CHAPITRE II. — liEKEBB DBB GAUMIES
FiR. 45.
ri::œ, -Mor-te siarre . xit ho . di-
«^ . le . lu . la.
Les modernes emploient aussi le mineur normal ; mais, le plus souvent, ils l'emploient concurremment avec le mineur orné ou alternant. Voici, par exemple, les quatre premières mesures de l'andante de la Symphonie écossaise (troisième symphonie de Mendelssohn) :
Fis. se.
^ ] 4-ti-
-iy i--l
-tli-S —
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Cet air étant en la mineur, l'échelle dominante est misolsi pour le genre normal et miso/8«pour le genre orné; les initiales 0 et N écrites au-dessous de l'exemple précédent montrent les accords qui appartiennent respectivement au genre orné et au genre normal.
On voit que, dans les mesures i et4t Mendelssohn pratique le genre orné; en ces endroits, en effet, le chant se dirige vers la tonique, et le rapport de sols, à la serait dur à cause de la complexité de la traction correspondante |; c'est pour un motif de ce genre que, dans la gamme de la mineur à l'italienne, on dièze le sol en montant, c'est-à-dire avant d'aboutir
on dppllquent le Tableaa ds corraspondance ci-dossoaa :
Fig. 44-«-
U no sabBistera donc, comme signes spéciaux à l'écritare du plaîn-cbanl, que les trois barres de respiration, la petite/ Fig. .'i5-6.
la grande et la double; mai* le loftenr se rappellera facilement que ces trois barres sont, dans la phrase musicale, ee que la virgule, le point et virgule et le point sont respectivement dans la phrase litliiraire.
nsVXIBIIE PABTIK.
- GENESB DBS ECHELLES ET DES CAHMES.
à la, tandis que dans la marche en sens inverse on revient au degré du genre normal soh.
Mais à la deuxième mesure du môme exemple (fig. 46), ce n'est plus vers la tonique que le chant se dirige, c'est vers la dominée ; Mendelssohn revient donc au genre normal et emploie un sols.
C'est surtout aux cadences qu'il est utile de pratiquer le genre orné de préférence nu genre normal. Les cadences sont les repos de la phrase musicale. Pour procurer un repos complet, il faut qu'elles soient faites sur la tonique (cadence parfaite) et, pour procurer UD repos partiel, il faut qu'elles se fassent sur quelque chose qui soit en rapport assez simple avec la tonique. Or l'échelle dominante, dans le mineur noimal, forme avec la tonique les rapports suivants :
qui sont manifestement beaucoup plus complexes que les rapports correspondants du mineur orné
Mais, s'il y a des cas où il convient de hausser le VU* degré du mode mineur, c'est-à-dire de substituer l'orné au normal, il n'en est pas toujours ainsi, et l'élévation intempestive du VII* degré peut être extrêmement fâcheuse; ainsi le diéxage du sol dans la deuxième mesure de l'exemple précédent et le bécarrisage du si\f dans l'exemple antéprécédent font perdre aux morceaux cités une bonne partie de leur originalité; de même l'exemple suivant, tiré (') de la fin de Vlneocalion à la Nature de la Damnation de Faust de Berlioz, perd toute sa grandeur et tombe dans le banal si, dans l'avant-dernier accord, on hausse le si, VII" degré de la gamme employée {dot mineur).
Fig. 4:.
On a beaucoup disputé autrefois sur la façon dont on doit faire la gamme mineure ; par exemple ta gamme de do mineur doit-elle comprendre le *i;; ou le si: ... ?
Les musiciens tenant pour le s/? montraient que certains airs mineurs perdent toute saveur et toute originalité si l'on élève leur VII' degré; nous avons vu qu'il en est bien ainsi.
Mais les partisans du «q répondaient que certaines harmonies de la dominante exigent que le VII' degré soit élevr : nous avons vu que cette remarque est fondée (-), notamment dans le cas des cadences.
Et lorsqu'on montrait aux partisans du si^ des exemples où le VII' degré, laissé dans son
( ') Avec l'autorisation des ddikur^ CosMllat at C", Co, Chaussée d'Antin, Paris.
(') La remarqua que Doua venons du taire s'applique il l'accord de dominaule. Or l'accord de septième de domi- ■aute doene lieu à une remarque do mâmc sens ot celle-ci a dû avoir encore plus d'ioflDence sur l'esprit des Ibéoriciens partisans du ii'l; {voir 5* Partie, Matlachemenls. pramîer reDToi du n' iflS), car, daoa le cas de l'accord do septième de doininanle, la aécesKÎlii de remplacer le genre normal parle genre orné est gdnËralement assez impérieuse.
Cn*MTHK II.
- UBNKSB VU GAHHES.
état normal («i», produit des efTets d'uoc beauté incoDtestable, ils se tiraient d'affaire en accusant leurs interlocuteurs de confondre la tonalité de la musique moderne avec celle du plaiu-cliant.
Il est certain que les tonalités les plus fréquemment employées par les modernes no sont pas identiques k celles du plain-chant; mais le plain-cbant n'en est pas moins de la musique et l'on ne conçoit pas en vei-tu de quel motif nous devrions renoncer aux merveilleuses ressources artistiques qu'il renferme.
Et c'est chose bien curieuse et digne d'ôtre signalée que cette contradiction où tombent certains auteurs : dans telle partie de leurs ouvrages, ils gourmandent les musiciens modernes qui ont malheureusement laissé tomber en désuétude les modes si variés et les lonalités si originales pratiqués autrefois; et, dans d'autres parties, ils contribuent à perpétuer cette désuétude en réduisant toute la musique aux deux seules variantes nommées l>lus haut majeure normale et mineure ornée, et en interdisant formellement (') toute autre façon de pratiquer la gamme, c'est-à-dire précisément ce qui pei-mettrait de varier la tonalité et de revenir à Tusage des modes anciens.
88. Mineur pseudique. — Nous Terrons bientôt que quatre tons équiarmés disposés les uns par rapport aux autres comme les suivants (*) :
do majeur normal = doav, sol majeur pseudique = sola^, ré mineur pseudique = réi^, la mineur normal = laii,
sont liés entre eux par une étroite parenté, eu sorte que la mélodie oscille (') souvent de l'un à l'autre avec une extrême facilité. Et de même qu'où passera de doav à réi'^, de même on passera de/aav à soli^^, ou bien de solav à laii^, etc. Dans l'exemple suivant, tiré (*) de la scène de la prison du Faust de Gounod, les mois :
B Oui, c'est toi, je t'aime »,8ont chantés deux fois, savoir: la première dans le ton principal
I ') Il va do rai que cbUb iDterdiutioii n'un irapose pss au compositeur et, quonil l'nir qu'il ëcrit se prùsonlu k son esprit en mineur nonnal, il laiaae su VU" degré l'intonation que lui assigne l'armure, sans tenir compte de cette p»endo-loi d'après laquelle le VU- degré du mode mineur devrait toujours être haussé da façon ù occuper sa poHition do note temibU à demi-ton au-deiioia de la tonique. Ainsi Chabrier, dans ion ouverture de G^vendoline ( première mesure de la page li de la partition d'Enoch frères et Costallat ), tennino un molit mineur par l'accord du lo:i idomi^tol) prdcddé de l'accord mineur de la dominante (tnlii^rë). Mms, comme il lait que celle intonation heurtera un préjugé tort hîpandu, que beaucoup de locleurs croiront à nue omission et seront lenlûs de biTairiser le s/, il affecte celte note d'on bémol spécial, taisant doubla emploi avec celui dont la clst na cessé d^étre armée.
(') Ce» Ions sont dils équiarmés parce que chacun d'oui est formé de sept dejtres sensiblement idcnliques aus degrés des trois antres, en sorte que ces quatre tons ont mime arniure.
(') On conviendra plus loin d'appeler osc/Z/a^jo/u ces excursions très brèves que fait souvent la mélodie hors du ton établi. L'osoillalion diffère de la modulation on ce que, dans celte dernicre, te ton établi est abandonné soit délinhiïemenl, soit tout au moins pour un certain nombre do mesures {voir <,• Partie, Applications, n" (i3G et suiv,).
<') Avec sutorisatien de M. Choudens, édileur-propriéljûre.
ÎG DBUXlàHB PAITIB. — GENÈSE DKS BCHELLB8 KT PES GAIIHES.
(/a majeur normal), et la seconde dans le ton de sol mineur pseudlque, équiarmé du précédent.
Parfois le pseudlque est employé dès le début de la mélodie, et celle-ci, après plusieurs oscillations, module définitivement dans l'un des deux tons normaux faisant partie du groupe des quatre équiarmés. Ainsi, dans l'exemple suivant, tiré (') de la Prière à la Déesse, acte II, scène IV, de la Salammbâ de Reyer, la mélodie qui se terminera en /«[» majeur normal, commence en si'y mineur pseudique.
Pis- 49-
Enfin le mineur pseudique peut aussi être employé pour lui-même. A titre d'exemple, voici le début (') de l'ouverture de la GivendoUne de Chabrier. Ce passage est écrit en
( ' ) Avec oulorisalion de M. ChouJeas, éditaur-proprifmirt (') Cîlô avec autoiisalion du M. Enoch, éditeur.
CBAMTKB II. — GimàSE DBB GAVHBS. 5?
do mineur pseudique. La clef est armée selon l'usage des trois bémols correspondant au ton de do mineur normal, mais, partout où il se présente, le ta est bécarrisé, ce qui détermine le genre pseudique.
88 bis. Majeur normal. — La gamme majeui-e normale étant la plus usitée de toutes, il n'y a pas lieu de citer d'exemples de son emploi.
On remarquera que cette gamme est de beaucoup celle dont les degrés correspondent aux rapports numériques les plus simples ; non seulement le terme | n'y figure pas, mais elle ne comporte que la division par 3 et la division par 3 ou par ses puissances (voir le Tableau du n" 15 de la 1" Partie, Consonance). Il suit de là que le mode majeur a bien moins besoin que le mode mineur d'abandonner le genre normal et d'avoir recours aux variantes; aussi ces variantes sont-elles beaucoup moins usitées en majeur qu'en mineur.
84. Majeur orne. — 0" sait que dans le ton de do majeur on peut faire usage de l'accord dit de septième diminuée
Les harmonistes admettent ordinairement que cet accord appartient au ton de do mineur et que, quand on l'introduit dans un air en do majeur, c'est qu'on l'a emprunté au ton de do mineur. En réalité, cet accord appartient bien au ton de do majeur, mais pris dans le genre orné.
Il va de soi que l'emploi du mode orné ne se réduit pas à ce cas et que tout air écrit en majeur normal passe en majeur orné si l'on y abaisse la médianle de l'échelle dominée, c'est-à-dire le VI* degré. Voici, à titre d'exemple, quelques mesures tirées (') du Si^tird de Reyer (acte I), par lesquelles Hilda conte .'i sa confidente comment Siguid l'a délivrée.
Le ton établi est colui de mi<^ majeur et, par suite, le VI" degré est do\ cette note devrait
Cl .Vvec autorisation de JI. Heugel, liJileur.
DBCXlàllB PAKTIE. — fiENBBB DES énBELLES ET DES aANIIES.
donc normalement être naturelle ; mais, avec le do naturel, le récit d'Hilda revêtirait un ai r de gaîté qui conviendrait mal pour relater la mort de tant de guerriers ( il est facile de s'en assurer en jouant l'exemple précédent, mais sans bëmoliser les do des mots u sans nombre »). D'autre part, Hilda ne peut évidemment prendre le mode mineur pour conter la défaite de ses ennemis et sa propre délivrance. Elle concilie donc ces nécessités contraires en conservant le mode majeur, mais en minorîsant l'échelle dominée, c'est-à-dire en bémolisant le VI' degré, ce qui produit la variante ornée.
85. Majeur alternant. — Celte variante paraît ôlre celle dont l'usage est le moins fréquent. L'exemple suivant est tiré {') du Siegfried, de Wagner, acte I, scène de la forge.
Fig. 5i.
(') Aveu aulûrisBlion de MM. Sclioll liit>, i^dileura â Maytn
— CBNÉSB DKS GAMUBS. Si)
Le ton régnant était celui de ré mineur; mais, à partir de la Croisiônle mesure du fragment ci-dessus, il y a modulation dans le mode majeur ; le chant, il est vrai, n'utilise plus que les degrés I, II et V de la gamma, lesquels forment les échelons extrêmes des échelles tonique et dominante et sont les mêmes dans les deux modes; mais l'accompagnement comprend dans les mesures 3, 4 et 5 la gamme majeure alternante de ré (toniqfue), et dans les mesures 6, 7 et 8 la gamme majeure alternante de la (dominante).
86. Majeur pseudiqtie. — L'exemple suivant est un air de plain-chant, tiré du Cantus diversi et transposé en do majeur pseudiqne, ainsi qu'il a été indiqué plus haut {voir le deuxième renvoi du n° 82).
^mmi=$^Mm^u