‹ Essai sur la gameChapitre 27 sur 201 · CHAPITRE II. — GENÈSB DES GAUHRa. 4g · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — GENÈSB DES GAUHRa. 4g

la note modifiée peut former avec la tonique un rapport plus simple ou moins simple que dans la gamme normale.

Dans le cas de la gamme de do majeur, sol si ré s'échange en sol sï^ ré, en sorte que le rapport 4^ ~ ^ devient ^ ~ I ; la nouvelle gamme sera donc plus dure que la gamme normale, car, de ce qiii a été vu dans la première Partie [Consonance, n' 50, cas ;-()' il résulte que l'intervalle | est le plus dur de ceux que forme ta tonique avec les divers degrés, au moins dans les gammes que nous considérons présentement.

Dana le cas de la gamme mineure, au contraire, sol si)f ré s'échange en sol si ré et la nouvelle gamme est moins dure que la gamme normale.

Si l'on cootremode à la fois les deux échelles D et A, on obtient les gammes que représentent les symboles A^ToD; et AaT/Ds- Les gammes de cette série parlicipent aux propriétés que possèdent les deux séries précédentes.

Il n'existe pas d'autres variantes, car, d'une part, si l'on contremode les échelles T, les gammes majeures s'échangent en mineures, ou inversement, sans qu'il apparaisse aucune combinaison nouvelle; et, d'autre part, il n'y a pas lieu d'essayer de modiller une quelconque des quatre autres notes de la gamme; en effet, ces dernières sont base ou sommet d'échelle; donc leur altération détruirait les échelles dont elles font partie, de sorte que la gamme étudiée cesserait d'appartenir au type ternaire dont il s'agit présentement.

En résumé, nous trouvons huit espèces de gammes ternaires pouvant être représentées par les symboles suivants :

i/ Ta Da, 4/ Ta D,,

77. Le lecteur trouvera un peu plus loin des exemples de ces diverses gammes ; mais, s'il n'a pas eu déjà l'occasion de reconnaître leur existence, il fera bien de ne pas chanter ou jouer ces gammes avant d'avoir pris connaissance des explications qui s'y rapportent. Voici pourquoi :

S'il existe une branche des connaissances humaines où la théorie se soit montrée audessous de son rôle, c'est bien en musique que s'est observée cette sorte de faillite de la Science. Les systèmes pourtant n'ont pas manqué; il en a été édifié d'innombrables; mais leur fausseté a été successivement reconnue et il est heureux que les artistes se soient fiés uniquement à leur instinct musical, sans s'embarrasser autrement des enseignements ' des théoriciens qui auraient sévèrement bridé leur génie.

De cette insuffisance de la théorie, il résulte que nous n'avons guère coutume d'user de notre raison pour porter nos jugements sur les choses de la musique; ou bien nous nous en rapportons à notre instinct musical, ce qui serait légitime si l'habitude n'avait pas déformé nos tendances naturelles, ou bien nous nous guidons d'après l'avis des gens dont l'opinion fait autorité.

Aussi, lorsqu'un grand génie musical, un Beethoven, un Berlioz, un Wagner, produit une ceuvre écrite dans un style nouveau, le public ne peut la goûter dès la première audition; et les théoriciens, dont les habitudes musicales sont heurtées par la nouveauté, corn* mencent toujours par déclarer que l'œuvre est mauvaise (*).

Par la suite, il est vrai, ce faux jugement est revisé, mais seulement lorsque le public, ayant appris la langue que parlait le génie novateur, est devenu apte à en apprécier les

(') Parfoî) même iU ta ilémontreiit (!?!).

•)0 DEDXIEUE PARTIE. — GENliijB DES ECHELLES ET DES GAHIIES.

l)eautés. Ces faits bien connus sont rappelés ici pour attirer l'attention du lecteur sur cette propension que nous avons tous à àéclarer fausses les sonorités qui nous sont seulement inaccoutumées.

C'est ainsi qu'un musicien très finement doué, entendant sans explications préalables la gamme dénommée ci-après gamme mineure pseudique, pourra, au moins à la première audition, être tenté de la déclarer fausse.

Cependant le mineur pseudique est extrêmement employé; il a môme un charme particulier qui permet souvent de le reconnaître immédiatement, de même qu'on distingue le mode majeur du mode mineur. Il est plus rude, il est vrai, que le mineur le plus usuel et s'emploie surtout épisodiquement.

Toutefois, il peut aussi être employé pour lui-même; c'est ainsi que Cliabrier, dans sa magistrale ouverture de Gtvendoline, en a fait un merveilleux emploi pour peindre la férocité du cruel Armel, Cette tonalité mineure pseudique est d'ailleurs bien loin d'Ûtre de création récente: elle est renouvelée des Grecs dans U musique desquels elle constituait le premier mode (mode de ré ou mode dorien ). Le lecteur est donc averti que si, au premier abord, les gammes suivantes lui causent une sensation de sui-prise, il trouvera bientôt la preuve que ces tonalités lui sont cependant fort connues et qu'il en a même souvent fait usage à son insu, pour peu qu'il ait écrit de la musique; qu'en tous cas ces tonalités, inégalement usitées en raison de leur inégale simplicité, ont toutes été employées par les maîtres, et se retrouvent dans des œuvres d'une beauté incontestée.

78. Ceci dit, revenons aux huit gammes définies plus haut par les symboles A,T,D, et donnons à titre d'exemples (') celles de ces gammes oii do est tonique, en rangeant par ordre de hauteur croissante les degrés contenus dans l'étendue d'une octave ;

Gamme de do majeur normal =^doav :

do ré mi fa toi la si.

Gamme de do majeur orné i^doao :

do ré mi fa sol la\ si.

Gamme de do majeur alternant = do a a :

di> ré mi fa to! ltt\, si,. Gamme de do majeur pseudique ;:= rfo n ij' :

do ré mi fa sol la .«*,. Gamme de do mineur normal r= do i v :

d« ré mi, fa .toi la}, .«'!,. Gamme do do mineur orné — doio:

do ré mi, fa sol la, si t. Gamme de do mineur alternant = do ia :

do ré mi, fa sol lai, siif. Gamme de do mineur pseudique ^ doi<^ :

do ré mi, fa sot lait ii\,.

(') Pour U BigDiiicalioii dos abréviations a, i, v, o, a, ^r employéei dans les litres de ces exemples, voir le nota qui termine le présent article (n" 19 bis).

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