Appliquons ceci à un exemple
Soit à moduler brusquement de la mineur à si\f mineur. Parmi les accords ayant une grande force rësolutoii-e vers ce second ton, se trouvent les combinaisons des échelles D
( ' ) Voir cL-desBoua le renvoi du n* G90. C) On ne cile pns ici d'exemples de modulations se rap exemples ont ddjà été donnés plus haut (Enharmonie, n" 35i
CHAnTBE I. — MODDLATIONB. 4*9
et A de si]f mineur orné, et notamment l'accord de septième de dominante
fa la do mil,.
Il suffit donc d'introduire cet accord en la mineur pour être sfir que, grAce à son amphitonie, la modulation en «> s'effectuera aisément.
A la vérité, l'accord choisi n'existe pa8 dans le ton de ta mineur ternaire naturel; mais l'accord gétophone
fa la do rét(
existe dans plusieurs des tons de la mineur à IV* degré haussé (espèce sëcaltérée). Prenons donc l'un des tons de la de cette espèce, par exemple :
Ce ton et celui de
I mineur orné técaltéré.
lij mineur orné naturel
possédant l'un et l'autre l'accord choisi, la modulation pourra s'effectuer instantanément, grâce à l'amphitonie de cet accord.
La figure 373 donne un exemple de cette modulation. On y remarque un certain nombre d'accidents, que l'on appelle souvent notes caractéristiques du nouveau ton; mais il est
Fig. 3,3.
rf 1 r— i—j 1
ri j— 1 1 =fH
,lj J J —
ttVi
AK ■ C g
facile de reconnaître que ces accidents existent uniquement parce que la portée a été armée, selon l'usage, des signes constitutifs convenant aux tons normaux et naturels. Si l'on avait placé, aux mesures i et 7, les armures correspondant aux tons adoptés, savoir
fa^ doii sols réa
pour ta mineur orné secaltéré, et
poursij^ mineur orné naturel, il n'y aurait plus eu aucun signe d'altération accidentel ('), et il ne serait resté aucune de ces notes que Reber dit caractéristiques {voir ci-deasus n°6U>).
( ' I foir, on effet, la Ggure 3o3, Gammes divenet, a' 539, et le renvoi qui s'y rapporte.
jio
NBUVléME PAKTIi:. — APPUCATIONS MVSICALB8,
698. Nota. Pour que l'exemple précédent fût plus probant, on l'a fait porter sur les tons de ta et de si]^ mineurs dont la parenté est Tort lointaine.
On remarquera, en eiTet, que ces deux tous ont en commun deux notes seulement, et ne sauraient en avoir uu plus petit nombre ('). En eiFet, deux gammes quelconques ayant chacune sept sons, leur ensemble forme un total de quatorze sons; mais, comme la musique tempérée n'admet que douze sons distincts, il s'ensuit que deux gammes, quelles qu'elles soient, ont toujours au moins deux sons en commun.
Toutefois, les armures des tons choisis pour l'o-iemple précédent ne diffèrent que de cinq accidents, et l'on pourrait se demander si, avec des différences d'armure plus considérables, OQ ne rencontrerait pas des difficultés de modulation plus sensibles. Celte question doit ôtre résolue par la négative.
En effet, si l'on a égard à la synonymie des Ions de fan, dot,, sols, etc. avec ceux de sol]^, ré\f, la\f, etc., on reconnaît qUe la différence d'armure entre deux tons peut toujours iître ramenée, par enharmonie ( hétérographie ), à une valeur maxima de six accidents (au lieu de cinq comme dans l'exemple précédent).
Mais, dans le cas oii les armures différent de six accidents, les toniques sont à l'intervalle de six grades, et rien n'est plus aisé que de passer d'un ton à l'autre par l'amphitonie de leurs accords neutres qui coïncident gétophoniquement. Ainsi, dans l'exemple suivant :
la modulation de do majeur (i" accord) vers /aj majeur (3* accord) s'effectue par l'intervention unique du second accord, lequel peut être considéré, soit comme le neutre du ton de </o (en y interprétant 50/s comme un /a [7), soit comme le neutre du ton de/ac (en y interprétant /« comme un m/ 3).
HBUARQUE SUB L AMPHITOMB DES ACCORDS ET LEUH FORCE HODULÀTOIIB.
694. Tout accord, si l'on a égard à l'amphitonie dont il est doué, peut ôtre comparé à uo carrefour d'où partent des voies en nombre égal 4 celui des tons vers lesquels l'accord permet de moduler. Lorsque ces voies s'ouvrent nombreuses et faciles (*), l'accoM possède une forte amphitonie et, par suite, permet beaucoup de modulations; en revanche, il ne rattache énergiquement vers aucun ton et, par suite, il est dépourvu de force modulaloire.
A cet égard, les deux types d'.iccords les plus opposés sont ceux que les harmonistes appellent respectivement accord de septième diminuée (accord neutre, type 333) et accord de septième de dominante (accord itréci, type 433), Nous avons vu, en effet, que le premier est comme un carrefour relié aux douze toniques de la musique tempérée par des voies presque toutes larges et faciles {Enharmonie, n" 389), en sorte qu'il se prête à l'exécutiou de toutes les modulations possibles. Le second, au contraire, bien que se reliant à la rigueur i toutes les toniques {Enharmonie, n" 369), n'est en communication réellemenl simple et facile qu'avec l'une d'elles, située à une quarte au-dessus de sa base {Dissonance, a" 208) ; il possède donc une grande force modulatoire vers cette tonique.
( ' ) Du moins lorequ'nn nkiscniie en musique tempérée.
C) F.n résilié, ces voies sont toujoart au nombre do ri []uclt:nnque, faire entendre un accord quelconque; mais, s du Ikeililés fort inégales.
iKt-qnalro. puisqu'en principe on peut toujours, dans un Ion les voies sont loujours nombreuses, elles soni en rcrancbe
- UOUULATIONB.
RBMARQtlB SUR LES THÉORIES BB FÉTI8 ET DE tEBEI.
695. On voit que les théories de Fétis et de Reber (résumées plus haut, D" BU) et suiv.) ne sont applicables, ni aux modulations par parenté (Art. II), ni à la plupart des modulalions par amphitonie (Art. III) ; mais elles le sont à peu près, au moins en apparence, dans beaucoup de cas analogues au dernier de ceux qui viennent d'être étudiés (cas e), car ce cas est évidemment celui dont les savants auteurs précités se proposaient de trouver l'explication. Toutefois, leurs théories peuvent n'être pas vérifiées par les faits.
696. Ainsi, reportons-nous à la figure 3^3 ( a° 692) oti le passage du ton de la mineur au ton de sify mineur est exécuté par l'intervention de l'accord /a la rét, enharmonique de
fa la mi,.
Ces trpis notes sont précisément les degrés
V vn IV
du nouveau ton, et conslituent donc l'harmonie dissonante caractéristique par l'influence de laquelle Fétis explique toutes les modulations. Mais le mélange dissonant formé par les degrés V, VU, IV n'est pas le seul qui ait une tendance résolutoire bien marquée. L'accord de septième de sensible, par exemple, possède aussi une tendance de ce genre, bien qu'il ne comprenne pas le degré V; donc, toutes les modulations fondées sur l'amphitonie de l'accord de septième de sensible échappent à la loi de Fétis.
697. Quant à la loi de Reber, elle peut aussi, jusqu'à un certain point, paraître observée dans l'exemple précité, puisque certaines notes accidentées précèdent la modulation ; toutefois, il n'est pas facile d'admettre que l'accident employé (rer ou son enharmonique mi't») soit caractéristique du ton de si'y mineur plul&t que de bien d'autres tons; d'ailleurs, ainsi qu'on l'a fait remarquer précédemment (n" 630 et 692), la présence de ces altérations accidentelles résulte généralement de ce qu'on n'a pas fait usage des armures convenant réellement aux tons employés ; et, si l'on employait exclusivement des armures exactes ( voir la hgure 3.o3, Gammes diverses, n" 539), les altérationsaccidentelles ou notes caractéristiques disparaîtraient absolument
NEUVIEUR PAHTIE. — APPLICATIOTfB MIISICALEg.