PARENTES DR TONS
976. La parente existant entre deux Lons différents dépend principalement du rapport plus ou moins simple que forment entre eux les nombres de vibrations exécutés dans un même temps par les deux toniques. En général, quand ce rapport est simple, la parenté enire les deux gammes est étroite, ce qui signifie que les deux tons cori'espondants ont de l'affinité l'un pour l'autre et qu'on passe de l'un à l'autre avec facilité,
( ' ) Trop complètement même, si l'on a égard aux inl(!réts de l'Art, à qui l'nniformilé ne peut qu'élrv nuisible.
('} Il exiitto huit gammes ternairea, qui se rdparlisaent en deux modes (majeur etuiiieur) el en quatre genres (normal, oné, alternant et pieudiquo).
(') Remplacer sii par ait; revient à substituer 4 la variante normale une antre variante dite ornée, laquelle est moins rode parce qu'elle n'est fermée que de rapports namériques moins complexes.
RBSUMH. 547
977. A litre d'exemple, on peut citer les divers tons qui sont le plus étroitement apparentés à celui de do majeur; ce sont :
Le toa de do mineur, dont les échelles constitutives sont celles de do majeur, mais chaugées de mode. [Parenté d'homotonie].
Les tons de/a et de sol majeurs, liés à do par la parenté de voisinage. [Deux tons voisins ont en commun deux de leurs trois échelles constitutives; ainsi les échelles do et sol sont communes aux deux tons voisins do et sol].
Les tons de la et de mi mineurs, liés à do majeur par la parenté de connexion. [Les échelles toniques de deux tons connexes ont deux échelons en commun ; ainsi les échelles toniques de do majeur et de la mineur ont en commun les deux notes do et mi].
Les tons de 10^ majeur et de r^ mineur pseudiques (') et celui de la mineur normal; ces trois tons et celui de (/o sont liés entre eux par la parenté d'équiarmure. [Des tons équiariiiés admettent pour degrés des sons sensiblement identiques; ils s'expriment donc au moyen des sept mêmes notes et comportent par suite la mâme armure, d'où la dénomination à'équiarmés sous laquelle ils sont englobés].
978. Il suit de là que les 'tons liés à celui de do par les parentés les plus étroites ont pour toniques six des sept notes de la gamme de do, savoir : tous les degrés, à l'exception du VII', le seul sur lequel la gamme dont il s'agit ici ne permette pas de placer un accord parfait.
STTLB TEHNAIHB.
979. Même en utilisant exclusivement les sept notes d'une certaine gamme, le musicien peut écrire dans des styles fort différents. L'un des plus simples est le style ternaire, dans lequel l'harmonie, toujours réglée par la loi même de formation de la gamme, consiste à n'associer les unes aux autres que des notes appartenant à la même échelle : ce style n'admet donc que trois harmonies fondamentales, savoir les accords formés par les trois échelles constitutives de la tonalité.
980. Ceci posé, voyons comment un enfant pourrait harmoniser en style ternaire lui thème donné tel que la chanson bien connue qui commence ainsi :
li > i' j'i'r p r 1' 1 1 |i I I M. ^'i^LiAi
La bou-lan. gè.rea des é . eus qui ne lui coûtent gué. é - re.
TD TA DADTADA
La partie inférieure de la Ûgure 438 indique à laquelle des trois échelles
T = tonique, D — dominante, 1 = dominée,
appartient chaque note du chant. En général, chaque note n'appartient qu'à une seule échelle; il y a exception toutefois pour la tonique do et la dominante sol qui appartiennent chacune à deux échelles; il faut, pour chacune de ces deux notes, choisir arbi-
(') Les gammas pMudiqaes sont le< plus rodas des huil gammes teniaires naturelles; celles de loi majeur et d» ré minoar e'exâcul«nt eu biisaal usage des sept notes dit4» naluretlet, k l'eiclusion de teut accident.
KiauHK ET GONCLUItON.
trairement l'échelle à laquelle il nous plall de la rattacher. Nous exercerons notre choix de la Taçon suivante ;
Pour les syllabes « fère a des écua qui «, nous adopterons aux temps forts l'harmonie de la tonique; et, pour obteair une certaine variété, nous rattacherons le temps faible « des é- » à la dominée. Pour le même motif, nous considérerons les syllabes « La boulan ■ comme appartenant à l'échelle dominante; enfin, dans la mesure 3, nous entendrons la syllabe « guè » dans rêchelle dominée, qui, dans ce passage de l'air donné, est plus usitée que l'échelle tonique.
981. Le choix des échelles dans lesquelles on entend les notes du chant étant ainsi anâté, on peut maialenaiit marquer (par des points placés au-dessus de chaque syllabe) toutes les notes plus graves que la note du chant et appartenant à la même échelle que cette note : les parties faisant harmonie à l'air donné ne pouiTont donc chanter que des notes occupant des places marquées par tel ou tel de ces points :
La boulan . gé.re a des é . eus qui ne fui coûtent gue
982. Supposons que les parties à faire marcher avec le chant donné soient au nombre de trois (cas d'une harmonie à quatre parties); puisqu'elles sont seulement astreintes à n'user que des notes marquées par des points (voït fig. 439), le nombre des solutions possibles est extrêmement considérable. Choisissons arbitrairement le chant que nous voulons faire exécuter par la partie la plus basse {voir ta figure 44o ci-dessous); dès lors la marche à faire suivre aux parties intermédiaires est déterminée : soit rigoureusement, comme au début et à la fin de l'air donné, puisque, aux deux extrémités de cet exemple, les points restant libres entre le dessus et la basse ne sont qu'au nombre de deux; soit approximativement, puisque notre jeune harmoniste doit s'efforcer de faire entendre les autres échelons de chaque échelle, de ne faire ni sauter ni croiser les parties, et de laisser à chacune d'elles une marche aussi simple et aussi facile que possible.
Fig. 44o.
fn h l h
TOii j «1 i
yS F "p-p-
La bou.lan gè.re a des e' . eus qui ne lui coûtent gue . é
STTLB PLUHAL.
983. Mais, comme on vient de le dire, les sept notes d'une même gamme permettent d'écrire dans des styles assez différents.
Observons, en effet, qu'en groupant convenablement les sept notes dites naturelles, on peut encore former trois échelles nouvelles, savoir :
ré fa la, la do mi et mî sol si.
De ce qui a été vu plus haut à l'occasion des parentés (n° 978), il résulte que ces trois
dernières échelles ('), jointes aux échelles constitutives fa do sol et sol si ré, sont celles qui se trouvent unies à l'échelle do mi sol par les liens de parente les plus étroits; il sera donc facile, lorsqu'on écrit dans le ton de do, d'employer de temps à autre les trois nouvelles échelles, en évoquant ainsi d'une façon plus ou moins fugitive les lonalités auxquelles elles correspondent.
Cette nouvelle manière d'employer les notes de la gamme a été désignée (au cours de l'Essai qui précède) sous le nom de style plural.
984. Voyons encore comment un enfant pourrait, dans ce nouveau style, trouver une harmonie convenant à la chanson déjà prise pour exemple.
Les échelles dont il peut faire usage sont au nombre de six ('), dont trois majeures et trois mineures, en sorte que chaque noie de la gamme appartient à plusieurs échelles, soit à deux, comme si, ré et fa, soit à trois, comme la, do, mi et sol :
Flg. 44--
(El r^ *"!■ '^ B9I 1^ SI do ré
Disposant de ressources plus nombreuses, il commence à sentir l'embarras des richesses ; c'est comme si, ayant longtemps colorié des images avec une hotte d'aquarelle ne contenant que trois couleurs, il disposait maintenant pour le même jeu d'une boîte renfermant sis nuances différentes. N'importe, si le jeu est plus difficile, il n'en est que plus amusant; il se joue d'ailleurs exactement de la même façon, et la mai-che à suivre comprend encore, comme précédemment, les trois opérations ci-après ;
1° Choisir, pour chaque note du chant donné, l'échelle dans laquelle il nous plaît de la considérer, et, comme conséquence de ce choix, indiquer par des points provisoires marqués sur la portée de onze lignes les notes qui peuvent ûtre employées à faire harmonie à la note du chant (').
a" Choisir arbitrairement et marquer sur la portée le chant que l'on veut faire exécuter par la basse : ce chant peut être quelconque, à condition qu'il ait par lui-même un sens mélodique suffisant, qu'il utilise exclusivement des notes marquées par des points, et qu'il laisse entre les parties extrêmes un nombre de points disponibles sufâsant, eu égard au nombre des parties intermédiaires (au moins deux points dans te cas actuel).
3" Insérer entre les parties extrêmes toutes les parties intermédiaires. Par exemple, si
( ' ) Ces dchellei aonl celloa qaï sonl conililuliTes du Ion rcUlir ie la mineur; elles peuvent s'introduira dons ano barmonie en do, soit comme appartenant à ce ton rolntit. snîl de diverses autres manières.
(') Il eiislc aussi une septième combinùson. ou fausse échelle, qui est aï ré fa (ton du do majeur ou de la mineur). Cette combinaison n'est pas consonante, mais, ainsi qu'on le dira plus loin (renvoi du n' 9{)3 ), elle n'a qu'une dissonance très faible, en sorte qu'on l'emploio aisément, mémo bu milieu d'une harmonie consonanle. Trompés par cette circonataneo et par l'analogie d'aspect entre la lausau écbelle et l'âchelle exacl« ( formées l'une et l'antre de trois noies s'écbeloDUunt par tierces), les [bdoriciens n'ont pas toujours fnit une dislinctioa bien nelle entre la faible dissonance de l'oocord si. ré Ja et la consonance complète de l'accord parfait.
('} Il va de soi qne l'emploi de cos points préparatoires n'a d'ulllité qu'au dùbal. lorsque l'enfant n'a encore «acvae habilude d'écrira des points (notes) conlrs des points, c'ett-i-dire de faire du conlrepoinl.
notre jeune Imi monisle a fait choix de la succession d'échelles et du chant de basse indiqués par la Qgure suivante :
Echelles: SOL
RE SOL U Kl FA
La bou.lan . gè.rea des é . eus qui oe lui coûteiit gué. è
il ne lui reste plus à exécuter que la troisième opération, consistant à écrire les parties intermédiaires, ce qui fourni ta par exemple le résultat suivant :
ckeUes: SOL
DO
LA
FA
RÉ
RE SOL LA i f 1
ri^t
— fl— ^
La bou-lan . gè.rea des é . eus qui ne lui coûtent guè. è re.
985. [1 est souvent commode de comparer les phénomènes de l'acoustique à ceux de l'optique, et inversement; usant d'une comparaison de ce genre, on pourrait indiquer ainsi la différence entre le style ternaire et le style plural :
Une robe de toile, si variée qu'en soit la couleur, apparaît toujours sous les mêmes nuances; mais une robe en soie gorge de pigeou change d'aspect à chaque instant; c'est toujours la même robe, et cependant, au moindre mouvement de celle qui la porte, la lumière diffusée interfère différemment, et l'étoffe semble sans cesse changer de nuance.
Il en est de même pour les deux styles comparés : la tonalité ternaire étant toujours fortsemblablcàelle-même, son emploi prolongé peut engendrer la monotonie; mais, quand la mélodie est revêtue d'une harmonie changeante (style plural), les sons apparaissent sous des aspects incessamment variés, et le besoin de changer de tonique est loin de se faire sentir aussi vite que dans le cas précédent.
flAHUR i^HBOXATlQVE.
986. Les gammes dont il a été question jusqu'ici comprennent uniformément un nombre de sons égal à sept; mais rien ne limite ainsi le nombre des rapports simples que l'on peut associer à une tonique pour constituer une gamme; au lieu de n'associer que six sons à cette tonique, on peut en associer un plus grand nombre, sept, huit, neuf, etc.
Toutefois, on ne considère généralement pas de gammes comprenant plus de douze sons, car, d'une part, la gamme formée en associant à la tonique les onze rapports les plue simples est considérablement moins complexe que toute gamme dans laquelle on aurait introduit des sons plus nombreux; et, d'autre part, tous les rapports que l'on viendrait à introduire dans la gamme, en sus des douze premiers, correspondraient à des notes si voisines des douze premières que l'oreille n'apprécierait pas facilement leur différence d'intonation. Il suit de U que, dans la pratique, la gamme possédant lo plus grand nombre de sons est celle qui comprend, outre la tonique, les onze notes formant avec celle-ci les rapports les plus simples : on l'appelle gamme chromatique.