’Herbe aux Fous, Madwort (Alyssum), Whitlow grass (White flower) (Draha), le Candy tuft (Iberis). Madwort Alyssum offrent la même idée en deux langues.
Les Cistes ou Hélianthèmes, Fleurs du Soleil, ont un nom populaire en Allemagne , Fleurettes d'Elisabeth, mais ils n’en ont pas en Normandie, sans doute à cause de leur rareté. Ces Fleurs du Soleil portent dans le centre de la France le nom de Grille- Midi, par une remarquable analogie entre le sens populaire et l’aperception scientifique, si toutefois le premier n’a pas ouvert la voie à l’autre. En anglais, c’est la Rose des Rochers, Rock-rose, et Sun-rose, Rose du Soleil.
Les Violettes ont été assez maltraitées par le peuple et par les étymologistes , par le peuple qui nomme l’une d’elles Violette de Chien, Viola canina, et par les étymologistes qui dérivent leur nom de via, chemin. A cette origine vulgaire, Linné, tout parfumé d’antiquité, oppose le grec lov, qui vient de la nymphe lo, laquelle en fit sa nourriture après sa métamorphose. Le peuple n’était- il pas poète aussi, quand-il a appelé Pensée, cette violette au regard doux et profond, étalée et penchée, comme épanouie en-dedans, et contemplant en elle-même la nature qui s’y réfléchit avec toutes ses riches couleurs ? Le peuple anglais l’appelle aussi Pansy, ou le Bien-Être du cœur, HearVs-ease.
Les Résédas ont deux espèces populaires en Normandie, le Gaude, ailleurs Vaude ou Herbe à Jaunir, le Faux- Réséda, quelquefois Réséda More, More signifiant jaune et noir, comme on le voit dans Morelle, Mouron (Salamandre).
En Angleterre , le Réséda Gaude s’appelle naturellement la Plante du Teinturier, Dier’s Weed. Il est assez singulier que le Réséda en France porte un nom latin, et qu’en Angleterre il porte le nom français de Mignonette. La Drosera, qui porte les noms poétiques d’Amour de la Rosée, de Rosée du Soleil ou Rossolis, Rossoglio en italien, Sundew en anglais, porte populairement, à cause des gouttes suspendues dans ses poils, le nom A' Herbe à la Goutte.
En tête de la famille des Caryophyllées, apparaissent ces jolies fleurs à l’œil vif et éveillé, qui semblent vous regarder, et justifient leur nom d’OEillets, Ocelli.^ bien supérieur comme idée à celui de Carnation que leur donnent les Anglais. L’espèce dite Armeria a déposé son nom dans le patois normand, Armelin, Armenin, et à Villedieu Arménie. En patois picard, le frère du normand, c’est Ermerie. Le Silène Enflé tire de ses pétales onguiculés le nom populaire de Cornillet : l’Agrostème des moissons s’appelle Nielle des Blés, Terrine, de la forme de sa capsule entrouverte , et Coquelourde , de la lourdeur de son fruit qui lui fait pencher la tête. Picotee est un œillet tacheté, chez les Anglais. Dans les Ltjchnis, une espèce très -rouge cultivée est celle des Bons -Hommes qui, à l’état sauvage, porte à Valognes, le nom de Feu Sauvage, à Villedieu, celui de Cocolinqueux , désignation du coq dont la crête rappelle la plante, en anglais Corn-Cockle. Le Lychnis dioïque porte le nom touchant de Compagnon- Blanc, sans doute parcequ’il est toujours aux côtés du voyageur ; une autre espèce est la Fleur de Coucou, parcequ’elle fleurit au retour de cet oiseau, ou encore Saint- Sacrement, de la fête où on l’emploie aux reposoirs. Pour les Anglais, c’est le Ragged-Rohin ou Robin déguenillé, à cause de ses pétales déchiquetés. Les Stellaires , si justement nommées, étoiles d’argent sur le vert des haies, ont
une riche synonymie populaire, le Mouron des Oiseaux , en anglais, Herbe des Poulets, Chick Weed, Gras Mouron, mot qui signifie jaunâtre , et désigne aussi la Salamandre terrestre, Morgeline, qui en est sans doute une corruption, Taquets, du craquement de leurs fruits. Manchettes de la Vierge, Menuchon, ou plante menue. Collerette et Coiffe de la Vierge. L'Arénaire traduit bien le français Sabline, qui pourrait bien être un nom d’origine populaire : c’est la plante des grèves de l’Avranchin : elle rampe au bord des lises ou sables déliquescens , sur les mondrains, monceaux de sable dessalés par les sauniers, sur les bords des Ruets et Guintres , ou ruisseaux qui suintent des rivages. Les Anglais la nomment la plante des sables, Sandwort, et la Stellaire est pour eux Stitch ivort, plante du point de côté.
Le Houx, Hollij : cette plante, avec le Fragon, est trèspopulaire en Angleterre et en Allemagne, comme objet de décoration de la maison à la fête de Noël. En Normandie, on en fait des touches ou manches de fouets , et de la glu , dite des Oiseleurs , Viscum aucuparium. Quoique l’étymologie de Holly soit probablement son nom latin Ilex, plus d’un poète a joué sur ce mot, et sur son homonyme Holy, saint, devant l’âtre où flamblait la bûche de Noël, appelée en Angleterre et en Normandie d’un nom Scandinave Yule, d’après M. Ed. du Méril. Hollyhock, en anglais, ne désigne pas le Houx, mais la Mauve, Mallow , ou plutôt la Guimauve , et Skinner le tire de l’anglo-saxon Holy, grand et Hoc, mauve. Whin, en anglais, dérivé du gallois Chwynn, désigne encore le Houx, et Petty-Whin, le genêt à balais.
Les Millepertuis gardent encore une expression qui a disparu de la langue, où Pertuisane seule la rappelle, Pertuis, trou, encore usité en patois normand, resté dans les noms de lieu Qi)m\nQ. Maupertuis. Un Millepertuis, l’An-
drosème, s’appelle la Toute-Saine ou en Anglais Tutsan, dans rAvranchin, Cyparon^ mot de physionomie grecque qui semble faire allusion à Vénus, mais qui dérive de Souveraine en passant par Saparon, qui se dit à Bayeux; à Valognes, c’est Parencœur, de sa bonne odeur qui sert à parer le cœur , en d’autres localités , Perancune, et à Villedieu, Paracuelle, altérations probables du premier mot. Le Millepertuis en Anglais est l’Herbe Saint-Jean, Saint John’s Wort. Une botaniste anglaise dit de cette plante qu’elle était autrefois en haute réputation pour chasser les esprits malins, et pour cela elle était généralement placée près des habitations.
Les Géraniums se disent Bec de Grue, Crane’s Bill, Epingle à la Vierge, Petit Colinqueux Bobertianum se dit Herbe à Robert, Herb Robert. Quel est ce Robert? N’y aurait-il pas là un souvenir du personnage historique ou fictif Robert-le- Diable ^ populaire en Normandie, comme représentant peut-être le type outré du Normand? Ce qui le ferait croire, c’est qu’on l’appelle quelquefois Herbe au Diable : elle a la propriété d’égarer le voyageur qui a marché dessus en certaines circonstances, et de l’empêcher de trouver son chemin. A un point de vue médical , l’Herbe à Robert est la Chanerette ou Herbe aux Chancres, au mal de gorge. Quant à l’espèce Columbinum , c’est la traduction du nom populaire de Pied de Pigeon. Géranium est la traduction de Bec de Grue., comme Herodium de Bec de Héron, Heron’s bill, parceque leur fruit a du rapport avec le bec de ces oiseaux.
Les Oxalides, ou plantes acides, ont fait impression sur les sens populaires : Acetosella, étymologie d’O-
seille, s’appelle vulgairement Pain de Coucou,- Alléluia, car elle croît vers Pâques, Surelle, de son acidité, en anglais Wood Sorrel. On lui donne encore ailleurs les noms de Trèfle Aigre et de Herbe de Bœuf. '
L’Erable se dit Cochêne y c’est-à-dire le irère du Chêne avec lequel il a quelques rapports.
Le Fusain est en Normandie le Bonnet Carré y de la forme de ses fruits ou Carrés Bonnets , et par contraction, CarribonnetSy on dit encore Bonnet de Prêtre. Son nom de Fusain vient de l’usage d’en faire des fuseaux ; en Anglais, Spindle tree, l’arbre au fuseau.
Dans les Balsamines, V Impatiens est le « N’y touchez pas, » autrefois Herbe Sainte-Catherine, allusion à la roue du supplice de cette martyre, roue qui éclata comme éclate la capsule de l’Impatiente.
Les Nerpruns représentent un nom populaire, Noir Prunier, Ner-prun y Noirprun, qu’on dit à Paris; leur désignation en patois est Bourg ène , Bourget, Bourdaine y Bourgeolène, formes qui semblent issues de Bourgeon; en Angleterre, c’est l’Epine du Chevreuil, Buck’s horn.
Dans les Rutacées, la Rue est cultivée dans les jardins normands auprès de la Guimauve, ou la Mauve-Gui, Malva-Visca dans l’ancienne botanique, et auprès de V Herbe au Chat. La Rue, comme le Savinier, est regardée comme une herbe méchante..
Le terme scientifique Œsculus Hippocastanum , pour le Marronnier d’Inde, traduit l’expression primitive et populaire de Châtaigne de Cheval et à^Horse chesnut. Son bois, dit M. de Brebisson, a été fort employé dans ces derniers temps, pour de petits meubles de luxe, sous le nom de Bois de Spa.
Les Légumineuses, les plantes utiles par excellence, ont dù fortement fixer l’attention populaire. A Bayeux, on appelle Lemage les fourrages légumineux. L’Ajonc s’appelle Jonc Marin. Il doit probablement son nom de Jonc à une certaine ressemblance avec le jonc, par la rareté de ses feuilles, et la qualification de marin à ce qu’il vient surtout abondamment en Normandie, en Bretagne, en
Poitou 'et vers Bordeaux , sur les landes des bords de la mer. Nous ne serions pas surpris que plus d'un savant se fût égaré dans des vignes là où il s’agissait de cet arbuste dont les plants sont souvent dits Vignettes, Jean, Bois- Jean , et les champs qu’il couvre , Jeannière. Il s’appelle encore Vignon, Vignot, Guignot, peut-être par analogie avec V Epine-Vinette, et son espèce naine est dite Liaunet, altération probable de Jaunet. En Bretagne, il s’appelle Lande et Landier, Brusc en Provence, souvenir du Ruscus, espèce de houx appartenant à une autre famille, et en anglais Furze et Gorse. L’espèce Tinctorîa du Genêt est dite , par un de ces diminutifs où le peuple excelle, Genestrelle ou Herbe à jaunir; en anglais, Ebénier de Montagne, Mountain ehony. L’espèce Sagittalis est dite Lacet, sans doute de la flexibilité de ses tiges. Le Genêt à balais, Common broom, a reçu presque toujours le nom de Genista; mais Tournefort l’a nommé Gijtiso- Genista, et Link Cytisus. Le Cytise s’appelle quelquefois Aubours, un de nos noms perdus, restés dans l’anglais, où Auburn désigne ce rouge brun estimé pour la chevelure par les peintres du xvie siècle et par les Anglais de nos jours. Il s’est encore appelé Bois d'Arc, ou Arbois, à cause de la souplesse de ses branches. La Bugrane oppose par ses racines un assez grand obstacle à la charrue pour avoir été appelée en patois Arrête-Bœuf et Retambœuf, et de même en Angleterre, Rest- Harrow, Arrête-Charrue ; l’espèce natrix, nom d’une couleuvre, s’appelle ailleurs Coquecigrue. Ce mot, comme Coquatrice, rappelle la légende du serpent né d’un œuf de coq. La Luzerne a une espèce cultivée, la Lupuline, dont les petites proportions sont exprimées en patois par Minette et Petit-Trèfle jaune; c’est la Maculata, et non pas le Trèfle qui est le Shamrock, la plante nationale de la verte Erin ou Irlande, celle qui servit à saint Patrick de symbole de
la Trinité. Le Trèfle, dont la magie cherche les individus à quatre feuilles, en les rencontrant parfois, offre une riche nomenclature : le Repens est le Triolet ou Trèfle Blanc; VIncarnatum est le Trèfle-Rouge et le Farouche; VArvense est le Pied-de-Lièvre ; le Pratense est la Tremaine, ou la plante à trois mains, ou plutôt celle qui vient après trois mois, comme on dit le Blé Trémois ; il s’appelle encore Pagnolée ou Herbe Espagnole ; le Subterraneum est le Semeur ; le Fragiferum est la Fraise. Le Lotier corniculé doit à sa triple foliation le nom de Triaque; de la forme de son fruit , les Anglais l’appellent Bird's foot trefoil. L’Ornithope, Pied d’ Oiseau^ commence à être cultivée sous le nom de Serradelle. L’Esparcette est vulgairement le Sainfoin, Sanum Fenum, et Gros-Foin : deux de ses variétés sont cultivées sous le nom de Grande et Petite Graine; une autre est dite de Deux- Coupes, h' Ers ou la Lentille s’appelle Petites -Lentilles, et l’espèce Hirsutum, Herchie, Querchie, c’est-à-dire Hérissée. La Vesce, Cracca, a plusieurs noms : Gerset, Covesce, à Granville, Gaze, et à Valognes, Gazillon, de la finesse de son feuillage. La Saliva est VHivernage. Le Pois cultivé est le Pois vert, le Pois rond. La Fève se dit Feuve, comme Fèvre s’est dit Feuvre', la Faha equina est la Fèverolle, Le peuple a prodigué les noms à la Gesse : Larousse, Arousse, probablement Gesse-Rousse, de la couleur des fruits, Garousse, Pois-Gesse, Pois-Breton, Lentille d'Espagne. Le Lathyrus Aphaca est en Anglais la Petite Vesce jaune, Yellow Vetchling. Parmi les noms de pois, il y en a un qui garde un vieux mot, le Pois Prodomme ou Prodon, c’est-à-dire le Pois de l’homme sage et prévoyant. Le Phaseolus Multiflorus est en Angleterre le Coureur- Rouge, Scarlet-Runner, et l’Astragale est la Vesce à lait, Milk Vetch, et l’Astragale adragant, l’Epine de Bouc, Goafs thorn.
Les Uosacées sent, en général, la famille de la beanté. Les Rosiers sauvages portent le nom vulgaire iVEglantier (Acanthier) leur fleur, celui iV Eglmitine . qui serait peutêtre mieux écni AcantJiine, leur fruit, celui de Cochonnets, et à Genêts. Nioniottcs, c’est-à-dire de petits riens. La Rose pimprenelle est quelquefois la Eose du Bénard. Ici encore l’épithète de Chien laisse tomber le mépris sur la Bosa Canina. peut-être le type primitif , comme celui de Violette de Cochon sur le Glecoma hederacea.
Il est difficile de parler des Roses, sans mentionner un de leurs hôtes les plus gracieux et les plus populaires . la Coccinelle, appelée Sonnette ou Petite Nonne. Bête au bon Dieu, Bête à ta Vierge, Vachette, avec ses noms analogues en Angleterre de Lady hird , Oiseau de Notre- Dame . ou Lady cow. Vache de Notre-Dame : « En France et en Allemagne , dit une dame botaniste , nul paysan n’oserait tuer cet insecte consacré à la Sainte-Vierge. » Le Redegar, produit par la morsure du Cynips rosea , s’appelle en normand Gcdle du Bosier ; de même en anglais Gall fly désigne cet insecte qui produit aussi les Galles du Chêne. Le fruit de l’Eglantier s’appelle en anglais Hip. A propos de Roses, les anciens documens normands parlent souvent de Boseriiim., de Bosières, et des savans ont cru qu’il s’agissait de Roseraies ou de plantation de rosiers : les Rosières étaient des terres marécageuses remplies de roseaux, ou, comme on dit en normand, de Bos.
Le Prunier Sauvage, en roman Créquier, s’appelle Prunellier. son fruit Prunelle, dans l’Avranchin Blosses ou Bleusses. mot qui signifie sans doute bleu (All.Rloce, bleu/, car les Picards font le féminin de cet adjectif en Bleuse et disent Bleusir pour bleuir; à Rayeux. Chenelles pour Cenelles : « Il y en a comme de Chenelles » est un dicton commun. Quelques noms de cerises sont assez populaires
pour elrc* cilôs : les Amèchea ou amères. Ayriottes ou uii peu aigres, ou sauvages (ay^io;). Guignes, visage ro.se et rebotidi, du celtique Kign, cerise sauvage, Bigarreaux , mi- . ['arties de rose et de blanc, Cœur de Pigeon, Cœur d' Ane. Le Cerisier sauvage est le Merisier. Le Laurier-Cerise est dit Laurier à Lait, Palme, Lotot , altération de Lotus sans doute. Le Laurus Nobilis, d’une autre famille, est le Sweet bay. La gomme des Cerisiers et Pruniers s’appelle en Picard Pain d’ Agace, ou Pain de Pie. L’Aube-Epine, ([ui, comme Aube-Vigne, renferme un joli adjectif qui a disparu de la langue, mais qui reste dans beaucoup de noms locaux de Normandie comme Auberoche, Pierres- Aubes , l’Aube-Epine , en Angleterre May, Fleur de Mai , est dite Epine Blanche, Noble Epine à Baveux, Cenellier, quand on considère ses fruits ou Cenelles, et à Valognes Hagues (d’où l’Anglais LLaw et Hawthorn) , c’est-à-dire fruits des haies. « Il y en a comme hagues. » Cet arbre « en est bagué », charge de fruits. Le Néflier, mot moderne qui a triomphé du vieux Meslier, tiré de Mespilus lequel explique toutes nos Meilleraies, ne produit pour le peuple que des Meilles. Le Poirier, et surtout le Pommier, l’arhre national et patriotique de la Normandie, fourniraient un riche vocabulaire, une imporiante monographie dont on ne peut ici qu’indiquer l’idée. Citons en passant une des pommes les plus connues, la Permaine, Permagna: « Quinque permagnis (121 1). » Le Sorbier, à son nom vulgaire de Sorbier des Oiseleurs, ajoute quelquefois celui de Cofresne, c’est-à-dire compagnon, frère du frêne, et rarement celui de Frêne à fruits rouges; en Anglais, Frêne de Montagne, Mountain Ash. La Benoite est la traduction (V Herbe-St- Benoît , en anglais Herb Bennet , étymologie de toutes les Bennett d’Angleterre. La Ronce devient souvent Eronce pour exprimer peut-être une idée d’attraction; son fruit s’appelle Moures, de sa ressemblance avec la Mûre, ou plu-
— .'il
lot <le son abondance dans ces bruyères et landes, dites autrefois Mora, d’où vient Mourels et Morets . ce mot qui se retrouve dans les Moors d’Angleterre et d’Ecosse. Les Anglais appellent la ronce Bramble, diminutif d’une racine assez obscure. La Potentille Anserine s’appelle \' Argentine, de l’argent du revers de ses feuilles. Dans la Reine (les Prés le peuple laisse bien loin en arrière, pour la poésie, la langue des savans, qui dit Spirée et Filipendule, et le nom de Ulmaria traduit le terme vulgaire de VOrmière. La Filipendule s’est appelée Barbe-clc- Chèvre, de sa racine chevelue; l’Alchemille Stragula Mariœ. en anglais Lady' s Mantle, de ses feuilles élégamment plissées. La Sanguisorbe est dite Great Burnet.
Il y a dans les Cucurbitacées une plante richement partagée en appellations vulgaires, c’est la Bryone. Sa beauté comme liane, son aspect désagréable comme fruit, la force de sa racine sont peintes dans Vigne-Vierge , Vigne blanche. Couleuvre, Raisin dit Diable et Verjus du Diable, Navet Sauvage et Navet du Diable. Son navet, souvent bifurqué, rappelle la Mandragore ou V Homme planté. Aussi des bateleurs se servaient de sa racine desséchée pour en former ce qu’ils appelaient des Mandragores avec lesquelles ils trompaient le peuple. Ce caractère diabolique, attesté par ses noms, en fait d’ailleurs une des plantes qui prêtent le plus à la légende et à la superstition. Les Cucurbitacées. symbole de stupidité, fournissent au peuple un grand nombre d’injures. On sait ce que veulent dire dans sa bouche Cornichon. Concombre, Citrouille, Melon, tête de Melon. Les Anglais nomment la Bv^owQWhite-Bryony , pour la distinguer d’une liane voisine, le Tamus communis. qui est pour eux le Black Bryony.
Le type des Onagrariées, famille svelte et élégante avec un vilain nom, contraste dont les deux termes sont soii- \enl renversés parmi les hommes, est V Onagre (Ane saii-
vage) . Iraüiiction du voca])lc [topulaiiT . lin be-aux- Anes. L’Epilobe n’est connu du peuple que dans sa plus belle espèce, le JMurier- Saint- Antoine, en Angleterre l’Herbe Saule. Herb Willow. La Circée, en rappelant, la fameuse magicienne , n’est qu’une forme de couleur antique pour traduire Herbe aux Sorcières, de même en anglais, Enchanter’s Night Shade; mais dans d’autres parties de la France, cette plante est sous l’invocation d’un saint, c’est V Herbe-Saint-Etienne. La Macre , dont le nom semble renfermer l’idée de mare et de marécage, fruit d’eau comestible, qui se vend quelquefois sur les marchés, ne pouvait manquer d’être baptisée i;ar le peuple: c’est la Châtaigne d’Eau, voilà pour sa couleur et sa saveur; ou la Tête du Diable, voilà pour sa forme cornue. Ici le peuple et le savant se rencontrent par hasard : c’est, pour le savant, la Trapa, ou la moitié de Calcitrapa, la Chausse-Trappe et Tête d\i Diable. De même, en Angleterre, Water Caltrop, Chausse- Trappe de l’Eau. On a encore appelé la Alacre Cornuelle.
Les Haloragées n’ont que deux noms vulgaires en Normandie : le Myriopbylle s’y nomme Volant-d’Eau, l’Hipl)uris , Queue de Cheval, nom qui d’ailleurs s’applique plus souvent aux Equisetum. en anglais. Queue de Jument . Mare’ s tail.
Le nom français du Cératophylle ou Feuille cornue , c’està-dire Cornijle, a bien l’air d’avoir une origine populaire.
Le Tamarix est certainement le plus élégant arbrisseau de la Normandie . dont il aime les rivages et les baies. Le peuple normand l’appelle Tamarin, sans se douter que c’est le nom d’un tout autre végétal, dont une souche joue un certain rôle dans l’Iliade. Les Anglais viennent de nous ravir ce charmant végétal, et M. Webb, débaptisant le Tamarix gallica, l’a forcé à devenir le Tamarix anglica; en anglais, Tamarih. Le T. Gallica habite les bords de la Méditerranée.
Les Paruiiydiiées ont pour type la Paroiiychia ou Herbe au Panaris. La Herniaire est dite Herniole, en quelques parties de la France, et Turquette, ou plutôt Torquetie, expression qui peint ses fleurs agglomérées et comme tordues. Quant à rillécèbre, nous Tavons entendu nommer Faux-Thym , assez fidèle peinture de son apjiarence.
Dans les Plantes grasses, le paysan nomme la Joubarbe, la plante proteclrice de la chaumière, le Poireau de la Maison, House leek; VOrpin, qui est jieut-être la métallièse de Pain d’Or, en anglais, Stone’crop. la Moisson des Pierres, le Chou au Lièvre^ Sedum Telephium, qu’il appelle encore Reprise, Herbe à la Coupure, Herbe à la Vierge; le Sedum Album, Perce- Mousse, Tétine de Souris, Souricette, Petite Joubarbe, et, dans le milieu de la France, Trique-Madame, nom aphrodisiaque; le Sedum acre, la Vermiculaire et le l^ain d’ Oiseau; l’Oinhilic, riche en noms : c’est la Mailletle, sans doute pour Molliette, de ses propriétés émollientes, Rondelle, du dis(|ue de sa feuille (c’est sans doute ijar erreur qu’on a écrit Hirondelle), Nombril de Vénus, Ecuelle, de sa feuilh* creuse , Couverture de Marmite et Cuiller à Pot ; en anglais, nombril, Navel -Wort et Venus' s Navel -Wort. Dans les pays à vignobles, le S. Cepœa est la Joubarbe des Vignes. Le Sedum anglicum se dit Thym de Crapaud.
Les Groseillers représentent des produits trop utiles et trop agréables pour n’être pas dans la langue i)opulaire. Si leur nom de Ribes commence à se montrer un peu prétentieusement sur les lèvres des profanes, le joli nom de Groseille, Groseiller, est connu de tout le monde; mais le peuple donne à fun d’eux un synonyme jilus gracieux encore dans GrappUle ou petite grappe, et son altération Gradille et Gradellicr, et quelquefois Grade et Cadre. Dans son amour du diminutif, il va jus(pi’à Grappillon . Gu dit Gadelle en
rraiiçais; en anglais, c’est Currant. Quant à Cassisy le Ilibes nüjra y il semble se rattacher à Cassia, nom que les Grecs donnaient à un arbre aromatique d’où vient la Casse.
Le nom de Saxifrages ‘traduit le nom populaire de rerce- Pierre] mais à quel i)oint de vue méritent -elles ce titre? Selon Linné , c’est parcequ’elles fendent les ])ierres ; selon d’autres, c’est parcequ’elles dissolvent le calcul; selon d’autres encore . c’est parcequ’elies croissent dans les fentes des rochers. Les pauvres fleurettes n’ont sans doute pas l’énergie qu’exprime leur nom; mais elles semblent fendre les pierres : il n’en faut pas davantage à l’imagination populaire pour croire qu’elles le font.
Avec les Ombellifères , nous entrons dans la famille la plus élégante de la Flore normande : la grâce du port . la noblesse régulière des traits, la finesse de la feuille ou de la parure, tout, jusqu’à ses arômes, fait de l’Ornbellifère la beauté classique entre les fleurs. En outre, les caprices de la foliation ajoutent cette finesse de physionomie et d’esprit qui donnent le mouvement à la beauté. Dans cette longue perspective qu’offrent les enfans de cette famille, qui bordent les deux côtés du chemin, saluons, avec le peuple des campagnes. Y Angélique ; puis la Suelle, Tuets et Faux-Panais , c’e.st-à-dire la Berce (Heracleum) ;
Panais y ailleurs Pastenade, que Tournefort et Linné dérivent de Pastinando ; le Fenouil de Porc et la Queue de PourceaUy ou le Peucedanum ; la CaroitCy diminutif j)robable de Carwwî ou Carvi, du celtique Car, rouge; X^Perce- Pierre et la Criste-Marine y mot où l’on reconnaît Crithmum ; la Génotte, ailleurs Terre-Noix , ou le Bunium denudatum; la Besle.y altération de Berle, due à la prononciation anglo normande, quelquefois PirotSy le nom normand de l’oie; la Petite Angélique Sauvage , et la Fausse- Angéliquey ou l’Egfqiode; le Smgrnium , (pii jiarlage avec une autre jdaule le jhihi Milsrain’ de Poivre; le Conium
muvulatum. ou Grande Cigüe , par contraction CJnic y «vert comme Chüe » , selon le dicton, à Vire Suelle pour Chuellc; VŒthnsa cijnapium ou Petite Cigüe; le Scandix, ou Aiguille, Aiguille du Berger, Alêne, et pour les botanistes. Peigne de Vénus, Venus'sComb; le Buplèvre, ou Perce-Feuille, de sa feuille perfoliée, et Oreillede Lièvre, Hare’s Ear ; l’Hydrocotyle,’ qui traduit exactement le nom populaire d'Ecuelle d’Eau; XEnjngium ou Chardon à Cent-Têtes, Chardon Rouland, de ses capitules arrondies, ow Roland , de ses moyens de défense, comme si l’on disait le Roland des Chardons. A Genêts, il s’appelle Benedit , ailleurs Chardon Bénit, sans doute comme Bennett, en anglais, dérivé de saint Benoît.
Les Capri foliacées, plantes llexibles etlleuries, capricieuses comme l’animal qui leur donne leur nom, lianes des arbres , tapis des murs , ont une riche synonymie populaire. Le Chèvrefeuille , que les savons ont remjilacé par Lonicera , le nom d’un botaniste allemand, exprime cette prédilection de la chèvre que le patois du Nivernais rend par Broute- Biquette ; le sucre de ses pétales recourbés et étalés en corne d’abondance, lui a valu de la part du Normand, 'né gourmand, le nom de Sucets, et de l’Anglais, qui ne l’est pas moins, Honey SucMe, Sucet à Aliel. Dans l’Avrancbin on dit Chèvrefin. La Viorne. Viburnum , tenta viburna , portait dans le vieux français, ce nom (VAubourne, qui est resté chez les Anglais, Auburn, (!Ù il désigne ce brun-rouge estimé de ce peuple et des artistes, particulièrement de ceux du xvie siècle; en patois, c’est le Cochêne, c’est-à-dire Frère du Cbêne, ou Cofresne, ou Frère du Frêne, car il ressemble un peu à tous deux . Coudre -Moinsinne, Obier, en latin Opulus, Rose du Gué, altération de Rose de Gueldres, Bo2ile de Neige, Snow bail , et, comme il aime les lieux frais cl humides. Sureau d’Eau. Les Anglais
l’appclleiit l’Arbre -Voyageur, The Wüijfarhuj Tree. L(* Sureau, Arbre de Judas, car Judas se pendit à cet arbre, est en patois, Sus et Seu , en latin, Sambueus , d’où est peut-être dérivé le mot Sarbacane, pareeque son bois, vidé de sa inoëlle, devient aisément une sarbacane, que le peuple appelle Cannepétoire , Cannepétière. Les Anglais l’appellent VX'ohXo, , Danewort , la plante des Danois, pareeque la couleur sanglante de ses baies s’associe avec le souvenir de l’invasion sanglante des Danois. Le Cornouiller s’appelle quelquefois Bois-Punais ou Bois-Puant, en anglais, Bois de Chien, Dog wood. Le Lierre, contraction de le Hière, Hedera, se dit encore Bière en patois, et il est devenu dans la langue accentuée du peuple Lierru et Glieru. Le Wood bine des Anglais, un des noms du Chèvrefeuille, représente dans ses élémens (Wood bois et Bind jAierj, sa nature de plante grimpante.
Les Loranthées n’ont qu’un représentant en Normandie , mais c’est un des six végétaux druidiques , ce fameux Gui , presque introuvable sur le chêne maintenant , ce viscum, qui a donné un adjectif à la langue française, et auquel le peuple a conservé une forme plus voisine de son origine , dans Vi de Pommier. Pour ma part, je ne l’ai vu qu’une fois sur le chêne. Je vois qu’un des savans rédacteurs de la Flore des Serres et Parterres n’a pas été plus heureux que moi. Il faut penser que sa rareté faisait une grande partie de son prix aux temps druidiques. Aujourd’hui, la plante sacrée sert de bouchon à la porte du cabaret normand, et, avec une pomme insérée dans ses rameaux d’or , annonce le cidre nouveau , le cidre i)our lequel l’imagination normande a prodigué toute sa poésie , le cidre grasseyant, le cidre langueyant , le bère qui prêche à son homme, le maitre bère, gracieux comme Vlmile, raide comme V eau-de-vie , du cidre cœuru, le vrai
1)011 hère, le raide bon hère, le sacré bon bère. En Angleterre, le Gui, Mistletoe, a encore un caractère sacré : il sert à décorer le foyer, Itome, et l’église aux fêtes de Noël. Le Gui se dit encore Gluiier et Vert de Pommier.
Rubiacées ont l’Aspérule odorante, vulgairement le Petit Muguet, et les Galium, Galiets , contraction française de Caille-Lait, leur nom populaire, pareeque, dit-on. ils coagulent le lait , et une espèce est connue sous le nom de Rièble ou Gratteron. Les Galiets sont pour les Anglais le Lit de Notre-Dame, Lady’ s bedstraw. L’Asperula odo- ^.rata, en Normandie Petit Muguet, s’appelle ailleurs Reine des Bois , en anglais, Wood roof et Woodraff. Collerette des Bois. Banni des laiteries normandes, le Gabet a fortement comjiromis son étymologie.
Les Valérianes ont deux espèces normandes . Tune nommée V Herbe aux Coupures , c’est l’Ofticinale ; l’autre est surchargée de synonymes dictés en [partie par la sensualité, Boursette et Broussette , ou plante des Broussailles . MdcJie, Royale, Blanchetie, Poule grasse. Doucette, Salade de Chanoine ; ce dernier mot contracté a donné an liatois normand Choine, ou Pain de Cliannine , c’est le I ain blanc, qui s’appelle encore Pam de PrePe à Avranebes.
Dans les Dipsacées, l’industrie a baptisé une espèce, le Cardère. Chardon à Bonnetier. Chardon à Foulon, L^eigne , Peigne de Cardeur , et Peigne à Loup : c’est l’attribut de St Biaise; l’espèce Pilosus est la Verge à Pasteur qu’il faut rapprocher de la Bourse à Pasteur, de sorte que le berger troine dans s^e^ ptasiis sa [anetière et sa Louvière, comme parle Jean de Vitel, poète de la Renaissance dans rAvrancliin. Comme l’eau de ses feuilles connées passait pour un cosmétique puissant , on appelait le (’ardère, Cuvette de Vénus. Les Scabieuses, ou remèdes contre la gale, ont la plante légendaire, dite Mors du Diable, Morsus Diaboli, Wolf s bit, en anglais, [.arceqiie
sa racine, porte encore la marque de la dent du diable . (jui la mordit de rage, comme étant trop guérissable à l’espèce humaine. La science a consacré la légende dans l’expression de Scabiosa siiccisa. On l’appelle encore Tête de Loup. Remords, qui se dit quelquefois, est une variante de Mors. La même légende existe de l’autre côté du détroit.
Prise dans son ensemble, la famille des Synanthérées n’est i.as marquée du cachet de la distinction. Le type en est lourd et stupide ; la tête est grosse et le fades sans expression ; la tige a la vigueur , mais épaisse et pesante; puis la fleur est inodore ou fétide. La terminologie de la famille réfléchit aussi cette vulgarité et l’épithète injurieuse et ignoble s’y rencontre assez fréquemment. Voici cette galerie de grotesques, de Faunes et de Silènes, parmi lesquels quelques nymphes sont égarées : le Tussilage ou ras-d'Ane, ei Herbe aux Teigneux, en anglais Pied de Poulain, Colfs foot , et Gratteron beurre. Butter bur ; le Séneçon ou Herbe ci la Chardronnette, parceque les chardonnerets en sont friands, dont une espèce est la .Jacobée ou Herbe-St- Jacques, Ragwort ; les Chrysocomes. Golden looks, et l’Aster, Œil de Christ; la Conyze ou Herbe aux Puces, pour les Anglais la Peste de la Puce, Fleabane; la Pulicaire, Herbe aux Puces encore; le Gnaphale. Herbe à Coton, dont l’espèce dioïque s’appelle Pied de Chat; la Pâquerette, Pâquette, charmante villageoise, fourvoyée parmi les gueux et les truands, comme Esrneralda dans la Cour des Miracles, traduisant son nom pascal en celui (le Bellis , la Belle , avec le nom charmant de Daisy . Day’s ege , OEil du Jour chez les Anglais, qui appellent l’espèce prolifère, Hen and Chickens , la j)oule et les poulets , celle que nous nommons la mère et les enfans ; le Chrysanthème, ou Grande-Pâquerette , ou Marguerite, ou Moines, de sa couleur blanche, ou Pirots, nom normand des oies.
ou PetroSj ou Guedelle, Petite Guède. nom n>al à propos? appliqué à cette fleur; l’espèce Matricaire est la Tête de Jument ; la Camomille , ou Camomille romaine, Camière à Bayeux (Pluqiiet); la Cotula, ou Puante, est YAmouros, Y Amourette, et Maroute, selon M. Ed. du Méril, probablement de son amertume; l’Achillée o\i Millefeuille, et Herbe au Charpentier, Milfoil , en anglais, quelquefois Herbe à Picot , nom du patois pour dindon , et encore Dent de Loup ; l’espèce Ptarmica est Y Herbe à Eternuer ; l’Armoise est Y Herbe St-Jean et Y Herbe Sainte; le Xanthium, ou Petit- Grateron et Glouteron; le Souci, le Marigold des Anglais, sans doute Marguerite d’or; la Bardane, ou Glutenier et Glouteron, i)lante accrocbaiite dont le caractère est représenté par ce vocable populaire dérivé de Gluten. Les Chardons prennent la forme de Cardrons, d’où le chardonneret est dit Cardronnette , plus rapprochée de Carduus ; l’Onoporde est Y Epine blanche ; le Sihjbum est le Chardon- Marie, d’où les savans l’ont appelé Marianum, dédié à la Vierge pour sa beauté ; le Chardon Eriophore , est le Chardon aux Anes, en anglais le Chardon-Plume, Plume thistle. La Centaurée est riche en noms : la Jacea est le Malfenu ou mau^ais foin , par altération Marfran dans l’Avranchin; la Nigra est la Hane ou le Hanon, de Hen, poule, de l’anglo-saxon; le Bleuet est le Bleubleu, forme du superlatif enfantin et populaire , Ardenne, du celtique Arden , forêt, Aubifoin , Casse - Lunettes , de sa vertu pour les yeux, ou Baverolle, l’ancien nom de Banderolle, par altération Perolle, Ponchet pour Ponceau ; en anglais, c’est le Combine Bottle , ou Bouteille bleue des Blés; la Scabiosa est le Knap-wort; la Solstitialis est le St-Barnabg’s thistle; la Calcitrapa est le Chardon étoilé; la Carline est le Caméléon blanc. Le Centro- |)hylle est, en Angleterre, le Chardon à quenouille. Distaff thistle : c’est le Chardon bénit des Parisiens.
— ÜO —
La division des Cliicoracées renferme le Laiteron, populairement LaceroUy en anglais, Chardon à truie, Soivthistle, la Lactuca Scariola , Escarole , le Pissenlit, Dandelion des Anglais, l’Epervière ou V Herbe à VEpervier, comme en anglais Hawkweed , la Filoselle ou Oreille de Rat, le Salsifis ou Cercifis, qui porte en anglais le nom de Barbe de Bouc , Goafs beard , et celui de Go to bed at noon, pareeque les fleurs se ferment vers le milieu du jour; le Séneçon, pour les Anglais, est la plante du seuil, Groundsel, l’herbe du logis, et la Chicorée devient Succory, L’Armoise est considérée comme une plante merveilleuse dans le Dictié de VHerberie : « La meilleure herbe qui soit ès quatre parties du jnonde, ce est l’Ermoize. Les famés c’en ceignent le seir de la Saint-Jehan, et en font chapiaux. sur leurs chefs, et dient que goutte ne avertin ne les pooit jirenre , mais je m’esmerveil que les testes ne lor brizent tant a l’herbe de vertu en soi. En cele campaigne ou Je fus nez l’apele len Marreborre qui vaut autant que dire comme la mère des herbes. » Théis dit sur le Chardon-Marie une légende qui semble renouvelée d»^ l’antiquité et de la goutte de lait de Junon qui forma la voie lactée: « Une goutte de lait de la Vierge, tombant sur cette plante, y fit les taches blanches qu’on y remarque. » C’est sans doute pour cela qu’on l’appelle en anglais le Chardon à Lait , Milk thistle.
Aux Campanules , qui sont la grâce et la pureté, aptiartiennent, toujours dans le domaine populaire, la Jasione, pour les Anglais Sheep’s scabious, la Scabieuse du Mouton, pour les Normands Eaiisse-Ar demie et Bonnet bleu; la Raponcule ou Epi à la Vierge, Gantelée et Gant de Aotre-Dame, le Throat-wort des Anglais, qui appellent Hare-bell, Cloche au Lièvre, la Rotundifolia, tant chcintée [)or les poètes, et (ju’on écrit Air-bell, à cause de sa cloche bleue, et Hare-bell, Clnrhelle du Lièvj’c; le Pi’ismaturarpe.
— iW
ï)oucef/c ou Miroir de Venus, comme en anglais Venus’ s lookingglass. Les Campanules, en Angleterre, sont dites tleurs en cloche, Bell flower. La C. Trachelium , Ganls y. />., est la Cloche de Cantorhéry. Canierbury’s bell.
Les Bruyères ou Brières s’appellent Brioches dans le pays de Morlain; la Pyrole est le W inter grcen, l’Airelle est le Moret, Mouret , dérivé de l’antique Mora, lande humide, d’où est venu le Moor d’Écosse ; le fruit se dit encore Cathclineites , en anglais Bilberry, baie à bec. Craneberry, baie de la grue.
Dans les Convolvulus , fantaisie de la végétation . le Liseron des haies a plusieurs noms : les Clochettes, Rignolet, Lignolet, mot qui renferme sans doute l’idée de liane. Manchettes de la Vierge, à Bayeux Veillie, à Guernesey Vaille; c’est pour .les Anglais la plante grimpante Bindiceed; les Cuscutes sont aussi consacrées à la Vierge sous le nom de Cheveux de la Vierge, on dit aussi Cheveux de Vénus. Elles s’appellent encore Saisonnette. La Soldanelle s’appelle quelquefois Chou marin.
Dans les Gentianées on peut citer le nom de Trèfle d’Eau, pour le Menyanthes trifoliata. Sous le nom de Buelibcan, Pois du Chevreuil, on le cultiva en Angleterre et dans le Nord, pour remplacer le Houblon; la Petite Centaurée est le Lesser Centaury, et la Chlore perfoliée. Yellow icort.
La rudesse des Borraginées est exprimée dans Langue de Chien, Hound’s tongue. Herbe au Diable, c’est la Cynoglosse , dans Râpe ou Portefeuille , c’est VAsperugo, la Bâpette, et dans Buglosse. La Lycopside s’appelle Crisette; le Myosotis est le symbole populaire universel du souvenir : c’est le Pensez à moi des Français, le Forget me not .des Anglais, le Vergiss mein nicht des Allemands. La Consoude est dite Conflère, altération probable de la forme Conforter; le Grémil est Y Herbe aux Perles m Thé, par-
ceque les paysans s’en servent au lieu de Thé véritable. L’Héliotrope d’Europe est quelquefois V Herbe aux Verrues, nom commun à plusieurs végétaux. La Vipérine s’appelle Nanan, et Buglose, en anglais Viper s bugloss. « La Vipérine, dit Bernardin de St-Pierre, qui a ses semences faites comme les têtes de vipères, fait mourir ces reptiles. » C’est la superstition des similitudes.
La famille des Solanées est celle des narcotiques et des poisons : à ces titres elle ne peut être indifférente au peuple, qui lui a prodigué des noms. La Morelle, c’està-dire la Noire, le féminin de Moreau, nom qui se dit encore du cheval, c’est la Douce amère, la Vigne de Judée, la Vigjie vierge, Feu sauvage. En anglais, c’est le Bitter sweet , ou le nom assez mystérieux de NighVs shade , l’ombre de la nuit. L’espèce Nigrum est dite Mourelle. La Morelle tubéreuse est la Pomme de terre. Truffe ou Patate de Virginie, Crompire , mot d’origine flamande. h’Atropa Belladona est pour les Anglais le Deadhj nighfs shade. La Datura stramonium est la Pomme épineuse ou V Endormie, de ses propriétés narcotiques, en anglais. The thorn apple. On sait l’usage que firent de cette plante les Endormeurs si vigoureusement poursuivis et si promptement chassés de France. La vieille médecine caractérise cette plante dans un curieux langage : « Fantastique, exhilarante, oblivieuse et démentante. »
La Jusquiame porte, en Normandie, un nom populaire, qui semble d’abord être venu d’Angleterre, car il est composé de deux mots saxons qui signifient Peste de la Poule. Hannebane. Il . est dans Shakespeare sous la forme de Toutefois c’est un mot essentiellement Scandinave, importé par les Normands, et composé du suédois Hœna et Baiia, poule et destruction. La Molène est le Bouillon blanc, en anglais i/wZ/aw ou Flannel-plant ; la Molène noire est le Bouillon noir, la Blattaire est VHerbe aux Jfites.
Le Lyciet est pour les Anglais le Buis épineux, Bvx t/iorn.
Les Scropliulariées représentent le grotesque, le masque, dans la végétation. L’imagination populaire s’est aussi beaucoup exercée dans leur domaine. Voici la Digitale, peut-être la plus belle des fleurs normandes , qui serait ornementale, si elle n’était commune : c’est la Gantelée, les Gants de Bergère, les Gants de Notre-Dame, le Fox glove, ou Gant du Renard ; et , comme on en fait éclater les fleurs par jeu, Glaquets. c’est aussi les Clochettes , et autrefois le Doigtier. Voici encore la Gratiole officinale, ou \ Herbe au Pauvre Homrne, comme étant le purgatif des paysans, la Scrophulaire , Herbe du Siège, et Bétoine d'Eau, et Fig-wort, comme résolvant le fie et les tumeurs. Ensuite viennent les Linaires , ou Lins sauvages , en anglais Lin du Crapaud, Toad flax, dont l’espèce Spuria est dite Velvote, de ce qu’elle se roule sur le sol, les Muffliers, quelquefois Mufflandes , ou Muffle de Veau, Gueule de Lion, Snap -Dragon en anglais. Antirrhinum oruntium pourrait bien s’appeler quelque part Tête de Mort, car il y a cette note dans la Flore de M. de Brebisson : « La capsule percée de trois trous , au sommet à sa maturité, simule une tête de mort en miniature. » Enfin, le Khinanthe, Crête de Coq, est riche en noms : Raquette Jaune, Yelloiv rattle. Herbe à Sonnettes, Trompe-Cheval , pareequ’il est mêlé aux bonnes herbes, Yellow taille, le Babil jaune. Les Mélampyres sont dits Rougeole, de leur couleur. Blé de Vache, de la fleur en épi qui vient dans les moissons. Les Véroniques renferment une espèce, le Beccabunga , qui est un nom populaire allemand , Bach bungen, la plante des ruisseaux , en anglais Speed well, c’est-à-dire qui vient vite. L’Euphraise, de sa vertu poulies maladies des yeux, est le Gasse-LAinettes , et son synonyme anglais sisnifie littéralement qui fait briller les yeux. Eyp-bright.
Los Orobaiiclies , ]iarasitos iiiaudils. oui pour nom populaire en Italie, Herbe louve, en Normandie, Fausse- Asperge et Lupinum inguen , puisque le latin brave Lbonnêteté.
Les Labiées, plantes aromatiques, toniques ou fébriluges. composent une grande partie de la pharmacie du peuple, et on trouve quelquefois dans la chaumière des plantes avec ces étiquettes : La Toute bonne des Prés , la Sauge; le Teiicrium chawœpitis, Groundpine; V luette (Teiicriim cJiamædrys)\ V Herbe au Chat, la Cataire, en anglais Caimint , la Menthe au Chat; le Marinclin ou Moriochcmin, peut-être Marruhe du Chemin (Marriibium uulgarc]\ le Marrube noir {BaUota fetida)-^ la Béfoine (Betonica), Wood sage. Sauge des Bois; V Ortie blanche { Lamium album) , en anglais Dead ncttle, l’Ortie morte, V Ortie blanche; V Herbe Si-Jcan, et Lierre de terre, Terrctte et Lierrette , et Violette à Cochon ( Gl écorna hederacea } , Ground ivy ; V Ortie puante {Stachys sylvatica)\ la Crapaudine (Stachys recta) ; l’Agripaume, en anglais l’Herbe de la Mère, Mother luort ; la Citronelle, V Herbe aux Mouches {Melissa ofjicinalisj ; le Piment [Melitiis melissophyllfum) \ Marjolaine [Origanum vulgare) , corruption de Marjorana, en anglais Marjoram; le Chanvrin ( Gcdeopsis tetrahit). Les Menthes portent le nom de Baumes, et le motBalm, en anglais, s’applique de même, et ,‘îpécialement à la Mélisse. Il y a toujours des Baumes et de la Sauge dans un courtil normand , et comme dit l’école de Salerne :
« Cur moriatur Iiomo eut salvia crcscH ni Jiorto ? «
La Verveine qui, comme nous le disait M. de Gerville, se rencontre toujours dans le voisinage des habitations , comme une amie de l’homme . était une iilante magique chez les anciens, et se retrouve dans les scènes d’enchan-
terriens. Son étymologie, Venerü vena, révèle les ph)priétés qu’on lui attribuait. C’était une plante sacrée chez les Gaulois , et on la cueillait en cérémonie pour la guérison des hommes et des animaux. De nos jours , elle est encore préconisée pour les blessures. Cueillie le jour Saint- Jean, et conservée dans les maisons, elle porte bonheur , et chasse les mauvais esprits.
Des Primulacées, trois ont frappé l’attention populaire : la Primevère, Pommerolle , Promenolle, Plumerolle, et PrimeroUe, altération de Primerose ou Première Rose, que les Anglais ont gardé; ils l’appellent aussi Cowslip, Lèvre de Vache, et elle se dit encore le Coucou^ parcequ’elle signale la venue de cet oiseau ; la Lysimaque , Chasse-Bosse^ et la Nummulaire, Herbe aux Ecus; enfin le Mouron Rouge (Pimpernel en anglais) ^ dérivé de l’antique Mora, terre noire inculte, lande, qui se perpétue dans les Moors d’Ecosse et d’Angleterre et dans les Mourets, fruit des Myrtilles, et les Moures, fruit de la Ronce , dérivé du celtique J/or, noir. Les Anglais nomment encore \d.Eottonia Palustris, Feather Foil, la feuille-plume, et Water violet, la Violette des Eaux. La Lysimaque commune est pour eux l’Herbe aux Poux, Louse Strife, et la Nummulaire, Money Wort, l’Herbe à l’Argent; le Glaux est le Sea Milk JVorf.
Le type des Plumbaginées , le Plumbago, est cette fameuse Malherbe, Herbe au Cancer, qui est pour le peuple en France ce que la Jettatura, ou le Mauvais OEil est en Italie, et il explique le dicton : « Marcher sur une mauvaise herbe. Sur quelle herbe a-t-il marché? »> Le Staiice Oleæfolia est, pour les Anglais, la Lavande de Aler, Sea Lavender, et VArmeria est dit Thrift, économie. La Globulaire commune est, en Angleterre, la Pâquerette Bleue, Blue Daisy..
Les Plantains renferment le Bond Plantain, le Long, le Moyen, le plus remarquable exemple d’un procédé très-
cure dans. la botamcfae du peuple, la division eii’ espèces, que la science a d’ailleurs ici consacrée. Nous avons encore entendu le nom de Plantain Echiqueté, nom qui désigne évidemment le Plantain Corne de Cerf; à Baveux , le Lancéolé est dit Ansérée, selon M. Pluquet, c’est-à-dire l’Herbe à l’Oie.
L’Amaranthe est chargée de noms : elle doit cet honneur à son beau coloris et à sa nature soyeuse : c’est le Passe- Velours , forme superlative qui se rencontre assez souvent en horticulture, comme Passe-Colmar; c’est la Discipline de Religieuse, expression qui nous montre la veine railleuse en botanique , comme dans la plupart des manifestations de l’esprit humain; c’est la Queue de Renard, la Roupie de Dinde. C’est avec un sentiment plus élevé que les Anglais appellent cette plante « Love lies hleeding l’AmoEPT qui repose sanglant.
Appartenant pour la plupart au jardin potager, les Chenopodées ont des noms qui sont à la fois de la langue populaire et de la langue générale. Cependant la Bette s’appelle Poirée en patois, l’Arroche Poulette ou plutôt Boulette et Follette, VHortensis Bonne Dame et Arousse, corruption du terme générique; la Salicornie ^f’appelle Criste marine , ^Jéri^é de Crithme Marine , Crithmum maritimum, qui s’applique à une Ombellifère des rochers maritimes. Les Anglais l’appellent Samphire, qui doit être Sandfire, Feu des Sables , parcequ’en automne elle jette sur les grèves un tapis écarlate. La Soude est en anglaisle Sait Wort^ la Plante Salée. La ramification de cette plante, sensible dans le mot Salicornia, l’était aussi dans î’ancien nom populaire de Boucard.
Dans les Polygonées, la Persicaire prend le nom de Curage, parceque, venant au fond des fossés humides, elle est la plante qu’on en extirpe quand on les cure, c’està-dire qu’on les nettoie; l’Aviculairè est bien peinte dans
Traînasse; les Ruiriex s’appellent Patience, sans doute de \^ patience qu’il faut pour les extirper, et Dochc, terme obscur. Dock en anglais. L’Oseille se dit naturellement Surelle. La Rumex Sangninea est dite Sang de Dragon, mot sous lequel .se cache sans doute une légende. Le Sarrasin se dit Caraéin, forme plus énergique, en anglais Buckicheat , Blé de Chevreuil. On trouve l’époque de son introduction dans les comptes d’Eutrapel en \ : « Le Sarrazin qui nous est
venu depuis 60 ans. » Comme les laboureurs tirent leurs dates de leurs travaux, ils désignent souvent le commencement de l’automne par ces mots : « C’était dans le temps des batteries de Sarrasin ; » ou bien encore l’été : « Lorsque le Sarrasin était en fleurs. » Cette plante s’est encore appelée Bucail, qui a une analogie sensible avec le terme anglais Buck wheat. Blé noir est un de ses synonymes.
Il paraît qu’on doit le Sarrasin au séjour des Sarrazins en Espagne. L’espèce Tataricum. s’appelle Siberi, son nom d’origine. Quant à Doche, voici ce qu’en dit M. Pluquet : « Ce nom de Doche ou Dogue, qu’on prononçait Dog, est fort ancien. Je trouve dans un titre de 1317, une delle de grandes Dogues. L’idée de Chien, Oseille de Chien, terme de mépris, fréquemment appliqué aux végétaux, pourrait bien se trouver dans ce mot. »
Le peuple a appelé le Daphné Laurette, comme la science î’appelle Lauréole. h^Mezereum a plusieurs petits noms, Pel names, comme disent les Anglais, dans toutes les langues: en français Bois Gentil et Joli Bois, en italien la Belle Plante, en allemand Ecorce soyeuse, en espagnol Laurier de la Vierge. La Passerine est , en anglais, Sparrow fVort, et cette double expression vient de ce que la graine ressemble à une tête de moineau.
L’Asaret a reçu le double nom dé Oreille d' Homme, de k forme de sa feuille , et de Gabaret , sans doute de sa propriété émétique, produisant le même effet que la débaudb?
uu servant à on ffiiérir les effets. L’Aristoloche , employée Jadis dans les lochies, comme le nom l’indique, est en Angleterre, par la même raison, le Birth Wort.
Les Euphorbes sont bien connues du peuple qui désigne ces plantes laiteuses par Herbe à la faux , Lait de Pie, Herbe aux Verrues, Pis de Chien; l’espèce Paralias s’appelle, dans la Hague, Biche, sans doute à cause de ses ramifications. La Mercuriale annuelle est la Foiroude, altération de Foirouse, cette terminaison adjective normande que les Anglais ont gardée. Le Buis est le Bonis, en vertu de la prononciation anglo-normande; coupé en palmes pascales, il est exprimé par l’onomatopée retentissante de Quezette. A Baveux, la Mercuriale s’appelle Mélimelot, ce qui ressemblerait assez à une altération de Mélilot.
L’Ortie brûlante porte le nom de Grièche, excellent adjectif qui a presque disparu de la langue française. Le Chanvre s’appelle Cambre, et c’est à peu près la seule plante où le peuple ait distingué les sexes , ce qui explique le double genre de Chanvre : « Quand la Chanvre fut venue, » dit La Fontaine. Le plant de Chanvre s’appelle Chennevière et Canivière^ et la graine , Chènevis. Pour peindre une chose embrouillée, on dit que c’est la Canivière au Diable. Le peuple distingue encore les deux sexes dans les Chênes , Chêne mâle et Chêne femelle ou Quenesse, et aussi dans le Savinier. La Pariétaire s’est appelée Perce- Pierre et naturellement Herba Sancti-Petri. En distinguant les sexes sur le Chanvre , le paysan applique mal son observation : il appelle mâle celui qui produit le fruit, et femelle celui qui a la poussière et qui passe aux yeux des filandières ou Jileresses pour le meilleur et le plus soyeux.
Les Amentacées renferment les arbres et les arbrisseaux des haies et des bois : ce sont les êtres familiers du laboureur. Ils servent aux constructions, au charro-
nage , au foyer domestique. Ce sont les végétaux avec les quels il a le plus de rapports. S’il n’a pas de noms populaires pour tous , il n’en ignore aucun. Aussi , pour cette classe, son vocabulaire est-il, pour les genres, aussi riche que celui de la science : les arbres sont les Ahres, et selon Vaugelas, on disait : « Abre à la cour. » Voici les principaux : VOurme, VOurmet (Ulmus, prononcé à la manière antique), le Bon ou le Bu (Bouleau), en vieux français.
Boni : « Cinq bools au trésorier d’Avranches de
boul, d’ozières et d’orties. » (CartuL Norm. de M. Delisle.) A Paris, on dit Bouillard; en Basse -Normandie, on dit encore Boulard : un balai de Boulard; l’Aulne ou Vergne; la Coudre (le Coudrier) nom resté au féminin dans beaucoup de noms locaux, et toujours usité au féminin, souvenir du genre antique ou expression de sa faiblesse relative. Le anglais pourrait bien être une corruption de Noiselle. La Chaiinille est le nom du Charme employé en haies et berceaux. Appelé en anglais Horn beam, bois à Joug, il revient à son étymologie celtique. Car, bois, et Pin, tète. Le Fouteau* (le ife7rc), semble dériver, comme son abrégé Fou et Faou, Fai et Fau , de Fagus, d’où est venu aussi le nom de son fruit, Faîne, dérivé de Faginus. C’est , en anglais , le Mât du Chevreuil , ou plutôt le Manger du Chevreuil (Masticate), BuckMast. Le Quesne (Quercus), qui a nommé tous les Quesnotj et Quesney, se dit encore Bouvre, dérivé de Bobur, et ici le peuple, qui distingue si peu les espèces , a reconnu le rouge et le blanc ; le Peuple, mot qui se dit avec Peuplier, a diverses espèces : le Populus alba. Ypréaux ou Peuplier venu d’Ypres en Hollande, Xç^Nigra, Bule, Bugle^ mots qui indiquent une ressemblance avec les Bu ou Betulus; il se dit encore Liard, de sa flexibilité sans doute ; une variété grise s’appelle Grisard : le Saulx (le Saule) et Marsaux. Le Salix viminalis est le Saule des Vanniers. Toutefois les mots Liard
et (irisard sont synonymes : Liard , en \ieax. français ^ Leanlo, en italien, signifie Gris, Il y a une poire grise qu’on appelle Poire de Liard. Le Saule rampant des marais bourbeux, Salix repens, porte, en bas-normand, le nom de Saugerette. Il est ainsi caractérisé par M. Baude, dans ses Etudes sur les côtes de France : « Il n’y a point de sol qui n’ait dans le règne végétal un corrélatif approprié à sa nature : La Saugerette est celui des fondrières liquides du Cotentin. » La Civelle est, croyons-nous, le Salix capræa. Les noms des Amentacées fournissent le vocabulaire celtique le plus riche de la langue de Flore.
Les Conifères sont trop exotiques pour avoir des noms populaires. Il y en a deux cependant dont les noms ont été modifiés par le peuple, c’est le Sap pour Sapin. Si fon suit les pêcheurs Normands au-delà des mers, à Terre- Neuve , 011 les y trouve se fabriquant une bière dite Pruce avec un Sapin, dit Pruce aussi. C’est le Hemlock Spruce des Anglais, la Pesse du Canada, VEpinette Blanche de la Nouvelle-Angleterre. Richardson dérive ce mot de Prusse, lieu d’origine. Il y a encore le Savinier (/. Sabina) sur le compte duquel on met bien de vilaines histoires. Le Galé Mgrica Gale) est trop rare en Normandie pour être populaire. En Ecosse il porte le nom de Sweet Gale, que la science a emprunté. Il s’appelle encore Candie berry tree, l’Arbre à bougie; c’est probablement le Myrica de Virgile: « Ilium etiam lauri , ilium etiam Jlevêre myricæ.
Dans les Plantes aquatiques monocotylédones, le peuple distingue la Moraine, Morsus ranæ, Frog bit, le Jonc fleuri, Butomus umbellatus, Flowering rush, VEpi d’Eau, Potamageton , VHerbet, et la Pailleule ou Petite Paille, c’est - à - dire la Zostera , la Lentille d’Eau , Lemna , Herbe du canard, Duckweed. Le peuple embrasse ces plantes quelquefois sous le nom collectif de Limonage. Les Potamots, en anglais, sont les plantes des mares,
Pondweeds , Ja Zostère, l’Herbe de *?»Teck uii d’ejiaviv Wreck-grass.
Les Orchidées ont le iiuin général de Penlccôtes et Boiirterelles : fleurissent vers l’époque de cette fête ; en
anglais une d’elles est le Helmet flower, tleur à casque (O. Coryanthes.) On connaît encore Y Herbe Moque (Ophryt Apifera.j Fly-Orc/üs, V Araignée (O. Aranifera.) La Neattia est dite Lady s tresses, les Tresses de Notre-Dame.
Les Iridées t)Ortent le nom de Pave, parcequ’on -en jonche les pavés aux processions de la Fête-Dieu, ou de Grande LaicJie ou Liage, parcequ’elles servent à lier ; em anglais, Flag-flower, la fleur-étendard. On lui applique encore le nom de Flambe, jiresque aussi poétique que Iris, arc-en-ciel. Les espèces Germanica et PumiLa sont comme naturalisées sur les vieux murs et les toits de chaume. Le faite de la ferme et de la chaumière se couronne de trois plantes principales, bouquet aérien, protection du foyer: Vlris, la Joubarbe, et la Souricette, qui, avec le ii-éseau de leurs racines et leurs touffes drues et so&les, maintiennent les blètes ou mottes de gazon. L’espèce Fœ- •tidissima se dit Iris Gigot, de son odeur de viande faisandée. Les Narcisses s’appellent Porion, Porillon, de îa ressemblance de ses feuilles avec celles du Ponceau. Une Porie, dans l’Orne, est te bouquet de porions des enfans, le jour des Rameaux. Le Narcisse des Poètes est, en anglais, le Daffodil, altération d’Asphodèle, quelquefois chez nous Janette des Comptoirs. La Nivéole (Leucoium vernum J rivalise de poésie en anglais avec sa sœur la Perceneige ( GManthus nivalis ) ; la première est le flocon de neige, Snoiv flaJe^ la seconde est la goutte de neige, Snow drop. Sa blancheur a encore valu à la première le nom symbolique de St-Agnes" flower.
Dans les Liliacées, l’Ornithogale en ombelle se nomme Dame d’onze heures , de l’heure de son épanouissement.
Le Colchique d’automne est le Safran, bâtard ; en aiii'lais, c’est le Meadoiv Saffron, Safran des Prés. Le Narcisse des Prés se dit Aïaux dans le pays de Bray, de sa ressemblance avec l’Ail. L’Ornithogale en ombelle est l’Étoile de Bethléem , Star of Betlehem.
Le Fragoii est le Houx-Frêlon , c’est-à-dire Petit Houx, Fesse- Larron et Fragonier, en anglais, le Balai du boucher, Butcher's broom, le Taminier, Raisin à la couleuvre, Sceau de Notre-Dame , Raisin du Diable^ Vigne vierge^ sans doute Vigne de la Vierge; les Grands Muguets (Le Convallaria polygonatum et le C. Multijlora ) sont pour nous le Sceau de Salomon, et quelquefois le Genouillet, des articulations de sa racine ; pour nos^ voisins d’outremer, c’est (( The lily of the valley; » imitation biblique : « Ego sum flos campi et lilium convallium. » Les Anglais trouvent même dans sa racine des caractères juifs : « The roots, when eut through , hâve the appearance of Hebrew characters. » Le Taminier est encore les Femmes battues.
Les Joncs sont consacrés à diverses industries : il y a le Jonc des Jardiniers (J. Glaucus), le Jonc des Tonneliers {Scirpus lacustrisj. Le nom général des Joncs, en anglais, est Rush, que nous retrouvons dans le patois normand Reuche et Reuchard, Joncs et Carex. Le Scirpe maritime est le Jonc à massue, Club rush. A Caen, les Jonquettes sont les joncs et les herbes qu’on sème dans les rues à la Fête-Dieu. Il y a plusieurs localités dites Jonchets, Jonquets.
Le Gouet est une plante trop originale, pour n’avoir pas frappé fortement l’attention populaire. Aussi a-t-il un certain nombre de noms : de sa feuille sans doute il tire celui de Pied de Veau et de Vachottes ; de son spadix , Battant de cloche. Chandelle, Pilette ou petit pilon.
La Massette s’appelle quelquefois Roseau de la Passion, Reed mace, le Roseau masse, et CaVs tail rush. Queue de
Chat, les Linaigretles, Joncs à coton ^ Cotton grass ; les Laiches (Carex), Liage et Herbes sûres , c’est-à-dire aigres , dédaignées des bestiaux, Herbes à la scie, à cause de leurs rebords coupaiis. Les Carex portent le nom générique de Laiche, Laichet, Reuche, Reuchard, dérivé du Ru celtique, ruisseau, parceque ces plantes aiment le bord des eaux, à Bayeux Langue de Pec, ou de Pic vert.
Les Graminées, pâture du bétail, doivent former un riche contingent dans la botanique populaire. Leurs Balles s’appellent Gâpas, Vâpas, c’est l’ancien Waspalium; il y a encore dans l’Avranchin la marée des Gâpas , celle de septembre, à l’époque du battage des grains. Le Roseau s’appelle Reuche et Reuchard dans l’Avranchin, appellation générique des Laiches; les Brizes se nomment Amourettes, Tremblottes , Langues de femme, noms qu’il faut ajouter à la catégorie satirique; les Anglais les appellent Quaking grass , la Plante qui caquette. L’Arrhénathèrese âni Fromental , parcequ’il vient dans le froment, et ^h^'ànéié Precatorium , Chiendent à Chapelets; Trompe Bonhomme, un de ses noms populaires, exprime la déception du paysan, ou Jacques Bonhomme; la Canche, Herbe sûre ; le Roseau des Sables , Hautdune, parcequ’il vient sur les hautes dunes, Millegrève et Millegreu, parcequ’il vient mi la grève, Balaiyette, parcequ’on en fait de ^petits balais, et à Genêts Duvet; le Tritieum caninum , est le Buekshorn (tondu par le Chevreuil) ; l’Ivraie, Raigra , altération de Ray grass, graminée dédiée au botaniste anglais Ray: on l’appelle encore Fr ornent al ; l’Orge distique s’appelle Paumelle, mot dont l’origine est assez obscure ; l’Avoine folle est VAveron, la Repens est le Chiendent. Beaucoup de noms de graminées employées par la science ont yraisemblablement une origine populaire. Ce sont le Faux Seigle ( Promus secalinus) ; (l’Avoine est VAveine, d’où Isigny Pam-d’ Aveine ; Avenus, à Mortain, désigne la
paille (l’Avoine, comme Favas les tiges des fèves, et Pesas, celles de pois); la Queue de Hat (Festuca myuros) ^ et la Queue d’Ecureuil (Sciuroïdes) ; le Pied de Coq (Panicum crus Galli) , le Chiendent (Cynodon) , la Queue de Chien (Cynosurus) , Crested dog tail grass, Queue de Chien en crête, la Queue de Renard (Alopecurus) ^ etc. L’Orge hâtive est \q Hativet ; \di Fétuque devient, en anglais, Fescue. En normand, le Roseau devient Pos. Le Bejit grass, legramen penché, désigne VAgrosiis spica venti; le Fox tail, Queue de Renard, est le Vulpin; la Fléole des prés est le Timothy des agriculteurs anglais. La Flouve odorante se dit Sweet scented spring grass, c’est-à-dire l’herhe du printemps à la douce senteur. L’Ivraie éiiivrante s’est appelée naturellement Pain-Vin. La Molinia cœrulea, recueillie sèche, sert, sous le nom de Flèche et de Guinche, à faire des matelas.
Dans la Cryptogamie , la vue du peuple est encore naturellement moins analytique et moins nette; ainsi, sous le nom de Mousses, il comprend les Mousses, les Lichens, les Hépatiques. Il appelle le Champignon Pain à la coiileuvre et Pain au crapaud. Il nomme Limonage les Ülves, les Conferves, etc. Les Lichens du chêne, il les appelle Crapaudine ; l’Ophioglosse à feuille sans nervures est VHerbe sans couture; V Equisetum liiemale, la PrêU des Ebénistes; le Lycopode à massue est VAigaire, plante des lieux humides, des Aigues, et ce mot conserve parmi nous cette antique forme di^Aqua, et se rattache à Aiguière, Aiguade , etc. Le Lycopodium clavatum est aussi la Mousse en arbre, et VOsmunda regalis devient V Osmondriaque.
A cette nomenclature incomplète, et , comme toutes les recherches sur le patois , nécessairement indéfinie , il faudrait peut-être ajouter toutes les expressions de la vie populaire qui se rapportent aux végétaux; mais, comme cette rechej'che pourrait mener loin , et que cette Flore nor-
mande n’est qu’un fragment d'un travail étendu sur la langue populaire de Normandie, nous nous contenterons de jeter un coup-d’œil sur le verger et le jardin du paysan , VOrchard et le Courtil. Nous y trouvons la Suretière, plantation de surets, c’est-à-dire de jeunes arbres venus de graine, par conséquent aigres, sûrs; le noisetier dit de Filbert, c’est-à-dire de saint Philibert , un des saints honorés en Normandie. MINI, du Méril croient que ce nom vient de ce que saint Philibert introduisit cette noisette à l’abbaye de Jumiège (Dict. de Patois norm.) M. L. Delisle. de ce qu’elle mûrit à la saint Philibert. Le Haricot se dit Flageolet, du latin Phaseolus, qui a produit Faseole, lequel est dans Rabelais : « L’exemple y est manifeste en pois, febves, faseoles, noix, alberges. » L’OEillet- Jalousie borde la plate-bande , et le paysan anglais l’appelle Sweet Williams, tandis qu’il donne un nom français. Picotée, à un Ermillet ou Petit OEillet semé de taches brunes. Les arbres émondés s’appellent Emondes ou Emousses; un des ornemens du courtil est la Pivoine, appelée Pione, forme plus rapprochée de la racine, Pœonia, et un de ses végétaux favoris est la citrouille, quelquefois appelée Jotte, du moins la soupe qu’on en fait se dit-elle Soupe de Jotte. Le petit groupe d’arbres forestiers, qui souvent, dans le voisinage de la ferme ou du manoir, occupe un coin de champ ou de carrefour , s’appelle Proche, une corruption du vieux français Broche, A Guernesey, la Troge est un carré de jardin. Un groupe plus considérable, un vrai bois taillis, est la Plesse, souvenir de l’ancien Plessis qui se retrouve partout , dérivé de plectere. C’était un entrelacis des branchages dans l’origine, et Plesser veut encore dire en patois courber des rameaux. On trouve ce mot dans le Roman de Renart.
« Parmi un plesseis de sans. »
et on trouve fréquemment ce mot dans les chartes n<ir-
mandes J comme dans cet exemple pro pieism facienda circa castrum. » -1203. Un produit indispensable du courtil normand est la pomme de terre, appelée souvenir
de patate, son nom primitif, et quelquefois Crompire. Ce dernier terme nous est sans doute venu du Nord; il se dit en Flandre , dans le patois wallon. Quand le cidre est très-cher, le paysan revient quelquefois à la boisson de ses ancêtres, la bière, qu’ils faisaient, selon M. Worsake, avec un saule , que ce dernier appelle Myrthe hollandais et Sweet willow, qui croît dans les bruyères marécageuses , et qui rappelle , par une partie de son nom et par sa station, le Sweet gale (Myrica gale) des moors écossaises. Aujourd’hui il fait de la bière, qu’il appelle Prusse, et dont il tient la recette des pêcheurs normands à Terre- Neuve. C’est, comme nous l’avons dit, une boisson qu’ils font dans ces parages avec un sapin, originaire de Prusse, et qu’on appelle le Spruce fir.
Un des ornemens du jardin est le Narcisse et la Jonquille , ces plantes que l’on appelle en patois Brayon , Aiaux, de leur ressemblance avec l’ail. Parmi les cerisiers qui ont un nom local, on distingue le cerisier (yAmècJie, dont le fruit est plus aigre et plus amer. Pour diverses pratiques, on cultive la Camomille , appelée aussi Amourotte, Amarotte, de son amertume; à Bayeux, c’est la Camière. L’Eglantier y porte son ancien nom à' Arglantier:
Quand je vois dessous l’Arglantier
La bergère...
Myst. de la Conception de N. S.
L’Aurone se dit Avrone, comme en Picard. La Tanaisie est généralement près d’une habitation normande : à Guernesey elle s’appelle Esper goûte, qui semble venir de Spergula, une toute autre plante cependant, dont le nom français est Spargoule.
En continuant cette revue du potager normancT, au point de vue populaire, comme M. Worsaae a fait la revue de l’intérieur du cottage anglais pour y retrouver la langue Scandinave, nous trouvons la Poirée (Beta Hortensis), la Betterave ( B. Rapacea) , qui a porté le nom de Racine cV abondance et de disette, la Cressonnette , Cress {Lepidium sativum ) , VAiirosse et Auroche ( Beta Hortensis') , synonyme de Poirée, dont on mange les pétioles sous le nom de Cardes. Le Pavot ou Coquelicot s’appelle Ponchet, de son nom français de Ponceau. Une des plantes ordinaires du courtil est la Fève , en patois Feuve. On appelle les tiges de Fèves Pavas, Feuvas, et à Guernesey Fauvais, selon les Rimes guernesiaises . C’est un dicton normand :
Feuves llories
Temps de folies.
La Ferme, surtout la grande Ferme, en Basse-Normandie, s’appelle Court (l’ancien Curtis et Curt des Chartes) ; elle offre quelques objets dont les noms sont empruntés aux végétaux. Le Paveil ou Collier de cheval, fait de Paves, se dit Paronne dans l’Oime ; les faisceaux de végétaux sont des Pavas, pour des Paves , Pesas, pour des Pois ; Favas, pour des Fèves, etc. ; de même qu’en Haute-Normandie un champ d’orge est une Orgerie, un champ de blé une Blairie, etc. Les Pommes tombées avant maturité sont les Quétines, qui sont quêtées, c’est-à-dire cherchées et recueillies avant qu’on ne gaule les autres. Le cidre prend quelquefois le nom de Pommé, par opposition au Poiré ou Pré; Pommé désigne encore une confiture de pommes, comme on dit du Raisiné. Pommage désigne la nature des pommes. Les localités dénommées du Pommier sont abondantes : le Pommer é, la Pommeraxye , le Pommereux. Le vrai nom de la Pomme en patois, c’est Poume, comme en breton Poum :
** Fleur Ji'est, j»as pouine ,
Poume n’est pas hère.
Année venteuse Année poumeuse.
Une espèce d’orge s’appelle Hâtivet, du français Hâtif, lequel dérive d’une racine Scandinave Hasta, Festinare. Le morceau de bois, si c’est un fragment de tronc, s’appelle Tronche, si c’est une racine ou un nœud, Chouque et Chouquet, en français Souche. Voici la bûche de Noël : « Unmn fagum, unam chouquam ad Natalia. » On répand, en Haute-Normandie, de l’eau bénite sur la Chouque de Noël et on la conserve : elle préserve de la foudre. Elle provient souvent des Essarts, lieux défrichés ou Essartés^ , du latin Exarare et du bas -latin Essartum. On trouve encore là quelquefois, pour les fumiers, les Etouhies, mot dérivé de Stipula, qui désigne le chaume resté debout , et qui existait en vieux français :
Comme pourcelets en estoubles.
Gui ART.
Et sur les fumiers on jette les Gâpas, c’est-à-dire les vannures, en bas-latin Waspalium, et il y a dans l’Avranchin la Foire des Etouhles et la Marée des Gâpas. Les vannures de Sarrasin s’appellent Pous^ c’est- à -dire Poussière de sarrasin. Le nom bien connu de la paille est VEtrain, du vieux français Estrain, et du latin Stramen:
D’estrain et de chenevotte.
Vaux-de-Vire. — Edit. Du Bois.
Réunie en faisceaux pour faire une torche , elle s’appelle Couline, et enduite de graisse elle se nomme Faille à Guernesey, mot qui se rattache au français Falot. Un vieux chant du Bessin a conservé le souvenir de l’ancien usage de brûler avec des coulines les plantes parasites des pom» miers :
Coiiliné vaut lolo,
Pipe au pomrney,
Guerbc au boissey.
Les provisions de légumineuses portent le nom de Lcniage, contraction de Légumage; ce mot se trouve dans le vieux normand : « Blé, avenue, orge, et grain de cette manière ou leumage. » Coût, de la Vie. de VEau de Rouen. Le Trèfle {Trifolium pratense) semble porter dans son nom de Pagnolée une origine espagnole, d’autant plus probable que le T. incarnatum. ajoute à son nom de Farouche celui de Trèfle d’Espagne. A Vire, la Carotte s’appelle Pascarade , espèce de. fusion des mots Panais et Carotte. Le Poireau s’appelle Porée et Poirette, et sur ces mots les proverbes ne manquent pas, les proverbes, une des richesses de la sage et prudente Normandie :
Bonne ou mauvaise poirette Faut que Mars la trouve faite.
Porée mal plantée Vient comme une éragée.
On cultive aussi beaucoup le Pois Prodomme, le Pois du prudent jardinier. Parmi les Plantes oléagineuses, on sème, à Valognes. une crucifère, la Rabette, littéralement Bavette ou Petite Rave, même radical que la Ravenelle, Cette plante, qui se retire devant le Colza, est souvent citée dans les documens du moyen-âge. On trouve dans un acte de 1406 : a Boisselli ravefariim )) ; dans un autre de 1427 : « 24 barils plains de rabaicte », et dans les Cou- Rimes de la Vicomté de VEau de Rouen: « Pour baril d’huile de rabette. etc. » Le regain des champs et des prés prend, à Valognes, la forme de Revain, et à Bayeux celle du diminutif Revalin, qui, d’ailleurs, y veut dire un reste. Les haies du Courtil ou du Plant sont ordinairement formées. en tout ou en parties, du Sureau, en patois basnormand Seu, Seucy et en patois haut-normand Sûr. C’était la forme romane :
so
• La Ivose lesse por Lorlie
Et l’esglantier por le seu.
La principale poésie du langage normand consiste dans les allusions à la vie agricole et aux diverses phases de l’année. On y retrouve deux manières de compter le temps qui rappellent la simplicité religieuse des temps passés : celle qui se tire des Fêtes et celle qui se tire des Saisons et de leurs produits. Par exemple , la Fniitaison rappelle l’Automne, et cela depuis longtemps, car on lit en vers dans le Roman de Rou :
Il ne m’escapera mie devant le fruit meur.
Et à cette occasion, M. Pluquet, le commentateur de ce poème , remarque qu’on dit encore dans nos campagnes : «Aux fèves nouvelles; c’était le temps de l’épine fleurie; c’était au sarrasin nouveau. » Nous touchons même ici à une riche veine du patois de notre province, où abondent les expressions rurales, frappées avec beaucoup de relief et d’unité, telles sont: Fanaison, Battaison, Roisons, Fruitaison, Fauchaison, Püaison, Labour aison , etc.
Les plantes jouent encore un rôle important dans les proverbes, dictons, comparaisons populaires, autrement dans la philosophie et la poésie des classes simples et ignorantes. Quelques exemples donneront une idée de cette intervention des fleurs dans la sagesse populaire.
Nul Avri Sans épi.
C’est averon et peis percé , c’est-à-dire l’un ne vaut pas mieux que l’autre. — On dit d’un mauvais ménage : C’est la Canivière au Diable : le mâle et la femelle n’en valent rien.
A la Saint-Sacrement L’épi est au tourment
Voici une ancienne comparaison tirée du Roman de Rou:
« Vnc ne dotai chastel plus k’un mulon de foin. »
Du reste, la Cryptogamie compte encore d’autres expressions populaires que celles que nous avons citées. On peut ajouter la Fougère à V Aigle [Pteris aquilina), la Langue de Bœuf et la Langue de Cerf [Scolopendrium officinarum) , la Capillaire {Asplénium trichomanes) , la Langue de Serpent [Ophioglossum vulgatum) , les Queues de Cheval {Equiseta) , le Soufre végétal {Lijcopodium clavatum) , la Fougère mâle {Polystichum Filix-mas), la Colle ou Gomme [Tremella). Aux noms populaires des Primevères , il faut ajouter deux noms qui se disent au Teilleul, Fleur de Fieuvre , fleur des fièvres printanières, et Patte de Vere {Veris?) A Guernesey la Petite Centaurée s’appelle la Déhlêmie, parcequ’elle est employée contre les pâles couleurs. Rectifions l’étymologie de Morgeline, plante oirnée des poules, Morsus gelinæ. La variété de Viorne Aubier, cultivée dans les jardins sous le nom de Boule de Neige et de Snow-ball, porte le nom populaire de Caillebotie, Cannebotie, dont la première partie représente son bois à moelle; ce mot, sous la forme de Canibotte, désigne, à Valognes, les tiges fistuleuses en général, et plus particulièrement celles des Ombellifères , dont les enfans font des sarbacanes. M. de Brebisson signale encore, dans la seconde édition de sa Flore, le nom vulgaire à' Api, pour y Apium graveolens, celui de Pain de Couleuvre pour VOrchis mascula, celui de Glai, abréviation de Glayeul, pour V Iris pseudo-acorus, celui de Pas de Chat , Armelin pour le Statice Armeria. Dans l’Avranchin, le Silene cretiea porte le nom de Faux-Un, parcequ’il vient dans les champs de lin.
Enfin, il y a un certain nombre de noms populaires dont nous ne pouvons affirmer la nationalité, mais qui, étant assez répandus, ont bien la chance d’être employés dans quelque partie de la province. L’Ancolie porte le nom èy Aiglantine , parceque ses fleurs présentent l’apparence des serres ou du bec de l’aigle, et, dans cette idée, Aqui-
legia serait une forme iïAquilina. Le Meconopsis cambrica est la traduction du terme ordinaire Welsh poppy. Le Brassica rapa, ou Gros navet, se dit Babiole et Rabioule. Le cachet populaire n’est pas très-fortement marqué ‘dans le Cresson élégant, qui désigne la Cardamine des prés; quant au Sysimbrium sophia, son nom spécifique rappelle le vieux terme de Sagesse des Chirurgiens. Le Dianthus armeria est le Deptforcl pink, et l’Agrostème des moissons, le Bose-Campion. Herbe du Bœuf est un des synonymes de YOxalis acetosella, et Gland de terre, de la Gesse tubéreuse. Bitter vetch désigne V Orobus tuberosus. True service et Wild service s’appliquent au Sorbier domestique et à l’Alisier. Barbe de Chèvre représente et peint la Spiræa filipendula , à la racine filamenteuse. Fausse- Angélique désigne Y Ægopodium podagraria ; Persil d’ Ane, le Cerfeuil sauvage ; Coudre-Moinsinne , la Viorne lantane; Sureau d'Eau, la Viorne aubier; Bois Punais, le Cornouiller sanguin; Reine des Bois, TAspérule odorante, dont la vieille médecine caractérisait le parfum par le mot « Ambrosiaque » . Elecampane, en anglais, traduit YEnula campana (Inula Helenium) de la pharmacie. Chardon Notre-Dame est le synonyme, et très-probablement le frère aîné de Chardon- Marie. La Linaire a pour corrélatif populaire de T'oad flax, le terme de Lin sauvage, et le Rhinanthe Cocrète, Herbe à sonnettes, corrélatif de Yellou) rattle. Épi fleuri a sans doute inspiré le français Epiaire (Stachys). Le corrélatif de Louse strife est Herbe aux Poux. Le Plantain lancéolé est fidèlement peint dans sa feuille par Plantain à cinq côtes. Tenue est synonyme de Traînasse. Auprès du nom légendaire de Sang de Dragon se place Oseille rouge, comme la prose auprès de la poésie. Vergne, pour Aulne, est très-répandu. Plane, contraction de Platane, se dit quelquefois de ce dernier , mais plus souvent pour le Acer Platandides,
h'Ordeum hibenium s’appelle Escourgeon ou Orgc*carrée, le Distichum , Soucrion.
Quelques détails d’Archéologie botanique populaire se placeraient naturellement après cette esquisse; mais, outre que nous l’avons entremêlée de quelques notions appartenant à la botanique ancienne , nous croyons qu’une étude spéciale sur ce sujet nous mènerait trop loin, et nous espérons lui donner plus de développement ailleurs. Nous compléterons seulement les notions d’Arcbéologie botanique semées dans ce qui précède , en prenant pour guide un livre de grande érudition, que nous avons appelé ailleurs le Glossaire, le Cbartrier, et le Code de la Normandie du moyen-âge, les Etudes de M. L. Delisle sur V Agriculture dans cette province.
Pour les espèces cultivées , on trouve , dans les anciens textes, mention du Méteil, appelé Mistilio, Metillon, comme on dit toujours dans l’Avranchin, le Gros blé, qu’une charte saxonise en Mancor, Mancorn (main corn), qui en est l’exacte traduction , le Terceil, mélange de trois céréales, la Paumelle, orge : « Deux cents rucbes de Paumelle, mesure ou dit Genetz », dit un Registre du Mont- Saint -Michel, VAveinc, dont une espèce s’appelle Barbée, le Froment - Sarrasin , terme d’une charte du Chapitre d’Avranches, en 1460, la première mention de cette plante, ce qui place son introduction bien avant la date donnée par Eutrapel. On employait une huile dite Camomine. La Vesce s’appelait Vecha, Vecia, VecMa, Veche; la Gaude se disait Walda et Gaudia ; la Guède était Wesdum, Wesda, aujourd’hui Vouède, et, en anglais, Voad, et son nom moderne de Pastel est fort bien expliqué dans une charte de Troarn , où Pastellum signifie la Guède réduite en pdte^, en gâteau.
Pour les forêts, à notre nomenclature s’ajoutent de nouveaux noms, pris dans les Coutumiers des Forêts, dits
— Si —
Graels^Qi Gréais, qui appellent Haie, Plessis, Bruce et Broche des groupes d’arbres forestiers plus ou moins considérables; et qui signalent presque toutes les essences aujourd’hui connues dans les bois : l’Ajonc, avec son nom de J an,
« De Hous et de Jaam sauvage , "
comme on lit dans la Vie en vers français du Bienheureux Thomas; l’Alizier, autrement Aller, avec son fruit les Allies, la Bourdaine, dite encore Bourgain, Boldena, le Buis : « Ciphos de brucis » , d’où le nom de Croix buisée, parceque c’était avec le buis qu’on couronnait les croix des carrefours; le Coignassier, le Quooingnier, (acte de 1255) , le Cornouiller, dont on appelait les fruits des Cormes; l’Eglantier, appelé Bedegar, « Bedegar dicitur gallicè Aiglentier, » nom réservé aujourd’hui plus spécialement à la galle du rosier, produite par la morsure du Cynips; le Boutonnier, comme le croit M. Delisle, désigne sans doute l’Eglantier : « Coquesne, Pingne, Espine, Boutonnier ; » l’Erable , Arable : « Acer arbor gallicè arable , » dit le Commentateur de J. de Garlande; le Fusain, Fuisain, le bois à fuseaux, le Genevrier, le Genèvre, le Pin, souvent Pigne, comme en vieil anglais, et Puygne; le Tilleul , Teil : « La charretée de gros Teil » ; le Troène , Troygne, le Viorne, Aubier (Albus) et non pas Obier; le Sureau, Bois à moelle. Parmi les espèces qu’il n’a pu déterminer, M. Delisle cite le Bois puant et le Pourfust: ces deux mots, le premier surtout, semblent s’appliquer au Sureau, ou plutôt au Cornouiller sanguin, qui s’appelle encore Bois Punais.
On connaît le Capitulaire de Villis, dans lequel Charlemagne a consigné tous les objets que ses intendans devaient avoir dans ses métairies. La partie horticole n’est pas la moins intéressante : outre les légumes on y re-
marque des plantes d’agrément et des plantes médicinales, dont les noms ont presque tous persisté jusqu’à nous. On y trouve le Flageolet, Faseolns, le Cumin ou Comin, souvent cité dans les redevances consignées dans les chartes normandes , une plante qu’Horace appelle Exsangue cuminum, le cumin qui fait pâlir, et la Guimauve sous un nom qui livre son étymologie « bis malvas, id est alteas...y> Cette partie se termine par ces mots : « Et ille hortulanus haheat sub domum suam Jovis barbam. » Le jardin de Maître Jean, dans le Dict. de J. de Garlande, admet « Urtica, carduus... mercurialis, agrimonia cum solatro; c’est-à-dire des plantes considérées aujourd’hui comme sauvages ou ordures de jardin. La Lavande jouait un grand rôle au moyen-âge : M. Delarue nous apprend qu’à Caen des maisons étaient fieffées pour des glanes de lavande ; et, selon M. Delisle, un coin du jardin de l’Archevêque de Rouen à Gaillon était, au xve siècle, consacré à cette plante , sous le nom de Lavandier : « A Guillaume et à Jehannet Adelline pour avoir ouvré... c’est assavoir à cherfouir en tour le Lavandier. » Malgré le grand usage que nos pères faisaient des roses et des « chapels de roses vermeilles » comme redevances, il ne faut pas, comme on l’a fait, prendre pour des plants de rosiers ces Rosières et Roseraies, fréquentes dans les chartes, et qui étaient des marécages couverts de roseaux, ou de Ros, comme on dit encore aujourd’hui : « Peuvent prendre et syer couverture de ros, de jalles, et de pitrie , *> dit un document de ^347, offrant dans Pitrie un mot qui, sous la forme de Pitre, est appliqué par les marins, encore aujourd’hui , à une écorce fibreuse dont on fait des hamacs. Il pourrait bien aussi désigner le Millegreu , qui peut s’interpréter encore par « Grain des mielles, » c’està-dire des grèves sèches, comme nous aimerions mieux interpréter le Buckmast de la page 31. [lar le Gland du
Chevreuil, qui est Iriand de la faine, et dériver ce mot de Mast, Mœst, gland, dans presque toutes les langues du Nord.
Si on cherche encore aujourd’hui , comme nous l’avons montré, des chimères végétales, à plus forte raison poursuivait-on, au moyen-âge, des merveilles de même sorte, et voulait-on , pour des idées préconçues, faire violence à la nature. Aussi les jardiniers de cette époque aimaient à greffer sur un chêne dix ou douze espèces différentes. Le Ménagier de Paris trace les règles pour enter la vigne sur le cerisier, pour greffer le cerisier et le prunier sur la vigne,. pour obtenir des raisins sans pépin. Voici une de ses formules : « Talliez la vigne, puis la fendez à quatre doiz près du bout et estez la mouelle d’une part et d’autre et là faictes la place de l’amande d’un noyau de cerise et là mettez et encloez dedans cette fente et liez de fil le cep. »
Pour compléter cet Essai de Flore normande, il faudrait peut-être ajouter la nomenclature des noms de lieux tirés des végétaux, de ces mots qui jettent d’un seul trait la description et le paysage dans la topographie, et offrent à l’esprit l’image et l’horizon même de localités inconnues. Mais, de ces noms, les uns qui plongent leurs racines dans des époques lointaines et des langues abolies, sont du ressort de l’érudition , les autres se révèlent d’eux-mêmes ou ont été déjà signalés à leur place dans cette Esquisse de la langue populaire appliquée aux végétaux. Ensuite, nous espérons donner ailleurs ces origines et ces élémens. Nous savons, du reste, aussi bien que personne, que cette terminologie, de même que le Glossaire entier de la Normandie, peut s’étendre indéfiniment, ou avec les mille variantes locales, ou par l’introduction de termes qui nous ont été inconnus. C’est le caractère de toute étude , que la limite exacte n’en puisse jamais être posée; mais c’est surtout le
caractère des Glossaires populaires. Nous ne voulons pas finir sans remercier M. Laisné de son concours dans un travail auquel il prêtait ses connaissances en botanique et en langage populaire , et sans rendre un hommage de profonde reconnaissance à un livre qui a rendu de si grands services pour répandre la botanique en Normandie, auquel l'auteur de cet Essai doit, en même temps qu’à M. de Gerville, ce qu’il peut posséder de cette science, et qui n’a pas dédaigné d’admettre, en plusieurs endroits, la synonymie populaire, j’ai nommé la Flore de Normandie, de M. de Brebisson.
-ii'l^.iV N. rr*Mi M3fy CÂrtfBÿ(l^k'*îflrf^^
. tm ^ . t1F'.\ fV ‘ A^,
'. Vi ';
-•I- rw^.-
'd “VSKAi.^ ' •■ •'•‘h»>V<* *f \‘1 «JW CArifa)5<i»(.-!l|
y ,\J m; /. ië'Î^ÎSl CJ
^:-i’^iMmÊ ':ï WÊKÊ ' ■.’ I - |
rV^r.», /
■CA^.^ . ' '!'■'■■*■ *- — ^ AiU. .^».Jiv.^.- ïL’ ^
- 'P' ïS V = fc4?^l -ë
Nfc'Q :. ’ -■ ■-» ■'
" '■ ■?’ ,i. i jr-ï • '• tj^^f